Podcast : Lamine Fathi, spécialiste de la rampe en roller (1/2)

Par | Publié le 23 septembre 2023 | Mis à jour le 28 janvier 2024 | Catégories : lamine fathi Interview Lamine Fathi | Sous-catégories : Roller agressif | 1433
| Tags : lamine fathi Interview Lamine Fathi

Dans ce podcast en deux parties, nous partons à la rencontre de Lami Fathi. Ce patineur spécialiste de la rampe a fait de sa passion un métier au fil des années. Cette première partie revient sur ses débuts et son évolution…

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Roller agressif
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Podcast : Lamine Fathi, spécialiste de la rampe en roller (1/2)
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Lamine Fathi, ses débuts en roller et sa montée en puissance

Premier volet de notre podcast consacré au champion de rampe Lamine Fathi. Dans cet épisode, nous parlerons de sa pratique du roller et de la façon dont il s’est spécialisé dans ce module si exigeant.

Lamine Fathi, enfant
Lamine Fathi, enfant

Avec Walid, nous avons le plaisir d’accueillir un rider qui a fait de sa passion un métier. Il pratique une discipline hyper spectaculaire dont nous allons parler pendant toute cette interview. Lamine Fathi, bonjour…

Salut Alex. Salut Walid ! J’espère que vous allez bien.

Ça va très bien. Ça va super, merci à toi. On va commencer avec notre question traditionnelle. Est-ce que tu peux te présenter s’il te plaît ?

Alors je me présente, je m’appelle Lamine Fathi. J’ai eu 44 ans depuis quelques jours [nous étions le 26 juin 2023]. Et je ride depuis 35 ans. Passionné de sport extrême en général, mais mon cœur a basculé pour le roller, pour le patin à roulettes. Donc je suis vraiment à fond dedans.

Tu as démarré le roller à quel âge Lamine Fathie ?

Alors ma première paire de roller, c’était à l’âge de 5 ans, place Pigalle. Le mec qui m’avait prêté les rollers était mon voisin du dessus, et il m’a dit « tu sais faire du roller ? ». J’ai répondu « oui, oui, oui, je sais faire du roller » Il me passe ses patins roulettes avec des sangles. Je les mets et je m’accroche derrière son vélo.

Et c’est comme ça que j’ai commencé à ider les rues de Pigalle. Je descendais à fond la caisse. Mais bon, tu sais, les patins à roulettes, ça ne roulait pas très vite non plus. Déjà, c’est assez marrant de rouler comme ça. Et c’est comme ça que j’ai fait pour la première fois de ma vie du patin. Ensuite, je suis devenu un accro de ces engins-là.

Cinq ans, c’est tôt !

Ah ouais, c’est tôt. Mais en même temps, non. Pour moi, c’était un amusement. Ce n’était pas quelque chose comme de différent que de jouer au ballon.

 » Le soir, quand je suis rentré de la première fois avec les patins de mon voisin, mon cerveau le soir n’était plus pareil. »

Lamine Fathi

Donc làn nous somme au début des années 1990 ?

Non, je dirais plutôt en 1986-1987, un truc comme ça. Je roulais sur la place Pigalle. Juste à côté du Moulin Rouge. Il y avait notamment des petites descentes avec les pavés. Sur les trottoirs, on descendait à fond la caisse avec le vélo et les patins. Je m’accrochais à une corde.

[Walid] C’était comment le roller pour toi dans les fins des années 1980 ? Je me souviens d’avoir démarré en 1988, pendant la Coupe du Monde et j’avais l’impression qu’il n’y avait que moi qui patinait…

Quand mon voisinme reprête les patins le lendemain et la semaine d’après, je roule avec. Et j’ai l’impression qu’il n’y a que moi. Dans le quartier où j’habitais, il n’y avait que moi. Et des années plus tard, après avoir déménagé, j’arrive du côté de Colombes et d’Asnières. C’est là où après, en passant par Gennevilliers, ma mère m’achète des patins, des rollers en plastique. Je ne sais pas si vous les avez connus à l’époque. D patins blancs avec les roues rouges en plastique, mais toutes flinguées.

Mais c’était avec ça que j’ai commencé. Je sais pas si vous vous souvenez, mais à l’époque, Carrefour employait des gens en roller pour aller chercher les prix. Et je disais à ma mère :

« Ouais, c’est ça que j’ai envie de faire plus tard, j’ai envie d’aller travailler à Carrefour pour faire ce genre de trucs parce que je trouvais ça hyper fun de faire du roller dans un centre commercial. »

Lamine Fathi

Donc c’était assez cool.

Lamine Fathi, enfant, à la Défense, en train de sauter des marches (1993)
Lamine Fathi, enfant, à la Défense, en train de sauter des marches (1993)

Lamine Fathie, , là tu as donc ta première paire de rollers et tu rencontres d’autres gens qui font du roller ?

Ouais j’ai ma paire de patins de roller en plastique à Colombes. Je roule pendant quelques années comme ça tout seul. Je fais des dérapages, je saute des marches… Mais je me rends pas compte qu’en fait y a un club qui existe, enfin non pas de club, mais qu’il y a des gens qui en font, etc. Ce qui va faire le déclic dans ma tête, c’est un gars qui s’appelle Nelson, un rider qui a inventé un slalom qui s’appelle l’aigle Nelson.

En fait, ce mec-là était dans ma classe. Il débarque. Je ne sais pas comment on fait, on papote pendant le récré, et à un moment donné, il me dit « moi je fais du roller ». Je dis « Ah ouais, moi aussi je fais du roller, donc c’est super ».

Et le gars me donne rendez-vous à la mairie de Colombes. Il y avait aussi son frère José et un autre mec qui s’appelait Vincent, un qui s’appelait Rodolphe. Bref, c’était la petite bande. Donc je les rejoins. Sauf que là, moi, dans ma tête je savais super bien faire du roller. Mais quand je les ai vus arriver, eux, avec des baskets, des platines, des roues… mon cerveau a tourné ! En fait, je ne savais pas du tout en faire.

Les mecs m’ont dit :  » Tu viens avec nous, on va du côté de la Défense « . Parce que là-bas, il y avait un endroit où on pouvait faire du roller. C’est bien simple, j’ai fait 10 mètres et je n’ai pas pu les suivre. J’avais des rollers en plastique, c’était impossible pour moi de les suivre. Moi j’avais des freins, eux ils n’avaient pas de freins. Et là le soir en rentrant, je suis dégoûté. Je ne suis pas bien et je me dis que ce n’est pas normal. Les mecs allaient bien plus vite que moi. Je n’arrivais pas à comprendre. Et c’est comme ça que par la suite, Nelson va m’aider à faire mes premiers rollers. Il va me donner une platine Fiberlight avec des roues Kryptos et des roulements à billes. La base.

Ouais, la base, exactement…

Du coup, après, je mets une vieille paire de baskets toutes flinguées sur ce montage. Je crois que c’était des Patrick Hewing. Je pense que vous connaissez ça. Quand tu les mets et que tu as déjà marché avec, tu as le bout du truc qui se pointe vers le haut. Et c’est comme ça qu’on peut dire que Nelson est quasiment à la base de la chose. Parce qu’après, quand il fait ma première paire, c’est allé beaucoup plus vite. J’allais même très très vite avec des roulements. Là, mais vraiment, c’est un autre univers parce que je vais beaucoup plus vite. À la limite, je tiens les voitures quand ils commencent à passer la première, au feu rouges et qu’ils vont pour accélérer. Je me rends compte qu’à partir de tout ça, mon cerveau vrille, je me dis :  » C’est bon ! « 

Après on en fait un petit peu à Colombes. Il y avait un gros spot à l’époque à Colombes et pas mal de gens faisaient du roller. Je ne me rappelle plus de leur prénom, mais il y avait des gens come Cyrille Proux.

Lamine Fathi saute sur tremplin en sac à dos
Lamine Fathi saute sur tremplin en sac à dos

Il est encore actif d’ailleurs. On ira sans doute l’interviewer un de ces jours…

Il y avait aussi Eagleman. Je sais que lui venait à Colombes. Il n’habitait pas très loin, même au collège. Et avec Nelson, on était tellement des fous qu’on allait à l’école en roller. Moi, je dormais avec les rollers. C’était l’anarchie dans ma tête. C’était vraiment l’explosion de beaucoup de choses. À l’époque, on avait un prof’ qui s’appelait Didier. Il voyait qu’on était tellement fan, qu’on venait en roller et qu’on repartait en roller de l’école… Il décida donc avec la directrice d’école de mettre l’activité roller le vendredi après-midi. C’était pour te dire à quel point on était des fêlés et qu’on en voulait !

Du coup, nous pratiquions le hockey. Je vous parle de ça, nous étions plutôt dans les années 1989-90, voire 1991. Je découvre le roller. C’est bon, c’est fini pour moi. Ma scolarité part en vrille. Parce que je ne pense qu’à ça, je n’ai envie de faire que ça. Quand je dis je dors avec mes patins, c’est réellement vrai. Je dors avec ! Et dire que si je n’ai pas mes rollers au pied quand je dors, je pleure. C’est ça, quand t’es gamin et que tu trouves un truc, tu ne le lâches plus.

Lamine Fathie, tu n’es pas le seul à nous avoir dit ça, il y en a d’autres qui ont dit la même chose. Mais alors, fin des années 1980, tu dis qu’avec Nelson vous alliez vous balader, vous alliez jusqu’à la Défense. Qui est-ce que tu rencontres sur place ?

Walid : Dans mes souvenirs, il y avait Hakim Ben Jelloun, pas Hakim Naït Chalal qu’on a interviewé. L’autre Hakim, qui est aussi très grand ! Hakim Ben Jelloun qu’on salue.

Lamine : Du coup, on rencontre le grand Hakim de la Défense. Je suis déjà tout petit de base, mais lui, il est très grand. Et en fait, quand moi, je viens à ce moment-là à la Défense avec Nelson, le club venait d’ouvrir ses portes, si je peux dire ça comme ça. Le club venait d’être monté. Michel Fize était déjà là. et on avait après je voyais Batoul. Je voyais Katt, Je voyais Francis. Je voyais un gars qui s’appelait Danny, un sauteur, il y avait aussi Désiré, le frère d’Alex, Désiré Diboundou qui était là, qui était un grand slalomeur.

En fait, je vois ces gens-là, il y a aussi Charles, Charlie, Charles Bonpas,

Charles Bonpas, oui…

Il y a aussi Yaya. Voilà. C’est avec eux, après par la suite, que je vais grandir. Mais quand Nelson m’amène dans ce club-là, pour moi c’est une révolution ! Parce que là, je vois d’autres gens qui font du roller mais qui ont déjà un niveau, qui sont déjà très forts. Et là, pareil, ton cerveau il vrille encore, tu vois, il vrille encore parce que tu te dis « Waouh les mecs ils sautent haut, ils vont loin ». Le slalom, je n’arrivais même pas à comprendre comment on pouvait croiser le pied avant ou le pied arrière.

C’était de la folie pour moi. Franchement, quand je me rappelle de cette époque-là, je me dis « c’est dingue ». Mais encore une fois, on était là pour le plaisir.

 » Pour moi, le roller, c’était un truc sans prétention. C’était juste pour m’amuser, pour m’éclater, et surtout pour aller à l’école avec. « 

Lamine Fathi

Et puis encore une fois, dans ma tête, c’était  » Quand je vais être grand, je vais aller travailler à Carrefour et faire du roller dans Carrefour « . C’était un peu l’objectif. Mais là, en côtoyant tous ces gens-là, ton niveau là il monte d’un coup. Bien sûr parce qu’après, ce qui est marrant, c’est que dans la bande dont je t’ai parlé avec Nelson, José, Rodolphe, Vincent. Et il y avait Steve aussi, parce que j’oublie Steve. Il était le plus fort à l’époque avec Nelson, c’était vraiment les plus forts.

Après petit à petit, tu vois, t’avais ceux qui étaient des forcenés qui allaient rester. Puis tu avais après les autres qui s’écartaient. Ils n’étaient pas aussi assidus que ça ou ils faisaient du roller comme ça vite fait. Et à ce moment-là, moi je me retrouve avec Nelson et Steve. Du coup, nous sommes très peu en fait. Mais la chance qu’on a, c’est qu’on a Yaya, Charlie et Anthony qui eux habitent à Gennevilliers. Ce sont des voisins finalement. Et ils sont obligés de passer par Colombes pour aller à la Défense en roller.

Roller Team La Défense
Roller Team La Défense

Vous les retrouviez donc sur le chemin quand il y allait ?

Oui, il y avait du chemin à faire pour aller à la Défense. Et ils étaient obligés de passer par Colombes. Donc à chaque fois, on se donnait rendez-vous avec Yaya, Charlie et Anthony. Puis, on partait ensemble. Eux, ils s’accrochaient derrière les voitures. Moi je n’étais pas encore un expert. Donc, j’y allais tranquillement sur le trottoir. Et une demi-heure après, je les retrouvais à la Défense. Ce déclic de tous ces gens-là, de regarder, de côtoyer plus forts dans le slalom et dans le saut, cela m’ouvre le cerveau complètement.

Et là, je me dis :

« Ah oui ! Parce que je ne connaissais pas le saut. Pour moi, le saut, sauter les quatre marches de la mairie de Colombes, c’était le truc le plus dingue que j’avais su faire. Et là, je vois un tremplin, je vois des barres, c’est encore un autre délire ».

Lamine Fathi

Et là, tu commences à sauter, Lamine Fathie…

Oui, il y avait un gars qui traînait à la défense et qui s’appelait Fabrice. C’était lui qui « rattrapait » les gens qui ne savait pas très bien en faire. Moi, j’étais tellement petit qu’il m’a rattrapé facilement. Parce que plusieurs fois, je suis parti en arrière. Et s’il n’avait pas été là, je pense que j’aurai arrêté tout de suite le roller. Heureusement qu’il était là ce Fabrice.

Pour revenir à ta question Walid, à un moment donné, je prends du niveau parce que je ne m’entraîne qu’avec des gens qui sont très forts. La chance qu’on an c’est que Michel Fize il nous protège dès le départ en nous donnant des protections… Parce qu’il faut mettre des protections. Le casque était obligatoire pour nous. Surtout pour les petits, et protection obligatoire pour les petits aussi.

Après les grands, les autres, pas tous, mais certains oui. Mais nous c’était obligatoire. Et franchement, il nous a sauvés plusieurs fois la vie. Parce que moi quand je vois combien de fois je suis tombé sur les genoux, si je n’avais pas eu les protections, je n’en aurais pas fait longtemps.

Juste un petit commentaire, on parle de Michel Fize, qui fait partie des fondateurs du club de la Défense…

Oui, Michel Fize avec notamment d’autres gars qu’il y avait avant : Stéphane Aubert, Nassa qui était là aussi.

Nassa, c’est un peu des anciens de la Défense. Ces mecs-là déjà sautaient un peu avant que le club arrive. C’est après quand Michel commença à rencontrer ces gens-là qu’il décida de créer le club. Même si, à la base, Michel n’était pas venu pour voir ces mecs-là en roller. Il était venu pour voir des gars en skateboard. Et c’est en rencontrant ces riders, notamment Francis et notamment Charles, je pense qu’il y a eu le déclic pour lui, justement, de les aider à structurer le club de la Défense.

Francis slalom au pied de l'Arche de la Défense
Francis slalom au pied de l’Arche de la Défense

Francis, dont vous pouvez retrouver le podcast que nous avons réalisé récemment, en deux épisodes. C’est un artiste international spécialisé dans le roller…

Ouais et je vous invite tous à écouter parce que franchement c’est super, vraiment super.

Lamine Fathie, je voulais savoir si tu avais roulé avec Sylvain Tarot et Alban Trapani ou pas ?

Bien sûr, bien sûr, il y avait Sylvain, il y avait Damien et Alban, mais il y avait un autre gars qui s’appelait Nicolas, un petit Nicolas qui faisait des « Zoulous casquette ». C’est quasiment lui qui a inventé le Zoulou-Casquette. À l’époque, c’était une figure où tu prenais ta casquette et tu t’amusais à la passer par-dessous la jambe en sautant. Nicolas était très fort aussi. A la suite de ça, quand je m’inscrivais au Club de la Défense, en 1992/1993, on fait un événement. Et quand je rencontre ces gens-là, encore une fois, ils ont un level, j’arrive même pas à comprendre. Le club existe à peine depuis quelques années, ils ont déjà un niveau professionnel de dingue.

Les mecs qui sautaient comme Alex Robocop atteignaient déjà 2m70. On avait Nassa qui sautait 2m45, ça m’est resté dans la tête. Je connais presque par cœur la hauteur qu’ils sautaient. Et il y a Hakim Ben Jelloun aussi qui était très fort à l’époque en jump et en slalom. C’était un pionnier avec Désiré.

C’était impressionnant Hakim, un truc de fou…

Mais c’est ça les grands. Lui était tellement grand quand il faisait des karaté, il tapait quelqu’un en vrai, c’était dingue quoi. Mon premier souvenir de la Défense, c’est en 1994, un truc comme ça. Il y avait une Coupe de France ou un championnat de France. Et il y avait Gustavo Angel et Taïg Khris qui sautaient. Je les vois faire des 720 sur le tremplin. C’est mon tout premier souvenir de la Défense. C’est resté gravé dans ma mémoire. Je ne sais pas si c’est en 1993 ou 1994 cette première compétition fédérale.

Et à un moment donné, il a plu. Nous sommes allés en dessous. Et il y avait la finale de hauteur avec Alex et Lino, le frère de Taïg, parce que Lino était très fort aussi.

Michel Fize s’est dit qu’il allait prendre le plus grand, le plus fort, le plus costaud, et le mettre avec le tout petit. Ainsi, l’idée c’était de me prendre moi, parce que j’étais le plus petit et Alex le plus grand. Et le délire c’était que, moi je parte en premier et Alex Robocop arrivait derrière moi, sauf que pendant que je saute, lui il saute par dessus moi. C’était ça l’idée de Michel Fize.

Quel était le but ?

Il s’est dit, comme ça on va gagner la compétition des doubles. Et j’ai comme eu culot de dire à Alex :  » Tu veux que j’aille vite ? «  Alors qu’en vrai même si je mettais toute ma puissance elle servait à rien parce que le mec était tellement puissant que ça n’aurait pas fait de différence. Et pendant les entraînements on s’amusait à faire ça… Sauf qu’un jour je saute et il me percute. Puis, il m’attrape en l’air avec lui. C’est-à-dire que moi j’ai l’impression d’avoir mis toute ma puissance à sauter en l’air, sauf que je ne suis même pas à un mètre. Et lui arrive tellement à fond de balle qu’il m’attrape avec lui. Et il m’emmène avec lui !

Je me dis : « Mais attends, le gars il va trop vite ! C’est pas possible ! ». Et après on fait la compétition, on fait ce genre de double. Je sais plus si ce double là était autorisé ou pas… Parce que je crois que la fédération nous avait interdit de mélanger le grand et le petit, je sais plus. Il y avait un truc qui a fait que finalement j’ai pas pu faire ça et que je me suis retrouvé à faire un triple avec Nelson et Wilfrid Rossignol, un gars du Trocadéro. Donc, du coup, je crois que je me retrouve avec eux en train de faire des figures.

Lamine Fathi par Stéphane Zuber
Lamine Fathi par Stéphane Zuber

C’est quoi comme figure ? Une mitraillette ?

Non, non, ils étaient tous les deux sur les côtés. Et moi j’étais derrière mais serré, vraiment serré. Et je me rappelle qu’on faisait un 360° sac à dos catch. Ce qui me faisait peur, c’est qu’à un moment donné tu te retournes… Tu sautes et tu vois les deux qui te regardent, parce qu’ils ont fait déjà un 180°. Et toi tu les suis. Puis tu te dis :  » J’espère qu’ils ont bien atterri, sinon je leur atterris dessus. » Donc c’était assez marrant. C’était ma première compétition, la première pour tout le monde, je crois. Pour pas mal de riders qu’il y avait là.

Et pour en revenir à ce souvenir-là de Gustavo, c’est aussi là que je rencontre Taïg. Lui a fait un salto avant. Je sais pas si tu te rappelles Walid, mais il est arrivé hors compétition, parce que les mecs ils lui ont dit que c’était interdit. Je crois d’ailleurs que Christian Debackère avait dit que c’était interdit ce genre de truc. Donc tout le monde attendait, et tu vois Taïg avec ses cheveux longs, son jean Levis super serré, il met ses protections et il part à fond de balle. Puis il fait le premier front flip en tremplin. Et là pareil, tu vois ça, tu pètes un câble ! Tu fais :  » Wouah, c’est un truc de fou ! C’est extraordinaire ! « 

Bref la compétition se finit. Je crois que c’est Alex qui gagne… ou c’est Lino ?

Walid : Je dirais Alex mais je ne suis pas sûr. Il faut que je retrouve les vieux magazines avec les résultats…

En tout cas, le podium c’est Alex, Bino et Alban. Maintenant dans quel ordre ? Le premier, je ne me rappelle plus. Et du coup, après cette compétition, le week-end suivant arrive et là tout le monde revient pour s’entraîner. Sauf que moi quand j’arrive, cette fois-ci, je fais le salto avant aussi. Et là, les mecs ils me regardent et me disent :  » Mais pourquoi tu l’as pas fait ? «  Je dis :  » Parce que je ne savais pas le faire, je savais pas que ça existait ! « 

Et avec Nelson et Steve et José, on va à Colombes, dans un endroit qui s’appelle les Pétales. Il y avait une espèce de tremplin naturel… sauf que c’était de l’herbe. Et du coup nous on mettait des cartons et on s’entraînait là-dessus. En fait on s’entraînait à faire des Misty Flip, etc. Mais ça n’est pas encore vraiment en vrai.

Je m’y entraîne à faire le salto avant. je me dis :  » Ouais c’est bon, je vais y aller le week-end prochain. On va aller les voir et je vais faire le salto avant. » Sauf que je fais le salto avant, je l’envoie un peu trop fort, et j’atterris complètement sur le ventre. Et c’est là que je me dis que ça fait très très mal en fait ! Ça me calme. Et en même temps ça me motive et ça me donne encore un autre déclic.

Couverture du magazine Rollermax avec Lamine Fathi
Couverture du magazine Rollermax avec Lamine Fathi en sac à dos au dessus d’une voiture

Qu’est-ce que ça a déclenché pour Toi Lamine Fathi ?

Parce qu’après quand on a la mode de Taïg et de Gustavo qui font des saltos, des backflips dans tous les sens, le saut prend une autre dimension. J’ai revu des anciens il n’y a pas très longtemps. Ensemble, on a regardé des vieilles vidéos de 40°C à l’ombre. Il y en a un où Gus faisait des saltos avant par-dessus des bagnoles. C’était vraiment très chaud ce que faisait Gustavo à l’époque. Bien sûr, il a fait quand même un salto arrière par-dessus trois bagnoles. Même là maintenant, prends un sauteur, demande lui de faire un backflip par-dessus trois bagnoles. Avec des quads, franchement, quand tu remets tes quads là maintenant, t’as peur ! Ça ne tient pas la cheville et tout, et franchement, respect à lui.

Et il a fait autre chose, il a même sauté une bouche de métro. Je ne sais pas si tu l’as déjà vu, ça Walid, mais Gustavo, le premier saut à froid à 9 heures du matin, il met un tremplin et il sauter la bouche de métro parisien, Un métronome ! Tu vois, le mec à froid, il saute ça, normal. Le mec trop fort. C’est compliqué parce que tu peux le voir un peu dans les vieilles vidéos où tu les vois qui catchent tous sur le périph’, etc. Moi j’ai toujours l’habitude de dire que le niveau de risque pris par les gars a baissé et qu’en fait il était beaucoup plus élevé dans les années 1980. Les mecs étaient vraiment extrêmement forts, ils en avaient rien à foutre je pense, et ils étaient vraiment très forts.

Comment expliquer cela ?

Et en fait c’est un peu dur d’expliquer aux gens sans montrer des images, que ce mec là était vraiment au-dessus du lot. Je sais même pas si la dernière génération de sauteurs existe ou pas. Mais en tout cas, c’est vrai qu’ils se sont beaucoup améliorés au niveau des saltos. Depuis cette période, le high jump du saut n’a pas énormément évolué, ce qui est un peu dommage en soi. Après, bien sûr, le matériel a évolué, du tremplin on est passé aux banks.

Donc du coup, c’est sûr que les gens sont partis un petit peu plus haut, plus vite, plus loin. Mais c’est vrai que tu te rends compte que dans les années 1990, Merlin, JP, Benji, tous les anciens du trocadéro, Tommy, Jacques, enfin bref, tous les anciens, ils avaient déjà un level de taré. Freddy Lavaury (Kryptomaniac) aussi, tu vois, j’oublie, mais on en parle.

Lamine et un groupe de riders
Lamine et un groupe de riders – photo : Zola

C’est clair Freddy aussi était impressionnant…

Freddy, pour moi, c’était le plus fort en vrai. Sauf qu’il ne maitrisait pas sa détente parce que le mec était tellement trop puissant qu’il allait trop haut. C’est pas qu’il n’allait pas assez haut, il allait vraiment trop haut !

Donc, pour moi, il fait partie des gens qui m’ont choqué parce que c’est des mecs qui ridaient tous bien. Tout le monde ridait bien. Moi, quand j’étais gamin, mon rêve c’était de travailler à Carrefour. C’est fini. Là, on passe sur une autre dimension, c’est plutôt l’envie de devenir aussi fort qu’eux. Je ne savais pas, après que les compétitions allaient arriver, qu’il allait exister des championnats de France, etc. Mais après, le but, c’était de devenir plus fort. Pas de devenir un champion de machin, mais de devenir fort, de savoir faire ça.

Et l’époque, on cherchait à inventer des figures dans tous les sens : des 720, des Zoubou, des catches, etc. Donc c’est pour ça que les mecs étaient forts. Parce qu’on était vraiment dans les débuts du high-jump. Mais franchement c’est vrai que, comme tu dis Walid, ils étaient tous forts. Ils catchaient sur le périph’ ni vu ni connu. C’était normal. En arrière, en avant, ils sortaient de la voiture, les doigts dans le nez. Et c’était vraiment impressionnant. Alors moi à l’époque, je n’avais pas le droit de faire ça parce que les grands m’engueulaient.

Donc ils étaient responsables malgré tout…

Oui, tu vois, bizarrement, les mecs n’étaient pas si inconscients que ça. Ils savaient jauger le degré de danger qu’il y avait pour les petits. Je te parle de moi mais il y avait aussi Nelson ou Steve. Ces gens nous protégeaient un petit peu en disant « ouais faut pas faire ça maintenant ». C’était assez cool.

Fin 1994, je fais une démonstration pour le tour de France Roller avec Samir Zemmouchi. Je faisais juste le show de l’arrivée. Ils faisaient l’arrivée. Moi je faisais juste la démo et ça leur plaisait, avec Nelson, avec Steve. Encore une fois donc c’est toujours les mêmes petits qui sautaient. Et puis après on nous proposa de faire le tour de France l’année suivante en 1995.

Et j’accepte. Ma mère qui signe l’autorisation parentale pour que je parte pendant deux mois en tournée. On partait le 30 juin et on revenait le 4 septembre je crois. Et on faisait vraiment le tour de France, la tournée des plages. Et on faisait que du jump ! Alors là, en 1995, le niveau de tout le monde a pris vraiment. J’ai commencé à faire du backflip. Freddy, lui, revenait de l’armée. Donc, il a commencé aussi à envoyer du lourd. Merlin envoyait aussi, tout comme JP et Teddy. Enfin bref, après tous les autres.

Quand tu roules pendant 60 jours avec les mêmes gars, au bout d’un moment, quand tu arrives à Paris à la fin de la tournée, tout le monde est fort.

Comment décrirais-tu cette expérience ?

Je dirais que ça a été une expérience incroyable pour moi. Je me suis rapproché de Zola par la suisse. Puis, je me suis rapproché de Freddy, c’était marrant. C’était fou. Et moi je crois que j’avais 15 ans à ce moment-là. Et les grands, à un moment donné, pendant la tournée, commencent à taper du poing sur la table et demandent à Samir d’être payés. Ils font une réunion tous ensemble. Moi je calcule à moitié ce dont ils parlent. Moi j’étais content, j’avais du matos, c’était le seul truc qui m’intéressait. Et du coup Samir a fini par nous payer. Et nous à l’époque, les petits étaient payés 50 francs par semaine et les grands étaient payés un petit peu plus. Mais moi quand j’avais 50 francs par semaine, c’était de la folie ! C’était dingue ! Tu te rends compte on nous payait pour faire du roller !

Là en fait j’ai avancé d’un bond. Pour revenir à la compétition, il y avait Nelson, Steve, Charles, Anthony. Nous avons été recrutés pour tourner le clip avec Lenny Kravitz en 1993. Le premier clip avec Lenny Kravitz, qui a été tourné à l’aéroport de Charles de Gaulle. Et ça, ça a été notre « première expérience » filmée, télé, clip officielle et tout.

C’est donc un virage professionnel pour toi…

C’est là quand je reçois mon premier cachet et que je le donne à ma mère. Je comprends très vite que c’est à ce moment là que je vais gagner ma vie en faisant du roller.

Tes parents, comment ils réagissent ? Parce que bon, t’es mordu de roller depuis le départ, moi aussi, mes parents m’ont dit : tu fais autant de roller que tu veux, mais par contre t’as des bonnes notes à l’école…

C’est vrai que pour le coup, ma mère et mon père ne comprenaient pas le roller. Enfin, ils comprenaient, ils savaient que je m’amusais, que c’était cool et que j’allais dans les clubs. Après ce qui rassurait mes parents c’est que quand j’allais au club de la Défense, ils savaient où j’étais. Donc ils savaient que j’étais au club et que c’était encadré.

Après ils étaient très contents, en vrai et ils ne m’ont jamais interdit de faire du roller. Et ce malgré le fait que les études n’étaient pas au rendez-vous à cause du roller. C’est là où j’ai eu de la chance par rapport à d’autres amis où tu sens que les parents exigeaient aux enfants de ramener des bonnes notes, sinon pas de roller. Et bien j’ai eu cette chance-là. Une chance ou pas chance, j’en sais rien, mais en tout cas j’ai eu ce privilège que mes parents me laissent malgré que j’avais pas des très bonnes notes. Je revenais avec des 1, des 2, des 0.

 » C’est difficile d’expliquer une émotion comme ça, parce que quand t’es petit et que tu rentres à l’école à 9h00, dans ta tête t’as envie de sortir pour aller faire du roller. Je pensais qu’à ça. C’était de la folie. »

Lamine Fathi

Et je sais très bien que j’ai bousillé ma scolarité à cause de ça, c’est clair. Et j’ai eu de la chance que mes parents au contraire m’ont laissé m’épanouir là-dessus.

Lamine Fathi, Taïg Khris et d'autres riders
Lamine Fathi, Taïg Khris et d’autres riders

T’as des regrets par rapport à ça, Lamine Fathi ou pas ? Pour tes études ?

Pas du tout, pas du tout. Non, au contraire, j’en suis très content. Après j’ai rattrapé mes lacunes. Mais j’ai envie de te dire : quand j’ai commencé à les rattraper à un certain âge, c’était plus facile pour moi de comprendre ce que je faisais que quand t’es gamin. Enfant, tu vois, c’est un peu plus dur. Et puis en plus, moi, gamin, quand je comprenais pas, je n’osais pas lever la main devant tout le monde et dire que je n’vais pas compris. J’avais l’impression d’être un peu le bébête de la classe, tu vois. Mais parce qu’encore une fois, mon cerveau était déjà ailleurs.

Mais comme tous les mordus de roller, en vrai. Je pense que tous ceux qui ont été mordus de roller comme moi sont des monomaniaques.

Ouais, c’est vrai…

Donc du coup voilà. T’as qu’une envie, c’est aller rouler. Pour moi tout le reste n’avait pas de sens. Après, quand je suis passé au collège, je loupais très souvent l’école le lundi. Parce que le week-end j’avais la chance de partir en démonstration soit avec le club de la Défense, soit avec Michel Fize… Enfin, je confonds, avec Samir Zemmouchi, avec le Tour de France. Il s’avère que j’avais un peu de chance parce que ma mère, quand elle venait, elle leur expliquait que je faisais du roller. Et le proviseur disait :  » Bon ok, donc le lundi matin, je l’autorise. mais par contre l’après-midi, il doit être là. »

Et donc j’avais droit à ça. J’avais quelques chances comme ça aussi qui sont arrivées.

Je voudrais revenir sur la période dont on parlait juste avant 1995. Parce que là, tu roulais en quad, mais à partir de 1993-1994, le « line » arrive. Comment as-tu vécu cette transition ?

Moi, quand j’ai vu ça la première fois, je trouvais ça bizarre. J’ai dit que c’est du n’importe quoi. Cela devait être un des gars de la Défense ou du Trocadéro qui en utilisait, Tariq.

Ah, c’est Tariq ?

Lamine Fathi : Ouais. Tariq était quasiment un des tout premiers. Mais en fait ce n’était pas ses rollers. C’était ceux d’un américain et Tariq lui a demandé de les essayer.

Mais là, je crois que c’était en 1992-93, au Trocadéro. Et je me rappelle qu’ils étaient noirs avec du fluo. Tu sais les roues fluo et le spoiler fluo jaune. Et franchement quand je vois ça, moi je me dis, c’est n’importe quoi ce truc-là, ça n’a pas de sens. Mais c’était normal, parce que c’était le seul. Donc pour moi c’est ça n’avait pas de sens. Et puis quand je le voyais rouler ça n’avait pas de style. Il avait les pieds un peu enfoncés à l’intérieur. Tu sentais que quand ça ne roulait pas vraiment, alors que nous on avait déjà des roulements qui roulaient bien parce qu’on mettait de l’essence. C’était notre technique, on mettait de l’essence sur les roulements on décachetait tout et puis ça permettait d’avoir la roue qui roulait le plus longtemps possible.

En revanche, ça ne durait pas très longtemps parce que ça s’usait vite. Mais par contre ça roulait super bien et ça faisait plein de bruit.

Ouais, c’était aussi ça qui était cool…

Pour être honnête sur le coup, moi le roller en ligne, quand je le vois, je suis sceptique. Ce n’était pas… ce n’était pas ça. Et puis pour moi, vu qu’il y avait qu’une personne, ce n’était pas assez encore percutant. Ce n’est qu’après, une fois que je vais découvrir le inline et que je ne vais pas voir qu’une personne mais là plusieurs, que je vais commencer à comprendre que finalement c’est pas mal en fait. C’est vraiment pas mal.

Lamine Fathi - Liu Kang
Lamine Fathi – Liu Kang

Qui sont ceux qui passent en line en 1995 / 1996 ? T’avais déjà Wilfried et Taïg qui devaient être en line aussi en 1996. Je me rappelle, le championnat de France 96, il avait des Bauer et on lui apprenait à faire des shifty, donc c’était les débuts. Taïg était déjà en line, je suppose. Oui. Il a fait le premier « Bercy » en line. C’était le début du grand passage au inline.

En 1995, quand je fais la tournée, il y a des paires de inline. Je ne veux pas dire de bêtises, mais il me semble que c’était K2 qui était déjà là. Mais je ne suis pas sûr.

Oui, Roy roulait déjà en inline. Il avait des K2 bleu et noir, déjà en 1995.

Lamine Fathi : Oui, ça doit être ça. À l’époque, le Tour de France était sponsorisé par Templar, donc du coup, il recevait du matos de chez K2. Y’avait les sacs Jeansport, les montres Yema, et puis y’avait tout ce qui était Kryptos… En fait, j’étais concentré dans le quad, encore une fois, pourquoi?

« Pour moi, après le quad, il y avait encore cette espèce de truc où tu te dis : « non, on peut encore évoluer. Et le inline, ça va être éphémère, ça va venir un moment, mais ça va repartir. » Mais en fait, j’avais tout faux, finalement. Ceux qui sont partis en avant dessus, ils avaient très bien compris. C’était déjà des visionnaires. »

Lamine Fathi

Parce que pour être honnête avec toi, moi, quand je suis à la Défense en 1992-93, il y avait une mini rampe qui n’avait pas de coping. Sauf que nous, quand on roulait là-dessus, on ne savait pas qu’il fallait faire des allers-retours. Moi je pensais que c’était juste pour jumper donc du coup c’est ce qu’on faisait, on prenait les barres de la Défense, on allait là-bas, on les mettait et on faisait du saut en hauteur, c’est tout. Et quand on faisait le trajet pour entrer à Colombes, à Bois-Colombes, il y avait une mini-asphalte, en 1993-94. Cette mini-asphalte était dans un terrain fermé. Et on ne comprenait pas. Et quand on voit ça, on ne sait pas en fait à quoi ça sert, on saute sur la plateforme, c’est tout. On ne se dit pas qu’il faut faire des allers-retours et des figures.

Et comment vous avez évolué et utilisé ce module ?

Pour moi ça n’était pas logique. Et c’est plus tard que j’ai compris. Quand j’ai vu Taïg. Lui a commencé très tôt la rampe, parce que ça a été l’un des premiers. Quand je dis l’un des premiers, je parle pas de la partie avec Toto Ghali et Vincent Isaac. Alex Colin et toute la bande étaient vraiment des précurseurs de la discipline en France. Mais là je parle du premier mec dans le jump qui comprend très vite qu’il faut partir du côté de la rampe alors qu’il fait du quad en rampe.

Lamine Fathi catche une grosse berline
Lamine Fathi catche une grosse berline pour un clip

Il faudra qu’on pose la question à Taïg… Mais déjà dans la vidéo Air Attack en 1992, René Hulgreen était en quad. Quand est-ce que tu mets ta première paire de roller inline ?

Pour revenir à la tournée du Tour de France. On est gonflé à bloc avec tout le monde. Gustavo, Taïg et d’autres. Au Trocadéro, ils sont au courant qu’il y a un petit qui sait faire un salto arrière sur le tremplin, ça les intrigue. Parce que moi, à ce moment-là, je savais le faire. Il y avait Zola, Yaya, Freddy, tout le monde dit à Gustavo et à Taïg que je sais faire backflip. Et du coup, quand j’arrive au Trocadéro, ils annoncent que je vais le faire, tu vois.

Et je me rappelle que Gus n’arrêtait pas de me chauffer et il me regardait. Il partait du Trocadéro, il me tirait la langue et il faisait backflip, frontflip, mistyflip, il faisait tout quoi ! Et à un moment donné, je dis : « Vas-y je me lance, c’est pas grave. » Du coup, alors peut-être qu’il y en a qui vont s’en rappeler de ça à l’époque parce que je me chauffe dans ma tête, je dis allez j’y vais. Là je prends ma vitesse, je pars et je vais pour faire backflip sauf que le problème c’est que je le tourne pas, je reste bloqué. Et j’atterris sur la nuque, le dos, sur le marbre au Trocadéro.

Et tu ne t’es pas fait trop mal ?

Lamine Fathi : T’as Taïg qui est juste à côté de moi et qui me dit « Ah je savais que t’allais faire ça ». Moi, dans ma tête, je me dis :  » Mais il est con, s’il s’avait que j’allais me planter, il aurait pu me rattraper. » Je n’ai rien, grâce à Dieu, j’ai rien du tout. Sauf que je suis choqué, mentalement. Parce que, franchement, ça m’a fait mal. Et à la suite de ça, on ne me voit plus sur le spot pendant 4 ou 5 mois.

À ce moment-là, je coupe les ponts. Parce que, franchement, en vrai, quand je me lève et que je fais genre « ah, j’ai pas mal », en réalité, quand je rentre le soir chez moi, j’ai très mal. En plus, c’était à un moment donné où j’étais en pleine croissance et que je faisais du saut. Vous connaissez, à force de sauter, les genoux prenaient et j’ai été obligé d’arrêter quelques mois, le temps que la croissance se développe. Sauf que quand j’arrête pendant 4-5 mois, je ne suis pas content.

Après quand je reviens, c’est en inline pour le coup. Je reçois ma première paire de K2 au Tour de France, encore une fois. Là, le club de la Défense, c’est fini. On a tous émigré au club du Trocadéro. Donc c’était un peu la foire-fouille, tu vois, parce qu’Eric Forestier n’aimait pas trop qu’on aille faire les démos. Enfin c’était des petites guéguerres en interne. Et là par contre, là je passe au inline et j’ai le déclic. Tu vas beaucoup plus vite, tu vas beaucoup plus loin et tu sautes et ça tient mieux la cheville…

Comment se passe cette transition quad / inline pour toi Lamine Fathi ?

Là, je découvre encore un autre univers dans le roller qui est juste dingue, qui est incroyable. Pareil, à ce moment-là, je commence à prendre de la puissance, de la hauteur et à maîtriser un peu le inline. Donc pour mon passage du quad au inline, il m’a peut-être pris 3-4 jours, ça a été rapide pour moi. Et cela a même été plus facile, parce que en fait tout ce que je savais pas faire en quad, en inline ça devenait beaucoup plus facile. Par exemple, étant donné que j’allais beaucoup plus vite, cela me permettait de faire des 360° beaucoup plus loin et j’ai pu y ajouter 2 ou 3 figures dedans.

Donc là tu continues à faire du saut mais cette fois-ci en line…

À ce moment-là, je tâte un petit peu la rampe. Sauf qu’à un moment donné, je me prends une boîte parce qu’encore une fois, je n’avais pas les bons rollers et que je n’avais pas les codes de la rampe.

Pour la rampe, je te parle de celle de Nanterre, il n’y avait pas de coping. Pareil, un jour avec le inline, ça va tellement vite que je panique. Du coup, quand je panique, tu vois mes deux jambes partir en arrière et j’atterris tout en bas. Je chute et encore une fois je suis séché. Mais cette fois-ci, c’est beaucoup plus cool. C’est pas l’effet backflip du Trocadéro. Là c’est vraiment une chute qui m’a calmé, mais en rigolant. Je rigolais après et je me disais « Mais, en fait c’est dur ». Et puis il fallait que je vois comment on fait. Quand tu utilises un module, mais tu sais pas, en fait, tu n’arrives pas à comprendre. Tu n’as pas les repères. Tu ne sais pas comment il faut faire. Et moi je ne regardais pas trop les vidéos. Je n’étais pas quelqu’un qui regardais les vidéos, parce que j’étais plutôt ancré avec les riders.

Lamine Fathi dans la rampe de Champigny-sur-Marne
Lamine Fathi dans la rampe de Champigny-sur-Marne

Quand as-tu fait le choix de t’orienter davantage vers la rampe Lamine Fathi ?

Pour être honnête, c’est quand je fais la tournée du Tour de France avec Samir vers 1997. Cela a été ma dernière tournée avec lui. En 1997, je rencontre en même temps la tournée de Zola, qui est avec Rollerblade. Et ils la font en même temps que nous. A un moment donné, je vais voir mon pote Zola et là je pète un câble parce que je vois Zola vraiment super fort en rampe. Il y avait aussi Fafa Roger et puis Magic Keta. Les mecs étaient trop forts ! Avec eux, je comprends enfin ce que ça voulait dire la rampe. Ils faisaient des saltos arrière, des rotations…

C’est marrant, à l’époque, Taïg et Gus faisaient déjà de la rampe ?

Gus non, Taïg oui.

Ah, Gus ne faisait pas encore de rampe à cette époque là ?

Non, mais il ne va venir très loin derrière. Taïg en fait depuis beaucoup plus longtemps. Je crois que quand Taïg faisait du saut, il faisait déjà de la rampe à côté. Sauf que personne n’était au courant. Et Gus, y viendra beaucoup plus tard.

Lamine Fathi; vous ne saviez pas qu’il faisait de la rampe, Taïg ?

Non, je ne savais pas. Encore une fois, c’est normal. Nous, on était les petits. Ils étaient les grands pour nous à l’époque. Moi dans ce contexte, je ne traînais qu’avec Nelson. Et après Nelson, s’est blessé, il a arrêté. Puis après lui, Steve aussi…

Après Lamine Fathi, toi tu te retrouves tout seul ?

Après tu vas vers les grands. Tu traînes avec eux. Donc, c’est là où après moi j’ai commencé à les voir, à les côtoyer. Quand tu vois toute ta bande qui se disperse, tu vas là où le vent t’amène, avec eux.

Je savais pas qu’ils faisaient de la rampe parce que nous encore une fois quand on était des petits on se parlait pas trop. Moi je traînais vite fait avec Wilfried au Trocadéro. On faisait du saut avec Nelson. Il y avait un autre gars qui était très fort aussi, dont je me rappelle plus. Mais voilà, on traîne ensemble, entre petits, parce qu’on se comprenait.

Et derrière Lamine Fathi, la rampe a été un choix radical, tu t’es concentré à fond là-dessus ou t’as continué à faire d’autres choses à côté ?

Non, ça a été un choix radical parce que pour moi, j’avais envie de te dire, c’était presque la suite logique d’un mec qui faisait du high jump. Une fois qu’il avait sauté les bagnoles, qu’il avait fait le hauteur, qu’il avait fait les saltos, des rotations, la suite logique c’était la rampe. Wilfried, lui, il est parti dans le street. Mais après Zola et Taïg sont partis dans la rampe.

Moi, en fait, quand je vois la rampe et je que vois Zola en show, j’adore ça. J’ai le déclic, mais c’est pas ça qui va m’attirer. Pour être honnête, ça va être le street qui va m’attirer en premier parce que le street, ça me parle, parce qu’on saute et que je viens du saut. Les rotations, ça me parle, les backflips etc. Donc du coup, je me lance là-dedans.

Show de roller
Show de roller avec des figures sur une table de saut

Lamine Fathi, quand as-tu fait ta première compétition de street ?

C’est d’ailleurs Eric Forestier qui m’a emmené en Belgique, à Zumiez, pour faire ma première compétition de street. Lui aussi m’a dit :  » Tu as un petit gabarit, va au street, tu verras, ça va être mieux pour toi. »

Du coup, je m’entraîne pour ça. C’est vrai que c’est un aspect dont on n’a pas trop parlé. On a parlé beaucoup de ta pratique sauvage, entre guillemets, urbaine. On a parlé un petit peu détourné, mais c’est vrai qu’en termes de compétition, finalement, on l’a relativement peu abordé.

Lamine Fathi, tu as fait de la compétition en street en plus de la compétition de rampe ?

Oui, j’ai commencé ma première compét’ en street à Zoumiez. C’est là où je rencontre un autre rider très fort, Anis Iboulalem. Il y a aussi le film d’Issam Tolba, Mourad Tolba. Ces rencontres me mettent presque à l’aise. Ils me disent :  » T’inquiète pas… « 

Il y avait d’autres gars comme Jérémy Suarez ou encore Kevin Lopez. Les riders locaux. Et les deux autres voient que c’est ma première fois. Ils me mettent à l’aise et ils me disent : « Vas-y, vas-y, lâche-toi, jette-toi et tout, et tout, et tout ». Et voilà, mais j’avais des lacunes en grind. C’était bizarres pour moi. C’était dans mon cerveau, plier sa cheville comme ça c’était pas encore logique, tu vois.

Donc du coup, je suis à fond là-dedans, dans le street. Mais il y a un truc qui va me rattraper. C’est quand à un moment donné, je vois Gustavo et Zola faire de la rampe. Gus vient me voir et me dit :  » Lamine, tu ne voudrais pas faire des démonstrations de rampe avec nous ? « 

Et je lui dis :  » Ben moi, j’aime pas trop la rampe. » Et c’est ça qui est marrant. Avant, je n’avais pas de roller de street. J’en ai eu en cadeau. J’avais enlevé les deux roues du milieu et j’étais en mode street, tu vois, c’est comme ça que je roulais.

Freeskate quoi…

Voilà, exactement, freeskate avant l’heure. Enfin non, parce que K2 avait déjà sorti les modèles qui cartonnaient. Il n’y avait pas ma taille à l’époque, c’était un peu compliqué pour trouver cette pointure. Enfin bref. Il y a Gustavo qui me demande « Est-ce que tu voudrais faire une démonstration de rampe ? »

Et je dis oui, allez j’accepte. Je crois que c’était 1998. Sauf que je ne sais pas dropper de là-haut, je ne sais pas descendre de la rampe. Je ne sais que partir d’en bas. Et je ne fais que des backflips, des rotations au milieu de la rampe.

Et ce show-là, c’était pendant deux semaines au Salon de l’Agriculture. A l’époque, il y avait Jacques Chirac qui venait faire l’inauguration. Pendant ces deux semaines-là, c’est là où je vais commencer à aimer la rampe et je où vais commencer à être un mordu de la rampe, mais comme pas possible.

Pour être honnête, pour partir, je m’asseyais en haut de la rampe et je partais de la rampe assis tellement que j’avais peur. Mais comme j’aimais ça en même temps, j’y allais. Donc c’était assez rigolo. Et à la fin de la tournée, Gustavo m’a donné une paire de Rollerblade Chocolate. Je sais pas si vous vous rappelez de ce modèle-là qui détruit le pied. Tu vois, quand t’es issu du quad et que tu mets ce genre de patin, c’est pas confortable. Alors que K2 avait de l’avance par rapport à leur modèle, mais c’était très confortable, bizarrement.

Et donc que fais-tu ?

Je roule avec ça, je n’aime pas du tout le patin. Je suis un peu mitigé pour ce patin parce qu’il me fait mal aux pieds. Mais je roule quand même avec. Je roule avec parce que ça me permet de slider, d’apprendre les slides. Et je commence à comprendre le délire de la rampe. Je m’entraîne tous les jours, non-stop. Mais vraiment, là, c’est pas une blague. En 1998, j’arrête l’école. À l’âge de 18 ans, c’était fini. Je partais pour le roller et faire quelque chose. Après, bon, j’ai loupé plein de trucs, mais entre-temps, j’ai gagnais un petit peu ma vie en faisant des petites apparitions dans les téléfilms de Navarro.

Lamine Fathi dans la série Navarro
Lamine Fathi dans la série Navarro

Tu faisais de la figuration Lamine fathi ?

Oui, je faisais un peu de figuration dans d’autres trucs, dans un clip avec Bruel, etc. Et j’arrive à gratter un peu de monnaie, comme ça, à droite à gauche. Et là, je me fixe un objectif, je me dis que je veux avoir le niveau de Gustavo et de Zola. C’était les seuls avec qui je m’entraînais. Et c’était les seuls avec qui j’avais envie d’avoir le niveau. Tous les jours, j’essayais d’apprendre une figure comme un acharné. À un moment donné, Gus et Zola voient que je commence à prendre du niveau. Et pareil, Gustavo fera lui une compétition de son côté où il gagnera et on lui donnera une paire de K2. Malheureusement, ça sera une taille 40. Il me dit « Tiens Lamine, c’est ta taille, je te la donne » et il me donnera ma première paire de K2.

Et c’est à partir de là que la paire de K2 va déclencher encore un autre délire dans ma tête. Là, je vais encore prendre un petit niveau. Après, je ferai ma première compétition en 1998 / 1999.

Revenons dans les années 1990, Lamine Fathi, mais cette fois-ci en rampe. Tu découvres que tes potes font de la rampe, et que c’est de la folie.

Même si j’avais vu Bercy auparavant, pour moi c’était inconcevable parce qu’en fait la rampe je la regardais à moitié. Je sais pas si vous vous souvenez, mais à l’époque j’avais l’impression que c’était des grands qui faisaient de la rampe, parce que René Hulgreen, Brian White, ou Toto Ghali, Vincent, Dallas, toute la clique là, Issam Tolba, etc. J’avais l’impression qu’ils étaient plus âgés que nous en street. Dans ma tête, mais j’avais l’impression que c’était ça.

Et donc, je me perfectionne en rampe. Finalement, je laisse tomber le street bizarrement, et je me perfectionne à fond sur la rampe, jusqu’à ce que je fasse ma première compétition. Ma première compétition, je crois que je vais finir 7e. Je suis alors qualifié en amateur pour participer avec les professionnels. Je suis content mais sans plus.

Et je me dis qu’il faut que je revienne encore avec un autre niveau. Ce n’était pas terrible pour moi. Je sentais qu’il fallait encore du taf, beaucoup de taf. Et après, on m’a pris pour participer à la finale ASA amateur à Paris. Et là, je me dis que je vais faire la finale amateur, tu vois, sans prétention, bien sûr. Sauf que quand je fais cette finale-là, on a Nel Martín, Tobias Bücher, Benny Huber… Que des pointures qui ne sont même pas encore passées pro ! Je me dis :  » Attends, je vais pas concouvrir avec ces mecs-là ? Ils ont déjà un gros niveau ! «  Et bizarrement, je me qualifie pour la compétition européenne avec Zola. Donc je pars avec Zola et Gustavo. Je crois qu’il y avait à l’époque la team Sudley, je sais pas si vous vous souvenez de Sudley avec K.

Nous ne les connaissions pas.

Je crois que c’est eux qui m’emmènent là-bas. Avec Dove, Llosa et d’autres…

Lamine Fathi, tu ne roulais pas avec le 911 ? C’était une question que je me posais…

Non, je ne roulais pas avec le 911. Mais à la suite de cette compétition-là, ça me redonne encore un autre boom. Donc, je vais à Roller Parc Avenue.

C’était où la finale de l’ASA ?

Frankfurt.

Ah, d’accord, Frankfurt. En Allemagne…

Mais auparavant, je faisais de la rampe à Boutroux, Boutroux un petit peu et à Balard. À l’époque, il y avait du skatepark à Balard. Et du coup, voilà, je reviens à Paris.

Ça me motive parce que j’ai vu les gens rider. Je vais avoir Bart Lourenço, Nicolas, qui va me faire ma première photo en street, pour Catchup.com à l’époque.

Les rampes de Boutroux à Paris
Les rampes de Boutroux à Paris

Catchup.com, il n’y a que les anciens qui peuvent se rappeler de ce site…

Et Bart Lourenço qui va me « mettre dans le bain ». Parce que finalement, quand il va diffuser ma photo et qu’il va mettre mon nom. A l’époque, quand tu passais sur son site, ça voulait dire que tu étais peut-être le futur.

Et lui, quand il a mis ma photo, à ce moment-là, mon nom a commencé à circuler. C’était assez marrant, alors que je n’avais pas encore le niveau. Le tout premier site Internet français qui a mis des vidéos, c’était catchup.com.

C’est un site qui est finalement assez méconnu. Et pourtant, c’est lui qui a lancé tout, en fait…

Ouais, il a lancé beaucoup de tweeters, il a mis pas mal de monde en avant.

Et après est venu Crazy Roller…

Oui, après Crazy Roller aussi, bien sûr. Pour moi, c’était logique de parler de lui. Encore une fois, tu vois, si tu fais du roller et tu peux être le plus fort du monde, mais s’il y a personne qui te regarde, ça ne sert à rien.

Là, je commence à prendre du niveau. Donc là, je me dis que mon objectif, c’est de passer professionnel. Parce qu’à l’époque, si tu arrives à passer professionnel à l’ASA, tu te fais un nom. On était un peu dans cet esprit-là avec Zola et avec Fabrice Viguier aussi. On se motivait à vouloir passer professionnel parce qu’en fait, à l’époque, Zola et Taïg vont créer une association qui va s’appeler Showtime. Son but était de faire des shows, notamment à Rennes-sur-Roulette, où ils étaient avec la big-rampe à chaque fois. Il y avait Gus qui était au micro et qui mettait le feu. Il mettait le feu parce que Gus et Zola ils savent bien mettre l’ambiance au niveau des shows…

Rendez-vous prochainement pour la seconde partie de ce podcast consacré à Lamine Fathi !

Pour aller plus loin

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Auteur

Alexandre Chartier

''alfathor''

Alexandre est le fondateur et webmaster de rollerenligne.com depuis 2003. C'est un passionné de roller en général, tant en patin traditionnel qu'en roller en ligne. Il aime le patinage à roulettes sous tous ses aspects : histoire, économie, sociologie, évolution technologique... Aspirine et/ou café recommandés si vous abordez un de ces sujets !

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