Podcast : Lamine Fathi – sa carrière professionnelle en roller (2/2)

Par | Publié le 1 octobre 2023 | Mis à jour le 28 janvier 2024 | Catégories : lamine fathi Interview Lamine Fathi | Sous-catégories : Roller agressif | 858
| Tags : lamine fathi Interview Lamine Fathi

Second volet de notre podcast consacré à Lamine Fathi. Après avoir abordé ses débuts en roller, nous passons à sa carrière professionnelle…

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Roller agressif
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Podcast : Lamine Fathi - sa carrière professionnelle en roller (2/2)
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Lamine Fathi – le roller comme passion et comme ligne rouge professionnelle

Second volet de notre podcast consacré à Lamine Fathi. Après avoir abordé ses débuts en roller, nous passons à sa carrière professionnelle. Si vous ne l’avez pas fait, vous pouvez (ré)écouter la première partie

Comment s’est mise en place votre structure pour faire des shows ?

Nous avons pour but de vendre des démos de big-rampe avec des riders pour faire le show. Mais par contre, il faut qu’on soit tous des pros, parce que c’est plus facile à vendre. C’est comme ça que Zola et Gus vendaient le truc. Il y avait Joachim Santi, un rider de Aix-en-Provence qui était chez Rollerblade. Un gars que vous avez peut-être connu ou pas. Il y avait Anis Iboulalem, Fabrice, Zola, Gustavo et moi. Il n’y avait que Gustavo qui était professionnel. Et je crois Joachim, mais je ne suis pas sûr.

Et le but était que tout le monde soit professionnel pour qu’on puisse vendre le truc aux mairies. C’était comme ça qu’on avait organisé le truc. Donc du coup, je me suis dit :  » Ok, vas-y «  .

Et à un moment donné la finale européenne de rampe vient et qui se fait à Paris. Mais on a une étape entre temps pour se qualifier pour la finale européenne. Je me dis :  » Bon, je suis à la maison. A priori ça devrait passer pour moi. »

Donc je ride sur cette compétition pour me qualifier pour la finale. Je ne suis même pas qualifié. Et je ne sais même pas pourquoi. Zola se qualifie, Fabrice aussi, Anis… tout le monde…. Sauf moi, bizarrement. J’ai été vexé. Je sais pas pourquoi en fait. Je pense que ça a dû être l’ego sur le coup qui a dû parler. Ce n’est pas grave. Il y avait une autre étape en Italie. Je me suis donc dit :  » Je vais aller en Italie et je vais aller faire la compét’ là-bas. »

Lamine Fathi
Lamine Fathi

Alors ça a donné quoi en Italie Lamine Fathi ?

Du coup je pars en Italie et je rejoins Taïg Khris. Parce que Taïg, à ce moment là, était déjà en pro là-bas. Je pars avec un rider street qui roulait à l’époque beaucoup avec Wilfried Rossignol. On part tous les deux à l’arrache. Puis, on prend le train pour aller en Italie. On sait même pas où on va dormir. Moi j’arrive avec Taïg dans la chambre. Il y avait aussi Thierry et Fabrice Lallement. Les gars que vous devrez aussi avoir, ça serait top, parce que c’est hyper cool . Et ces mecs-là vont aussi nous héberger une soirée. Et après on va vadrouiller.

Bon du coup je m’inscris en rampe et en street. Je me dis :  » Allez, on fait les deux. »

Mais mon but c’était la rampe. Donc, sans prétention, je fais aussi le street. J’y vais, je fais mes deux runs. Une fois que j’ai fini, je pars à la rampe, puis je fais mes deux runs en rampe.

Nous devions prendre un train et il fallait qu’on se grouille. Sauf qu’à un moment donné, moi j’étais persuadé de ne pas être sur le podium. Je me dis bon :  » C’est bon, on s’en fout, de toute façon… »

Et à un moment donné, les mecs m’appellent. j’étais sur le podium de la rampe. Donc voilà, je fais deuxième et je reçois la médaille. Très content, très heureux. Me voilà qualifié pour la finale européenne. C’est tout ce que je voulais en fait ! Donc voilà, je suis content. On fait la photo, on me donne la médaille de l’ASA.

Comment ça s’est terminé Lamine Fathi ?

Et je dis :  » Bon, il faut que je parte. » Au moment où je prononçais que je devais partir, on me rappelle encore pour la troisième place en street cette fois-ci. Du coup, j’avais fait un coup double comme ça. C’était la première fois d’ailleurs. Et j’étais très content, médaille de bronze cette fois-ci en alaperte, qualifié pour la finale européenne en street aussi. Donc, tu vois, du coup, l’objectif était atteint. Et alors la finale? Après la finale, on a la finale européenne qui arrive, qui se passe à Paris.

On a les juges américains qui arrivent avec Anderson, Pollak. Il y a aussi Jon Julio ou encore Randy Spizer. Bref, tout le gratin américain est là. Je crois que Teddy aussi est là pour la finale. Il regarde, je ne sais même pas s’il regarde ou s’il juge. Et tous les Européens sont là. Et tu as une grosse pression quand même parce que des riders de Belgique, Suisse, d’Allemagne, d’Espagne ou encore d’Italie sont là. Donc des bons riders pour être honnête. Et donc je suis un peu stressé et je me dis :  » C’est la rampe, c’est la maison, faut y aller. »

Alors comment ça se passe pour toi ?

Là j’envoie, tout se passe bien pour moi. Anis Iboulalem finira premier, moi je finirai deuxième et on aura Christian, un rider suisse, qui finira troisième et Fabrice qui finira quatrième. Donc voilà, le but était atteint, on passe professionnel.

Etant donné qu’Anis a fini premier, il reçoit la carte pour aller aux X-Games. Mais nous on reçoit par contre le titre de rider pro l’année d’après. C’était tout un parcours à l’époque.

Lamine Fathi dans la big rampe de Roller Parc Avenue
Lamine Fathi dans la big rampe de Roller Parc Avenue

Attends, il faut que tu expliques ce que ça veut dire à l’époque que d’être rider pro…

À l’époque en étant Rider Pro, tu devais faire des compétitions amateurs, mais après l’ASA. Parce qu’il y avait trois circuits. Il y avait le NISS, le ISS et après on avait l’ASA amateur et l’ASA pro. Tous les week-ends tu pouvais partir en compétition. Voilà c’était simple.

Donc il y avait ces circuits de compétitions mais celui qui ressortait du lot c’était l’ASA Pro Tour, et l’ASA amateur. Et en fait si tu veux à l’époque pour pouvoir être en professionnel, il fallait que tu fasses des étapes en ASA amateur avec des points qui te permettaient de te qualifier pour une finale.

Et seulement si tu étais dans les trois premiers, alors tu avais le statut de l’ASA Pro Tour. Avec ce statut, tu avais l’occasion d’aller au skatepark de Woodward gratuitement. Et c’était ça qui était aussi incroyable.

Tu peux expliquer pour les gens qui ne connaissent pas Woodward, ce que ça représente, ce que c’est Woodward ?

Alors Woodward, comment l’expliquer comme ça pour les auditeurs ? Woodward, c’est un grand skatepark qui est vraiment énorme, où il y a des infrastructures avant-gardistes. J’ai envie de te dire qu’on a du bac à mousse, de la rampe sur laquelle tu peux tomber, ça glisse. On a aussi des modules avec de la résine où tu peux sauter et tu ne te fais pas mal.

Enfin bref, tout un complexe sportif dédié pour le sport extrême qui est extraordinaire et qui permet justement à n’importe quel rider, que ce soit en skate, BMX, roller, de progresser.

Et voilà, et à l’époque quand tu avais l’occasion d’y aller, tu étais sûr de rencontrer toutes les stars qu’il y avait de l’époque, que ce soit Tony Hawk, Matt Hoffman, Dave Mira… Quand tu avais cette carte de professionnel en roller par l’ASA, tu pouvais aller à Woodward et tu envoyais un mail en disant : « je vais venir pendant deux semaines » et tu avais ta chambre là-bas. Parce qu’il y avait un chalet pour les pros qui permettait de venir, de dormir et de manger gratuitement en échange de faire des démonstrations ou quelques initiations. C’était le rêve franchement à l’époque, c’était de la folie.

En termes d’argent et de sponsoring, qu’est-ce que ça a changé pour toi ?

Moi, ça n’a changé rien en fait. J’ai gagné des sous grâce aux démos. Donc je mettais un peu de côté pour partir.

Là je reviens en arrière un petit peu : je reçois une lettre des X-Games. Là c’est un truc de fou, parce que je ne m’y attendais pas. Je reçois une Wild Card pour participer aux X-Games 2001. Moi, je reçois ma lettre en 2000, après la compétition qualificative, pour participer aux X-Games en 2001. Donc, je suis tout content, super heureux de participer. Je ne capte pas très bien l’anglais donc je montre la lettre à Zola, qui me dit « Ah mais c’est super, tu vas aux X-Games ! ». J’étais trop heureux, je dis  » Bah maintenant c’est bien beau d’aller aux X-Games mais il faut payer pour y aller là-bas. »

Donc, je fais quelques démos et je mets un peu de côté. J’ai eu la chance de côtoyer aussi tous les copains. Celui qui va me prendre en charge avec eux, ça va être Raphaël Sandoz. A l’époque, il était le team manager de Rollerblade. C’est une légende, un des mecs qui a fait évoluer la rampe. Il faisait des 540, je crois que c’était le seul qui faisait des 540 à plus de 2 mètres de hauteur qui était extraordinaires. Mais il y a toute une génération de rampeurs qui étaient fous. On avait la chance d’avoir des très bons riders comme ça. Et Anis demande à Raphaël si je peux squatter avec eux parce que j’y vais à l’aveuglette.

Et Raphaël dit : « Oui, bien sûr l’ami, y’a pas de problème ! Tu viens avec nous, tu dors avec nous. »

Lamine Fathi à Dubaï
Lamine Fathi à Dubaï

Et donc tu as dormi avec les gars du team Rollerblade, Lamine Fathi ?

J’étais dans la chambre avec Thierry Lallement et Anis. Gustavo qui nous rejoint là-bas. Je participe à ma première compétition des X-Games. Je crois que ça a été le truc le plus dingue et le plus fou parce que t’arrives aux X-Games, les gars te calculent. Ton nom apparaît en gros dans tout le stade de Philadelphie, je sais plus comment il s’appelle.

Enfin bref, on te donne de la bouffe . Et en plus, à la fin de ça, tu repars avec 1000$, juste pour avoir participé au X Games. Donc c’était vraiment la belle vie. J’arrive sur la rampe, sauf qu’à un moment donné, là, je réalise qu’elle est énorme. Les infrastructures en France n’ont rien à voir. Quand t’arrives au X-Games la rampe mesure 1m50 de plus que ce que nous on rideait à Vitry. Donc là t’arrives c’est un mur !

Comment s’est passé le contest de rampe pour toi ?

Tu te dis :  » Bon, je vais faire un peu de figuration. »

2001 c’était de la figuration pour moi. Je ride comme je peux avec une flippe parce que la rampe est trop grande pour moi. Je vois tous les riders qui la rident les doigts dans le nez et je me dis : « Putain, je dois avoir un problème moi là-dedans, parce que c’est pas normal ».

Bref, je ride un peu, je fais pas un truc de fou, je roule normalement. Sauf que je finis avant-dernier. Et le dernier c’était Jaren Grob. Pas de quoi d’être fier, mais bon, c’était Jaren Grob. Je me dis : « Bon, ben voilà, les gens ne vont pas me calculer ». Pourtant, il y a le mec de K2 qui vient, Mike Powell. Il me demande si j’aime bien les K2, je lui dis que je les adore. Il me dit :  » Ok, on se voit demain. »

C’est donc comme ça que tu décroche ton premier contrat professionnel avec une marque ?

Ok, donc il me voit rouler, il voit que je ne brille pas plus que ça et pourtant, le lendemain, il débarque avec un contrat. Mon premier contrat pro de chez K2. Il m’emmène avec lui dans le parking, ouvre son véhicule et il me dit :  » Serre-toi « . Je n’ose même pas, mais il me dit : « Vas-y, prends ». Et il me donne un sac, des rollers qui ne sont même pas sortis, des t-shirts, des casquettes, etc.

Et là, boum! Quand j’arrive, alors que je ne suis pas qualifié pour la finale, j’arrive, mais j’ai toute la panoplie K2. Là, il y a tout le monde qui comprend qu’il se passe un truc. Même Taïg, il me voit, Gustavo me voit, Anis, il comprend, il me dit « C’est bien pour toi, c’est top » . Pour moi, ça part, tu vois.

Tu voulais partager une anecdote avec nous Lamine Fathi…

J’ai une anecdote qui est assez rigolote : avant que la finale commence, on me demande de monter sur la rampe. Et on me demande de faire un tandem avec Matt Salerno. Parce que Matt Salerno à l’époque était considéré comme l’un des plus stylés et des plus prodiges. Et il s’avère que lui et moi, quand on roule, on a presque le même style en fait. C’est pas voulu, c’est vraiment le hasard qui a fait ça. Et quand on roule ensemble, même moi quand je voyais les vidéos, je me disais « Ah ouais, c’est abusé ». On roulait quasiment presque pareil. Mais vraiment, on avait les mêmes gestes, on avait le même 5’4, le même McTwist, le même style à deux, trois trucs près.

J’en suis sûr, je mettais ses fringues à lui sur moi, t’aurais pu croire que c’était lui. Et en fait, c’est à ce moment-là que les Américains vont commencer à m’apprécier un petit peu plus. Alors que, tu vois, j’ai fini avant-dernier. Mais finalement, c’est à ce moment-là que ça se déclenche. Il y a un petit truc qui suit et je suis très content. J’intègre le team K2. Mike, le mec de K2 me dit :  » Lamine, si ce soir t’es en galère, tu vas avec Cesar Mora, y’a de la place, tu vas avec Sean Robertson, y’a de la place. »

Invert en rampe
Invert en rampe

Et donc là on peut dire que tu es vraiment dans la place chez K2…

Oui, ça y est, c’était officiel, j’étais chez K2. Tu vois, autant j’ai pas brillé sur la compétition, mais autant ça m’a apporté énormément de choses derrière. Parce que par la suite après, ils m’ont élu « Rookie of the year ». Je me suis dis que les mecs allaient trop loin là…

Pourquoi ?

Parce que je ne me voyais pas comme ça, mais voilà. Ils m’ont invité aux Graffiti Games, aux Extreme Games, aux Global Games. Bref, à partir de ce moment-là, c’est là où mon nom a commencé à circuler. J’étais sans voix.

Oui, mais franchement c’est pareil, j’ai des images plein la tête avec tout ce que tu racontes, c’est génial. Et ça donne vraiment… On le revit, on le revit vraiment à travers tes propos, c’est incroyable. Cette période-là, cette période dorée, elle va durer combien de temps ?

Clairement à partir de 2001 quand les américains vont me prendre avec eux, ça va me durer jusqu’en 2007-2008 à peu près. Je suis toujours avec K2. Même si avant j’étais déjà avec K2, mais pas officiellement. K2 me filait des trucs parce que je voulais rouler avec K2. Après j’ai eu la chance de faire des shows avec K2, j’ai aussi eu la chance de faire des shows pour l’ASA. Et j’ai eu la chance de faire des shows pour les X-Games, pour promouvoir les X-Games dans les autres pays.

C’est ça qui était marrant. Et encore une fois, pour revenir à ça, c’est que le fait que j’avais pas forcément brillé, j’étais pas qualifié pour la finale, et puis finalement je me retrouve dans un cercle avec eux, et où à un moment donné, on ouvre les portes. Faut le dire clairement.

Est-ce que t’as d’autres marques qui t’ont démarché à l’époque ?

Non, mais j’aurais pu rouler en Rollerblade. Sauf que mon patin, encore une fois, était confortable. Etant issu du quad, quand tu as un patin qui est confortable, tu ne peux pas aller sur un patin qui te fait mal aux pieds. Ce n’est pas possible. Le plaisir, c’est aussi d’être bien dans ses rollers. Sinon, c’est pas possible. Tu mets tes rollers et tu as mal aux pieds au bout d’une session, déjà c’est pas normal. Une bonne paire de roller pour moi, tu peux rester toute la journée dedans et t’as pas mal au pied. K2 avait les modèles qui se rapprochaient le plus du quad par rapport à leur softboot. A l’époque, leurs patins se rapprochaient le plus des baskets finalement. K2 a inventé la Softboot, le brevet softboot qui date de 1992, qui d’ailleurs va être beaucoup copié dans les cinq ans qui ont suivi.

Saut au dessus d'une voiture à l'occasion d'un festival Salomon en 1998
Saut au dessus d’une voiture à l’occasion d’un festival Salomon en 1998

Et il y a Salomon d’ailleurs qui va batailler avec K2 pour ce brevet aux Etats-Unis. La paternité de ce brevet là c’est bien K2…

Walid : Les Fatty notamment et même toutes les autres gammes K2 s’appuient là dessus. Donc oui, il y a eu quand même pas mal de customs à base de K2 sur les quad. Pas trop avec des Fatty mais plutôt avec des K2 mod ?

Oui parce que tous les Fatty n’étaient pas UFS. Tout ce qui n’était pas UFS, c’était compliqué. Il fallait être un forcené et scier la platine pour monter un custom. Mais je pense qu’à l’époque les gens n’osaient pas scier pour abîmer une paire de rollers comme ça. A l’époque c’était des Fatty Pro, il y avait aussi les Style Point Bob…

Il y avait quoi d’autres comme patins ?

Les Fatty ont été la clé chez K2 en street. C’était vraiment les premiers modèles qu’ils ont. Après on a eu les King55, c’est un autre modèle qui est arrivé. Mais le concept était le même. En vrai, ils n’ont pas changé. C’est resté les mêmes. K2 a été mon plus gros sponsor. Celui avec qui, on a bossé bien comme il faut.

Lamine Fathi, on va bifurquer un petit peu sur les à-côtés de la compétition pour parler notamment de ton record de hauteur au Guinness Book en 2004. Est-ce que tu peux nous dire quelques mots dessus ?

Je crois que je faisais du street à ce moment-là. Et à un moment donné j’y crois tellement à fond que je me jette dans tous les sens. Et j’oublie que je suis un rampeur. Mais je me blesse à la cheville. Pourquoi je vous dis ça, vous allez comprendre… C’est parce que le soir même, Taïg m’appelle et me dit :

 » Lamine, voilà, il y a un record du monde de jump qui est détenu par un espagnol. Et ça fait quelques années. Est-ce que tu te sens de le faire ? »

Je lui dit : « Ouais vas-y, pas de problème ! Mais par contre Taïg, il faut que je te dise un truc, j’ai la cheville en vrac. »

Il me dit : « Mais tu peux rouler ? « 

Je lui répond : « Oui, quand tu chausses le roller, ça va. Mais je boîte comme un canard en marchant. »

Ils font donc le nécessaire pour me faire venir. Je sais plus si c’était à Biscarrosse ou un truc comme ça, ou à Villefranche-sur-Mer. Et je fais quelques essais. Mais mes essais étaient catastrophiques, mais vraiment catastrophiques. J’ai eu du mal à passer les trois mètres parce que ma cheville me faisait super mal. Et il y avait le médecin de là-bas qui me fait un bandage.

Une big rampe au milieu de la foule
Une big rampe au milieu de la foule

Comment tu peux rouler avec la cheville en vrac Lamine Fathi ?

Alors, clairement, je dis à l’organisation : « Ecoutez, mettez-moi le record directement en live à la télé, et je le ferai directement ». Et eux, ils avaient peur, tu vois, ils me disaient « Mais t’es sûr? ». Je dis : « oui, oui, oui ». Je préférais y aller à fond pour une bonne fois pour toutes, que de vouloir m’échauffer comme ça et puis de faire empirer ma blessure à la cheville. Et ce qui est marrant c’est qu’à l’époque je rencontre un gars qui s’appelle Julien Dupont qui fait de la moto trial, qui lui va casser sa moto en direct pendant qu’il fait un saut, enfin bref, c’était un petit billet pour lui que je lui fais.

Et du coup je fais mon premier essai, et le premier essai, y’a Barry White qui est là. Pas le chanteur, le juge Guinness. Il me demande, alors je dis : « Mets la barre à 4 mètres. »

Je sais plus, je suis désolé mais je me rappelle plus du record exactement à quelle hauteur c’était.

Ton record à toi ou celui de l’Espagnol ?

Non, le record de l’Espagnol. Et après celui que j’ai voulu faire je crois…

T’as réussi à sauter 4,70 mètres et en off t’as réussi à faire 4,80 mètres. Un truc comme ça…

Pour être honnête avec vous, quand je me mets en dessous et que je vois le tremplin, je me dis : « Oh, j’ai abusé là en fait, c’est super haut ! » Mais vraiment, je me dis : « Ouais non, là j’abuse 4,50 mètres à froid comme ça, le premier saut » Et je lui dis : « Bon, vas-y, écoute, on y va quoi » Et puis Taïg voit que je fais un peu des grimaces à cause de la chute. Il me regarde et me dit « ça va? » Je lui réponds : « Ouais, ouais, écoute, vas-y, on y va ».

Parce que c’était lui qui expliquait à Barry White et au présentateur. Et là : Boum, je fais mon premier essai et je passe les 4,50 m, je ratterris, nickel. Tu vois, encore une fois, t’as le réflexe de la Défense / Trocadéro. Donc tu sais comment te rattraper. Et en plus, Barry White m’indique : « Faut pas mettre la main, faut pas mettre le genou ». Et je lui dis :  » non mais t’inquiète, j’ai l’habitude du jump «  . En rigolant et je passe ma barre des 4,50 m, trop content. Taïg regarde et me dit que c’est bon. Et il me lance :  » Vas-y mets directement la barre au record. « 

A combien était le record ?

Le record devait être à 4,55 m ou 4,60 m, je ne sais plus. Il met le record et je passe la barre du record. Donc j’égale le record, c’est cool, ils sont contents. Et là il demande pour mon troisième essai ce que j’ai envie de faire. Donc je lui dis :  » Vas-y, on met 4,70 m » . Comme ils te mettent la pression parce que c’est en direct à la télé, il faut que ça aille vite. T’as pas le temps, c’est vraiment la speed.

Et du coup, Taïg me dit : « On met 4,70 m ». Encore une fois, pareil, je jauge toujours en me regardant, en me mettant sous la barre et en regardant. Et là, pareil, je regarde 4,70 m, je me dis :  » Putain, c’est haut là, c’est haut ! « 

Je ne suis pas sûr de le passer. J’étais persuadé que je n’allais pas passer. Et là, j’y vais et passe les 4,70 mètres. Tout le monde est content. Le record du monde est revenu en France. Ils coupent le live à la télé et ils me demandent :  » Lamine Fathi, ça y est on n’est plus en direct. Par contre, si tu veux il y a encore le juge, si tu veux faire un truc. »

Et tu tentes une barre encore plus haute ?

Oui, je leur demande de mettre la barre à 4,80 m et je passe les 4,80 m les doigts dans le nez. Vraiment les doigts dans le nez. Là, t’as Taïg me dit :  » Franchement t’abuses, t’es sûr que t’as mal aux chevilles ? Parce que là on peut mettre plus ! « 

Lamine Fathi : « Oui, je te jure, j’ai du sang sur ma cheville. »

Taïg Khris :  » Vas-y je te mets à 5 mètres ! « 

Lamine Fathi : « Mais merde, Taïg, n’abuses pas non plus ! 5 mètres je ne vais jamais les passer ! « 

Coup de chapeau, on met 4,90 m je crois, un truc comme ça. Tu vois les 4,80, ça a été par rapport au off avec le juge. Mais après, une fois qu’ils ont arrêté et qu’ils ont tout remballé, je dis :  » Vas-y, on met 4,90 m. » Et du coup, je passe les 4,90 m, les doigts dans le nez pareil.

Et là, je dis :  » Putain, si je savais ça On aurait clôturé le record une bonne fois pour toutes. »

Saut sur tremplin
Saut sur tremplin

Quel souvenir tu en gardes ?

Pour moi, ça a été une très belle expérience, où ils te mettaient une petite pression sympa. La pression, ce n’était pas la pression du saut, c’était plus le fait que ce soit en direct à la télévision.

Mais c’était rigolo et c’était une belle expérience.

C’était en quelle année déjà ?

2004. Je sautais avec des patins streets, il n’y avait pas de patins de freeskate. Parce que pour moi, c’était inconcevable, sinon ce n’était pas possible de sauter en freeskate. Je pense que je me serais tordu la cheville. Le fait d’avoir des grosses roues et l’équilibre ne sont pas les mêmes. Avec ces petites roues, c’était beaucoup plus stable, parce que c’est plus bas. Donc au niveau de la cheville c’était plus facile pour moi de sauter avec ça.

Ta carrière professionnelle, à proprement parler dans le roller, donc celle où tu as été sponsorisé et éventuellement payé dure de quand à quand ?

Difficile d’être précis car j’avais déjà commencé à travailler un petit peu avant grâce aux clips, grâce aux films, grâce à plein d’apparitions pour des marques de luxe comme du parfum.. Donc tu vois j’ai commencé à gagner ma vie déjà depuis tout jeune avec le roller. Mais après, à la suite les sponsors avec K2, ça a duré entre 2001, dès le premier contrat jusqu’à peu près 2006 ou 2007. Le moment où les X Games ont enlevé la rampe en roller.

K2 aussi avait déjà commencé à redescendre. Toutes les marques commençaient à redescendre. Après, il ne faut pas oublier aussi la période qu’on a passée où à un moment donné le magazine Crazy Roller s’arrête. Salomon se barre. Roces qui ralentit aussi un peu.

Tout ce qui est partie street en fait. Je parle bien de la partie roller agressif. même s’il reste très présent au niveau de la course , mais pour tout le reste c’est descendu.

Alexandre : Petit aparté sur Crazy Roller. Avec Walid, une de nos interviews les plus anciennes, c’est Gabrielle Denis, qui était en charge et qui avait écrit énormément d’articles dans Crazy.

Je sais que Walid a envie de te poser des questions sur le pro modèle. Avant je veux juste t’en poser une autre, t’as beaucoup roulé avec les frères Yazutoko ?

Ouais j’ai roulé moi bien sûr. Ils roulent encore d’ailleurs, Takeshi était encore en NL Contest cette année. Les deux frères ont encore le niveau qui calme tout le monde. Je n’arrive pas à comprendre la motivation qu’ils ont pour garder encore ce niveau. C’est incroyable.

Il y a ça, mais il y a aussi leurs élèves derrière. Je sais pas si t’as vu la relève japonaise…

J’ai pas envie de voir, j’ai déjà vu parce que je les avais déjà remarqués depuis longtemps. J’ai envie de dire, qu’il faut qu’on fasse quelque chose parce qu’ils ont déjà de l’avance les mecs là. Mais au-delà du roller, ils sont en train de se préparer même en skate et en BMX. Ils sont en train de mettre le feu aussi là-dedans, les Japonais.

Ils arrivent à être assidus dans leur discipline, à se dire : « On va le faire à fond. » Et Takeshi, quand il entraîne ses jeunes, ils sont vraiment à fond, disciplinés. Bref, ils ont presque le même style que lui. En fait, on dirait lui 20 ans en arrière. C’est assez marrant d’ailleurs. Et je trouve ça énorme de garder cette motivation et de pouvoir la transmettre pour que la nouvelle génération ait la même motivation que lui.

Moi je suis respectueux de truc-là qui est incroyable. Au-delà de voir que le mec est le meilleur du monde.

Takeshi Yasutoko sur la big rampe du skatepark de la Rotonde - photo : ® Killian Herbert
Takeshi Yasutoko sur la big rampe du skatepark de la Rotonde
Photo : ® Killian Herbert

Juste avant de parler du Matos, je sais que ça te tient à cœur, on va en parler de l’épisode 2006-2007 avec Blanca Li aussi…

Tu voudrais qu’on aborde ? Ah ouais ! C’est vrai, j’avais zappé ça. Mais alors ça, Blanca Li, c’est pas 2006-2007. C’est de 1999 jusqu’en 2013. Alors Blanca Li, pour raconter un peu, c’est une chorégraphe espagnole de danse contemporaine. En 1998, elle a eu les clés de la part de Suresnes City Dance pour créer un spectacle autour de la street culture ou la street urbaine. Je ne sais pas comment appeler ça. Mais en tout cas pour réunir tout ce qui était hip-hop, jazz et un peu le sport extrême. Et justement le décor de ça, c’est une mini-rampe. Et donc pour vous raconter l’anecdote, on me contacte pour faire un show au début.

On me dit c’est un show en mini-rampe. Je dis : « Vas-y, y’a pas de problème, moi je suis OP. » Et on appelle Fabrice Viguier. Donc on passe un casting. Alors moi, je me dis que c’est bizarre de passer un casting pour faire un show. C’est très bizarre pour moi. Mais bon bref. On arrive, on voit la mini-rampe, une « Vertical » qui est extraordinaire, on roule. Alors, on a l’impression d’être en compétition Fabrice et moi. On roulait dans tous les sens. Alors, la chorégraphe nous dit :  » C’est super, vous ridez super bien. » Et elle jauge, elle est en train de jauger Fabrice et elle me jauge moi. Et à un moment donné, elle nous donne un texte à Fabrice et à moi.

Vous avez lu un texte ?

Elle dit :  » Voilà, vous allez dire ça. » Et là, Fabrice et moi, on se regarde, on se dit :  » C’est quoi le rapport avec la démo ? «  Parce que nous, dans nos têtes, c’était un show. C’était pas une pièce de théâtre. C’était un show. Ouais, voilà, mais c’était ça. Fabrice et moi, on commence à péter de rire, on rigole. Et je lui ai dit « ouais, mais quand même, on est dans un théâtre, c’est bizarre ». Donc du coup, je lis les poèmes, mais je le lis, comme tu me donnes, tu me dis « tiens, lis ça ». Et du coup, je lui ai dit « Petite pomme, l’oiseau au bord du pré… ». Enfin après je parle plus du texte mais c’était quelque chose comme ça.

Puis voilà, ça se passe, et Blanca commence à dire : Bon, on vous rappelle. Et quelques jours après, elle m’appelle et me dit : Oh Lamine [Fathi], on t’a pris pour faire le show. Je dis :  » Ah super ! Génial ! « 

Voilà ça va être payé comme intermittent du spectacle. Sauf que quand j’arrive, ma tête elle est encore pour un show. Je sais pas si vous imaginez, mais moi dans ma tête j’y vais pour faire une démonstration de rampe en roller. Et là je me retrouve avec tout le monde, on parle de théâtre. On me demande de porter ma voix.

Et comment ça se passe pour toi Lamine Fathi ?

Je ne suis pas venu pour ça. Quand elle me parlait, je lui parlais que j’étais un pro-rider. Je lui disais : « Non, mais attends, t’as pas compris là. Je suis juste venu pour faire un show. Et je ne suis pas venu pour faire le guignol sur la scène ou pour m’amuser avec vous, mais ça va pas ou quoi ? « 

Et c’était assez rigolo parce qu’on s’était tellement pas compris qu’elle m’a dit :  » Essaie tu vas voir. »

Finalement je joue. Mais c’est un spectacle d’une heure, une heure quinze, tu vois c’est une comédie musicale le bordel, c’est pas un show. Donc c’est chorégraphié. Il faut faire attention aux danseurs , ils passent à des moments dans mes trajectoires. Et je suis en train d’apprendre ce tableau-là. Je flippe, tu vois, parce qu’on me demande d’aller dire le texte tout seul. Tu rentres tout seul sur scène. Et tu sais, je suis stressé dans les coulisses. À quel moment il faut que je passe ? J’étais dans les coulisses en train d’attendre à chaque fois. C’est normal, c’est la première fois, t’es en stress.

« Avec Blanca Li, il s’avère qu’après, l’histoire a duré plus de dix ans. Au départ ce n’était que pour faire un show, et finalement l’histoire a duré dix ans. Avec ce spectacle, on a tourné dans le monde. »

Lamine Fathi

On a fait tous les grands festivals, dont Avignon. On a même joué à l’université de Yale et à celle de Harvard. Et on a reçu le prix du Globe de Cristal, de meilleur comédie musicale de l’année. Une aventure extraordinaire, vraiment extraordinaire, incroyable. Et qui m’a fait un peu sortir de mon « train de rider ». J’ai pu rencontrer d’autres gens. Et j’ai trouvé ça super fun. J’ai adoré.

Et puis, je me suis retrouvé à dire des sketchs sur scène, alors que je ne pensais jamais faire ça de ma vie. Mais j’ai adoré. J’ai fait effectivement une grosse digression sur cette partie un peu culturelle.

Photo : Macadam
Photo : Macadam

Tu veux nous dire un mot sur Gino, le régisseur ?

Gino, c’était le régisseur qui est un acteur en vrai. Tu sais, c’est quelqu’un qui est acteur, qui a fait des pièces de théâtre, qui est dans des téléfilms qu’on peut voir sur Netflix en ce moment. Et Gino c’est le régisseur le plus dingue qu’on pouvait voir. Il était aux petits soins avec nous.

Moi c’était un peu mon papa de scène, donc je l’appelle Pops, parce qu’on l’appelait Pops. Il y avait Momo Sylla qui nous a rejoint, Momo Sylla qui était un ancien rider street.

Ouais, Momo. Ouais, Momo, qui travaille aujourd’hui chez Vuitton, mais qui à l’époque, il était chez Crazy Roller.

Alors lui, il était mannequin et il écrivait aussi en même temps chez Crazy Roller. C’est un très bon streeter. Et après, il nous a rejoint aussi à la troupe. Et pour revenir à Gino, ça a été le régisseur le plus dingue qu’on a rencontré. Il fait partie aussi des gens qui m’ont intégré dans la troupe. D’autre part, il m’a expliqué les codes du théâtre. Il m’a notamment appris à parler un peu fort. Parce que tu sais, quand je disais mes sketchs devant scène, quand il n’y avait pas de public, l’ingénieur du son Antoine était obligé de monter le son à fond parce que je parle normalement. Et Gino, il m’apprenait justement à parler fort, à porter la voix pour les gens. Il me disait  » Il faut que tu parles au mec qui est tout en haut. »

Enfin bref, c’était une belle aventure, vraiment une belle aventure.

J’avais envie de revenir sur le matos, parce que quand même. Est-ce que tu as conçu du matos ? Ou est-ce que tu as roulé avec du matos qui avait ton propre nom, patin, roue, n’importe ?

Oui, bien sûr. On avait du matériel, mais après, c’est vrai, c’est marrant parce que j’avais presque envie de te dire à l’époque que c’était normal, mais en fait non, c’est pas normal, c’était une habitude de voir ce genre de truc . J’ai eu la chance d’avoir Alk13 qui m’a offert mon pro-modèle de roues, qui est sorti, qui a bien fonctionné et qui s’est bien vendu. Et j’en suis très content. Bizarrement, ça met de la pression en fait, tu vois. T’as un double effet.

T’as l’effet « Waouh, je suis super content, j’ai mon pro-modèle » et t’as un effet derrière qui fait « j’espère que ça va se vendre » parce que si ça se vend pas quand même, c’est chaud… Y’avait un autre délire aussi où j’ai failli avoir un pro-modèle chez Fila. Pour le coup, eux, malheureusement, quand la COVID19 est arrivée, cela été catastrophique. Je suis dégoûté, parce que là pour le coup, j’avais vraiment bossé sur le modèle où il y avait mon nom . C’était vraiment un bon modèle.

Et finalement, après la COVID, les gens de Fila m’ont dit  » Bon, Lamine, on n’est plus avec toi chez Fila. Et malheureusement, tous les projets qu’on fait avec toi, tu ne fais plus partie des gens les plus importants… » Ce qui était normal en même temps.

Chez Fila, quand tu as la COVID, ils préfèrent virer les gens. Je n’étais pas l’athlète clé de chez Fila non plus. De la partie rollerskate, inline skate.

Ce patin qu’il nous montrait là, c’est pas un patin de rampe ? Un patin 3 roues ?

Non, non, mais il voulait faire des freeskate. Moi j’étais parti plus pour vendre un patin freeskate parce que le freeskate, c’est pour tout le monde. Ce patin là, tu aurais pu enlever la platine et mettre une soul plate en plus avec une platine de street , c’était le but.

Et malheureusement, bon, c’est pas grave, ça arrive. C’est comme ça. C’est mal tombé à un moment précis, mais ça aurait été sympa aussi, de voir ça.

Roller freeskate Fila NRK Pro
Roller freeskate Fila NRK Pro – Photo : Votre vie en mouvements

Est-ce que t’as pris le train du freeskate à un moment ? Finalement le freeskate, c’était juste le roller qu’on faisait en quad, mais version inline globalement. Dans les années 2000, quand Salomon arrivait, etc., on était tous à fond freeskate avec les vidéos. Mais toi, comment tu vois tout ça ?

En fait c’est marrant parce que je le vois de deux façons. Les marque refont ce que K2 a fait avec la Softboot quand ils sont arrivés dans ces années là. Pour moi, il n’y avait pas une évolution extraordinaire à part qu’ils ont amélioré le matos. Les rollers Salomon étaient extraordinaires : les FSK. Le confort , tout était là. Après ils sont revenus, c’est Freddy Lavaury qui a travaillé sur les modèles, je crois.

De FSK ?

Ouais.

J’aurais dit Séb Gasnier, Stéphane Zuber.

Oui voilà, il me semble que Freddy et Zuber ont bossé dessus.

Ah peut-être Freddy…

Ouais. Tu vois, il me semble. Voilà, parce que moi je l’ai vu à travers eux, ce modèle-là. Après je l’ai vu à travers eux, ils ont essayé d’apporter au freeskate en mélangeant. Pour moi, le frisket, c’était quoi à l’époque ? C’était de mélanger le street avec le jump, à peu près. On essayait de mélanger les deux. Ce que faisait K2 avec le Soulslide. Pour moi, c’était un peu ça. Ou le Impala de Roces. On était un peu là-dessus. Encore une fois, je vois du déjà vu, mais ça n’est que ma vision. Mais étant donné que les copains étaient derrière ce projet, je le voyais d’un oeil sympa. Parce que ce qui était bien avec ça, c’est qu’il y avait le skatecross, le border cross.

Tu as participé aux compétition U2R ?

J’ai participé à un événement, j’ai fait Rennes aussi. Et un jour d’ailleurs, j’ai même eu un gars qui a dit « Ah oui, on préfère privilégier un mec qui fait des rotations. » Parce que j’avais fait des rotations pendant la compétition, en même temps de la course. Et il y avait un gars qui m’avait reproché que « Ouais, on t’a privilégié parce que t’as fait des rotations que d’être arrivé en premier à la course, parce que j’ai dû arriver deuxième ou troisième. » Et je dis  » Bah, je sais rien mec, c’est pas moi, je suis parti, je me suis senti à vouloir faire la rotation. »

On me l’avait reproché, puis non. J’ai participé deux fois. Une au Trocadéro et une à Rennes. J’ai adoré, c’était super. Alors les podiums, je saurais même pas te dire. Je suis pas sur le podium, ça c’est sûr.

On a parlé un petit peu du passé mais parlons un petit peu du présent, qu’est ce que tu fais aujourd’hui, t’en es où par rapport au roller ?

Aujourd’hui je suis plutôt dans le développement roller. J’ai envie de te dire, plutôt médiatique. J’ai plus envie de le faire connaître au plus grand nombre. Parce que j’en ai un peu marre qu’on prenne toujours des gens dans le roller pour faire juste des cambriolages, tu sais, dans les films. Je voudrais faire vraiment un vrai film de roller, une vraie histoire de roller.

Ça existe, hein, je suis pas en train de dire que ça n’existe pas. J’ai plus envie de me placer dans ce délire-là, où j’ai envie de porter le roller médiatiquement. Parce que c’est ce qui nous manque quelque part, c’est de l’envoyer au grand public. Même Taïg le fait très bien. Tu sais, Taïg l’a très bien fait à travers ses records du monde, son record de la Tour Eiffel, du Sacré-Cœur. A un moment donné, il a fait parler beaucoup de roller. Donc c’était une bonne pub pour tout le monde, pour nous.

M6 Mobile Mega Jump 2011
M6 Mobile Mega Jump 2011

Comment penses-tu qu’a évolué l’image du roller ces dernières années Lamine Fathi ?

Je trouve que maintenant, quand tu vois l’image du roller, on n’est pas encore au top. Quand je regarde un petit peu les années passées et les vagues de mode qu’il y a pu y avoir. Tu as eu 2009-2010 avec Bliss / Whip it, où le derby qui est monté en force. Tu as eu 2016, où il y a eu Soy Luna, mais avec un public un peu différent, qui a mis un énorme boost au roller quad. Et à nouveau le 2020 le confinement pareil, avec un public féminin encore en roller quad. Il y a eu aussi le film Rollerball avec Jean Reno en 2002.

Pourquoi je te dis ça ? Parce que je suis dans le délire du casting. C’est pour ça que je te reparle de ce film là.

Pour plein de gens, le roller c’est la boum….

Ah oui, bien sûr. Pour plein de gens de notre génération c’est la boum. Après il y a d’autres films. Sur Instagram aussi, la médiatisation a quand même pas mal changé. Effectivement le cinéma a encore un poids, mais ce qu’on voit quand même c’est que sur le confinement 2020 les vrais vecteurs de la pratique ça a été les influenceuses. Des filles qui avaient une vingtaine d’années.

Walid : Il a failli y avoir une série. Yves de l’ancien shop Ootini avait écrit une série pour Netflix, qui s’appelait UrbanSpé. Je sais pas pourquoi elle n’est pas sortie. Il faudrait qu’on l’invite pour qu’il en parle. Mais des gens qui l’ont vue c’était assez cool, plutôt une série pour les adolescents, sur des mecs en roller.

Il y en a une qui sort aussi cette année, qui est toute fraîche, qui est Saturdays. Un peu le même principe que Soy Luna. Une série américaine dans la communauté afro-américaine, dans les skating rinks. Mais plutôt un public ado. Peut-être un tout petit peu plus âgé…

Je vais peut-être vous apprendre un truc, peut-être que vous le savez déjà, mais tu sais qu’il y a une série sur le roller quad derby française.

Derby girl ?

Voilà. Tu connais ça Alex ?

Oui, on a fait une série de podcast dessus, avec le fondateur du podcast Philippe et avec Prissy.

Eh bien bizarrement, on ne l’a pas vu plus que ça. Ça n’a pas cartonné plus que ça. Je trouve ça dommage que Netflix ne récupère pas ce genre de trucs.

Les épisodes sont encore disponibles sur France TV…

Ouais, sur France TV. Et il y a aussi un autre truc sur Netflix qui est sorti sur des équipes de rink femmes en Espagne. Faut être honnête, aujourd’hui le quad, il y a un boom du quad grâce aux filles. Alors je ne sais pas si c’est grâce à Bliss et qu’après les filles du roller derby se sont tournées un peu vers la rampe et le bowl…

Moi je trouve ça extraordinaire, je trouve ça cool. Après, j’ai eu une expérience où je suis tombé sur une fille qui m’a raconté que c’est quasiment elle qui avait inventé la discipline, tu vois. Et moi ça m’a fait rire un petit peu parce que t’as envie de te dire, ouais faudrait que tu révises un peu tes classiques ma grande parce qu’il y avait quand même des riders avant. T’étais même pas née et j’en suis sûr et certain.

C’est un peu le seul petit truc que j’ai eu du mal mais bon après c’est normal ça arrive, tu sais. Il faut apprendre à regarder en arrière.

C’est un petit peu la vocation qu’on a avec Walid, d’essayer d’ouvrir un petit peu l’esprit aux gens sur ce qui s’est fait dans le passé. Alors c’est peut-être un peu prétentieux de notre part, mais tu vois, de montrer qu’il y a eu d’autres choses avant…

C’est ce que je disais en off. Vous faites du très bon boulot, et ça demande à ce que vos posts, vos podcasts, aillent beaucoup plus loin que ça, vraiment. Et si vous êtes pas là, ben voilà, y’a qui ? Il y a quoi ? Y’a personne, tu vois ? Je suis pas en train de dénigrer les autres… Le taf que vous faites, ça porte ses fruits…

Donc là on a parlé quand même de pas mal de choses. On a parlé de ce que tu as fait et de ce que tu fais maintenant. Avant de terminer, en général on demande aux gens : comment est-ce que tu vois le roller dans l’avenir ?

Ouais. Ça c’est une question quand même un peu difficile pour être honnête. Comment moi je le vois, j’ai envie de te dire, moi je revois encore un gros boom du inline, tu vois ? Un gros boom du roller. Je vois bien une petite apparition au JO, où vraiment là tout va se déclencher.

Normalement on est censé revenir aux X-Games. Mais encore une fois, il y a eu des infos qui sont venues comme ça. Bon, est-ce que ça va être vrai ou pas ? On est censé revenir aux X Games, donc c’est déjà pas mal. Ce serait du super nouvelle.

Pour moi, ce qui va nous faire clairement prendre une autre dimension et quand je dis une autre dimension, je veux dire pour que tous les riders puissent se permettre de vivre du roller, ça serait vraiment les JO. Si demain le roller passait aux JO, on aura clairement la place pour que beaucoup de riders puissent gagner leur vie grâce au roller. A l’époque on pouvait pas savoir qu’on pouvait gagner sa vie au roller. Aujourd’hui, on peut maintenant gagner sa vie en roller en donnant des cours ou en étant vendeur au magasin de roller. Tout ça, c’est c’est quand même pas mal.

Oui, le roller a fait un passage express aux Jeux Olympiques de Barcelone en 1992, du fait que le président de la Fédération espagnole, était Juan Antonio Samaranch, également président du CIO. Donc il a fait rentrer son sport. Sauf qu’en fait, il fait rentrer le rink hockey, au moment où le rink voyait arriver le inline.

C’est pour ça que j’espère que ça va revenir, mais qu’on va revenir dans de bonnes conditions avec de bons délires et de bon fun. Honnêtement j’aimerais bien voir ce que le roller donnerait aux JO, comme je vois aujourd’hui la chance qu’ont les skaters ou les BMXers. Pour aller encore plus loin, même la trottinette aussi. Je voudrais voir tous ces sports-là, parce que ça voudrait dire qu’on a réussi. En vrai, l’histoire, c’est d’avoir réussi. Quand tu vois le BMX freestyle et le skate freestyle, ils n’étaient pas partis pour, quand même. C’est des mecs assez acharnés dans leur discipline et aujourd’hui ils sont au JO.

Moi j’ai envie de dire, félicitations les gars. Le parcours qui a été fait à travers toutes ces légendes de riders est super. Pour le roller, j’ai envie qu’on arrive à ça. Toute l’industrie du roller. Pour moi, ça serait un beau message qu’on se retrouve aux Jeux Olympiques. Le roller, c’est pas une personne ni deux. C’est vraiment une communauté qui est énorme.

Alors en parlant de personnes et de communautés, avant de finir on a une question qu’on aime bien avec Alex. Qui aimerais-tu que l’on invite dans le podcast pour raconter son histoire ?

Aïe aïe aïe, tu peux pas me dire ça, c’est pas cool, il y en a plein !

Dis-en plusieurs, c’est pas grave…

Ouais, bon Taïg, je sais, vous allez faire Taïg à un moment, ça c’est sûr. J’aimerai bien Alex Robocop, Désiré Dimundu, Hakim Ben Jelloun, Michel Fize pourquoi pas, si vous arrivez à l’avoir. J’aimerais bien avoir son ressenti à lui, de comment il a vu le roller et de comment il le voit maintenant. Est-ce qu’il le regarde toujours… Il ya de toute façon Benji, Zola, Gustavo, JP, merlin aussi…

Il y a aussi un rider qui a fait énormément, qui s’appelle Rachid Dibou aussi. C’est un réalisateur, qui a fait le film Alal Police d’Etat avec Eric et Ramzi. Il a fait du roller, il a fait du hip-hop. Bref, il a fait beaucoup de choses. Il y a aussi Mouss, David, tous ces anciens-là, Tariq aussi, tu vois, Ben, le petit qu’on appelait Ben l’Indien, qui était un beau chanteur. C’est toute cette génération, bien sûr. Ils sont en dehors de tout ce qui est rampe et et street à part Taïg.

Pour finir, on va te laisser la parole pour une tribune libre. La parole est à toi pour passer le message que tu veux aux auditeurs et aux auditrices de Balado Roller…

Je pense que déjà vous, le travail que vous faites est extraordinaire et je pense que c’est le plus important, c’est déjà de vous remercier pour ça. Parce que franchement sans vous encore une fois, il n’y aurait pas de podcast sur le roller. Et je trouve ça super fun. Et franchement, le mot de la fin pour moi ça va être de vous remercier et de continuer à fond sur votre podcast. Je suis à fond derrière vous. Vous prenez le temps de discuter avec les gens, d’écouter… Félicitations et bravo, ça fait plaisir ! Et puis en plus vous êtes des anciens et donc on a à peu près les mêmes codes. On sait de quoi on parle quand on parle, de la Défense ou du Trocadéro.

On a peu près tous les trois la même pointure, à peu près tous les trois la même taille et à peu près tous les trois le même âge !

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Auteur

Alexandre Chartier

''alfathor''

Alexandre est le fondateur et webmaster de rollerenligne.com depuis 2003. C'est un passionné de roller en général, tant en patin traditionnel qu'en roller en ligne. Il aime le patinage à roulettes sous tous ses aspects : histoire, économie, sociologie, évolution technologique... Aspirine et/ou café recommandés si vous abordez un de ces sujets !

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