Fabrice Gropaiz, globe-trotter roller au long cours
Fabrice Gropaiz a la passion de la longue distance chevillée au corps. Il y a 30 ans, il bouclait un tour du monde en roller avec sa fidèle remorque. Plus tard, il prenait le direction de l'Afrique pour explorer de nouveaux territoires en roller. Par la suite c'est en skate électrique qu'il a traversé les continents. Il revient avec de nouveaux projets en tête. Podcast.
Par alfathor
Fabrice Gropaiz : 30 ans sur les routes du monde en roller et en skate électrique
Bonjour à tous et bienvenue sur Balado Roller, le podcast de rollerenligne.com. Aujourd’hui, nous partons à la rencontre d’un patineur d’endurance réputé des années 1990-2000 : Fabrice Gropaiz. Les anciens parmi vous connaîtront sans doute son nom et l’aurez peut-être vu dans le magazine Roller Saga à l’époque. Il a parcouru le monde entier et va nous expliquer tous les pays par lesquels il est passé. Aujourd’hui, il se lance dans un nouveau projet, avec l’envie de reprendre la route (pour paraphraser Jack Kerouac).
Bonjour Fabrice Gropaiz ! Est-ce que tu peux tout d’abord te présenter s’il te plaît ?
Alors je m’appelle Fabrice Gropaiz. je viens d’avoir 55 ans. Et j’ai commencé l’aventure roller en 1995.

Comment tu as découvert le patinage à roulettes ?
A la base, je viens du water-polo. J’ai joué à bon niveau, je m’entraînais tous les jours, je faisais de la compétition. Et puis j’ai voyagé un peu par moi-même, à 20 ans après le bac. J’ai fait le tour de l’Europe. Et après je me suis dit : comment faire pour concilier mes deux passions ? C’est à dire le sport et le voyage. Alors j’ai réfléchi à divers moyens. J’ai fait de la course à pied, mais ça me plaisait moins. J’ai testé le roller et j’ai trouvé ça génial. Donc je ne viens pas du monde du roller mais j’y suis arrivé sur le tard.
J’en ai fait une heure, deux heures, trois heures, quatre heures… Et j’ai trouvé que c’était un bon moyen, agréable et qui permet de ne pas trop s’abîmer. Ddonc j’ai choisi le roller. D’autre part, je savais aussi que les voyages en roller n’avaient pas été trop faits, donc ça m’intéressait.
Donc à ce moment-là, tu avais une vingtaine d’année Fabrice Gropaiz ? Tu étais à quel endroit à ce moment-là ?
Alors j’étais à Paris et j’avais 25 ans. Je me suis beaucoup entraîné aux Buttes Chaumont. L’avantage de ce lieu, déjà c’est agréable mais aussi ça monte et ça descend ! Donc ça permet de s’entraîner. A Paris, c’est un endroit assez sympa.
Après j’ai fait le premier voyage. Je me rappelle que j’ai d’abord fait Avignon-Montpellier avec des quads trop grands pour moi. Du coup, j’avais mis des éponges dans mes rollers pour pouvoir pour patiner. Et j’avais fait à l’époque 100 km d’un coup. J’ai récupéré pas mal d’ampoules mais j’avais fait le test.
C’était en quelle année ?
1995.
D’accord, donc tu arrives en fait en pleine période inline…
Oui, à la base j’étais plus sur du quad, parce que plus jeune j’avais fait du quad et que les inlines n’existaient pas. Et puis après forcément j’ai voulu tester l’efficacité des inline. On disait que c’était beaucoup mieux. Effectivement c’est plus efficace et plus stable. Depuis j’ai essayé plein de modèles de rollers en ligne, que ce soit des deux roues, des quatre roues, des trois roues… Et là justement les derniers trois roues que je viens de tester depuis la dernière fois où on s’est parlé, ça va, on s’adapte assez vite.
Donc ton périple d’Avignon à Montpellier, tu fais ça en quad, tu prends des nationales, tu prends des routes un peu départementales, comment décides-tu de ton trajet ?
Oui, je prends des nationales, des départementales. Tu sais je prends la carte. A l’époque il n’y avait pas de GPS, il n’y avait pas de téléphone. Donc tu prends une carte et puis tu essaies de suivre le chemin qui t’amène à ta destination. Et puis forcément ce ne sont pas toujours les routes les plus adaptées ! Ce n’était pas non plus la mode des pistes cyclables. Donc tu fais un peu comme tu peux, avec des bonnes routes et des mauvaises routes. Mais ce c’est bien pour se préparer.
As-tu été bien accueilli par les automobilistes ?
Ça a été, mais c’est sûr qu’aujourd’hui que j’ai une remorque de 20-40 kg, c’est différent. On en parlera plus tard, mais elle me permet aussi de me signaler et les automobilistes ralentissent. Ils regardent et ils me voient de loin. Donc c’est plutôt bien pour la sécurité. Mais ça a été.
Donc, à ce moment-là, tu couvres la distance en combien de temps ?
J’ai fait la journée. Je suis parti le matin et j’ai fait la journée. Tu t’arrêtes, tu bois un coup, tu manges à midi. Je n’avais pas de temps. Mon but c’était de faire 100 km, donc c’était pas mal. Mais ça roulait moins vite qu’aujourd’hui.
Cette première expérience agit-elle comme un déclic de la longue distance pour toi ?
En fait, c’était l’envie de voyager. C’est à dire que je voulais faire un tour du monde et j’ai choisi le moyen qui me plaisait le plus.
C’est dans ce sens-là que je l’ai fait. Une fois, sur un week-end j’ai couru deux marathons en deux jours. Je me suis flingué les ligaments parce qu’il ne faut pas le faire comme ça, il faut le préparer. Et puis je me suis dit que je n’allais pas le faire en courant. J’ai donc testé le roller, j’ai trouvé ça mieux. Même le vélo, ça ne me plaît pas, on est assis, on a les mains prises. Le roller ça m’allait bien, ça glisse, c’est fluide, on à les mains libres. Quand les routes sont bonnes, ça glisse, qu’il y a un peu de vent, là c’est un petit paradis.
Tu avais eu connaissance de tout ce qui avait été fait par d’autres patineurs avant toi à ce niveau-là dans le monde du roller ? Je pense par exemple à des gens comme Philippe Le Corvec qui avait traversé les Etats-Unis ?
Non, je ne le savais pas. Et puis clairement à l’époque on n’avait pas l’information d’aujourd’hui puisque l’internet n’existait quasiment pas. L’internet était réservé aux universitaires. Et en réalité, en France, il n’y avait pas vraiment d’internet. Moi j’ai découvert internet à San Francisco au début de mon tour du monde.
Donc toutes ces informations facilement attrapées avec des blogs, avec des podcasts n’étaient pas accessibles. Ce que tu fais aujourd’hui avec rollerenligne.com, ça n’existait pas. Ce n’était pas si… Non, non. Je ne savais pas.

J’aimerais bien en savoir un petit peu plus sur ton parcours. Tu avais fait quoi comme études ?
J’ai fait deux ans de droit. Mais après je me suis dit que le droit c’est très intéressant mais que je n’avais pas envie d’être plongé dans les bouquins tout le temps. Je voulais plutôt faire de la communication. Et après mon bac j’avais fait deux ans. J’étais parti à l’aventure. Donc sur un sport pendant deux ans j’a été dans tous les pays. Mon but c’était d’arriver à un endroit, de travailler, de parler la langue et puis après de changer de pays. J’ai fait trois mois à Londres, puis j’ai été en Suisse, en Hollande, au Danemark. Donc forcément ça m’a influencé et là j’ai découvert plein de cultures différentes, des façons de penser… Et j’ai trouvé ça super intéressant.
Et comme j’avais fait beaucoup de sport (mon père était recordman du monde de natation), j’ai joué au Water-Polo au Racing Club de France. On faisait les championnats de France, donc c’était quand même un bon niveau. Et du coup, j’étais quand même bien entraîné grâce au water-polo, à raison de deux heures tous les jours, plus les compétitions. Donc j’avais, on va dire le cardio. Il ne me restait plus qu’à qu’à entraîner les jambes, le dos. Et c’est ce que j’ai fait à Paris pendant un ou deux ans, en 1994-1995.
Comment faisais-tu pour t’entraîner en roller ?
A Paris, je me déplaçais qu’en roller. C’est aussi comme ça que j’ai beaucoup aimé le roller. A Paris, pendant un moment, je ne prenais plus du tout le métro. Le roller est un mode de déplacement à part entière.
Et à ce moment-là, financièrement, tu faisais comment pour vivre quand tu as décidé de faire tous ces périples ?
En Europe, mon but c’était de me prouver que je pouvais m’en sortir. C’était vraiment ça. Je partais avec peu d’argent, en une journée je pouvais m’en sortir. C’est-à-dire que je partais avec peu d’argent. En une journée, je pouvais faire 100 magasins pour proposer mes services. J’ai été cuisinier, j’ai été plongeur, j’ai été moniteur de ski, j’ai été perchiste. Peu importe. Ce qui m’intéressait, c’était de me prouver que je pouvais arriver à un endroit et m’en sortir. Connaître des gens. Trouver un logement. Parler. C’est ce qui m’intéressait à l’époque. C’est un challenge sympa. Plus tard, quand j’ai commencé le tour du monde, c’était pareil en roller, je suis parti sans sponsor.
Combien de temps es-tu parti sur tes rollers ?
Mon tour du monde en roller a duré trois ans. Pendant un an et demi, je n’ai pas eu de sponsors. Mais après, si on doit attendre que toutes les conditions soient réalisées, peut-être qu’on ne part jamais. Donc j’ai préféré partir. Et puis voilà, tant qu’on a la santé on peut toujours arriver à dormir, boire. Oui c’était un peu rude. Tout à l’heure tu parlais de Jack Kerouac, j’ai beaucoup aimé Jack Kerouac « on the road » et donc tu vois il y a un peu cet esprit-là : on part et on verra où ça mène.
Au bout d’un moment, tu es parvenu à attirer l’attention des médias, comment as-tu fait Fabrice Gropaiz ?
Après un an et demi, je bossais quand même, j’appelais les médias. A cette période, c’était par des cabines téléphoniques ! Et si je n’arrivais pas à passer par la porte d’entrée, alors je passais par la fenêtre. Petit à petit j’ai aussi eu des médias. Après un an et demi j’ai eu des passages sur Stade 2. A l’époque, c’était une très grosse émission où Pierre Salviac qui était très sympa a pris mes images. Il les a même achetées alors qu’évidemment je n’avais pas besoin de les redonner gratuitement. Mais voilà, il m’a tendu la main.
Et évidemment, après j’ai commencé à passer davantage dans les médias. Et là j’ai eu des sponsors. Mais pendant un an et demi je n’ai rien eu. J’allais voir les YMCA pour m’en sortir. J’ai eu internet en 1996 parce qu’un gars de la Silicon Valley, lors d’une randonnée roller à San Francisco m’a créé un site. J’ai découvert internet avec mon propre site.
Et à l’époque je revenais en France et je disais : « vous pouvez voir mon site » et les médias disaient : « Ah bah non, on n’a pas internet. » C’est vraiment une autre époque ! C’est un truc un peu délirant et je m’en servais en disant : « Vous me laissez dormir ici et je parlerai de vous sur mon site internet ». J’avais des journaux américains que je montrais au McDo et je disais : « Vous me faites un repas et je parlerai de vous sur mon site ».
Voilà c’était vraiment système D. Et après j’ai eu Fila qui était un gros sponsor. Puis sur d’autres aventures j’ai eu d’autres gros sponsors.

Quand commences-tu ton tour du monde et tu pars d’où ?
Alors en 1996, je pars de San Francisco. J’avais le Golden Gate Bridge en fond, ça me plaisait bien. Un beau symbole pour démarrer. Et je l’ai souvent refait à l’arrivée ou au départ, notamment quand j’ai fait mon voyage en skate électrique1. J’ai pris Golden Gate Bridge comme repère et donc j’ai fait San Francisco après je suis descendu à Los Angeles par la terre au retour. J’ai aussi fait le tour par la mer.
Tu dis que tu as utilisé une remorque. Dès ton premier voyage, tu décides de faire ça en autonomie ?
En réalité, j’ai eu plusieurs remorques. La première remorque était assez brinquebalante. Et au fur et à mesure je l’ai améliorée. Le premier gars qui m’a accueilli, un américain, a appelé les médias. Le gars c’est un fou de sport, je suis toujours en contact avec lui alors que ça fait maintenant plus de 20 ans. Et je pense qu’en 2028 je le reverrai. Donc c’était marrant.
Donc oui, j’étais en autonomie. Je n’avais personne qui suivait. Je ne voulais pas avoir quelqu’un sur le dos. Moi, ce que j’aime dans le roller, c’est que c’est fluide. En vélo, on est assis. En roller, est le corps bouge naturellement. Et je trouvais qu’un sac à dos, c’était gênant. En plus, il y a un autre problème : quand on part dans le désert, il faut beaucoup d’eau, beaucoup, beaucoup d’eau. C’est pourquoi un sac à dos, ce ne serait pas suffisant. J’ai voulu faire une remorque que j’accrochais à mon sac à dos. C’était plus fluide.
Avec la première remorque que je m’étais faite avant de partir, je m’étais fait une entorse. Donc j’avais attaché mes béquilles à un porte-bagage d’aéroport. Et j’y avais mis des roues de roller. Voilà c’était hyper basique mais ça se cassait encore pas mal la figure.
Tu l’as améliorée par la suite…
Puis, après Amsterdam, j’ai eu une chance c’est qu’il y a un gars d’un magasin de vélo qui m’a fabriqué une remorque toute en aluminium. Et là, c’était génial. Parce que quand j’étais parti avec ma petite remorque un peu pourrie aux Etats-Unis, le problème c’est le freinage. Quand je dis le problème ce n’est pas que c’est dur de freiner, c’est que quand on freine sur 500 mètres ça ne pose pas de problème. En revanche, quand on doit descendre une espèce de petite montagne sur 2, 3, 5, 10 km, si on utilise les freins ou les roues, on bouffe tout ! En chasse-neige, ce n’est pas toujours facile. %ais on bouffe les roues, on bouffe les freins, et ça c’était une vraie galère. J’avais pris un bâton sur lequel j’avais mis un frein. Pour le coup, c’était génial. Là, dans les descentes, je pouvais les faire en schuss. Et j’ai fait une grande descente à la Grande Muraille de Chine comme ça en schuss où je pouvais freiner avec mes freins, c’était génial.

Ton parcours commence à San Francisco, tu descends vers Los Angeles, tu vas où après ?
Alors oui, c’est évidemment, j’avais 20 ans, c’est l’American Dream, j’avais envie de faire San Francisco, Los Angeles, après San Diego, j’avais envie de faire Venice Beach, donc tout ça c’était génial. Et je dois dire quand même, avant de partir, j’avais fait la randonnée. Alors pareil, les plus vieux s’en souviendront, la randonnée c’était Rollers et Coquillages ou la FNF à Paris. Mais à l’époque on était 50 ou 100 et c’était génial ! Les gens disaient : « C’est trop cool le vendredi soir ».
Et quand je suis arrivé à San Francisco il y avait une randonnée roller qui était géniale aussi avec 500 personnes. C’est pour ça que j’ai trouvé le gars de la Silicon Valley qui m’a fait mon site internet. J’avais trouvé ça trop génial d’évaluer les pentes de San Francisco. Et trois ans plus tard, quand je suis revenu à Paris, il y avait 20.000 à 30.000 personnes. Et ça, c’était un truc incroyable.
Fabrice Gropaiz, peux-tu nous préciser ton parcours à travers les Etats-Unis et le reste du monde ?
Bon, petite anecdote. Donc j’ai fait San Francisco, Los Angeles, San Diego. Et puis après, on part vers l’Est. Donc on traverse le désert. On passe par le Texas. J’ai fait un petit tour au Mexique, la frontière mexicaine, aujourd’hui je ne la recommande plus. J’ai fait Tijuana Mexicali. Aujourd’hui, c’est un peu chaud. Mais c’était marrant et donc jusqu’en Caroline du Nord.
Puis après je suis arrivé en Europe. J’ai fait Londres, Paris, la Hollande, la Belgique, l’Allemagne, la Pologne, les Pays Baltes. Il y avait aussi le Danemark. Après la Russie, la Mongolie, la Chine. Pendant l’hiver, j’ai fait un détour par l’Australie, parce qu’en Russie je ne pouvais pas tout faire d’un bloc. Après je suis retourné aux Etats-Unis où j’ai fait des petits bouts des Etats-Unis comme Californie. Ensuite direction le Canada et après de nouveau je suis arrivé à San Francisco.
Mais tu t’es arrêté pour bosser, pour payer tes billets d’avion et avoir de quoi vivre ?
Alors j’ai dû m’arrêter à la mi-parcours. Après les Etats-Unis, parce que j’avais besoin d’argent. A l’époque, j’avais bossé à Roller Station, qui était pendant un moment un magasin de roller qui marchait bien et je m’étais occupé de la communication. Donc j’avais fait une école de roller au Jardin d’Acclimatation. J’avais fait d’autres événements. Mais là c’était marrant, j’avais appelé Rollerblade, j’avais appelé des radios, j’avais dit : « Voilà, on fait l’école roller gratuitement ». Rollerblade fournissait les rollers, la radio en parlait, les auditeurs gagnaient des rollers, c’était assez sympa. J’espère que ça reviendra parce que le roller reste toujours aussi génial. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui, on n’en parle pas autant, il n’y a plus autant de personnes qui en font. C’est vrai qu’il y a eu un énorme pic dans ces années-là.
J’ai dû bosser. Puis, je suis reparti à nouveau. Je n’avais toujours pas de sponsor.
Comment faisais-tu pour avoir une couverture médiatique Fabrice Gropaiz ?
Et puis au fur et à mesure, par exemple lorsque j’étais à San Francisco, j’ai rencontré des journalistes du San Francisco Examiner, un journal important là-bas. J’ai débarqué directement dans le hall d’accueil et le gars a finalement bien voulu venir. Du coup, j’ai fait une couverture du métro, c’est à dire la page de la ville. Et puis après, de fil en aiguille, pareil au Los Angeles Times. Je n’ai pas réussi à faire la sélection sportive, mais j’ai fait la sélection ville.
Et puis, au fur et à mesure, j’ai fait pas mal de journaux, même des télés. J’ai fait Atlanta à l’époque. En tout cas c’était assez marrant. Et donc au fur et à mesure j’ai quand même réussi à voir des médias, mais pas tout de suite. C’était du boulot, j’appelais, j’appelais… J’allais dans les cabines téléphoniques. Je donnais des images. Et puis au fur et à mesure j’ai eu des passages sur Stade 2. Et puis là, finalement, j’ai eu Fila qui m’a fait un sponsoring. La marque m’a donné des rollers. Et du coup, j’ai eu un sponsor et c’était plus facile.

Comment tu produisais tes images à l’époque ? Parce qu’aujourd’hui, on a des smartphones qui permettent de tout faire et on peut envoyer par internet. On peut tout faire mais à l’époque comment tu faisais tes films, tes photos et tes envois ?
Alors en fait c’est intéressant parce que j’étais vraiment à la charnière du numérique. C’était le tout début du numérique. En fait, j’avais des caméras mini DV. J’arrivais à pas mal parler (parce que je parle beaucoup, trop peut-être). Alors je mettais la caméra, je passais une fois, je tournais la caméra, je repassais, je retournais la caméra, je repassais, ça faisait un peu de matière. Sinon, je demandais à des gens de m’aider.
J’ai encore plus de 200 heures de rushs. J’ai gardé les cassettes de toutes mes différentes aventures. Et c’était aussi le début. Alors il y avait les téléphones mais c’était trop lourd, c’était trop cher. Donc je n’avais pas de téléphone finalement. L’internet je l’avais aux Etats-Unis, ça marchait parce qu’il fallait aller dans les bibliothèques ou dans les universités. Là, on arrivait à trouver l’internet. En France, il n’y en avait même pas. Mais moi, ça m’a quand même aidé aux Etats-Unis à prendre des contacts avec des gens, à organiser un petit peu.
Libération a fait toute une page là-dessus, m’avait appelé. C’est ça qui les avait intéressés, où je parlais justement de comment on peut faire à distance, grâce à Internet, prendre contact, envoyer des photos, envoyer des films, se renseigner. Et à l’époque, ça paraissait incroyable, alors qu’aujourd’hui, c’est basique, basique de se filmer ou d’utiliser un GPS.
Finalement, tu as été assez pionnier, parce que les gens qui se mettent en scène aujourd’hui, c’est courant. À l’époque, ça l’était beaucoup moins. Comment tu étais accueilli sur la route ? Je me souviens d’images de toi en Russie où tu te fais un peu secouer par un camion, il me semble…
Ouais, ouais.
C’est quoi la relation au patinage dans ces différents pays ?
J’étais très longtemps tout seul. Mais les gens, quand ils voient que c’est un truc un peu marrant ou spécial, ils viennent à toi. Ils viennent te parler. Et du coup, j’ai plutôt été très bien accueilli. Ça m’a permis de passer, de traverser un peu toutes les couches sociales. Tu peux parler avec des gens très simples ou des gens de bon niveau, des gens culturellement très différents ou des ethnies très différentes. Et en fait, c’est un peu comme un passeport qui te permet de passer partout. C’est vraiment exceptionnel. Et les gens étaient plutôt sympas.
Alors, à part l’exemple que tu donnes, c’est la Russie où j’ai un camion, le gars, il a fait exprès de me frôler. On peut le voir sur les images, moi je suis en train de parler comme d’habitude et je ne vois pas le camion passer, il me rase, le pare-chocs est peut-être passé à 3 cm.
Après, il y a aussi les chiens, les serpents sur la route. Il y a des endroits où ça peut être chaud. On peut rouler sur un serpent à sonnette, dans le désert aux Etats-Unis. Et donc ça, il fallait faire un peu gaffe.
Et puis avec les chiens, il faut faire gaffe de ne pas se faire à bouffer les mollets. Mais globalement ça a été, honnêtement ça a été.
Tu avais un bâton pour écarter les bestioles ?
Alors j’avais un bâton, à un moment j’avais même une matraque électrique. Puis en fait je ne m’en suis jamais servi. Après il faut anticiper. C’est le truc bête : un promeneur avec son chien, il faut ralentir et attendre qu’il nous ait bien vu, qu’il retienne son chien, ne pas surprendre le chien. On prend un peu l’habitude. On évite de regarder le chien fixement dans les yeux, il faut faire gaffe.
Après j’ai fait pire, quand j’ai fait du roller extrême en Afrique. Là c’était chaud avec les hippopotames, les éléphants, les lions… Voilà c’était encore d’autres trucs ! Mais disons qu’il faut quand même être prudent et garder son sang-froid.

Pour rester sur le premier voyage du tour du monde, là tu faisais combien de kilomètres par jour ?
En moyenne une centaine. Après, ça peut être très variable parce que tu vas avoir la bonne route bien lisse, un petit peu de vent dans le dos ou même beaucoup, et là tu peux faire du 20 à 30 km/heure. Moi je tirais la remorque de 20 à 40 kg, mais si c’est bien lisse, avec du vent, ça trace.
Maintenant tu peux avoir le contraire, avec un vent de face ou surtout le pire c’est une route dégueulasse. Et là, t’as des vibrations. A l’époque on avait des petites roues. Aujourd’hui, je redécouvre les grandes roues.
Justement, je voulais parler du matos Fabrice Gropaiz : tu roulais avec quoi comme matériel ?
On avait des roues qui faisaient 80 mm je crois. Moi j’avais des 5 roues. Puis après, avec mon sponsor, j’avais des 4 roues. Mais en tout cas, il y a des routes avec du sable, des graviers, où là tu peux descendre facilement à 5 km heure. Donc c’est aléatoire mais on va dire j’arrivais à faire à peu près 100 km, des fois ça pouvait être 80. Des fois ça pouvait être 120. Je crois que mon maximum c’était un peu plus de 150 km dans les bonnes conditions.
C’était quoi la marque de tes patins avant d’être sponsorisé par Fila ?
J’ai testé plein de trucs. Je me rappelle que j’avais pris des Bont en carbone et je m’étais entraîné un peu avec ça. Mais ce n’était pas super confortable pour l’endurance. Aujourd’hui, je crois qu’ils sont beaucoup mieux, c’est ce que tu m’as dit. Mais à l’époque j’ai dit non. Donc j’avais testé une platine 5 roues. Et je me souviens plus de la marque. Je faisais des tests au fur et à mesure, j’ai changé de roller régulièrement pour savoir un peu ce qui était le mieux jusqu’à ce que j’ai mon sponsor.
J’ai aussi testé les roues dure. Mais les vibrations, au bout d’un moment, ça rentre dans l’os et on a mal à l’os.
Oui, je confirme.
C’est un peu bizarre. Il ne faut pas se flinguer. En fait, les muscles, ça va tenir, mais si on a un problème aux ligaments, ce n’est pas bon. Moi, j’ai des veines un peu éclatées.

Fila, ça se goupille comment ?
Ce sont eux qui me contactent. Et clairement c’était après les passages de Stade 2. Franchement on ne se rend pas compte aujourd’hui, mais Stade 2 à l’époque c’était l’émission sportive que tout le monde regardait. Et là, moi j’ai fait des 5 minutes. Il m’a pris 4-5 épisodes de 5 minutes avec mes images. J’avais fait aussi un spécial « Sport événement » sur M6. Je commençais à passer aux Etats-Unis. J’étais passé pas mal de fois. Mais bon pour les sponsors français et du coup avec ça ils m’ont contacté. Donc on s’est vu et on a regardé ce qu’on pouvait faire ensemble. Eux à l’époque, ils arrivaient. Ils avaient l’ambition. Puis après, je crois que ça a changé de président et puis ils ont lâché le roller. Mais pendant un moment ils ont fait des rollers en tissu.
A l’époque il y avait beaucoup de coques plastiques et je crois que c’était parmi les premiers à faire une chaussure qui ressemblait à un peu plus de style. C’est K2 qui avait initié les soft boots, les chaussures un peu souples et confort. Derrière toutes les autres marques type Salomon et Fila les avaient copiées. Pour autant, c’est vrai que Fila avait une optique à l’époque de vraiment faire des produits qui soient très design, ce qui était un peu moins le cas des autres marques qui étaient plus sur une approche très utilitariste du patinage.
Là tu te retrouves donc à faire le tour du monde. Tu dors chez l’habitant ou sous la tente ? Tu alternes ?
Les deux, je peux dormir chez l’habitant, sous la tente ou dans les centres-villes. En ville, il ne faut pas dormir dans la tente, c’est dangereux. On ne peut pas dormir au milieu d’un parc, il y a du danger dans les grandes villes américaines. Là, j’allais voir les auberges de jeunesse ou les YMCA. Donc je faisais mon deal d’échanger, je dis voilà vous m’hébergez tant de temps, enfin de temps de temps, deux jours, une journée, trois jours et en échange je parle de vous sur mon site internet. Voilà c’était le deal… J’avais fait tout un book avec moi. Je montrais des journaux. C’était facile. Et du coup ça marchait. Et en dehors des villes, je dormais dans la tente et chez l’habitant.
Fabrice Gropaiz, as-tu fait des mauvaises rencontres ?
Pas trop, il a pu y avoir des endroits chauds. J’ai fait une rencontre assez marrante en Russie. J’étais dans une ville paumée en Sibérie, c’est un peu mort. A un moment j’étais assis, il y avait peut-être le seul café du coin qui était ouvert. Et il y avait un mec avec qui j’ai discuté, qui lui aussi se défiait probablement. Il ne venait pas de là mais de Moscou. Et en fait, c’était un gars de la mafia. Il m’a raconté ce qu’il faisait, il allait chercher de l’argent, faire des trucs… Mais on s’ennuyait tous les deux donc on a discuté. Je l’ai interviewé, je l’ai filmé. Une rencontre pas recommandable.
« Je voyais plein de choses. Le roller m’a fait parler à un gars de la mafia comme à un PDG d’une grosse boîte, comme une association de lutte contre le SIDA. C’est vraiment super, c’est un passeport pour rencontrer des gens. »
Il y a un moment particulier qui te reste à l’esprit plus qu’un autre ?
Un seul moment non. Sauf si tu me dis le camion parce que ça a été chaud. Mais ce sont des pays peut-être plus, des pays qui m’ont plus marqué : les Etats-Unis ça me faisait rêver, la Mongolie c’est ce qu’il y a de plus différent. La Russie c’est un autre monde. Donc c’est plutôt des ambiances. Mais à un seul moment, non. Les JO d’Atlanta, peut-être.
Es-tu passé par le Japon ?
Non, j’ai fait la Chine. En fait, j’ai fait un cercle autour du monde. Je n’ai pas fait tout le monde parce que sinon, j’y serai encore. Mais j’ai fait un cercle autour du monde. Par contre, j’ai fait la Chine. Là, c’est pas mal. Je suis monté sur la Grande Muraille. Elle n’est pas praticable partout. Je suis allé sur la place Tien An Men, sur la place Rouge. Des endroits comme ça qui étaient assez… le contraste est assez marrant.
Et comment réagissaient les autorités réagissait ?
Aux Etats-Unis, les autorités étaient regardantes sur les visas. En Russie, c’était compliqué parce que c’était soit un mois touristique, soit six mois business. Donc il me fallait un visa business. Mais moi, je ne faisais pas du business et un mois, c’est trop court. Donc, j’ai dû faire du lobbying au consulat de Saint-Pétersbourg. En fait, pour demander un visa qui n’existait pas, un visa spécial. Là, coup de bol, j’ai parlé à des gens de la communication de Saint-Pétersbourg, super sympas, qui m’ont présenté au directeur des sports de Saint-Pétersbourg. Et donc le gars, évidemment, je prends mes rollers avec moi, et il fait « Ah c’est bien ! » il me pose des questions. Moi je lui demande « Tu sais patiner ? »
Moi je ne sais pas qui c’est… Et on ne m’avait pas dit, mais j’ai appris plus tard que c’était un ancien champion olympique de patin glace ! En tout cas grâce à ça, j’ai eu un visa écrit à la main où chaque ville où je passais ça a été noté et j’ai pu avoir mes six mois.
J’imagine qu’il y a eu d’autres passages pour lesquels tu peux nous livrer des anecdotes
Oui, autre exemple en Chine, tu vas là-bas, t’as pas le droit d’aller n’importe où. Tu arrives quand même à y aller, mais il faut dire où tu vas passer. Et moi, à un moment j’ai regardé sur une carte et donc j’ai dit : je peux passer là. Mais le problème c’est que les gars ils disent toujours oui, ils n’aiment pas dire non, c’est peut-être un truc d’honneur ou je ne sais quoi.
Du coup, oui c’est bon ça passe… Ma soeur était venue avec d’autres amis et m’avait suivi pendant 15 jours en Chine en vélo. C’était assez marrant. Sauf qu’à un moment on va dans une ville et on est à un resto, on me tape sur l’épaule et là on me dit en anglais : « Vous êtes dans une zone interdite, vous allez passer au tribunal et on peut aller en prison ». Et là, c’est chaud. Après, ils nous ont embarqués. On était dans une caserne et là, c’était tendu avec les militaires. Ils nous avaient pris pour des américains. On leur a dit qu’on était français. Ils nous ont laissé partir, à condition d’effacer toutes les images dans la zone.
Cela a dû être compliqué à gérer, non ?
Donc tu vois, on a dû effacer les images, mais en réenregistrant. Donc on entend la voix des militaires chinois. Et une fois qu’il a dit ça, on est parti le matin à 6 heures. Il y a une Jeep qui nous suivait jusqu’à la sortie de la frontière qu’on ne connaissait pas, invisible pour nous.
Mais par contre ce qui était génial c’est que le soir une fois que le juge a dit oui, on a mangé avec eux à table avec tous les officiers alors ça fait comme dans les films. Et du coup comme on avait le feu vert, ils étaient détendus. Et puis là, on a pris l’apéro ensemble et puis à chaque fois c’était « Allez, tchin ! » Mais après c’est un petit jeu donc les gars ils buvaient, ils faisaient boire ceux du groupe, et puis après ça passait aux chansons. Donc ils nous ont fait chanter, on les a fait chanter la rirette, et ça c’est un souvenir exceptionnel ! La rirette avec l’accent chinois, franchement c’est incroyable. Donc ça c’est un exemple avec les autorités.
C’est passé mais il fallait quand même se préparer. Après l’Afrique ça n’a pas été simple non plus.

Donc là tu passes trois ans à faire ton voyage. C’est de quelle année à quelle année ?
1996-1999. Et 95 j’ai préparé. C’est l’anniversaire des 30 ans en 2025. Et c’est pour ça que là je prépare un autre projet.
Donc tu rentres en 1999 en France ?
Oui.
Fabrice Gropaiz, j’imagine qu’après trois ans sur la route, quand tu rentres, ça fait un choc. En tant que pratiquant de longue distance, je sais qu’en général, on a un coup de mou. Comment ça s’est passé pour toi le retour à la réalité ?
Alors déjà, j’avais déjà une autre idée. Donc tu vois, pas de grosse frustration parce que j’avais déjà… En fait j’étais frustré de ne pas pouvoir faire du roller partout. Je te disais des fois t’as trop de sable ou trop de machins, tu galères trop. Et j’avais déjà une autre idée, c’est pour ça que j’ai choisi de passer par la Russie notamment. Parce que par l’Afrique ce n’était pas possible. Dans certains pays c’était vraiment trop compliqué par rapport au roller de l’époque.
Et du coup je me suis dit il faut que je trouve un moyen de faire du roller là où ce n’est pas possible de faire du roller. Donc quand je suis rentré, j’ai préparé ce projet. Au bout d’un moment, après comme j’avais des médias et que j’avais une preuve, c’était plus facile. Mais quand tu commences à montrer des choses ; ça devient plus simple. L’Afrique c’était un an plus tard, en 2000. Donc tu vois, je n’ai pas perdu beaucoup de temps. J’ai profité entre la France et l’Allemagne parce que j’avais rencontré la mère de ma première fille à Los Angeles et elle était allemande. Et donc, j’étais entre les deux pays.
Par contre, les relations à distance, ça ne doit pas être évident ?
Non. Mais tu vois, ma première épouse que j’ai rencontrée à Los Angeles, elle m’avait dit qu’elle était allemande, qu’elle n’était pas passionnée. Mais finalement tu vois, elle est venue, une fois. Elle a pris le vélo pour faire un parcours en Australie, et une autre fois pour faire la Chine. Donc, ça l’a fait quand même par téléphone et par l’Internet. On était en avance.
Le projet Afrique, en quoi est-ce qu’il consiste ? Tu développes tes propres patins, tu les construis toi-même ?
Ouais alors j’avais envie de ça. Déjà je suis parti sur une base de Rollerblade Coyote, un roller tout-terrain. À l’époque, Rollerblade avait fait un roller à trois roues, qui était très lourd. C’était vraiment des enclumes aux pieds.
Oui, ils faisaient 3,2 kg par patin.
Mais ils avaient le mérite d’avoir des roues gonflables. Et franchement, ça me faisait rêver. Et du coup, j’ai testé ça. Je ne crois qu’il y avait un système de frein aussi, je ne me souviens plus. Ce n’était pas très efficace parce que j’ai fait mieux après… Mais bon c’était une base et par contre moi je me suis dit que j’allais renforcer ça. Et j’ai créé une platine avec un gars qui fabriquait des voitures, il faisait de la compétition donc il bossait dans le carbone. Moi j’ai fait une platine, j’ai la forme d’un arc. Et là-dessus, j’ai déposé un brevet2. Alors là, c’était une galère. Déposer un brevet, c’est une galère.

Oui, j’ai vu passer ton brevet sur Internet…
Il faut passer par un avocat et tout ça coûte cher. Mais je me suis lancé là-dedans. Et ça marchait, bien que j’ai pété quelques platines. Donc j’avais que deux roues gonflables du Rollerblade. J’avais gardé que les roues.
Après j’ai eu des Salomon et des Rossignol, des marques qui n’existent plus aujourd’hui. Mais à l’époque c’était la mode. J’ai passé des paires à des constructeurs comme ça. Ça a débouché sur le fait que Rossignol me propose de signer un contrat. Mais ils sont malins, sur le contrat ils ne garantissent pas la moindre vente de rollers, c’est à dire s’il y a zéro roller vendu, ben j’ai zéro. Et puis en plus, ils me disaient : « Par contre, vous allez défendre vos droits, les brevets dans le monde entier. »
Il fallait donc que je dépose mes brevets dans le monde entier et je n’avais aucune garantie d’avoir un retour. Donc je les ai refusés. Je leur ai que je ne signais pas. A défaut, ils m’ont sponsorisé. Et c’est comme ça que j’ai eu Rossignol pour l’Afrique. Donc c’était pas mal. Et j’ai eu un sponsor leader de la chimie, ce n’est pas très connu mais c’est un très gros groupe. Voilà j’ai eu très vite deux sponsors. Donc pendant un moment j’avais mis des Rossignol sur ma platine en carbone et mes deux roues gonflables et j’avais mis un système de frein à mâchoire mais comme les vélos.
Comment as-tu fait ?
Du coup selon ce que je faisais, par exemple si je faisais du roller simple, je n’avais pas de vibration, c’était moins lourd avec les chaussures Rossignol. Mais c’était quand même lourd et ce n’était pas très maniable. Cependant, ça marchait bien, c’était mieux que des rollers durs. Il m’est arrivé de rouler dans des lacs desséchés, c’est tout blanc, c’est une petite couche de sel, donc c’est génial quand on passe dessus, ça fait… ça croustille. Et là je l’ai fait avec un cerf-volant de traction. Donc je faisais du roller dans les lacs. Il fallait attendre le vent. En Afrique, il n’y en a pas beaucoup. Mais quand il y en avait, ça faisait du blanc à perte de vue comme un désert, un ciel bleu et ma voile était rose c’était génial.
J’ai fait la descente du Kilimandjaro. J’ai quand même fait du roller sur de la neige là-bas et là j’avais mis des bâtons de ski. Et du coup mes freins, mes câbles passaient dans ma combinaison jusqu’à l’arrière où j’avais les freins à mâchoire. Donc j’ai testé des trucs comme ça. C’était marrant et ça marchaient plus ou moins.
Mon but ce n’était pas de traverser l’Afrique mais d’aller dans des endroits où on peut pas pas patiner normalement.
Donc t’as fait quels endroits en Afrique ? Est-ce que c’était un trajet en continu ?
Non, non, non, j’utilisais un camion de 1970. Il tombait en panne tous les jours. Et j’allais à des endroits que j’avais identifiés, comme je voulais faire du roller dans le désert, faire du roller sur un lac desséché, voir le Kilimandjaro, aller au Botswana où il y a beaucoup d’eau et beaucoup d’animaux sauvages. Donc j’ai fait des endroits, différents spots pour tester le roller.
J’ai même une vidéo dans la montagne en station de ski l’été et là je descends les pentes. Et ça marche, pas si bien mais ça marche quand même un peu ; comme aujourd’hui les vélos VTT. Mais c’était un peu extrême. D’ailleurs, j’ai un bêtisier on peut le voir sur Youtube avec tous mes crashes. J’ai plusieurs chaînes avec les différents trucs. Et tu vas voir que j’ai les bâtons de ski, je me vautre, je fais un tour sur moi-même, avec le casque. Je m’éclate, je ne peux plus respirer, je glisse sur des feuilles, voilà.
Tu parlais de 200 heures de vidéo sur le tour du monde, l’Afrique, le skate électrique…
Oui, mais j’ai beaucoup de vidéos sur YouTube. J’ai au moins 6-8 heures, je pense. Parce que j’ai mis les passages télé. Sur les passages télé, en fait, il y a beaucoup d’images à moi, qui ont été montées différemment. Il y a aussi des images qui ont été faites par des journalistes. Et du coup, il y a un peu de tout. Mais ça peut être en Russie, ça peut être aux États-Unis. Il y a pas mal de choses. Alors c’est par date. Et il y a des trucs marrants.
Le roller était dans une phase d’engouement particulière à l’époque ?
Ah oui, l’exemple typique c’est, on est une centaine de personnes en France en 1996. On est 30.000 trois ans plus tard sur la rando parisienne. C’est dingue ! Je ne crois pas qu’il y ait un autre endroit où il y a eu autant de monde. Je crois que c’était une exception, mais incroyable, 30 000 personnes. Si on était en voiture, par exemple dans Paris, si on croise la randonnée roller, on s’arrête pendant une heure presque le temps de laisser passer tout le monde. Il y avait des policiers en roller qui nous suivaient, qui accompagnaient. Il y avait des gens qui jetaient des sauts d’eau par la fenêtre. C’était du délire. C’est un truc incroyable.
Est-ce que tu te serais vu vivre du patinage à roulettes à l’époque ? T’avais un projet professionnel derrière ?
Non… C’est comme ce que j’ai fait aujourd’hui, on en parlera plus tard, mais là j’ai rénové le château de Goyencourt pour en faire un truc délirant avec plein de sport, de fun, voilà. Et là c’était pareil, je n’avais pas de projet, c’est plutôt une attitude, une envie. Moi je me fais toujours des challenges. Et quelque part c’est pareil en fait que ce soit faire un château, faire un tour du monde, essayer d’avoir une idée et de la faire partager, que d’autres gens s’enthousiasment dessus, avoir des médias, trouver des façons de la financer. Mais c’est quelque chose de vivant et c’est ce que j’aime.
Et là je vais repartir, parce que ça faisait 30 ans que je n’avais pas fait de roller. Parce que quand je suis rentré en 1999, j’ai refait du water-polo. Puis, il y a 5-7 ans, j’ai fait du skate électrique. Et là, dernièrement, j’ai refait du roller, ça me donne envie de repartir.
Voilà. Et là-dessus, après, ce qui est bien, c’est d’autres gens se joignent à toi et ça devient une idée, un projet de plusieurs personnes et ça s’enrichit. C’est une aventure à chaque fois. Voilà, c’est ça qui m’intéresse, avoir des aventures, des challenges.
Le château de Goyencourt, où se situe-t-il ?
Alors en fait c’est un château qui est à une heure de Paris. Donc il n’est pas loin, après Compiègne. En fait j’avais d’autres gîtes, que je gérais, j’ai commencé par un petit gîte, puis chaque année j’ai fait un gîte. Par contre, je ne pouvais pas avoir un gîte normal, comme un château normal. Il fallait que ça ait un truc qui me ressemble. Par exemple, au château, j’ai fait venir 7-8 camions pour livrer 200 tonnes de sable. Et puis on a créé un terrain de beach-volley. Mais c’est génial. Tu ne sais pas si ça marche parce que tu vas peut-être avoir du sable partout, parce que l’hiver il y a du vent, ça va être une galère. Mais non, en fait ça marche, c’est génial dans les arbres. J’ai fait un espace de rétrogaming également, avec tous les trucs qui nous amusaient, toutes les vieilles consoles de jeux. J’ai aussi fait des chambres des années 1970-1980. En gros, tout ce qui m’amuse et qui sort du cadre.
Quand on vient dans mon château, c’est une expérience, un lieu pour s’amuser. Donc j’ai voulu faire ça. J’ai été éducateur sportif, et j’ai été entraîneur de water-polo. J’ai bossé aussi comme maître-nageur, comme chef de bassin. Et là, de nouveau, j’ai passé le diplôme parce que j’ai entraîné plusieurs équipes mais c’est ça qui me plaisait.
Donc tu vois, en fait quelque part, ça paraît très différent mais en réalité c’est toujours le voyage, le sport et des idées de la communication. En fait il y a une logique, même si elle ne se voit pas tout de suite. La logique c’est la passion et l’envie de faire ce que tu as envie de faire. Et après, j’avais des petits gîtes.
En effet ! Tu peux nous parler de ton périple en skateboard électrique ?
J’ai aussi fait un autre projet avec du skate électrique, parce que j’avais envie de tester. Et en fait, il y a un truc qui m’amusait. En gros, le roller, ça faisait un peu old school. Et avec le skate électrique, je voulais faire un truc genre 2.0. sur la route. Le côté un peu primitif, toute la journée sur la route, le froid, la chaleur, la fatigue, la faim, la soif, ça, ça reste. Mais par contre, j’étais 2.0 parce que là, j’avais Internet, j’avais un drone, j’avais des réseaux sociaux, j’étais en skate électrique, ce qui est beaucoup moins fatigant, mais je restais quand même 11 heures sur mon skate. Je suis resté coincé une semaine avec le dos bloqué. Par contre, là, il y avait beaucoup plus de problèmes techniques : avec la chaleur plus rien ne marchait. Le drone se cassait la figure, le téléphone tombait en rade dans le désert. C’était un défi un peu plus technique mais c’était marrant. Et ça ressemblait quand même, c’était beaucoup dehors.

Quand on skate toute une journée et ça tu as dû le sentir, tu as le temps de penser. Au bout d’un moment tu ne sens plus tes jambes que ce soit en roller ou en skateboard. En skate électrique, ça défile, donc tu as un côté un peu hypnotique comme le train.
J’imagine que tu as fait beaucoup de rencontres ?
On rencontre beaucoup de gens. Donc ce côté-là, je l’avais gardé, c’était marrant et puis j’ai testé d’autres trucs en même temps. Pendant que je conduisais le skate électrique, je pilotais le drone en même temps. Il me suivait. Il n’y ait pas de technique autour, là bon je devais m’arrêter pour recharger. Je rechargeais 6 batteries en même temps dans les McDo, c’était un truc délirant. Mais voilà, c’est pour ça que j’ai envie de refaire.
Je m’égare, donc pour revenir à notre sujet, après ça, en fait à la base je voulais faire un tour du monde en skate électrique, pareil, sauf qu’après les Etats-Unis, j’ai obtenu une garde alternée de ma fille et donc c’était une très bonne nouvelle. Mais du coup je pouvais plus partir à l’autre bout du monde. Donc j’ai pris un domaine avec un petit terrain de tennis avec une belle piscine et le château. Je me suis dis que j’allais me lancer là-dedans. J’aurais pu reprendre parce que le domaine, c’est une maison bourgeoise avec une piscine ; mais c’est plus facile tandis qu’un château il y en a plein qui dirait préférer faire un château pour me faire un autre challenge et le transformer avec toutes les idées fun qu’on pouvait avoir.
Donc là le challenge que tu te fixes aujourd’hui consiste en quoi ?
Déjà, c’est de me faire plaisir, repartir, de me tester. Il ne faut pas oublier que c’était il y a 30 ans. Donc je continue. Je fais toujours du water-polo, ce qui est très bien parce que c’est un sport qui permet, aujourd’hui, comme j’ai 55 ans, je ne suis pas tout jeune, il faut se préserver.
Donc si je veux faire des choses, c’est à dire plusieurs heures, de 5 à 10 heures par jour, il faut se préparer. Le roller pour moi, c’est un peu pareil. C’est à dire qu’il y a beaucoup moins d’impact et donc pour ça que c’est parfait. Je pense pouvoir faire encore du water-polo. En tout cas j’espère pouvoir en faire encore dans 20 ans ou 30 ans. Ce serait mon rêve ; soit du waterpolo soit du roller. Et donc là je suis dans le jeu de reprendre puisque je n’en ai pas fait de roller depuis 30 ans. J’ai parlé avec des gens. J’ai parlé avec toi et le matériel a changé ce qui est génial. C’est pour ça que je t’ai dit j’ai acheté mes rollers trois roues. En fait, je me suis adapté tout de suite. Ce qui était top.
Le matériel a beaucoup évolué en 30 ans…
Les roues Coyote faisaient 150 mm, celle-ci font 125, j’avais des 80 mm. Et c’est vrai que ça épouse plus les imperfections de la route. Voilà, donc ça c’est très bien. Mais ce qui me faisait peur avant d’acheter ces bons rollers, c’est que j’avais des rollers d’un distributeur qui n’étaient pas cher. Mais quand on commence à dépasser 2 heures ou 3 heures de patinage, ça commence à faire mal aux pieds et ce n’est pas possible. Donc, il faut faire très attention.
Quand je dis avoir mal aux pieds, je ne parle pas d’avoir une simple cloque, mais d’avoir mal aux os… Donc, ça crée des problèmes ligamentaires, etc. Et ça, c’est le truc, on ne peut rien faire. Que ce soit de la fatigue, que ce soit au niveau cardio, musculaire, on s’en remet. On peut avoir mal aux jambes, mais si on a un problème vraiment physique sur un os ou un un ligament, on est bloqué. Donc il ne faut surtout pas ça. Il faut faire attention à avoir du bon matériel. Et donc du coup je m’entraîne pour ça.
Tu veux aller d’où à où et sur combien de temps ?
Ce que je voudrais refaire, c’est un clin d’œil. Quand j’ai fait le tour du monde, j’ai fait de San Francisco mais je suis arrivé à Los Angeles et de Los Angeles j’ai traversé les Etats-Unis mais je suis arrivé à Atlanta pendant le JO. J’ai vu aussi Edgar Grospiron. Ce qui est marrant, c’est que c’est peut-être lui qui va être le responsable des JO d’Jiver. J’ai rencontré Stéphane Caron, donc c’était un champion aussi. Edgar Grospiron qui a été champion olympique de ski à bosse. Enfin, je ne sais pas comment on appelle ça déjà, le ski de bosse. Et donc c’était très sympa. Et là je me dis : « Tiens j’ai été à Paris, j’ai participé en tant que spectateur des épreuves aux JO de 2024 et c’était très sympa. J’irais bien Los Angeles voir les JO de 2028. »
Et là après l’idée a fait son chemin. Pourquoi je ne le ferais pas ? Après avoir regoûté au roller, c’est quand même très sympa, c’est quand même très agréable, c’est vraiment une liberté, il y a la notion de liberté, de glisse et je me dis tiens pourquoi je ferais pas l’inverse ? J’ai toujours été d’ouest en est, pourquoi je ferais pas dans le sens inverse et pourquoi je ferais pas d’Atlanta à Los Angeles pour arriver au JO de Los Angeles ?
C’est finalement un clin d’oeil au passé
J’étais arrivé aux JO d’Atlanta en 1996. 32 ans plus tard je voudrais arriver à Los Angeles en 2028 pour les JO. Pourquoi ne pas essayer de revoir d’autres athlètes et de faire le trajet dans le sens inverse avec un passage très difficile dans le désert. On ne fait pas n’importe quoi, il faut prévoir l’eau. Il faut partir à 4 heures du matin. Puis, il faut s’arrêter à 10 heures parce qu’une heure d’un endroit paumé à 4 heures de l’après-midi ; c’est mortel. Donc il faut faire gaffe et ça. Cela va être le gros défi. Voilà, il faut le préparer et surtout si on a plus 20 ans. Donc mon idée, ça serait de faire d’abord Amsterdam-Paris, puis dans un an faire un tour de France, comme j’avais fait un tour de France en skate électrique pour le préparer.
Comment préparer ce nouveau périple Fabrice Gropaiz ?
Il faut tester le matériel et plein de choses pour réussir. D’abord faire un tour de France dans un an puis faire un tour d’Europe ou une partie d’Europe dans deux ans et après faire la traversée d’Atlanta à Los Angeles. Il y a une autre idée aussi là-dessous, c’est de mettre en lumière ma petite entreprise, parce que ça c’est aussi un autre défi.
En fait j’ai ces deux trucs là, il faut tout coordonner. Il y a une synergie, une symbiose. C’est à dire qu’aujourd’hui j’ai de la chance. Avant, j’avais des sponsors extérieurs, j’en aurais peut-être, ce qui sera important pour me financer une partie de mon nouveau projet. Mais je veux aussi mettre en lumière ma petite entreprise. Nous l’avons créée pendant la COVID19, donc on a le droit à tout, C’est le crash test absolu. On a monté l’affaire et trois mois après, on avait la COVID19. On n’avait plus le droit de louer ! Donc ça a été une galère.
Après est venue la guerre en Ukraine et la crise énergétique, avec tout ce qui est inflation de l’électricité. Aujourd’hui, j’ai envie de dire, on a Trump. Et tout ça, ça influe beaucoup, puisque les gens réservent moins ou au dernier moment. Là, par exemple, on se rend bien compte par rapport à deux ans, c’est tout au dernier moment.
Et donc, moi, comme plein de petites boîtes ou de moyennes boîtes, je dois trouver des idées. On doit être imaginatif. Et donc je me suis dit qu’il y avait une belle synergie, une belle symbiose. Si vous avez un séminaire, venez chez nous, et vous allez passer du bon temps. C’est du team building, c’est du fun, voilà. Donc tout marche bien, je trouve. Essayer de joindre l’utile à l’agréable…

Là donc tu en es encore aux prémices du projet.
Figure-toi que là j’ai pris mes premiers rollers. Ce ne sont peut-être pas encore les mieux mais en tout cas ce sont déjà des rollers corrects. On va voir si je peux trouver mieux ou pas. Je pense qu’il me faudra aussi pour le désert, dans 3 ans, des rollers avec roues gonflables, donc je teste le matériel pour moi. J’ai aussi la métallurgie normande qui me fabrique ma nouvelle remorque, ce qui est très important.
C’est intéressant ça, vu l’expérience que tu as, comment tu la vois ta remorque ?
La dernière était pas mal du tout parce qu’elle était stable. J’avais des freins, de la place, ça me donnait de la visibilité, ça me donnait aussi une identité. Parce que souvent s’il y a des gens qui m’ont vu, c’est ils voient le bonhomme avec sa remorque. Et je te dis, pour les descentes, ça me sécurisait, pour les voitures, ça me permettait d’être vu, par rapport aux rencontres, ça me permettait… En fait, c’est très important, c’est mon équipier.
Pour mettre un sponsor dessus, c’est pratique. Pour mettre un sponsor dessus aussi, pour mettre les drapeaux, tu sais, moi je mettais les drapeaux des endroits où j’allais, aux Etats-Unis j’avais la France, l’Europe, le drapeau américain. Et puis j’avais tout aussi, mon matos dedans, mes roues de rechange, mes tentes, mes vêtements, un peu de bouffe et de l’eau.
Un gars est déjà dessus, et là j’ai reçu les plans. Il m’a fait les plans. Je vais demander un endroit avec une espèce de tube pour porter les drapeaux, ça a l’air de rien, mais avant mes drapeaux, je mettais des tendeurs, enfin c’était une galère, je vais mettre un endroit pour essayer de mettre un gilet en face, ça serait très bien, à nouveau pour être vu. On essaye de l’améliorer.
Vous en êtes où dans la fabrication de la remorque ?
La remorque est quasi fabriquée, mais après il faut tester. Donc j’y vais. Tu vois c’est tout nouveau. J’ai les rollers et j’ai une remorque.
Combien pèse ta remarque à vide Fabrice Gropaiz ?
Alors, je ne l’ai pas testée encore celle-ci. Mais la première à tester, je ne sais pas, ça peut te dire des bêtises, mais c’est peut-être 8 kg, je pense, ou 10 kg. J’imagine peut-être 10 kg avec les roues et tout.
Elle se présente comment ? C’est un harnais, il y a des poignées ? Comment tu la tiens en fait ?
Alors en fait j’ai un sac à dos donc ça me retient aux épaules. Je trouve ça plus agréable et en bas du sac à dos tu as les cordes qui t’attachent. C’est comme les charrettes à chevaux, tu as une barre de chaque côté et du coup je mets ça à ma droite et à ma gauche. Et à nouveau avec une nouvelle corde qui passe dans les passants du sac à dos. Donc assez simple en fait.
Il y a un modèle suisse qui ressemble à ça.
Ah je ne le connais pas. Et pour le roller ?
Carrix de mémoire, un traineau utilisable en roller…
Ah d’accord, je ne savais pas. J’aurais aimé voir ça. Mais c’est quand même pas mal de faire son propre prototype, donc ça me va nickel. Tu vois, tu as plein de trucs pratiques. Tu sais, quand je vais chez les gens, je ne peux pas arriver avec ma remorque, donc les barres doivent être démontables. Ce que je fais, je rentre les roues dans la remorque et j’ai mon sac à dos sur une épaule, ma valise de l’autre et je peux aller chez des gens. Si j’avais un truc trop gros, ça m’obligerait à la laisser dehors et éventuellement me la faire piquer. Donc il faut aussi que je puisse la rendre compacte pour pouvoir aller chez des gens. D’autant plus qu’il faut prendre l’avion et la mettre dans une soute.

Donc là, ça se concrétise, quoi qu’il arrive ? Tu as fixé une date ou pas ?
Alors, je pars d’Amsterdam le 21 juin.3
D’accord, c’est bientôt.
Oui, c’est bientôt. Théoriquement ça aurait été plus prudent de le préparer ça plutôt dans un an, puisque comme je te dis je viens de m’y remettre. Mais je fais souvent ça et en général ça marche. Là, tu vois j’ai commencé depuis que j’ai les nouveaux rollers. J’ai fait des 50 km et je ferais plutôt 50 à 75 kilomètres dans Amsterdam – Paris, ce qui est prudent. Parce que par exemple si la route est très bonne, ce n’est rien, ça peut faire 3 à 4 heures. Maintenant si la route est dégueulasse et je fais du 5 km heure, ce n’est pas la même, ça peut faire 6 heures ou 8 heures.
Mais comme c’est une reprise, je veux y aller prudemment et chaque année en faire plus, parce que je ne veux pas me flinguer au niveau articulaire.
Qui veut voyager loin mais ménage sa monture comme on dit…
Voilà donc c’est vraiment des phases de préparation que je fais cette année. L’année prochaine je monterai de plus en plus. Là, je vais faire un peu plus de 700 km parce que je ne fais pas une ligne droite. Je passe justement exprès par des villes comme Lille, Amiens, des villes intéressantes pour moi par rapport au château de Goyencourt. Et aussi parce que ce sont des villes qui sont sympas à voir avec de jolies images à faire.
Et voilà progressivement je vais améliorer le bonhomme, je vais améliorer le matériel et c’est ça le but.
En plus, maintenant tu as l’expérience du skate électrique pour la communication externe donc tu vas faire des images et mobiliser réseaux sociaux, j’imagine, un peu plus que tu as pu le faire auparavant…
Ouais, alors tu vois, par exemple, parler du skate électrique, là, je l’ai fait sur Facebook. Je pouvais filmer et là, je ne m’embêtais pas : Je balançais tout à ma femme Lucille qui est une super équipière.
Elle m’a suivi en vélo alors qu’elle n’avait jamais fait de vélo. Et je lui ai envoyé plein d’images. J’ai dit : « Allez tu tries, moi je n’ai pas le temps, je suis sur mes rollers ! »
Par exemple sur Facebook, tu peux retrouver et tu vas avoir pas mal d’images à l’étranger, des Etats-Unis. Et là tu as même des images de drone. J’ai fait quand même beaucoup, beaucoup d’images avec la caméra DV. Mais le drone tout de suite, ça fait mieux. Et évidemment, on utilise aujourd’hui plus les réseaux sociaux.
Nous avons une partie qui s’appelle la tribune libre, tu peux t’exprimer sur un sujet qui te tient à cœur. Est-ce que tu voyais d’autres choses à ajouter qui te semblaient importantes ? Tu peux lancer un appel aussi à tes sponsors par exemple.
Ah bah lancer un appel, je peux ! Alors, si mes projets intéressent des sponsors, même si c’est en plusieurs étapes, je suis preneur. On a toujours besoin de sponsors, tous ceux qui tentent des challenges sportifs. C’est le nerf de la guerre on va dire.
Sinon pour ceux qui ne connaissent pas le roller, je suis quand même étonné que le roller ait autant baissé. Je me rappelle les années 1990, c’était des rayons entiers quand on allait chez le distributeur. Alors qu’intrinsèquement, le roller c’est toujours aussi bien. Moi je ne vois pas ça comme une mode. Quand on fait c’est toujours aussi bien. C’est toujours de la glisse, c’est toujours agréable et c’est toujours une pratique où on ne s’abîme pas. Il y a beaucoup de coureurs qui arrêtent de courir parce qu’ils sont mal, ils pourraient même alterner la course à pied et le roller, parce que ça se ressemble, sauf qu’on se préserve. C’était juste un petit truc sur la tribune libre.
Je te remercie en tout cas pour tous ces échanges. Tu as quand même eu un parcours qui était un petit peu hors du commun à cette époque-là. Il y en a d’autres qui ont suivi, d’autres qui ont précédé, mais tu fais partie des rares que j’ai pu voir dans les magazines comme Roller Saga. Donc c’était chouette de refaire ce rappel ! Et puis de mettre en lumière les projets sur lesquels tu bosses. Merci, à bientôt !
Pour aller plus loin
- Fabrice Gropaiz fait le tour du monde en skate électrique, Sud-Ouest, 6 juillet 2017 ↩︎
- Le brevet de patin suspendu est accessible sur le site de l’INPI ↩︎
- Fabrice a déjà pris le départ et achevé son périple au moment où nous publions cet article. ↩︎