Podcast : Chloé Seyrès – du slalom au roller derby (2/3)

Par | Publié le 26 octobre 2022 | Mis à jour le 15 novembre 2022 | Catégories : roller derbychloé seyres | Sous-catégories : Roller DerbyRoller agressif | 173
| Tags : roller derbychloé seyres

Après avoir brillé pendant de nombreuses années au plus haut niveau dans le roller slalom, la française Chloé Seyrès a découvert la pratique du roller derby. Là encore, elle s’est engagée à fond dans cette nouvelle pratique. Entretien…

Chloé Seyrès Roller Derby
Roller Derby
Roller Derby
Podcast : Chloé Seyrès - du slalom au roller derby (2/3)
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Chloé Seyrès, pourquoi t’es tu orientée vers le roller derby ?

Chloé Seyrès : Pour plein de raisons ! La première : j’ai arrêté le slalom, j’ai eu un moment de trou noir. Cela prenait beaucoup de place dans ma vie. Puis, j’ai sauté sur le premier truc qui m’avait l’air cool pour remplir ma vie. Et c’était le roller derby.

Deuxièmement, c’est gay et c’était cool de trouver et de créer une communauté queer. Le roller derby était encore à ses débuts. Je trouvais ça cool d’intégrer et de construire le roller derby en France. En 2010, il n’y avait quasiment rien.

Troisièmement, il y avait aussi le passage au quad. Je reprenais quasiment de zéro.

Chloé Seyrès - Crédit : Roller Derby On Film
Chloé Seyrès – Crédit : Roller Derby On Film

Tu passes aussi d’un sport d’un sport individuel à un sport collectif…

Oui, je passe d’un sport individuel et créatif à un sport collectif de contact et de performance. C’est une toute nouvelle manière de concevoir le patin. Je partais de la base que j’aime : le patin et je découvrais en même temps une nouvelle pratique. J’avais ma base technique sur les roulettes, j’ai pu faire le transfert de connaissance et cela ne m’a pas pris trop de temps de passer d’une pratique à l’autre.

J’ai ensuite appris le contact et toutes les règles. Il y avait aussi toute la communauté à monter à l’époque, cela m’a bien occupé.

Chloé Seyrès - Crédit : LightField
Chloé Seyrès – Crédit : LightField

Alexandre : En effet, le roller derby arrive en France en 2009/2010, avec le film Bliss / Whip it! de Drew Barrymore. Tu arrives avec un excellent niveau de patinage alors que la plupart des équipes sont balbutiantes. Comment arrives-tu dans ce milieu avec ton bagage ?

J’ai été hyper enthousiaste au début parce que c’était la nouveauté. J’étais contente d’avoir du temps pour moi, de rouler avec des quads, de découvrir de nouvelles sensations, d’adapter des trucs. Autour de moi, en revanche, la plupart des gens faisaient leurs premiers pas en patins. Il fallait les former. Comme j’aime partager mes connaissances, je m’y suis collée. Mais c’est vrai que j’ai pris cela à coeur. Nous étions quelques unes à savoir rouler. Je me suis retrouvée « head coach » des Paris Roller Girls. L’équipe venait alors d’être créée (février 2010). Maintenant, l’équipe s’appelle Paris Roller Derby.

Nous étions alors la troisième ligue en France à se créer après Bordeaux et Toulouse. Il y avait tout à construire. De nombreuses ligues se créaient autour, chaque mois, chaque semaine, c’était fou ! Le film Bliss a débarqué en France. Son équipe de promotion a débarqué les Miss’Iles pour faire des démonstrations pour la soirée de lancement du film. Faire des démos de roller derby ! (rires).

Nous n’avions aucune idée de ce que c’était vraiment. Ils nous proposé de nous faire une projection privée de film pour nous faire une idée de ce que c’était, pour qu’on organise des démonstrations. On sait aujourd’hui que le film était un peu éloigné de la réalité du roller derby, mais cela donnait quand même une petite idée de l’ambiance et de l’excitation que tu peux avoir quand tu es le personnage principal. Ouahou ! Un nouveau monde qui s’ouvre. La démo était impossible, cela demandait de la connaissance, des gens, des compétences.

Chloé Seyrès lors du match France - Argentine - crédit : Sean Murphy
Chloé Seyrès lors du match France – Argentine – crédit : Sean Murphy

Et comment est arrivée la pratique en association ?

C’est là qu’on m’a dit que l’équipe des PRG venait de se créer. Je faisais encore un peu de slalom, mais j’étais sur la fin. Au moins, c’était cool, on rencontrait de nouvelles personnes motivées. J’ai vraiment arrêté le slalom et je suis allé voir les filles du derby. C’était attrayant pour moi avec le phénomène du quad. Je m’imaginais à rouler dans des gymnases avec de super sols. Pouvoir rouler l’hiver, rouler quand il pleut. C’était un peu les rêves de départ. Je m’imaginais avoir un coach… et finalement c’est moi qui me suis retrouvée à coacher.

Chloé Seyrès et l'équipe de France - crédit : Mons Winner
Chloé Seyrès et l’équipe de France – crédit : Mons Winner

Walid : Justement, tu arrives dans le roller derby, avec la connaissance de ton corps, de tes patins et de la compétition. Tu es alors dans un milieu où les gens savent que tu sais faire du roller et te demandent de leur expliquer. Ils ne connaissaient pas grand chose au matériel. C’est d’ailleurs ce qui m’avait fait sourire quand j’ai pratiqué en 2012-2013. Pour moi, ce sport est un peu un sport 2.0, né sur les réseaux sociaux. Alors que nos compétitions hors derby avaient une communication limitée, le derby a très vite su faire une très bonne communication autour de ses événements.

Oui, c’était une nouvelle ère. Pour moi, les deux mondes étaient séparés. Le derby était très axé sur la communication, les images, les logos. Cette communauté nouvelle n’est pas juste un sport. Le sport est un peu accessoire. Le roller derby est une discipline du patin un peu à part. Certains venaient pour faire du sport mais cela va au delà. C’est un gros challenge.

Je pense que l’aspect communication était particulièrement mis en avant parce que le derby est plus qu’un sport. C’était tellement nouveau, c’est arrivée avec l’effervescence des réseaux sociaux, notamment à l’heure de gloire de Facebook. Il a fallu se créer une identité, une histoire, qui est passée par la création d’une histoire. Cette communication a ramené énormément de personnes, le derby s’est propagé comme une trainée de poudre. Les ligues n’arrêtaient pas de se constituer. Les ligues se rencontraient et organisaient des stages, des entraînements et des matches ensemble.

Chloé Seyrès - crédit : Joe Mac Photography
Chloé Seyrès – crédit : Joe Mac Photography

Walid : Il y a eu un autre effet aussi sur le quad. Dans le début des années 1990/2000, le quad avait une image « has been » et on ne trouvait plus de matériel. Et là, avec l’arrivée de la population du roller derby, moins axée sur la technicité, une foison de matériel pour le quad arrive. Les shops se remettent à chercher du matériel, à en importer (ça c’est cool). Mais il y a eu aussi le second effet, c’est l’augmentation du prix du matériel qui est arrivée à 2012.

Oui, j’ai connu ça ! Les 8 roues à 40 €, puis les 4 roues à 40 €. J’ai commencé le quad juste avant que ça explose. Je compatis pour les générations de quadeurs qui se sont retrouvés à payer plus ! Cela a remis le quad sur le devant de la scène. Plus le produit est recherché et plus la société de consommation a fait monter les prix.

Chloé Seyrès - crédit : Steve Jurkovic
Chloé Seyrès – crédit : Steve Jurkovic

Walid : Mais nous sommes quand même gagnants parce que nous avons eu de nouveau du matos… Le derby a fait énormément de bien au quad sur cet aspect. Comment ça s’est passé pour ton matériel côté roller derby ? Comment as-tu trouvé un sponsor ?

J’ai eu de la chance, j’ai pu switcher d’un sponsor à l’autre. Il y avait une marque de quad qui commençait et qui était produite dans la même usine que Seba. En gros, cette nouvelle marque nommée Crazy Skates, avait besoin d’ambassadeurs et d’ambassadrices, j’ai pu tester leurs premiers modèles de boots et de platines. Cela ressemblait à du matériel de Roll Line.

Crazy Skate DBX5 2013
Crazy Skate DBX5 2013

Crazy Skates me fournit des paires de patins à brûler gratuitement, je suis ravie. J’avais essayé des paires de Riedell. La boot DBX5 était performante, mais hyper lourde, assez réactive, j’aimais ça. J’ai fait toute ma carrière sur ce matériel. C’était moins florissant que Seba. J’ai vraiment eu de la chance d’avoir été sponsorisé par Seba. Nous avions vraiment tout le matos et les déplacements dont nous avions besoin pour être au top de notre art. je n’ai pas retrouvé ça avec le roller derby, mais au moins, je ne payais pas mon matos. Par contre, en revanche, comme les autres joueuses de derby, je payais mes déplacements.

Chloé Seyrès, à quelle période a débuté la ligue des Paris Roller Girls ?

Nous avons lancé notre ligue en 2010, puis le roller derby a commencé à devenir sérieux en 2011. En effet, deux américaines ont rejoint l’association : « Emily Scareheart et « Dixie Pixie ». Elles connaissaient le roller derby, les règles, les matchs. Nous avons fait un stage accéléré. A l’époque nous avions trouvé un gymnase avec un sol très mou à Nanterre. Nous avions sept à huit heures par weekend à essayer de pousser pour arriver à avoir un semblant de formation roller derby en trois mois. Nous avons appris les bases avec ces américaines de janvier à mars/avril 2011.

Durant l’été 2011, nous avons appris qu’il y aurait les Championnats du Monde à Toronto. Nous avons monté une équipe de France avec les personnes les plus avancées sur le territoire Français et en décembre, nous nous sommes retrouvé à Toronto avec des équipes d’une quinzaine de pays représentés. Cela a été la grosse claque ! Voir les américaines étaient tellement en avance sur tout le monde, à des années lumières ! Le roller derby est devenu international avant de devenir semi-pro.

Logo Roller Derby World Cup 2011
Logo Roller Derby World Cup 2011

Walid : Chloé Seyrès, ta carrière en roller derby a duré jusqu’à quand ?

Jusqu’en 2016. Elle a duré 5 à 6 ans et a été ponctuée de lourdes blessures. Surtout quand tu fais 1,55 m comme moi et qu’une personne qui fait deux fois ton poids t’arrives dessus. Tu as beau t’entraîner à la salle de sport, être préparée, être technique, cela fait un sacré impact. Mon corps a pris cher pendant ces années de roller derby. J’ai eu deux grosses blessures qui m’ont arrêtées chacune pendant presqu’un an. Je n’ai pas roulé tant que ça au bout du compte.

Walid : est-ce que ce sont les blessures qui t’ont arrêtée ou autre chose ? Qu’est-ce qui te pousse vers la roller dance ?

J’avais commencé la roller dance en filigrane. J’avais déjà cette idée de me mettre à la roller dance dès que j’arrêterais le roller derby. C’était très clair dans ma tête que le roller derby ne serait qu’un chapitre dans ma vie de patin. J’étais satisfaite de ce que j’avais fait dans le slalom, le roller derby était un bonus dans ma carrière.

Cela a été bien plus qu’un simple hobby. J’ai décidé d’arrêter, non pas à cause des blessures, je me suis remise. Mais j’avais repris mes études, j’avais moins de temps à consacrer au roller derby. Puis j’ai déménagé à Montréal où je voulais rester pour de bon. J’avais moins de possibilité d’évolution dans ma pratique et dans ma technique. Je pense que j’en avais tout simplement marre de me faire casser. Je voulais garder le corps qui me restait. En gros, j’ai pris la décision d’arrêter parce que j’avais fait le tour que je voulais faire.

Chloé Seyrès lors du match France - Argentine - crédit : John Hesse
Chloé Seyrès lors du match France – Argentine – crédit : John Hesse

Après cela, j’ai fait un gros break d’un an et demi sans rien faire du tout. Je continuais de me déplacer en roller en ligne, mais j’ai pris un gros break de patin. j’avais besoin de me recentrer. Le patin ne me manquait plus. J’avais envie que le patin me manque ! C’était un sentiment bizarre. Il m’a fallu du temps avant que l’envie revienne…

Cela faisait plus de 15 ans que je patinais. L’envie m’est revenue le jour où j’ai découvert un parking souterrain à Montréal, le deuxième sous-sol de la gare des bus de Montréal. Si tu écoutes ça et que tu es de Montréal, n’essaie pas d’y aller, il y ont ouvert un poste de police ! (rires).

Après le roller derby, la suite de la carrière de Chloé Seyrès dans une ultime partie consacrée à la roller dance !

Auteur

Alexandre Chartier

''alfathor''

Alexandre est le fondateur et webmaster de rollerenligne.com depuis 2003. C'est un passionné de roller en général, tant en patin traditionnel qu'en roller en ligne. Il aime le patinage à roulettes sous tous ses aspects : histoire, économie, sociologie, évolution technologique... Aspirine et/ou café recommandés si vous abordez un de ces sujets !

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