Podcast : Cécile Klaus, fondatrice des Miss’iles
Dans ce podcast, nous partons à la rencontre de Cécile Klaus, fondatrice des Miss'Iles. A l'occasion des 20 ans de l'association, découvrons son parcours et comment elle s'est résolument tournée vers la roller-dance.
Par alfathor
Entretien avec Cécile Klaus à propos de sa carrière, de la roller-dance et des 20 ans des Miss’Îles
Bonjour à tous et bienvenue sur Balado Roller, le podcast de rollerenligne.com. Aujourd’hui, nous accueillons Cécile Klaus, fondatrice de l’association des Miss’Îles qui a vu le jour en 2005. Elle a donc fêté ses 20 ans l’année dernière. Mais avant de parler des Miss’Îles, nous allons quand même essayer d’en savoir un petit peu plus sur le parcours de Cécile. Bonjour Cécile.
Cécile Klaus : Bonjour Alexandre.
Cécile Klaus, est-ce que tu peux te présenter s’il te plaît ?
Oui, alors je m’appelle Cécile Klaus et je suis la fondatrice de la compagnie de roller dance Miss’Îles qui est basée à Paris. Elle a maintenant une équipe à New York.

Oui, donc là effectivement les Miss’Îles, quand ça a démarré c’était Paris et là aujourd’hui tu vis à New York. Nous allons essayer de retracer tout ce parcours mais plutôt dans une seconde partie. Nous allons d’abord commencer par ta relation au patinage à roulettes. Quand as-tu démarré le roller ?
Le roller, j’ai commencé je pense à 6 ans. C’était le cadeau de Noël de mon papa. Ensuite, j’en faisais occasionnellement. Puis je suis partie après. A mes 18 ans je suis partie jeune fille au pair à Londres. Ma soeur me ramène des rollers. Elle me ce serait bien pour visiter la ville. Et en fait un ami a vu mes rollers, il m’a parlé et c’est la première fois que je découvrais le Friday Night Skate à Londres. Je n’ai même pas découvert le rando vendredi à Paris, j’ai d’abord découvert celle de Londres Et ensuite, à Hyde Park, j’ai découvert aussi la roller dance. Et c’est là que je suis devenue passionnée.
Je me suis passionnée pour la roller dance à Hyde Park. Quand j’ai vu ce qu’on pouvait faire… J’étais déjà danseuse à la base. Et le roller, pour moi, c’était plutôt un hobby. Et puis quand j’ai vu qu’on pouvait combiner les deux, j’ai adoré.
Cécile Klaus
On va repartir un petit peu en arrière. Quand tu découvres le roller à l’âge de 6 ans, t’habites où ?
À la Courneuve, en région parisienne.
Et là, c’est du patin à essieux ou du patin en ligne ?
Non, alors en fait, j’ai eu je crois que j’ai des patins quads au début. Avec les structures en métal réglables en longueur, à l’ancienne. On rentrait la chaussure dedans. Et après, plus tard, je me rappelle même, en 1992, j’ai eu les rollers en ligne. Et je m’amusais à en faire… D’ailleurs, j’en faisais au cimetière parce qu’il y avait des longues allées praticables. Donc avec une copine, on allait au cimetière faire du roller. On connaissait beaucoup de rollers encore à cette époque.
Tu les as eus super tôt tes rollers en ligne finalement, en 1992, c’est hyper tôt quoi. Parce que la France, en gros, le premier boom c’est 93-94, donc t’es déjà au taquet. C’est quelqu’un qui te les avait ramenés de l’étranger ?
Oui, c’est vrai, mais c’était les coques en plastique à l’époque. Alors peut-être je me trompe, c’est peut-être 94 alors, c’est possible, c’est plus… Je ne sais pas. Peut-être que je me trompe. Il me semblait que c’était 92.
Il y en a qui arrivent déjà en France à ce moment-là. Donc, tu as découvert le patin en ligne super tôt.
Oui. J’imagine que je les ai eus quand c’est devenu à la mode. Quand c’est sorti en France. J’ai eu une paire pour Noël.
Cécile Klaus, qu’est-ce que tu as fait comme sport entre tes 6 ans et tes 18 ans ?
De la danse ! Bon, il y a des gens qui mettent la danse dans l’art, qui ne veulent pas la mettre dans le sport, donc je fais attention à ce que je dis. Mais oui, la danse, oui, j’ai commencé à 12 ans. À la base, en fait, j’étais déjà dans la musique, j’ai commencé le conservatoire à 4 ans, en apprenant le piano. Et donc après, j’avais trop la bougeotte, il fallait que je bouge, donc à 12 ans, c’était la danse. Ensuite, le roller est arrivé et je n’avais pas encore pensé à combiner les deux.
Et c’était quoi alors ? Danse classique, moderne jazz, contemporaine ?
Oui, alors moi j’avais envie de faire des danses urbaines en fait. J’avais envie de faire du hip hop, de la street dance. Mais comme j’étais déjà au conservatoire, eux ils ne proposaient pas ça. Il y avait le modern jazz donc ça me tentait bien. Mais j’étais obligée de m’inscrire en classique et ça je détestais à l’époque. Mais bon, j’ai fini par m’inscrire au conservatoire en classique et en modern jazz. Et voilà, au final j’ai adoré les deux.
Donc là, tu as pratiqué d’autres sports à part la danse avant le roller ?
Pas vraiment, à part du vélo, occasionnellement. Pas de compétition en tout cas, pas de compétition.
Tu es jeune fille au pair à 18 ans à Londres. Tu restes combien de temps là-bas ?
Six mois, j’y suis allée pour être au jeune fille au pair et en fait, le principal objectif c’était de prendre des cours de danse à Londres. Parce que je me trouvais nulle et je me disais qu’en apprenant de différentes écoles, j’allais pouvoir m’améliorer et me diversifier davantage.
Tu avais un objectif déjà professionnel, orienté vers la danse à ce moment-là ? Tu savais ce que tu voulais faire après ?
Oui, je voulais déjà être danseuse. Mais je savais qu’il fallait que je travaille. En fait, commencer la danse à 12 ans, c’est tard. En général, en tout cas, les danseurs professionnels, ils commencent à 8 ans. Pour nous, ce n’est pas une grosse différence. En tant qu’adulte, on ne voit pas ça comme une grosse différence Mais en fait, quand on est enfant, c’est une très grande différence. Et donc, je me suis sentie en retard par rapport aux autres danseurs de mon âge. Ils étaient déjà au Conservatoire National Supérieur de Paris. Et moi, je n’avais pas du tout le niveau. Donc voilà, c’était un grand chemin à prendre.

Cécile Klaus, tu faisais des études en parallèle ?
Non, j’avais décidé de ne faire que ça. J’ai eu la chance d’avoir mon papa qui m’a soutenue dans cette voie-là.
Tu passes six mois à Londres. Tu découvres le roller là-bas, tu découvres Hyde Park…
Oui, c’était un coup de foudre, Hyde Park. J’ai découvert les roller-dancers là-bas. Je ne m’imaginais pas qu’on pouvait combiner danse et roller. Pour moi, ça a été le coup de foudre. C’est devenu mon spot immédiatement. J’y allais très souvent pour apprendre d’eux.
J’imagine que c’était vers Serpentine ou des coins comme ça…
Oui, la Serpentine, exactement.
Ce qui est intéressant de se dire, c’est que j’ai l’impression qu’en fait, Dans les pays anglo-saxons, en tout cas particulièrement aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, la roller-dance est arrivée relativement tôt. Ou au moins, il y avait beaucoup plus de monde peut-être qui en faisait en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis qu’en France. Je ne sais pas ce que tu en penses…
Oui, je ne sais pas trop ce qui s’est passé. J’ai l’impression qu’il y a eu des groupes qui sont venus, qui sont partis. En France, en tout cas à Paris, on m’a souvent parlé de l’équipe qu’il y avait à Trocadéro et à la Défense avec Tom Shanon et compagnie. Donc il y avait aussi, bien sûr il y a plein de noms, il y a encore plein de noms, je ne les connais pas tous, mais il y avait un groupe régulier, et je crois qu’après ça s’est… Je ne sais plus. Après, ça s’est éparpillé. Mais je pense qu’à Londres, c’était pareil. Il y a eu des groupes à un moment donné dans un spot, un autre. Mais, il n’y a pas eu un spot régulier, je ne sais pas.
Est-ce qu’il n’y a pas eu d’émulation plus que ça, finalement ?
Cécile Klaus : Je ne sais pas. J’ai l’impression qu’il y a eu des gens qui venaient, qui partaient, qui venaient, qui partaient et qu’il n’y a pas eu toujours un groupe solide au même endroit pendant des décennies.
En France, malgré tout, si on regarde un petit peu, il y a quand même une scène qui a été assez active. Je pense à Laurence Sabas, il y a Jean-Marc Gravier, qui sont là depuis un petit moment. Est-ce que c’est possible de faire une comparaison entre la roller-dance en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, et en France ?
Une comparaison ? Qu’est-ce que je pourrais dire ? Il y a eu des spots, on va dire. A Paris, c’était le Trocadéro, à Londres, c’est la Serpentine, et Central Park à New York. On peut dire que ça a été des spots de roller dance pendant très longtemps. Là, pour le coup, je me contredis un peu parce que c’est vrai que ça a duré des décennies. Après, les gens et les groupes, ça a changé au fur et à mesure.
J’ai l’impression que c’est ça finalement, les lieux perdurent mais pas forcément les pratiquants.
Oui, peut-être ça alors.
Pour revenir à ton passé roller, lorsque tu reviens de ton voyage à Londres, tu as acquis du bagage. J’imagine de la technique au niveau de la danse. Qu’est-ce qui se passe après ?
Cécile Klaus : Oui, alors en plus, j’avais que des rollers en ligne encore à ce moment-là pour faire de la roller dance. Donc, je n’étais pas encore équipée. Et quand je suis rentrée, il y avait, j’ai oublié, il y avait un événement au skatepark de Vitry, Roller Park Avenue. Et il y avait aussi Nike à l’époque qui avait sorti des rollers quads. Il y avait un petit contest, je crois, de roller dance. Et donc, moi, j’ai voulu y participer alors que je ne savais pas faire grand-chose. Mais comme j’avais des bases de danse, en fait, j’utilisais mes trucs de danse en roller. Mais je n’avais pas encore des figures finies de roller dance.
Et donc, j’ai voulu faire un peu le pitre à mon passage… C’était juste un passage en freestyle en fait. J’ai fait ce que je pouvais en fait. Et puis après il a dit au micro « merci Cécile » et moi je lui ai dit : « attends j’ai pas fini ». J’ai voulu vraiment lancer tout ce que je pouvais faire. Donc j’ai fait après des trucs de danse arabesque en roller. Et après il me dit « Merci Cécile » et je lui ai dit « attends j’ai pas fini », je voulais encore lancer un truc.
Donc j’ai fait le pitre et j’ai réussi à gagner une paire de rollers Nike. Je ne sais plus combien j’ai fini, je crois troisième, un truc comme ça. On était très peu à participer et donc j’ai gagné une paire de rollers quad Nike. Cette fois à ma taille puisque mes anciens ajustables n’étaient plus ajustables.
Et c’est là que s’opère la transition avec le quad ?
Et donc avec ces rollers Nike, ça m’a vraiment motivée. C’est là que j’ai voulu vraiment réapprendre le quad parce que de passer du roller en ligne en quad… Après un moment, ce n’est pas pareil. Donc, réapprendre le quad. Et puis, j’étais dans mon coin au début à tester des pas de danse en roller. Ensuite, j’ai commencé à demander à des copines de créer un groupe avec moi. Je crois qu’on a eu notre première prestation à Montataire (60). C’était pour un événement. Un événement sportif ou roller, je ne sais plus. Et donc on a fait ma première chorégraphie, je crois, de roller dance là-bas sur scène. Sur une scène.

On est en quelle année là ?
Alors ça c’est 2002. 2002,
D’accord. Trois ans avant les Miss’Îles ?
Oui, 2002, c’est ça.
Donc tu es dans cette logique de réunir des patineuses et puis d’essayer de faire des chorés en patin. Elles sont en quad ou inline ?
En quad. On était tous en quad.
La culture de la danse et le quad sont liées depuis un petit moment. Tu dis que tu fais une première choré, ça se passe comment ?
Au départ, ça fait amateur. On n’est pas encore suffisamment entraînées. Moi je viens de la danse, mais les filles elles se débrouillaient en quad. Elles mettaient un peu plus de temps pour apprendre forcément puisqu’elles n’étaient pas elles de formation danse. Et bon, la prestation non, c’est pas une prestation professionnelle de toute façon on n’était pas rémunérés, donc c’était une prestation amateure au début.
Comment vient l’idée de monter la compagnie ? J’imagine qu’après cette expérience-là, tu as dû en faire d’autres qui t’ont données envie d’aller plus loin ?
Oui, ça m’est venu tout de suite. Je crois que j’ai toujours voulu avoir une bande de copines. D’ailleurs, je pense que c’est ce qui explique Miss’Île aussi. Je crois que depuis que je suis petite, j’ai toujours voulu avoir une bande de copines. Et du coup, j’ai créé Miss’Île pour ça. Entre autres, je pense que c’était… J’avais envie de vivre ma jeunesse et de me marrer avec une bande de copines. C’était ça, en fait.
Tu as réussi à trouver du monde à l’époque ?
C’était pas facile de trouver… À l’époque, cette prestation à Montataire, c’était avec Sonia, Soraya et Rita. Les deux premières faisaient des compétitions de slalom.
Soraya Gadhery ?
Cécile Klaus : Oui, voilà. Et Rita, d’ailleurs elle était en roller en ligne, je crois, à l’époque. Je crois que c’était nous quatre. Il y avait des fois c’était nous trois, Soraya, Sonia et moi, et je crois qu’une fois, Rita a fait une fois le show avec nous. Voilà, c’était ça. Et ensuite, par la suite, moi, je fréquentais les spots rollers. J’ai commencé à fréquenter les spots rollers de Paris, à découvrir la communauté roller du coup. Parce qu’après Londres, je suis rentrée à Paris. Là, j’ai découvert la communauté roller et ses spots. Et je me suis dit qu’en fait, il y avait ça chez moi. Mais bon, avant mes 18 ans, je ne me déplaçais pas beaucoup à Paris. J’étais à la Courneuve. Le métro, ce n’était pas encore le truc.
Et voilà, après ça, je découvre le slalom en même temps. Et à cette époque aussi, il y avait une émission télé qui cherchait… Non, il y avait un événement d’abord. Il y a eu deux choses qui se sont passées. Il y a eu le magasin Levis Store de Paris qui cherchait des filles en roller. Mais des filles qui savaient bien faire du roller. Et à cette époque, je crois que c’était Mouss’ qui m’avait contactée, parce qu’il avait déjà pris Marjorie et Soraya, je crois, sur le plan. Et Mouss’ m’a proposé de faire l’opération aussi.
Peux-tu nous en dire plus Cécile Klaus ?
Quand je me suis retrouvée avec Marjorie et Soraya, qui étaient déjà des championnes de slalom, et que moi, je venais d’arriver sur le plateau avec aucun bagage, aucun titre roller en fait. Je me demandais ce que je faisais là. Et ça m’a mis un peu la puce à l’oreille. Je me suis dit, qu’il devait vraiment y avoir très peu de filles qui font du roller à un niveau correct. Et donc, c’est parti un peu de là. J’ai commencé à fréquenter Soraya et Marjorie.
Et après, on s’est encore retrouvées sur un plateau télé pour MC Solaar. C’était l’émission Top of the Pop. Pareil, il fallait des filles en roller pour autour des danseurs qui étaient à pied. Voilà. On était déguisées en anges. Je pense qu’ils voulaient le côté fluide, angélique. Donc pareil, encore une fois, je me retrouve sur une mission rémunérée pour le coup, alors que je n’ai aucun titre de roller. Et juste parce que je suis une fille en roller qui se débrouille en roller.

Mais la danse, comme tu disais, ça t’a quand même pas mal aidée, a priori.
Oui, je pense. Franchement, la danse, parce que déjà, je pense que je devais avoir une bonne posture, une bonne présentation. Je pense que ça a aidé, oui.
J’ai l’impression que tu as un peu le syndrome de l’imposteur à l’époque.
Cécile Klaus : C’est vrai, je ne me sentais pas légitime du tout. Mais ça m’a mis beaucoup de temps. Je ne me suis pas sentie légitime pendant très longtemps. Parce que je voyais autour de moi des personnes qui avaient des titres, des compétitions. Même dans le monde de la danse, je veux dire, j’arrivais pas à me dire que j’étais une danseuse. Pour moi, je… je bricolais en fait. Je pense que j’étais dur avec moi même aussi. Je pense que je me mettais la barre haute mais ça comme beaucoup. Et voilà du coup non je me sentais pas légitime. Je ne me sentais pas même d’un niveau assez élevé pour aller faire une audition de danse. Mais bon j’y allais quand même pour pour apprendre en fait.
En parallèle du roller tu essayes d’aller dans des castings ?
Ouais, ouais. Mais j’avais aucune confiance en moi.
Et tu vis comment à ce moment-là ?
Comment je vis ? J’étais encore étudiante. Je faisais encore l’école de danse. Donc après Londres, j’ai fait l’école de danse Rick Odums à Paris pendant deux ans. Donc j’étais encore étudiante dans la danse. Mais j’essayais quand même de faire des auditions pour me forger un peu. Et voilà, mais bon. Je savais que j’avais un long chemin à parcourir encore.
T’arrivais à avoir quelques cachets ?
Ah pas du tout, non, non. J’étais prof de danse. À 19 ans, j’étais prof de danse dans une petite école à Étampes. Et ça, j’étais étonnée parce que je me suis dit que c’était cool à 19 ans d’être prof de danse. Mais pareil, je ne me sentais pas légitime parce que je n’avais pas de diplôme d’État, de professeur de danse. Voilà, j’ai eu le job, je ne sais pas comment, tant mieux. Mais voilà, encore une fois, je n’étais pas légitime.
Petit à petit, ça va monter en puissance, j’imagine, au niveau du patinage. À partir de quel moment tu commences à te sentir à l’aise dans cette relation entre danse et roller ?
Ça a mis du temps, mais après l’école Rick Odums, je n’étais pas du tout bien dans ma peau et je me disais que faire une école en tant que danseuse française qui n’a rien de spécial… Faire une école de danse comme tout le monde en fait je pensais que ça n’allait rien m’apporter et que ça n’allait pas me propulser. Je ne voulais pas aller en audition avec le même bagage ou un un bagage inférieur à mes concurrentes en fait. Et donc j’ai décidé de m’inscrire pour l’école de danse à New York, à Alvin Ailey. Et c’est ça qui a changé ma vie.
Cécile Klaus, donc là, quel âge as-tu quand tu pars vers New York ?
20 ans. Donc j’ai envoyé un dossier, à l’époque c’était plus simple, il ne fallait pas auditionner sur place. On pouvait envoyer un dossier avec des photos et j’ai eu la bonne nouvelle d’être acceptée. En plus en même temps, j’avance un peu, mais c’est la même année où on a créé Miss’Île, juste après.
Donc on est en 2005-2006…
Pas encore, effectivement. Oui, c’est vrai, je saute les étapes. Avant, il y a eu 2003, la première équipe féminine des Miss’Îles aux 24 heures du Mans.
D’accord. Pour la troisième ou quatrième édition du Mans, vous avez une équipe quad ou inline ?
J’ai d’abord fait les 24 Heures du Mans en équipe mixte. Et donc tout s’est rejoint, puisque donc après, comme je me suis retrouvée avec les patineuses parisiennes qui étaient les plus douées du coup, je me suis dit, et comme j’ai vu qu’au 24 Heures du Mans, la catégorie féminine était très peu représentée. C’est là que tout est venu, l’idée est venue d’elle-même. Et donc c’est là que j’ai pensé faire l’équipe féminine pour les 24 Heures du Monde. Et là, l’objectif, c’était pour gagner peut-être en fait.
Il y a qui dans cette équipe ?
Cécile Klaus : Oui, alors, beau casting. Alors déjà, Marjorie Phlippoteau. Je l’ai harcelée pour qu’elle fasse partie de l’équipe parce que je savais que l’avoir dans l’équipe c’était un atout majeur. On avait des chances de gagner puisque c’était la patineuse la plus titrée à l’époque déjà. Elle avait commencé des compétitions de slalom à 6 ans je crois. Et manque de bol, cette année-là, elle était dans le plâtre. Elle était blessée. Et je l’ai quand même harcelée. Je lui ai dit : « Quand est-ce que tu enlèves le plâtre ? » Et au début, quand je lui ai parlé du projet, elle m’a dit oui. Mais en fait, elle n’y croyait pas du tout. Elle pensait qu’elle ne serait pas prête pour faire la compétition. Et au final, elle s’est prise au jeu.
Nous nous sommes liées d’amitié entre-temps. J’avais beaucoup de respect et d’admiration pour tous ses titres de roller en fait et toutes ces compétences. J’avais envie d’apprendre avec elle. On a donc on a décidé de monter le projet ensemble, et donc de créer l’équipe féminine. Nous avons commencé à faire la randonnée du vendredi et à faire un casting sauvage. On regardait toutes les filles patiner et quand on trouvait des filles qui patinaient bien on leur demandait si ça l’intéressait de faire partie de l’équipe. Donc au fur et à mesure, de fil en aiguille, on a réussi à monter une équipe de 10 filles pour pour les 24 heures du Mans.
Tu te souviens d’autres noms dans cette équipe ?
Oui, donc Marylou Penne… On l’a rencontrée à la randonnée. Elle faisait déjà un peu de roller dance de son côté je crois mais toute seule. En fait, on avait des spots plutôt de slalom. Je crois qu’il n’y avait pas vraiment encore de groupe défini de roller dance cette année-là. Donc je crois qu’elle dansait de son côté avec ses écouteurs. Elle était en quad.

Et qui en avait d’autres ?
Adeline, Ophélie, Vanessa, la sœur de Marjorie aussi. Il faudrait que je retourne dans mes archives. Mais bon, en tout cas, non, mais ce qui… Mais Marylou évidemment. Et en plus, il y avait l’élection de Miss 24 heures. C’était rigolo parce que Marylou c’était la plus coquette de l’équipe, donc on l’a envoyée au concours.
Elle a gagné ?
Je ne sais plus, je crois que le truc n’a pas suivi. Je crois qu’il n’y avait pas eu assez de participantes, quelque chose comme ça. Mais elle avait sa petite jupe, elle était prête, elle avait mis une jupe avec ses rollers. Elle s’était maquillée et tout, préparée pour le concours. C’était rigolo.
Et donc là, on est en 2003-2004. c’est ce que tu dis ?
Cécile Klaus : Oui alors moi j’avais fait le Mans en 2003 en équipe mixte et j’avais vu que donc il y avait quelques équipes en catégorie féminine et donc en 2004 la première équipe de Miss’Île aux 24 heures du Mans. On était très proche de la troisième de la troisième place et je crois qu’on a fini quatrième la première année. Je crois qu’on était tout juste en fait. Et on a toutes pleuré à la fin du coup parce que on a vu que l’équipe d’avant elle était à peu d’une minute devant nous. On a essayé de rattraper mais bon voilà honnêtement on avait aucun entraînement donc c’était quand même… on faisait que des patinages de rue en fait alors qu’aux 24 heures du Mans, il y a des gens qui s’entraînent toute l’année !

Oui, à l’époque, en plus, il devait y avoir des filles qui faisaient de la course…
Mais bon, c’était pas mal quand même. On était quand même contentes. Bon, on a pleuré, mais on était quand même contentes, ça nous a marquées. Par la suite, Missile a participé les dix années suivantes au 24 Heures du Mans. On a fait dix participations.
L’équipe s’appelle Miss’Îles à l’époque déjà ?
Oui, tout de suite. Miss’Îles, oui.
Et l’association se crée à quel moment ? 2005 tu disais ?
Juste après du coup. En fait, à la suite du Mans, on a tellement tout adoré l’expérience. On est restés ensemble après l’été qui a suivi. On a continué de patiner ensemble à Paris. Et comme on venait de différents horizons, chacune de différentes disciplines, il y en a qui venaient juste du free skate, il y en a, MaryLou venait un peu de roller dance. On faisait déjà de la roller dance. Et on avait, ah oui, j’ai oublié de nommer Laura Thibon, qui elle venait du roller agressif. C’est là qu’on a commencé à proposer des rassemblements où on partageait nos connaissances des disciplines. Laura a proposé de nous entraîner, de nous apprendre le roller agressif. Marjorie aussi, après on a commencé à animer des sessions.
Ensuite, j’ai commencé à faire de la roller dance. Je crois que Marjorie nous enseignait aussi le slalom. Plus tard, elle nous entraîne aussi pour la vitesse et la descente.

Oui, finalement les Miss’Îles du début étauebt déjà multidisciplinaires.
Oui au début, multidiscipline, on a voulu garder ça. On voulait faire découvrir l’éventail des disciplines du roller et on voulait amener les gens par la diversification à se compléter en tant que patineur.
Vous montez l’association. Est-ce que vous avez des moyens à disposition, notamment des salles pour vous entraîner ou est-ce que vous faites ça de manière un peu « roots » sur les spots parisiens ?
Cécile Klaus : Non, on ne fait que sur les spots parisiens en extérieur. Et ça me rappelle d’ailleurs qu’on a créé le calendrier Miss’Îles à ce moment. On pose en nu artistique, avec des rollers pour récolter des fonds pour l’association. Donc au début, la première édition, je ne m’étale pas dessus, mais bon, la première édition, on l’a faite effectivement DIY. On l’a faite nous-mêmes à la maison. On a utilisé une nappe en papier pour faire un fond. Et on a fait notre shooting photo nous-mêmes.
Et par la suite, on a eu Seba pour sponsoriser le calendrier. On a eu… Non, l’année d’après, c’était 2005. On a eu… Rollerblade, on a eu Rollerblade et Taïg Khris nous a prêté sa rampe personnelle pour le shooting. C’était super parce qu’on cherchait justement… Au début on voulait, on avait eu l’idée de le faire sur la maxi-rampe à Champigny, parce qu’on trouvait le spot super cool, mais bon, on ne se voyait pas se dénuder en extérieur.

Et c’était dans un roller park indoor ?
Je ne me rappelle même plus où c’était. Ça date tellement, je ne me rappelle même plus comment. Il faut que je récupère les archives.
Et vos spots d’entraînement c’est où à ce moment là ?
Principalement le marché Saint-Honoré. On y a passé des années. Parfois la place du Palais Royal. Mais bon, quand il pleut, place du marché Saint-Honoré. Il n’existe plus d’ailleurs maintenant.
L’association avait combien d’adhérent(e)s à cette période ?
On n’était pas beaucoup au début. Je pense, une quinzaine, une vingtaine. Ouais, une vingtaine, ouais.
Cette logique multidisciplinaire, vous allez la garder longtemps ou ça va glisser assez vite vers la roller dance ?
Si je me rappelle bien, en 2004 je suis accepté à l’école Alvin Ailey à New-York. Donc en vérité, à l’année, je suis à New York, à l’école. Je rentrais l’été pour la saison des compétitions. Donc je rentrais pour les 24 heures du Mans. Et puis ensuite après, on faisait d’autres courses de vitesse. Du coup on a eu un engouement pour les courses de vitesse. Mais on a eu envie d’en faire plus.
Et puis à un moment donné aussi Marjorie m’a rejoint à New York. On avait besoin d’argent. Il y avait Lezly Ziering qui était à l’époque le président de la Central Park Skaters Dance Association. De temps en temps, il y avait des événements où des clients qui lui demandaient des danseurs en roller. Donc moi, à l’époque, j’allais déjà au Roxy Club qui était la boîte roller la plus connue. Elle a fermé par la suite mais j’ai eu la chance de la voir. Apparemment Madonna avait patiné dans cette boîte quand elle était jeune. C’était un peu la boîte légendaire de Roxy et puis tout le monde m’en parlait aussi. Puis Lezly donnait des cours là-bas aussi, donc c’était un peu la boîte de nuit roller la plus connue.

Et il y avait un spot célèbre à proximité…
Cécile Klaus : Oui, à côté du fameux Empire Skate à Brooklyn (bien sûr), Skate Key dans le Bronx, il y en avait trois principales. Mais le Roxy, c’était celui de Manhattan. Et donc, on allait là. Puis des fois, pareil, il y avait des événements au Roxy qui cherchaient des danseurs en roller. Et comme moi, je commençais à fréquenter le Roxy, donc j’ai rencontré Lezly. Ensuite, de fil en aiguille, il me bookait sur des événements. Donc, j’avais fait à l’époque un événement pour Virgin Mobiles. C’était un des premiers que j’avais fait à New-York.
Ensuite, quand j’ai eu ma certification de qualification en troisième année (là je saute directement en 2007), on pouvait présenter les pièces qu’on voulait. Donc j’ai décidé de présenter une pièce que j’avais moi créée en danse en moderne, avec une amie danseuse. J’avais décidé de faire aussi un show de roller dance. J’avais envie de montrer la roller dance, de mettre la roller dance sur scène à Alvin Ailey. Et donc j’ai fait un duo avec ce patineur connu à New York qui s’appelle Roger G. Et c’est celui qu’on voit deux secondes dans le film « Bad’ de Michael Jackson. On le voit se relever d’un split avec sa chemise. C’est un grand écart.
Donc il y a de plus en plus d’événements et puis de job en roller en roller dance. Ensuite, je me suis je me suis retrouvée aussi chorégraphe pour une boîte où on me demande de faire des interventions de shows dansés. Donc pareil j’inclus de la roller dance avec Marjorie, comme nous gagnons de l’argent en faisant de la roller dance.
Donc Marjorie t’a rejointe à New York ou elle fait des allers-retours ? Comment ça se passe ?
Oui, elle fait des allers-retours parce qu’elle n’a pas de visa. Et donc, elle vient en tant que touriste pour faire du roller à New York.
Comment vous faites à l’époque pour vous organiser par rapport à Miss’Île du fait que tu es à l’étranger pendant les trois quarts de l’année ?
Oui, alors c’est ça le truc. Pendant qu’on était à New-York, sa sœur était présidente de l’association. Sa sœur Vanessa était présidente. C’était notre notre référente à Paris. Et donc les sessions continuaient. Je crois qu’on avait d’autres animateurs des sessions pour continuer les entraînements.
Il y a des garçons ou pas dans l’association ?
Oui, on a toujours accepté les garçons. Mais il y a eu des rumeurs souvent qui pensaient qu’on était féministes et qu’on ne voulait pas de garçons. Mais c’est juste que comme on a commencé en bande de filles, les gens pensaient qu’on n’était que des filles.
Puis avec le calendrier et tout ça, c’est vrai que… Le calendrier, c’était que les filles, évidemment. On n’allait pas faire poser les garçons.
Les « Dieux du Stade », c’était possible pourtant ?
Oui, oui. Mais bon, c’est vrai que nous, en fait avec Miss’Île et les 24 Heures du Mans, au début, l’objectif, c’était la catégorie féminine. Donc, on faisait des équipes féminines pour les catégories féminines. Mais après, c’est vrai que comme on commençait à avoir des garçons qui venaient rentrer dans l’association et qui voulaient aussi faire leurs équipes, donc on était amenés après à avoir des équipes féminines et des équipes masculines.
Ouais, j’ai souvenir de Yan Wang….
C’est un des premiers aussi.
Ça remonte. Ça fait une vingtaine d’années déjà.
Oui, il était un peu photographe à l’occasion.
Là, vous êtes toujours sur du multisport. Est-ce qu’il y a déjà cette logique de faire des prestations à l’époque avec les Miss’Îles ? Est-ce que c’est une entité différente ? Ou est-ce que c’est l’association qui va gérer vos prestations ? Comment ça se passe ?
Cécile Klaus : Oui, alors on a toujours fait l’équipe Roller Dance. En tout cas, quand il y avait rémunération, c’était séparément de l’association. On a toujours séparé ça pour nous simplifier la tâche. Parce qu’ensuite, après, je suis passée présidente de l’association. Je voulais pas avoir trop d’administratifs donc on a toujours séparé l’équipe artistique de l’association. En fait pour ce qui est de la rémunération ce qui s’est passé après, on ne faisait pas la promotion active de la compagnie artistique. Enfin peut-être un peu mais pas autant qu’aujourd’hui en tout cas. Et du coup on avait des demandes de shows souvent pour le printemps et l’été…
Les gens vous démarchaient davantage que l’inverse on dirait…
Je ne me rappelle plus vraiment comment ça se passait après, par la suite. Mais ce qui nous a sauvés, c’est la comédie musicale. Alors déjà, avant. En fait on a été contacté par une production qui cherchait des rollers danseuses pour le clip de Laurent Wolf qui s’appelle « Seventies« . C’était en 2009. Marylou et moi avons été choisies pour danser à côté de lui en roller. Ensuite, après ça, nous avons participé à la comédie musicale « Oui Oui » qui cherchait des danseuses en roller pour le rôle de Whiz le robot.

Je crois que c’était Marjorie qui y était allée. Il me semble qu’elle est passée à Montpellier à ce moment-là…
Cécile Klaus : Alors ce qui s’est passé, c’est que les auditions avaient lieu à Paris, alors que nous étions encore à New-York. Et moi j’ai fait des pieds et des mains pour leur demander s’ils voulaient bien nous recevoir plus tard, mais bon c’était trop… Evidemment ça marche pas comme ça, ils ont eu leur audition et ils ont choisi deux personnes déjà. Bon, donc c’était rapé. Et finalement…
Je crois que deux mois plus tard la personne qu’ils avaient choisi les a lâchés ou s’est blessée. Je ne sais pas ce qui s’est passé. Donc pour le coup, ils nous ont recontactés et on a fait une audition improvisée. On leur a proposé de nous rencontrer Place du Marché Saint-Honoré. C’est un peu bizarre parce que ça fait amateur de faire venir une production Place du Marché Saint-Honoré. Mais bon, ça s’est passé comme ça. Et donc Marjorie et moi, on leur a montré une de nos chorégraphies.
Qui a eu quel rôle finalement ?
Et donc finalement ils ont décidé de nous prendre toutes les deux. Ils ont donné le rôle de Whiz à Marjorie et moi j’avais le rôle du lutin. Donc c’était cool. Après, moi, j’avais envie d’être en roller aussi, mais bon, au moins, j’avais un rôle, j’étais quand même contente. Et puis bon, par la suite, finalement, j’ai fait plusieurs rôles et j’ai fini sur le rôle de Whiz au final. Après, Marjorie est partie. Mais c’est vrai que ça a duré longtemps, au moins 5 ans de tournée. 4 ou 5 ans mais ça c’était des tournées ponctuelles.
Il y avait une tournée en automne avec les fêtes de Noël ou une tournée en mars, printemps. Mais c’était des tournées qui duraient 3-4 semaines ou des fois jusqu’à 2 mois pour les fêtes de Noël. Et c’est vrai qu’on a fait des belles salles. On est allé en Suisse, on est allé en Belgique, on a fait le casino du Liban et on a fait le casino de Paris et l’Olympia. Voilà, donc des belles salles. Et des zéniths aussi, bien sûr, j’ai oublié de le dire, beaucoup de zéniths. Quasiment presque tous les zéniths de France, en fait.
J’ai le souvenir de Grammont à Montpellier, à cette époque-là… Justement, ça faisait partie des questions que je voulais te poser à un moment. Dans quel pays étaient allés les miss’Îles ?
C’est pas vraiment les Miss’Îles. Ce n’est pas mon équipe, ce ne sont pas mes chorégraphies. Mais bon, c’était quand même un très beau projet. Et oui, donc il y a eu Marjorie. Et puis après Marjorie, c’est Laure Chanal qui fait partie de l’équipe des Miss’Îles et qui a eu aussi l’opportunité de faire partie du projet Oui-Oui.
À quel moment il s’opère ce virage plus marqué vers la roller dance dans la compagnie ?
Oui, à ce moment-là, en fait, c’est 2010-2011. Il y a une rupture dans l’association. Marjorie quitte l’association et crée sa propre association.
Oui, Gossip.
Voilà, Gossip Skate. Et moi, entre-temps, j’ai décidé de créer un nouveau show de pom-pom girl en roller. J’avais très envie de faire ça, un truc américanisé, avec de vrais uniformes de pom-pom girl et des vrais pompons en roller. Je trouvais ça sympa. Et pour ça, Marjorie, ce n’était pas trop son truc, la roller dance. Elle n’avait pas trop envie de continuer là-dedans. Et moi, il me fallait plus de danseuses.
Je décide donc de lancer une annonce casting. Et je rencontre, donc Laure. Elle rejoint l’association à ce moment-là, ainsi qu’Amandine. Je la rencontre au Centre National de la Danse en prenant un cours de danse classique. J’y vois une danseuse arriver avec des rollers en ligne. Je me dis que c’est très rare, ça c’était marrant notre rencontre. C’est très rare de voir une danseuse venir en cours de danse avec une paire de rollers. Donc, je n’hésite pas une seconde, je vais la voir immédiatement et je lui parle de Miss’Île. Je lui demande si ça l’intéresse de faire de la danse en roller.
Donc, c’est Amandine Etelage…
Voilà, Amandine Etelage. Et ça, c’est le début d’une grande amitié. Elle dit oui immédiatement. Et pareil, elle découvre aussi la roller dance par ce biais. C’est devenu un fort pilier de l’équipe Miss’Île. Elle s’intéresse aussi à la vitesse à ce moment-là. On faisait encore des courses de vitesse et elle aussi. Et donc j’ai cette équipe avec Amandine Etelage, Laure Chanal et Myriam Laurencin qui est une patineuse à glace aussi qui se débrouillait très bien en roller et donc on monte le show de Pompom Girl en roller.
Et à cette époque-là, il y avait la Paris Slalom World Cup au Trocadéro.La PSWC, tiens, c’est vraiment un événement qui devrait avoir une animation roller dance, en fait. Je me disais que cet événement manquait de roller dance. Donc, j’ai contacté Sébastien Laffargue et Grégoire Pinto, puis je leur ai dit : « Il vous faut de la roller dance sur la PSWC, on a un nouveau show, est-ce qu’on peut faire quelque chose ? » Et donc c’est là qu’ils nous ont invitées à faire le premier show de Pompom Girl en roller. Cela nous fait un visuel nouveau et cela nous a amené d’autres projets roller dance par la suite.

2010-2011, ça doit être l’année où il y avait les tentes et où il a flotté comme pas permis.
Oui. Il a fait beau pour le show, ça allait. Ça m’évoque des souvenirs aussi.
La partie Pompom Girls se développe, ça vous ouvre des portes vers autre chose ?
Oui et non. En fait, ça ajoute un visuel à notre proposition.
Ensuite, qu’est-ce qui a changé ?
Cécile Klaus : Déjà, le fait que Marjorie ne soit plus dans Miss’Île. Il y avait déjà tellement de travail ! Il y avait vraiment beaucoup de travail à faire avec l’association. Beaucoup de choses à gérer avec toutes les disciplines. Et moi, sans Marjorie, je ne me voyais plus porter tout ça toute seule. En vrai, elle s’occupait de toute la partie compétition et moi je me chargeais de la partie artistique. Le calcul est vite fait.
Quand Marjorie quitte Miss’Île, je fais un peu de compétition, mais je délègue. Parce que je n’ai pas le temps de m’occuper de ça et j’avais besoin de me concentrer sur la partie artistique. On a continué encore un peu de course, moi je continue encore un peu à faire de la course aussi, un peu de compétition de descente, parce que Marjorie m’avait aussi initiée à la descente. En 2009, j’avais fait le circuit IIDA avec elle. Je crois que j’avais fini en plus troisième française et sixième mondiale au final. Voilà, c’était une chouette expérience.
Les kinés qui me suivaient me disaient « T’es danseuse, quoi ! » C’est vrai que j’étais un peu… Je ne suis pas aussi casse-cou que Marjorie. Mais bon, il y a des trucs qui ne me font pas peur par rapport à d’autres. Après, c’est vrai que c’était trop risqué pour moi de continuer là-dedans.

Oui, surtout que c’était quand même ton activité professionnelle à côté…
Oui, oui. T’engages ton corps,
En fait, je n’aimais pas les conditions. Il y avait trop de voyages. C’était des longs voyages. C’était toujours au milieu de nulle part. Il fallait toujours dormir dans des tentes. Parce qu’on n’avait pas de sous, en fait. On pouvait pas se payer des hôtels bien. Donc on était tout le temps à l’arrache, on va dire, à dormir dans le froid sous la tente, sur des terrains de foot. Enfin, moi, je n’avais pas envie de ça. Je n’avais plus envie de ça.
Donc Gossip va peut-être un peu récupérer la partie compétition et multidiscipline et Miss’Île se spécialiser davantage sur la roller dance ?
Oui, avec le soutien d’Amandine Etelage et Laure Chanal. Laure Chanal était déjà intermittente du spectacle. Elle travaillait déjà dans l’événementiel depuis des années en fait. Et puis Amandine aussi, elle sorttait du Centre National de la Danse, le Conservatoire National Supérieur de la Danse, pardon, le CNSM. Voilà, donc j’avais une équipe solide à ce moment-là. Et du coup, ça aidait Miss’Île. On était plus crédibles parce qu’on était toutes issues de formation professionnelle déjà.
Donc il y a un noyau de professionnels, et puis après il y a des filles un petit peu moins expérimentées qui viennent se greffer dessus ?
Oui, alors on va dire que c’est vrai. Moi j’avais envie que la roller dance soit accessible à tous. D’une part, j’avais envie de me lancer le challenge de pouvoir former un maximum de personnes à la roller dance. C’est vrai que c’était dur à l’époque de monter une équipe 100% issue de formation danse. On ne trouvait pas beaucoup de roller-danseurs.
Aujourd’hui, il y en a partout. Aujourd’hui, il y a plein de roller-danseurs. Mais cette année-là, ces années-là avant, il n’y en avait pas autant. Et c’était difficile. Je ne sais pas pourquoi, parce que pourtant… Ce n’est pas pareil en fait la roller dance parce que j’aurais pu avoir des patineuses du milieu du patinage roller artistique par exemple. Mais ce n’est pas le même apprentissage. Moi j’ai toujours dit que je pensais que le roller artistique est à la roller dance ce que la danse classique est au hip hop.

Sur les postures oui…
Sur la dynamique, en fait, ce n’est pas la même. Et souvent, ça m’a étonnée. Je pensais qu’une patineuse artistique roller ou une patineuse à glace n’aurait aucun souci à faire de la roller dance. Et en fait, les mouvements de roller dance sont beaucoup plus arrêtés, beaucoup plus dynamiques, plus vifs, sur un espace beaucoup plus limité. Donc, ce n’est pas la même chose. Et donc, voilà, il fallait trouver plutôt des danseurs urbains. Le plus simple, c’était de trouver des danseurs urbains qui se mettent au roller.
Dans ma perspective, et en fait toutes les années où j’ai essayé de former des personnes, j’ai constaté que c’était plus long de former un patineur à danser que de former un danseur à patiner.
Je ne suis pas surpris.
Je pense que la danse, il y a plus de coordination à apprendre. Et le roller, c’est surtout de l’équilibre, selon moi. Dis-moi si je me trompe.
Non, mais ça me paraît cohérent. L’apprentissage de la danse me paraît beaucoup plus exigeant. Et il y a une nécessité de le démarrer beaucoup plus tôt, je pense, que le patinage. Et après, effectivement, les transferts d’appui. Tout ce qui est notion d’équilibre en danse, tu l’as déjà travaillé. Donc finalement, j’allais dire presque le plus gros du travail est fait. Quand tu montes sur les patins alors que tu es danseur, tu as déjà la maîtrise corporelle, la gestion de l’espace, tu gères les temps, tu essaies de caler sur une musique.
Et puis il y a la musique aussi, la musicalité, c’est vrai. Au moins maintenant, quand je fais mes castings, Je coche des cases, enfin ! J’ai une catégorie musicalité que je dois cocher pour savoir si le patineur avec qui je travaille a de la musicalité ou pas. Parce que c’est important aussi. Ça c’est quelque chose aussi qui m’aide beaucoup… Moi, j’ai commencé la musique à 4 ans, donc j’étais déjà dedans. C’est une chance, j’en suis très reconnaissante. Et c’est vrai que je connais beaucoup de chorégraphes qui ont beaucoup de mal à comprendre une structure musicale. Et des fois, j’en ai perdu patience.
Personnellement, je suis une grosse intox en roller dance. Je sors toutes mes figures de slalom, ça fait illusion. Mais voilà. Pour le reste, laisse tomber. Se caler sur un rythme, c’est un peu plus dur !
Ouais, il y a une coordination corporelle, une coordination musicale et une coordination avec les rollers.
Par contre, je trouve que le fait d’avoir le médium du patinage permet à des gens qui ne sont pas à l’aise avec leur corps et qui ne pourraient pas être danseurs de faire un pas vers ce monde-là qui est quand même un monde différent. Je trouve que le fait d’avoir un bagage technique, notamment en slalom, tu te sens moins ridicule parce que tu as des pas à poser. Tu as un bagage sur lequel tu peux t’appuyer.
Cécile Klaus : Oui, j’ai une autre théorie aussi. Je pense aussi que le fait qu’on soit plus grand en roller, ça nous donne confiance aussi, clairement. Moi j’ai une période aussi où en tant que danseuse j’étais plus confiante en roller que sans mes rollers et que j’étais capable de improviser en roller mais pas sans les rollers et ça c’était aberrant pour moi en tant que danseuse d’être moins à l’aise sans mes rollers qu’avec mes rollers.
Mais on revient à ce que je te disais tout à l’heure sur le syndrome de l’imposture ou de l’imposteur. C’est à partir du moment où tu commences à mettre tes patins, il y a quelque chose qui te permet de faire la médiation entre la danse et ce que tu vas montrer. Moi, je trouve que ça aide, franchement.
Oui, une fois qu’on a un certain contrôle, parce que par contre, quand on est débutant, au début, on se sent nul.
On dirait qu’au début, tu te sentais ni légitimement roller, ni légitime en danse…
Oui, j’ai eu un problème de confiance pendant des années. J’ai mis du temps. New York me l’a résolu en fait.
Comment tu l’as résolu, Cécile Klaus ?
Des coups de pieds aux fesses ! Déjà, c’est une ville de requins, c’est marche ou crève. Donc, il a fallu que je me bouge. L’école de danse, ça m’a beaucoup appris. Et pareil, je ne me sentais même pas légitime d’aller à Alvin Ailey. C’est pour dire, je me souviens que j’étais tellement dépressive que je rasais les murs. On venait d’aller dans un bâtiment tout neuf de six étages, tout en verre. Le bâtiment tout neuf avec un doorman, une entrée spéciale et… c’était trop luxueux pour moi. Je me disais que je méritais pas ça. Donc j’ai parcouru un bon bout de chemin parce qu’au début c’est vrai que je ne me trouvais pas à ma place. Mais au fur et à mesure, avec le temps, et en ayant passé trois ans de cette école, ça allait mieux.
Chaque année, je voulais rentrer en France, à chaque fois. Chaque année, je me disais que je ne ferai qu’un an avant de rentrer. Puis après, finalement, mes copines me disaient « Mais non, tu viens de t’inscrire dans un programme de trois ans, continue. Puis si tu vas en France, qu’est-ce que tu vas faire ? » C’était vrai. Donc j’ai fais la deuxième année. Puis après, la deuxième année, on m’a dit de ne pas abandonner, qu’il ne restait qu’un an, autant le faire. Alors j’ai fait la troisième année. Puis c’est vrai qu’au fur et à mesure, déjà mon niveau de vie aussi s’est amélioré, parce que c’est vrai que je vivais dans des conditions aussi… Je n’avais pas d’argent en fait.
Comment tu faisais d’ailleurs pour vivre à ce moment-là aux États-Unis, Cécile Klaus ?
L’école était très chère à l’époque. Elle est encore plus chère aujourd’hui. A l’époque, c’était 7000 dollars. Et j’avais fait, je crois, du volontariat auprès de la mairie de la Courneuve pour obtenir une bourse, pour aider mon père à payer l’école. Et sur place je faisais du baby-sitting avec des familles françaises. J’avais une chambre, j’étais colocation avec un un monsieur un peu bizarre. J’avais une chambre qui c’était la moins chère de Manhattan à Harlem. Elle coûtait 400 dollars. Je faisais du baby-sitting tout de suite après l’école, tous les jours et ça me payait pile ma chambre. Je crois que je gagnais 20 dollars par jour. Et donc à la fin du mois j’avais 400 dollars, j’avais pile ce qu’il fallait pour payer our la chambre, c’était n’importe quoi.
Je mangeais au dollar store des produits américains douteux. J’ai pris du poids en plus. Donc ça n’a pas aidé ma confiance, parce que j’étais plus grosse que les autres. Je suis devenue une petite obèse, on va dire. Et puis après… Mais après au fur et à mesure des années j’ai eu plus de baby-sitting donc j’avais un peu plus d’argent. Donc je pouvais m’alimenter un peu mieux. Après j’ai perdu du poids en revenant en France un été. On avait une salle de sport qui sponsorisait les Miss’Îles pour les 24 heures du Mans. Cela m’a aidé à récupérer ma forme. Donc au fur et à mesure mes conditions de vie se sont améliorées à New York. C’était pour en venir où déjà ?

La manière dont tu te débrouillais là-bas financièrement pour survivre en parallèle de l’école…
Cécile Klaus : Voilà, c’était le babysitting au début, c’était surtout ça. Et après, je ne sais plus. Après, non, après, c’était fini. J’avais fini l’école. J’avais, je crois, une autorisation de travail pendant un an. Et donc, cette année-là, j’ai fait toutes les auditions possibles. Ah oui, c’était pour dire comment ça m’avait boostée. Toute cette expérience-là, comment ça m’avait rendue plus forte.
Et puis aussi, j’ai commencé à me diversifier. Déjà, l’école nous diversifiait. J’adore cette école parce qu’on apprenait toutes les disciplines de danse. C’est une école qui est quand même orientée danse moderne américaine, mais on avait de tout dans cette école. Je crois que c’est une des seules écoles qui proposait autant de diversité. C’est-à-dire qu’on avait du hip-hop, on avait de la danse africaine, on avait les claquettes. On avait bien sûr le classique, la danse moderne, la danse contemporaine. On avait différentes techniques de modernes, donc Alvin Ailey, mais aussi Martha Graham pour les connaisseurs.
Est-ce que tu avais des équivalences ?
Pas vraiment. Et donc voilà, on avait plein de choses. On avait même composition, improvisation, mais bon, moi, je n’avais pas besoin. Du coup, j’ai pu sauter les cours et plein d’autres choses qu’on devait valider, en fait. Et ensuite, la troisième année, on faisait partie de la compagnie des étudiants. On faisait nos premiers shows de danse avec la compagnie des étudiants. Donc ça, c’était cool, pareil. Donc ça, ça m’a redonné un peu confiance. Je me sentais un peu plus légitime. J’avais passé trois ans dans l’école, on nous avait bien rodés, bien formés. Je trouvais que j’avais appris beaucoup plus que dans mon école à Paris. Et puis, pour moi, c’était mieux.
En fait, dans l’idéal, j’aurais voulu faire le CNSM, le Conservatoire National Supérieur de Danse à Paris. Mais c’est très compétitif et j’étais déjà trop âgée pour rentrer dans ce genre d’école avec le niveau que j’avais. Donc Alvin Ailey s’est trouvé être comme la meilleure option pour moi.
Et pendant tout ce temps passé à New York, tu as continué à développer ton réseau roller, à pratiquer ? La scène, elle est vivante à ce moment-là ou pas dans la durée ?
Oui, oui, oui, complètement. Central Park, tout le temps, Central Park. Les gens y vont tous les week-ends. Mais après, c’est un spot plus pour… les gens qui en font en loisir. Professionnellement parlant, il y avait quelques opportunités, je ne me rappelle plus. À cette époque, moi, j’avais surtout Oui-Oui. Après la période où j’ai passé toutes mes auditions, j’ai abandonné. J’avais plus d’argent, je n’avais pas de… Je n’ai réussi aucune audition avec tout ce que j’avais passé. Et puis, je crois que j’avais des projets à droite à gauche, mais c’était des petits projets danse. Je ne sais même plus comment j’ai réussi à vivre cette année-là. Mais je n’en pouvais plus, j’en avais marre. Ça ne marchait pas. Les auditions, je n’étais jamais prise nulle part.
Et Marjorie m’a dit : » Viens on rentre en France, on fait Miss’Îles. Donc on s’occupe de Miss’Îles. Donc on est rentrées, on a continué à faire les compétitions, etc. Et là, il y a eu Oui Oui.
Et en fait, Oui-Oui, ça m’a sauvée parce que grâce à Oui-Oui, j’ai eu mon statut d’intermitttente du spectacle.

Oui-Oui t’a vraiment mis le pied à l’étrier…
Donc je n’étais plus à New York à ce moment-là quand j’ai commencé Oui Oui. Donc j’ai eu des sous qui sont tombés. Et j’ai décidé pour le coup-là de faire mon visa d’artiste, parce qu’en fait New York me manquait énormément. Je ne me sentais plus à ma place en France. J’avais l’impression qu’il y avait plus d’opportunités à New-York. Je ne sais pas pourquoi, malgré le fait que j’ai raté toutes ces auditions, j’avais envie d’y retourner.
Si, ce n’est pas que ça, c’est qu’il y avait beaucoup de projets de danse, de compagnies de danse, mis à part le roller. Il y avait des compagnies de danse qui tournaient, qui faisaient des shows. Ce n’était peut-être pas bien ou très peu payé, mais moi ça me permettait de continuer de me former. Et c’est ça qui me plaisait. Il y avait des choses encore accessibles pour moi. Et à Paris, quand je suis rentrée, j’avais essayé d’auditionner, et je trouvais que c’était la même chose. Je ne réussissais pas les auditions non plus. Mais au moins, à New York, il y avait des projets qui se faisaient, sans audition.
Et quelle part a le roller dans ces auditions Cécile Klaus ? Est-ce qu’il est à la marge ou est-ce qu’il est devenu central ? Comment ça se passe ?
De ce que je me souviens, pas trop. Et je me souviens que j’étais très déçue. Et d’ailleurs, je m’étais confiée à Tom Shanon à ce moment-là. Je lui disais :
Je ne comprends pas, c’est un super concept la danse en roller, pourquoi on n’a pas plus de show que ça ? Pourquoi ?
Et bon, c’est vrai que je ne savais plus quoi faire. Et je ne sais plus comment c’est venu mais je crois qu’au fur et à mesure on a amélioré les visuels de présentation, le dossier presse, etc. Mais vers 2018… En tout cas, j’ai rencontré mon partenaire qui a des compétences de vidéaste et de photographe. Et ça a fait exploser Miss’Île. Et aussi, il m’a fait découvrir Google Sites. Ce qui fait que j’ai pris en main le site internet de Miss’Île. Et j’avais de plus en plus de visuels présentables et professionnels. Donc à partir de là, on a eu un nouveau tremplin pour la compagnie.
Comment évolue Miss’Île par la suite ? Parce que j’ai l’impression que vous avez de plus en plus de prestations en France et à l’international ?
Cécile Klaus : Oui, alors en France, c’est vrai que l’équipe a changé aussi entre-temps. On a eu des nouvelles danseuses en France. Et en 2018, on a eu ce gros projet avec Tommy Hilfiger au Théâtre de Champs-Élysées. On nous demande 70 patineurs. Et ça c’est un gros projet, c’est un des plus gros castings que j’ai jamais fait.
Donc, en 2013, j’ai mon visa d’artiste qui me permet de travailler légalement aux États-Unis. Par la suite, du coup, j’essaie de créer une équipe locale à New York. Ce n’est pas chose facile parce que je rencontre les mêmes difficultés qu’à Paris. Il s’agit de trouver des danseuses professionnelles qui sache faire du rollerpour des shows. Et donc, pareil : j’ai des patineuses qui ne sont pas issues de formation professionnelle. Tout commence de la même façon avec des petits shows pour des petits événements. Forcément puisqu’on n’est pas encore très crédibles le niveau de la communication de l’équipe à New York. On n’est pas encore au même niveau que celui de Paris.
J’imagine que l’équipe roller-dance de New-York se construit et se structure au fil du temps ?
Cécile Klaus : Oui, petit à petit je rencontre je rencontre les danseuses qui vont faire partie du noyau de l’équipe new-yorkaise comme Shane Gilliland qui est la première en 2016. Elle est venue à un cours de roller dance que je donnais dans une école de danse pour enfants à la base. De plus, elle voulait participer même si c’était un cours pour enfants et il s’avère que elle elle était aussi déjà danseuse de formation et en plus acrobates gymnaste et donc elle a appris le roller. Et elle a continué de prendre mes cours.
J’avais aussi deux autres patineuses qui, elles, n’étaient pas danseuses. Et on avait aussi America’s Got Talent qui nous a demandé de participer. Donc voilà ma première équipe new-yorkaise avec Shane Gilliland, Jennifer et Christine. Et on monte une vidéo, une chorégraphie. Bon pareil, c’est pas au même niveau que l’équipe parisienne, mais bon ça passe. Je crois qu’on est allé du coup à America’s Got Talent pour l’audition, mais ils nous ont pas gardées.
Mais bon, l’équipe commence à prendre forme. Et Shane qui tombait tout le temps au départ, parce que pour elle le roller c’était nouveau, finalement elle se renforce. Aujourd’hui d’ailleurs, elle est le meilleur atout de l’équipe à New-York. Elle fait toutes ses figures de gymnastique en roller quasiment. Elle sait faire un front walkover, je ne sais plus comment on dit en français. Je crois que c’est le saut de main. Désormais j’ai ma petite équipe qui se solidifie au fur et à mesure. Elle change évidemment, puisqu’au fur et à mesure que je trouve des personnes plus compétentes, l’équipe évolue.

Arrivez-vous à signer pour d’autres prestations, Cécile Klaus ?
Cécile Klaus : A cette époque c’est la mode qui s’intéresse aux rollers. Donc, en premier lieu, on a eu cette designer américaine, Cynthia Rowley, qui est connue à New York. Donc, ils décident de faire… un défilé de mode, non pas avec ses mannequins habituels, mais avec des patineuses. Et donc, je me retrouve en charge du casting et de la chorégraphie. Je dois caster pour elle 20 patineuses pour le fashion show. Donc, je trouve des nouvelles patineuses qui pourraient faire partie des Miss’Îles sur le long terme. L’expérience du fashion show en roller a été super. On a été maquillées et puis habillées. Cynthia Rowley a choisi des patins à paillettes. Et donc ça, c’est nos premiers pas vers la mode.
Suite à ça, je reviens au projet avec Tommy Hilfiger, qui nous demande 70 patineurs pour faire l’ouverture du défilé au Théâtre des Champs-Élysées. Ça aussi, gros projet. Bon, là, pour le coup, pas de chorégraphie, mais des patineurs pour des sets atmosphériques de roller dance, de l’ambiance sur scène. Voilà, donc déjà, au fur et à mesure, Missile se crédibilise davantage, autant à Paris qu’à New York. On touche la mode dans les deux villes. Donc ça, c’est déjà un gros pas en avant. Et donc, par la suite, comme je l’ai énoncé précédemment, on a une amélioration des visuels, notamment notre site Internet, notre dossier presse, et le contenu visuel aussi s’améliore sur les réseaux sociaux.

Donc, vous arrivez à décrocher davantage de contrats ?
Oui, davantage. C’est marrant, je n’ai pas les noms en tête alors qu’il y a tellement de choses. Mais dans les projets les plus gros, on a fait aussi une publicité pour Madewell aux Etats-Unis. Le marathon Disney à Paris. On a fait aussi l’ouverture de la base de Ryanair à Bordeaux Mérignac. C’était marrant parce qu’en plus on a eu l’occasion de patiner sur le tarmac. Je manque de nom il faudrait que je prenne mon listing parce que sinon je vais oublier les références. Des apparitions télévisées aussi, effectivement. J’ai été interviewée à plusieurs reprises à New York avec NBC, ABC, quand l’émission Soy Luna est sortie.
C’était en 2016-2018…
Oui, voilà, je vais peut-être mélanger les années, mais voilà, ça aussi. Du coup, je suis passée sur Disney Channel pour donner un cours de roller.
À la télévision ?
Oui, l’animatrice, comment elle s’appelait EnjoyPhoenix
Effectivement, en France, il y avait une dynamique qui s’était mise en place entre Disney Channel et elle. Elle commentait les épisodes de Soy Luna a posteriori de mémoire. Elle animait une communauté autour de Soy Luna, il me semble.
Oui, voilà. Alors, effectivement, l’année 2018, c’était beaucoup l’année de la mode. On a fait beaucoup de choses pour des marques de mode, notamment, Bourgeois aussi. On avait fait un événement privé pour Bourgeois à Paris. Naturalia aussi. On a fait plusieurs prestations pour Naturalia. Nordstrom à New York.
Mais là, à chaque fois, c’est avec les Miss’Îles ou tu es sur des cachets qui sont autres que l’association ?
Non, non, justement, tout ça, c’est Miss’Îles.
Finalement, l’association reposait sur ce genre de modèle économique-là ?
Alors, le modèle économique de l’association, c’est autre chose. Les prestations artistiques, elles sont toujours séparées de l’association même. Même si l’association est notre figure de proue en termes de communication, notre vitrine nous. Pour être transparent on travaille avec une agence pour tout ce qui est règlement.
C’est une espèce de portage salarial ou un truc comme ça ?
Cécile Klaus : Voilà, autant à Paris qu’aux États-Unis, parce que c’est plus simple administrativement. Moi, ça me permet de déléguer. Je préfère me concentrer sur la partie artistique et chorégraphique. Pour les intermittentes du spectacle, il faudrait qu’on ait la licence du spectacle pour pouvoir faire les cachets. Donc c’est plus simple, on passe par une agence aux États-Unis comme en France. Comme ça, moi, je n’ai pas à gérer à la partie comptabilité.
On voit qu’il y a une évolution, une professionnalisation au fil du temps.
Alexandre : Ce qui m’intéresse, c’est de comprendre comment ça s’inscrit dans un contexte d’évolution de la perception de la roller dance dans le public. C’est-à-dire qu’en fait, j’ai l’impression que la roller dance, depuis une vingtaine d’années, elle est en filigrane dans la culture en France. Tu vois qu’il y a des clubs qui organisent des soirées roller. J’ai l’impression qu’une espèce de rebond qui a eu lieu pendant le confinement.
Je me demandais à quel moment ‘intérêt pour la roller dance dans les sociétés que vous avez eues comme client a émergé ?
Il est antérieur à ça. Ça a l’air d’être décollé plutôt vers 2016. Mais bon, il y a toujours eu des vagues. Mais oui je pense 2016 été une vague, je dirais plutôt 2018, à la fin de la série Soy Luna. Et ensuite, moi, j’ai eu une grosse vague en 2024, plus récemment. Ça a été mon année la plus productive. Et celle qui m’a amené les plus gros projets de ma carrière.

Est-ce qu’il y a un lien entre cette scène professionnelle, entre guillemets, et la scène plus large de la roller dance loisir ? Tu vois, par exemple, je pense à des événements comme Skate Love Barcelona.
Oui. Oui, j’y suis allée au moins 3-4 fois. J’ai rencontré Michelle bien avant qu’elle crée le festival en plus. Et ça m’est arrivé je crois à deux reprises de proposer un workshop au Skate Love. On a aussi fait des prestations de roller dance trois fois sur place. La dernière en date, c’était il y a deux ans en 2023 avec l’équipe actuelle des Miss’Îles. C’est toujours vrai que c’est une autre dimension, c’est la référence internationale. D’ailleurs, c’est le festival le plus international de la roller dance.
Comment elle évolue, la scène roller dance ? J’ai du mal à comprendre. A priori, il y a des pics quand même. Mais là, en termes d’évolution, est-ce que c’est en train de s’ancrer dans la société d’une façon un petit peu plus durable ? Est-ce que c’est un truc qui est plus fort ailleurs qu’en France ? J’essaie de comprendre ce qu’est la roller dance aujourd’hui.
Oui, j’ai l’impression que ça explose de partout. Toutes les villes, toutes les grandes villes maintenant, cherchent à avoir déjà des événements de roller dance, leurs événements de roller dance, leur festival de roller dance, avec leur workshop de roller dance, avec leurs invités roller dance et leur compagnie de roller dance. Je pense que maintenant, ça s’est complètement généralisé.
Tu penses à quelle ville quand tu dis ça ?
Je pense déjà à Barcelone en premier lieu, puisque c’est eux qui ont eu le plus de participants pour un festival international de roller dance.
Je crois qu’ils sont à 3000 à peu près.
C’est le plus gros, oui. Et après, je pense par exemple à Mexico City.
Ok, donc au Mexique.
Ils font aussi maintenant leur festival. D’ailleurs, ils ont leur compagnie aussi, leur propre événement, leurs propres invités. Ils organisent des workshops qui font venir des coaches des Etats-Unis notamment Morgan Weske.
Mais maintenant, il y a d’autres villes, même moins grandes, comme Valence, qui ont aussi lancé leur festival. Je crois qu’il y a aussi une compagnie de roller dance locale. Elle propose des workshops avec des invités internationaux. Donc, tout le monde s’y met.
Quels sont les pays roller dance, aujourd’hui ? Les pays dont on entend parler ?
Cécile Klaus : Les Etats-Unis déjà, la France, l’Angleterre, l’Espagne évidemment avec le Skate Love Barcelona. Il y a l’Australie aussi. En vrai, tous les pays d’Europe s’y mettent. Je ne connais pas tous les événements, je ne les ai pas tous en tête, mais je crois que toutes les capitales d’Europe s’y mettent. Elles commencent à lancer leurs festivals. L’Europe, les États-Unis et même maintenant les pays latinos comme le Mexique. Le Mexique s’y met maintenant et l’Australie aussi je crois que ça fait un moment.
C’est juste qu’on entend peut-être moins parler d’eux, ça dépend de l’algorithme de chacun en fait. Je suis sûre qu’en Asie aussi. C’est vrai, en Asie aussi, je sais qu’ils ont eu des compétitions de roller dance qui ont été organisées sur scène, carrément, mais on n’en entend pas parler.
Aux Etats-Unis, ils ont quand même fait une émission de télé dédiée à ça, avec des battles.
Oui, le Roller Jam.
C’est là que tu vois que la culture américaine au niveau du roller, elle a un truc qu’il n’y a pas ailleurs. C’est qu’ils poussent la chose à fond. Pour moi, les Etats-Unis, ça représente la nation qui a le roller le plus intégré à sa culture.
Alexandre : Mais ça se voit, ça se vérifie en termes de statistiques. Quand tu regardes les récurrences du mot roller, par exemple, dans la presse, aux Etats-Unis, il y a un socle qui dure depuis les années 20, 30, 40, 50, où le roller est omniprésent dans la culture. Et ça se retrouve un peu moins ailleurs.
Je me demandais en fait s’il y avait d’autres endroits où ça se développait comme ça.
Cécile Klaus : Je me demande si… Je n’ai pas la réponse, mais je me demande si en Asie, ils le font. C’est juste que je crois qu’il y a une barrière de diffusion.
Oui, je suis d’accord.
La barrière de la langue nous empêche probablement de le savoir mais je crois qu’en Asie aussi il y a pas mal de roller-dance qui e développe. Mais oui les Etats-Unis avec Roller Jam effectivement. La californie plus même plus précisément plus que new york d’ailleurs parce que nous souvent bon à new york je crois qu’on est encore à ma connaissance on est il ya deux trois équipes de roller dance mais on Peu nombreux, mais en Californie, il y a beaucoup d’équipes.Je crois qu’il y a plus de danseurs en roller en Californie que sur la côte Est.
Donc il y a carrément des spécificités locales. Quand je travaillais à Los Angeles en 2004, j’étais passé à Venice, il y avait toujours de la roller dance sur place.
Oui, et puis ils ont une industrie qui ne s’arrête pas là-bas, qui est plus importante.
Cécile Klaus, comment vois-tu l’avenir de la roller dance ?
Ah, c’est une bonne question. L’avenir de la roller dance ? Ben, à titre personnel, moi j’aimerais voir la roller dance s’intégrer davantage dans un maximum de projets événementiels. J’aimerais qu’elle soit plus intégrée dans la mode, même si ça l’est déjà pas mal.
Il y a tellement de choses à faire… En fait, ce qui me plaît aussi dans la roller dance, c’est qu’on peut vraiment représenter tous les styles musicaux. Mais la roller dance, on peut faire tous les styles de danse en roller. Et c’est ça que je trouve magique.
Ce n’est pas comme… C’est pas comme, par exemple, la danse classique. Bon, ben, ça reste de la danse classique. C’est qu’on peut s’intégrer à… a tellement de thèmes. Donc ça ouvre beaucoup de possibilités pour l’événementiel. Et même le fait qu’on n’ait pas autant de restrictions que ça pour faire des prestations. Par exemple, on n’est pas obligé d’avoir une scène, on n’est pas obligé d’avoir des lumières. Voilà, ce sont des prestations qui peuvent être amenées n’importe où. Cela peut être des shows de rue. On peut être dehors, en extérieur. On peut être en intérieur. Ou on peut être sur scène. Bref, on peut être n’importe où. On s’adapte vraiment à toute forme d’événements de projets événementiels. C’est ça qui est chouette.
Je pensais à un autre truc sur les shows télé, Usher par exemple à la finale du super bowl, c’est encore un marqueur de la culture. Mais c’est un truc typiquement américain à ton avis ou est-ce qu’il y aurait des chances qu’on le voit ailleurs ?
C’est ma question aussi. J’aimerais que les artistes de musique soient plus ouverts, parce que la plupart ont des danseurs, mais pas des danseurs en roller. On n’avait pas vu ça depuis longtemps. Nous, on a fait une apparition avec MC Solaar en 2003, mais nous aurions pu en faire beaucoup plus depuis.
C’est intéressant que tu dises ça, parce qu’il y a quelques clips de temps en temps qui sortent avec un peu de roller dance, mais vraiment à la marge…
Alexandre : ou alors les artistes mettent juste les pieds dans les patins. Je me souviens qu’il y a eu un clip de Julien Doré où je crois qu’il y avait Catherine Deneuve qui faisait du patin. Il n’y a pas longtemps, il y a eu Soleil Bleu de Luiza. Il y a eu Nolwenn Leroy avec un clip où elle est dans une voiture avec ses patins. Donc en fait, cet imaginaire-là, on sent qu’il n’est pas loin. Mais en fait, il n’y a peut-être pas encore cette marche de la roller dance à fond, comme on la voit aux US, où tu as les gens qui font vraiment un show en patin.
En France, on a de l’intérêt pour la roller-dance, mais on sent qu’il y a une marche avec les Etats-Unis.
Cécile Klaus : Oui mais en France ils y vont légèrement je trouve. C’est vrai que les États-Unis sont tout le temps à fond dans le truc. Mais c’est vrai que je vois aussi que les artistes ont envie certains de se mettre au patin. Je pense que c’est dans le souci de se réinventer en continu. Donc de toujours se trouver une nouvelle identité. pour innover leur image. Mais ça marche, comme Usher après tout. Puis Swiss Beat aussi d’ailleurs. J’ai eu l’occasion de patiner dans son clip avec Fabulous et Jadakis. Lui aussi a fait un clip, je crois qu’Alisha Keys aussi. Mais en fait les deux patinent, les deux savent patiner. Je crois qu’ils ont même fêté leurs anniversaires en faisant une soirée roller. Donc ouais, les artistes pourraient s’y prêter davantage en fait.
C’est vrai que moi ma vision de la roller dance dans le futur, c’est une vision que moi j’aimerais accomplir avec Missile. Et c’est vrai qu’on en parle depuis plusieurs années avec l’équipe, notre rêve, tout en fait, ce serait d’être… d’être roller-danseuse aux côtés d’un artiste et de partir en tournée, de faire une tournée complète en fait avec cet artiste là. Ce serait super comme les danseurs l’ont fait des millions de fois en fait. C’est juste qu’on n’a pas eu encore de tournée d’artistes avec leur équipe de roller-dance. Usher moi je pensais qu’il est… je sais pas si il a eu sa tournée, si si je je crois que Usher a fait une tournée avec son équipe mais… Après, on pourrait aussi le refaire avec un artiste différent, un style de musique différent. Il y a encore plein de possibilités à faire.
On a une partie qu’on appelle la tribune libre où l’invité s’exprime sur quelque chose qui lui tient à cœur…
Cécile Klaus : Je voulais mentionner qu’en 2024, j’ai eu la chance de travailler sur ce que je pense être les plus gros projets de ma carrière jusque là. Il y a notamment eu une prestation pour un des sponsors des Jeux Olympiques à l’Accor Arena à Bercy. J’ai eu la chance de chorégraphier un spectacle avec 24 patineurs. C’était vraiment super. Et en plus, c’est l’une des rares fois où je ne me suis pas positionnée en tant que performeur. Je peux prendre ma distance et me poser en tant que directrice créative et créer le show sans être dedans. Ce qui est vraiment une autre dimension par rapport à ce que je fais d’habitude. Pour moi et c’est une nouvelle responsabilité, une nouvelle position.
Tu me parlais d’une autre grosse production Cécile Klaus…
J’aime beaucoup diriger. En plus de ça, le plus gros aussi qui m’est arrivé par la suite c’était cette prestation avec 40 patineurs. Et là, j’ai chorégraphié ce show pour Robin Hood Foundation . C’est une très très grosse production à New York. C’est un projet pour une récolte de fonds, pour un événement caritatif. Voilà. Mais la production est énorme. Ils ont fait venir cet artiste week-end pour faire la prestation musicale.
Déjà, je vois que Miss’Île est en train de monter davantage en crédibilité, en performance et en importance. Et donc, c’est super. J’espère par cette voie-là que je pourrais arriver à ce qui me tient à cœur. Et ce serait de vraiment partir en tournée, en fait, pas juste faire un événementiel ponctuel. J’aimerais partir en tournée comme on l’a fait pour Oui Oui. Mais cette fois, ce n’est pas moi derrière un personnage, mais l’équipe Miss’Île sur scène avec un artiste musique.
Voilà, et ce serait nos vrais visages sur scène. Et ce serait vraiment la signature Miss’Île et ma signature chorégraphique, Cécile Klaus, en tournée internationale avec un artiste de musique. Peu importe, l’artiste, en fait, ce serait vraiment une expérience… Je pense que je serais au top de ce que tu voulais accomplir. Et on en parle avec l’équipe souvent, et on essaie de manifester ça, et à chaque fois qu’on trinque ensemble, on se dit à la tournée internationale de Miss’Îles.

Vous pourriez y refaire presque comme dans les années 1940-1950 avec les Roller Follies ou les Skating Vanities.
Alexandre : Peut-être as-tu connu ça, avec Gloria Nord. C’était un espèce de Holiday on Ice en roller, où il y avait tout un spectacle qui faisait le tour d’Europe et le tour des États-Unis en patin. Ce sont des budgets de dingue à l’époque. Ça coûtait un million de dollars par spectacle dans les années 1940. Alors, je te laisse imaginer.
Cécile Klaus, es-tu déjà allée voir Starlight Express ?
J’ai toujours voulu en faire partie, mais ils avaient toujours leur spectacle en Allemagne.
A priori, il y a eu une tournée à Londres et aux Etats-Unis il n’y a pas si longtemps.
Oui. Après, je pense que je ne suis plus dans les auditions, c’est pour ça. Moi, à une époque, j’attendais qu’il y ait des auditions. Il y a eu quelques années où j’étais… où je surveillais en fait. Je surveillais la production et j’attendais leurs auditions. Et puis voilà, quand il y a eu les auditions, je n’étais plus dans cet état d’esprit.
Peut-on rapidement aborder l’anniversaire des Miss’Îles ?
Cécile Klaus : Oui, ben, ça tombait bien parce que… New York n’avait plus de patinoires roller et la dernière qui nous restait, qui était Roller Jam USA, a fermé. Mais la même année, on en a une qui a ouverte et c’est Xanadu Roller Arts à Brooklyn. Et donc, c’est arrivé pile poil au bon moment où on a fêté en novembre 2025 les 20 ans de Miss’Île. Donc on a collaboré avec Xanadu pour organiser l’événement chez eux. Et c’est la première fois que j’ai réuni l’équipe française et l’équipe New York pour faire un show ensemble à Xanadu. C’était aussi la première fois qu’elles se rencontraient. Elles s’étaient toujours vues via les réseaux sociaux en fait.

Comment avez-vous fêté cela ?
Et donc on a fait une grande célébration, on a même eu des patineurs du Mexique qui sont venus pour l’événement à New York pour faire la fête avec nous. On a organisé des workshops animé par Amandine et moi, et puis Shan et guililand donc on a vu comme c’est quand même un peu des deux équipes à france et new york on avait on a fait aussi un battle de roller dance et donc la gagnante ça a été Jessica Watkins qui fait aussi partie de missiles et non pardon ce n’est pas Jessica Watkins qui a gagné le gagnant, son nickname c’est Oso, et c’est Khalil, Khalil Johnson, qui ne fait pas partie de Miss’Île, mais il fait beaucoup de prestations avec nous. Mais Jessica Watkins a fini deuxième.
Donc super battle roller dance, mais ce qui était super cool c’est que j’ai fait venir, comme d’habitude, des juges divers, de la même façon qu’on a fait pour les 10 ans, quand on a fêté les 10 ans à Paris, j’avais fait venir Tom Shanon. pour représenter l’événementiel. J’avais fait venir un breakdancer pour ses connaissances en battle breakdance et j’avais fait venir une patineuse du milieu roller artistique qui est… son nom de famille Henneguelle.
Ah oui Priscilla Henneguelle !
Cécile Klaus : Oui, Priscilla Henneguelle. J’ai des trous de mémoire. Et donc cette année, pour les 20 ans, j’ai fait venir Roger G, qui est ce patineur exceptionnel. Il a dansé pour Michael Jackson. J’ai fait venir Kid Glide, qui est le fils d’un des fondateurs des mouvements breakdance à New York. Et j’ai fait venir Ken Benson, qui est aussi un… un multi champion international de patinage roller artistique. Ajourd’hui, d’ailleurs, il est coach sur glace. Voilà, donc on avait du beau monde.
Donc on a fait les workshops, le battle roller dance et on a fait aussi bien sûr un show Missile avec les deux équipes réunies Paris France et New York USA. Et voilà, puis on a fini. avec un gâteau, des bougies, une photo de groupe avec tout le monde. Super expérience, il fallait marquer le coup. On aurait voulu le fêter avec Seba puisqu’ils fêtaient aussi leurs 20 ans. Mais bon, logistiquement, c’était compliqué. Mais voilà, bel événement et il fallait le marquer. Je pense que je me sentais obligée, c’était compliqué en plus. En plus d’organiser ça alors que j’ai un bébé maintenant. Donc c’était compliqué d’organiser ça. Mais il fallait le faire.
Conclusion
Alexandre : Je te remercie Cécile Klaus pour le temps que tu nous as consacré. C’est bien d’avoir un autre regard sur la roller dance. Et surtout une vision un petit peu plus professionnalisante de la pratique. L’idée étant qu’il y a beaucoup de gens qui imaginent qu’on ne peut pas forcément vivre du roller. Et c’est bien de montrer qu’il y a quand même des choses qui sont possibles. Donc on va te souhaiter une bonne continuation. Et puis à bientôt, j’espère.
Cécile : Merci Alexandre, à bientôt.
Post scriptum de Cécile Klaus
Je souhaitais ajouter plusieurs éléments importants que j’ai complètement oubliés durant notre podcast.
Chaque univers s’est progressivement intéressé à la rollerdance au sein de Missile, par vagues successives.
Du côté de la mode et des lancements de produits/marques : Cynthia Rowley, Michael Kors, Net-A-Porter, Le Bon Marché, Madewell, Filorga, Ki Et La, Bourjois, Nordstrom, le Met Gala, Oceansapart, et plus récemment Terez, Sunglass Hut ou encore Beekman.
Du côté des clips musicaux : après nos débuts avec Laurent Wolf et M83, ont suivi Joey Badass, Silento, Swizz Beatz aux États-Unis, puis Holy Oysters, Aliose (chorégraphie Cécile Klaus), Offenbach, Patrick Bruel, Quentin Vaesken, Kamar & The Bugged Mind Crew en France.
Les projets que nous remportons aujourd’hui sont également de plus en plus ambitieux et nécessitent des équipes plus importantes. Nous sommes passés de formations de 4 artistes à des productions de 6, 8, 20 ou même 40 artistes : le Zénith de Paris avec Bon Entendeur (6 artistes, salle complète), l’Accor Arena (20 artistes), Robin Hood NYC (40 artistes), sans oublier les 70 artistes mobilisés pour Tommy Hilfiger en 2018.
En 2019, j’ai remporté le concours chorégraphique rollerdance du festival Onwheelz. Le résultat n’a malheureusement jamais été annoncé publiquement car le MC du jour avait oublié de nous appeler sur scène, mais selon les résultats officiels Missile était arrivé en première place. Jean-Marc Gravier m’a remis un certificat quelques années plus tard.
Vers 2018, j’ai aussi commencé à remettre en question mes objectifs artistiques à New York. À cette période, je ressentais déjà l’envie de travailler avec des artistes musicaux, notamment autour de la musique latine, influencée par mon intérêt grandissant pour les danses latines et mes expériences au sein des compagnies Zafire et Balmir.
C’est à ce moment-là qu’Enso Taves découvre mon travail via les réseaux sociaux et me demande s’il serait possible de faire de la bachata en rollers. C’était exactement le type de collaboration que j’espérais. J’ai chorégraphié un duo sur sa chanson “Tengo Sueños”, puis un trio féminin sur “Labios de Cerezo”, où nous portions des leggings aux couleurs de la République dominicaine.
Enso est devenu mon compagnon de vie, mais aussi mon vidéaste et mon assistant artistique, notamment sur le projet Robin Hood. Nous espérons aujourd’hui poursuivre cette aventure ensemble à travers des projets et tournées internationales. Malheureusement, a la sortie du clip “Labios de Cerezo” on est en 2020 et la COVID19 interrompt tous les projets. Depuis la reprise des événements, nous reconstruisons progressivement cette dynamique.
Ce qui m’a également énormément formée à New York, ce sont mes nombreux échecs en audition. À part quelques compagnies comme MAD About Dance ou Bloodline Dance Theater, beaucoup de portes sont restées fermées. Les autres projets se sont surtout construits grâce aux rencontres, aux références et au réseau. Cette réalité m’a poussée à continuer à me former, notamment en acrobatie et un peu en breakdance, afin d’ajouter des compétences plus impressionnantes à mes passages freestyle en audition.
Finalement, ces compétences ont trouvé une place naturelle dans la rollerdance : équilibres sur les mains, roues, six-steps, etc. J’ai aussi encouragé ou formé certains membres de Missile à développer ce travail acrobatique en rollers afin d’élargir notre vocabulaire artistique.
Depuis ma grossesse, j’ai également découvert une nouvelle facette de mon travail : diriger mes équipes sans forcément faire partie du show. Pour Robin Hood, il était plus raisonnable que je me retire de la scène afin de me concentrer pleinement sur la direction artistique des 40 rollerdanseurs. J’ai tout de même continué certains shows jusqu’à mon 8e mois de grossesse, en cachant mon ventre sous des costumes amples. Mais pour un show à Chicago, la cliente préférait finalement que je reste en encadrement. Avec le recul, j’ai découvert à quel point j’aimais la direction artistique pure : voir se concrétiser les effets visuels imaginés, observer les tableaux prendre vie, et ressentir ce sentiment d’accomplissement.
Aujourd’hui, je ne vis pas uniquement des shows Missile. Comme beaucoup d’artistes indépendants, je multiplie les activités afin d’avoir une stabilité. Grâce à mes différentes formations (Conservatoire, Alvin Ailey, FFRS, Acrobatic Arts, etc.), j’enseigne quotidiennement : cours privés de piano, cours extrascolaires, danse, roller, gymnastique, dans des écoles publiques et privées.
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