Carrie Augusta Moore : patineuse sur glace et roulettes
Carrie Augusta Moore vit le jour le 12 décembre 1840. Elle naquit à Concord (Massachusetts). Elle fut l'une des premières patineuses à roulettes professionnelles des Etats-Unis.
Par alfathor
Carrie Augusta Moore, pionnière du patinage artistique sur glace et sur roulettes aux États-Unis
Carrie Augusta Moore vit le jour le 12 décembre 1840. Elle naquit à Concord (Massachusetts) de l’union du capitaine John B. Moore (shérif adjoint du comté de Middlesex) et de Sarah Augusta (née Hunt) Moore. Carrie était l’aînée de trois sœurs. Elle mourut à l’âge de 51 ans après avoir arrêté ses tournées en 1891 ou 1892 (date précise à déterminer).
Des débuts précoces en patinage sur glace… malgré les préjugés
Dès son enfance, elle s’adonna au patinage sur glace. Au milieu du XIXe siècle, la médecine considérait que les femmes n’avait pas la résistance suffisante pour pratiquer une activité physique intense. Par ailleurs, le milieu clérical et la morale victorienne ne voyaient pas non plus les prémices du sport féminin d’un bon oeil. Malgré tout, elle devint patineuse professionnelle, tout comme Mabel Davidson, qui suivra les traces de Carrie Moore.
Une première prestation publique sur roulettes pour Carrie Moore
La première performance publique notable de Carrie Moore ne se fit pas sur des patins à glace, mais sur des patins à roulettes. Ainsi, au printemps 1865, à l’âge de vingt-trois ans, elle réalisa une démonstration au Boston Theatre1. Ses talents soulevèrent l’enthousiame des spectateurs. Elle entama ensuite une tournée des grandes villes américaines avec notamment un passage au Palace Varieties de Cincinnati2 la même année.
Du patinage sur glace au patinage sur roulettes selon la saison
Selon la saison, elle alternait patinage à roulettes ou sur glace. Ainsi, au Central Park de Chicago, c’est sur glace qu’elle émerveillait spectateurs et journalistes3 :
Mademoiselle Moore est la patineuse la plus accomplie de sa génération, tous les mouvements sont faciles, grâcieux et beaux ; ses postures sont uniques et classiques, et pourtant dénuées de toute affectation.
Elle s’arrêta aussi dans l’académie de musique4 et à l’American Theater5 de Philadelphie, à Buffalo6, Syracuse7 ou encore à la Nouvelle-Orléans8. Ses tournées l’amenèrent aussi à l’extérieur des Etats-Unis, d’abord au Canada, à Ottawa9 ou encore au Guilbaut’s Glaciarium de Montréal10.
Cette alternance lui permettait ainsi de vivre de son activité et de ses démonstrations toute l’année. Dans l’esprit de Jackson Haines qui pratiquait aussi bien le patinage à roulettes que le patinage artistique sur glace, Carrie se devait de maîtriser les deux pratiques pour faire carrière sur toute une année. Ses prestations ponctuaient souvent les entractes des pièces de théâtre. Elles s’intégraient aussi dans des séries de numéros mêlant chant, pantomimes, acrobaties.
Avec quel matériel patinait-elle ?
Nous l’avons pas trouvé trace des patins qu’elle employait. Peut-être évoluait-t-elle sur des patins Plimpton ? La presse fait uniquement référence à des « Parlor Skates » ; ce nom générique que l’on peut traduire par « patins de salon » était utilisé dans la plupart des brevets de l’époque.

The « Skatorial Queen »
Carrie avait un bon sens de l’humour. Alors qu’elle s’entraînait au patinage sur glace au Central Skating Park en janvier 1866, elle fit la connaissance du journaliste John Mansir Wing. Dans ses « Chicago Diaries » de 1865-1866, Wing écrivit : « Elle m’a fait l’honneur de tomber sur la glace et de m’envoyer la chercher.»
Dans le numéro du vendredi 16 février 1866 du Philadelphia Inquirer, elle était présentée comme « la plus grande patineuse du monde ». Le journal notait également : « Cette dame patine au rythme de la musique avec toute la grâce de la danseuse la plus accomplie », précisant qu’elle se produisait sur un accompagnement musical. Une chose encore rare en Amérique seulement trois ans après que Jackson Haines eut créé la surprise en réalisant cet exploit aux Championnats d’Amérique.
L’hostilité vis à vis des talents de Carrie Augusta Moore
Cependant, Carrie Augusta Moore n’a pas toujours été accueillie à bras ouverts. Le livre de Henry Roxborough, publié en 1966 et intitulé « One-Hundred Not Out: The Story Of Nineteenth-Century Canadian Sport », relate un tel événement au Canada : « En 1867, par exemple, à la patinoire Victoria de Hamilton, Mlle Moore, la célèbre « Reine du patinage », se produisit. Elle fit sa première apparition dans un élégant costume polonais et, au premier coup de sifflet de la fanfare bénévole, elle tournoya autour de la portion de glace qui avait été attachée pour sa performance. Elle valsa pendant une dizaine de minutes, se reposa encore une vingtaine, puis réapparut dans un costume décrit comme américain et scintillant d’étoiles dorées. Malgré tous ses efforts, la Reine du patinage, les spectateurs restèrent calmes, tant physiquement que mentalement. On rapporta que Mlle Moore avait touché 300 $ pour deux représentations, et un client payant se plaignit cruellement : « Elle n’est pas si douée que ça. »
Sa tournée sur la côte Est
En mars 1868, Carrie se tourna de nouveau vers le patinage à roulettes. Dans une scène de patinage au Théâtre de New York, elle faisait partie d’une pantomime de « Humpty Dumpty ». Et non, il n’existe aucun récit de sa « grosse chute ». Elle réapparut le jour de Noël 1869 à la patinoire d’Oswego, à New York. Le « New York Clipper » décrivit ainsi sa performance : « Mlle Moore patine avec une précision remarquable et a donné entière satisfaction, attirant l’un des plus grands public jamais vus à la patinoire. »
Elle enchaîna ses représentations à Oswego avec des spectacles à New-York et à Chicago. Dans son livre « Crosby’s Opera House : Symbol of Chicago’s Cultural Awakening11 », Eugene H. Cropsey notait :
Le patinage à roulettes était récemment devenu à la mode, et une grande patinoire venait d’ouvrir sur Wabash Avenue. Le gérant de la patinoire organisait une attraction pour Carrie Augusta Moore, de Concord, dans le Massachusetts, considérée comme la première patineuse à roulettes. Il avait préparé une médaille d’or destinée à être remise à Moore en public et avait proposé à C.D. Hess de la recevoir en patins à l’entracte d’une représentation matinale d’Aurora Floyd. Hess accepta avec joie et s’arrangea pour qu’un membre de sa troupe fasse la présentation et prononce un discours au cours duquel il lui décerna le titre de « Reine du patinage.
Sa rencontre avec C.E. Lovett
En 1868, le journal The Baltimore Sun12 mentionne un numéro de patinage à roulettes en commun avec C.E. Lovett, un autre patineur de l’époque.
Une collaboration avec P.T. Barnum
Selon le journal The Union13 et les propos de l’historien Steve Cottrell, elle signa également un contrat avec le célèbre entrepreneur de cirque P.T. Barnum. Elle termina sa collaboration avec lui en 1870.

Une longue tournée dans l’Ouest avant de rentrer dans l’Est
Après cela, elle entreprit une tournée nationale, notamment en Californie en 1871-1872. Elle était accompagnée de son manageur, connu sous le nom de professeur Charles Lovett. La reine du patinage passa plus d’un an en Californie. Elle se produisit au moins quatre fois à Grass Valley et à Nevada City, notamment en juillet 1871. Elle se rendit également à North San Juan en 1872.
En patins, son costume se composait d’une casquette à plumes sur ses cheveux blonds flottants. Elle portait aussi un chemisier en velours bleu brodé d’or. Son pantalon était assorti jusqu’aux genoux et de collants blancs. Oui, elle patina en pantalon des décennies avant que Herma Szabo, Sonja Henie et d’autres ne popularisent les jupes de patinage plus courtes.
Dans le « Marysville Daily Appeal » du 19 juillet 1871, les performances de Carrie en patinage à roulettes furent saluées : « Peu après, après que l’orchestre eut joué la quasi-totalité de la musique avec ses instruments, Miss Moore apparut et roula dans la pièce avec la grâce et l’aisance de son vol aérien, au rythme d’une valse. Elle flottait comme une vision venue d’un autre monde, qui avait daigné prendre forme humaine et apparaître sur une patinoire pour notre amusement, notre instruction et… notre argent. »
Elle valse, fait des polkas, des pirouettes et exécute toutes sortes de figures. Plus tard la même année, elle présenta son numéro de patinage à roulettes à San Francisco, en Californie. Elle retourna ensuite sur la côte Est pour préparer une tournée en Angleterre et en Europe.
Carrie Augusta Moore : des patins au vélocipède
Carrie Augusta Moore fut également surnommée « la Reine du vélocipède ». Elle pratiqua notamment le vélo en public à Cleveland14, Washington, Boston et dans les villes de l’Ouest américain, avec beaucoup de succès. Sa conduite est décrite comme raffinée et gracieuse, et sa tenue vestimentaire, soignée et modeste. Elle s’engagea fortement dans cette activité dès 1868-1869, notamment dans des courses contres d’autres femmes.

Son mariage en 1872 et sa tournée en Europe
Avant de s’embarquer pour l’Angleterre, Moore épousa son manager, le patineur Charles E. Lovett le 24 août 1872. , Fort de la renommée de Carrie Augusta Moore, ils décidèrent de se produire sous les noms de Charles et Carrie Moore. L’année suivante, ils partirent tournée européenne de démonstrations de patinage sur glace et de roller (selon les lieux disponibles), accompagnés de Callie Curtis, et E.T. Goodrich. Ils étaient anciens concurrents de Jackson Haines. Ils ouvrirent ainsi la voie à Mabel Davidson et à sa famille dans une tournée à Londres et à Paris plus de deux décennies plus tard.
Carrie Moore démontra ses talents sur la scène de l’Alcazar d’été15, à Paris, en juin et juillet 1873, dans un numéro intitulé « Les Patineurs excentriques« . Elle exécutait aussi un numéro de fakir avec son mari Charles.

Pour aller plus loin
L’article original sur skateguardblog
- Boston Evening Transcript, samedi 13 mai1865, p. 3 (newspapers.com) ↩︎
- The Cincinnati Enquirer, mercredi 6 décembre 1865, p. 3 (newspapers.com) ↩︎
- Chicago Tribune, jeudi 4 janvier 1866, p. 4 (newspapers.com) ↩︎
- St. Louis Globe-Democrat, mardi 27 février 1866, p. 2 (newspapers.com) ↩︎
- The Evening Telegraph, vendredi 6 avril 1866, p. 5 (newspapers.com) ↩︎
- Buffalo Daily Dispatch and Evening Post, jeudi 13 septembre 1866, p. 2 (newspapers.com) ↩︎
- Syracuse Daily Courier, samedi 15 septembre 1866, p. 2 (newspapers.com) ↩︎
- The New Orleans Crescent, jeudi 15 novembre 1866, p. 4 (newspapers.com) ↩︎
- Ottawa Daily Citizen, mercredi 17 octobre 1866, p. 3 (newspapers.com) ↩︎
- Montreal Gazette, lundi 11 février 1867, p. 2 (newspapers.com) ↩︎
- Ouvrage accessible sur Google Book ↩︎
- The Baltimore Sun, vendredi 4 septembre 1868, p. 2 (newspapers.com) ↩︎
- Steve Cottrell: Recalling the 1870s roller skating craze, 29 juillet 2022 (The Union) ↩︎
- The Evening Post, jeudi 19 janvier 1869, p. 3 (newspapers.com) ↩︎
- L’Album théâtral, 1 janvier 1873 (Gallica) ↩︎
Tous nos remerciements à Dag Hammar pour cette découverte.