Downhill Jamboree 2005 : pur freeride sur roulettes !
Le Downhill Jamboree est un rassemblement de descendeurs de tous poils que ce soit sur planche à roulettes, luges, buttboards, rollers ou autres engins sortis d'un film de science fiction. L'événement s'est déroulé sur les pentes de Chamrousse du 22 au 24 juillet, non loin de Grenoble. Les riders s'y rassemblent pour enchaîner un maximum de descente, loin de tout esprit de compétition pour faire la fête et se retrouver entre accros de dénivelés. Résumé...
Par alfathor
3 jours de descente à roulettes
Vendredi
Nous partons de Montpellier en milieu de matinée : direction Chamrousse. A partir de Valence, le relief commence à se dessiner sur l’horizon : on aperçoit les premiers contreforts du massif du Vercors. L’autoroute longe la chartreuse et s’engouffre dans la vallée en suivant le lit de l’Isère. Après une halte au centre ville pour nous restaurer, nous prenons la direction de la station. Cette dernière est accessible par deux montées : Une au nord, qui est laissée libre pour que les véhicules accèdent à Chamrousse 1750, et une seconde au sud qu’empruntent les riders. Nous atteignons la mi-parcours vers le terminus de la descente lorsque nous tombons sur le lieu d’arrivée. La route est fermée par des barrières Vauban et une foule de descendeurs de tous poils : longboarders, lugeurs, patineurs, gravity bikes… Les derniers long-skateurs termine l’avant dernier run de la journée. Les bus se remplissent progressivement des arrivants et attendent le signal pour remonter vers le départ 10km plus haut. Malheureusement, un blessé doit être évacué par les secours. Il faudra attendre pour accéder à la station par ce flanc de montagne. Nous décidons donc de redescendre pour rallier chamrousse par l’autre versant. Le repérage se fera donc lors de notre première descente. La voiture peine un peu dans les côtes. il faut dire que nous sommes bien chargés entre les paires de rollers et les protections, il n’aurait pas fallu être plus nombreux. La montée est relativement lente, mais nous permet de profiter d’un magnifique panorama sur la vallée. Grenoble est posée au creux de la vallée en contrebas. On devine la ville à travers les sapins de temps à autres. Quand la vue se dégage, la chaine montagneuse face à nous se dévoile, nette sur l’horizon et baignée de soleil.
Nous arrivons à la station. Le village est installé au centre de la route principale qui travers Chamrousse 1750. Les tentes des shops de boards, de patins tout-terrains et de wear sont disposées de part et d’autres de la voie. Tout est calme pour l’instant. Les 150 riders présents pour l’instant sont encore en bas. On attend près de 500 personnes pour le lendemain. Un album de Bob Marley tourne à la sono. Après nous être inscrits et avoir retiré nos bracelets à la tente buvette/enregistrement, nous nous dirigeons vers le studio que nous avons loué pour le week-end. Ceux qui sont venus l’année précédente connaissent bien les lieux. Certains ont opté pour le confort plus spartiate du camping sauvage sur les hauteurs de la station, d’autres dorment dans leurs véhicules. L’ambiance détendue et insouciante mélange des inspirations punk, rasta et baba cool. Le temps est encore avec nous.
Le temps de poser les affaires dans l’appartement, nous repartons afin de profiter de la dernière descente de la journée. Nous arrivons sur la ligne de départ à peine quelques minutes avant le début de la descente. Pour quelqu’un qui n’a jamais participé à un freeride, la première image qui vient à l’esprit en regardant cet alignement d’engins en tous genres, c’est Madmax ! C’est un festival de combinaisons de cuirs, de casques en tous genres, d’engins métalliques non identifiés. Les riders ne manquent pas d’imagination quand il s’agit de s’envoyer en bas.
La première vague est composée des luges : les plus rapides dépassent allègrement les 90km/h en dévalant les pentes. Les plus modernes ou aisés sont équipés de modèles en fibres composites profilés, d’autres, débrouillards et bricoleurs ont fabriqué leur missile eux même à partir de pièces de skateboards placées sur une structures métalliques.
Ils sont environs une vingtaine à s’élancer à la fois. Une fois que les riders ont rompu l’inertie du départ, le groupe entame le parcours par une ligne droite de plusieurs centaines de mètres. De loin, on a un peu l’impression d’assister à un départ de formule 1. A l’abord du virage, un nuage de fumée blanc se dégage de la route. Une odeur de caoutchouc brûlé envahit les narines et s’accompagne d’un bourdonnement qui ressemble à celui d’un moteur de bombardier. En cherchant les freins sur ces machines, on en voit pourtant aucun. Le système est astucieux et simple, efficace et radical : Prenez un pneu de voiture, découpez le aux dimensions de la semelle de votre paire de chaussure et le tour est joué ! Il fallait y penser. La descente reste le monde de la débrouille, de l’imagination et du bricolage.
C’est ensuite au tour des gravity bike de s’élancer. Imaginez une sorte de long BMX surbaissé, équipé d’un court guidon en V inversé et d’une selle démesurée sur laquelle le pilote s’allonge plus qu’il ne s’assoit. Le pédalier est inexistant ou se voit remplacé par des poids de musculation pour alourdir l’ensemble et prendre encore plus de vitesse dans les dévers.
Les rollers partent ensuite. Là encore, le matériel varie beaucoup selon les patineurs. Certains ont opté pour la combinaison Lycra, d’autres pour le blouson en cuir. La plupart utilisent des protections fabriquées pour l’occasion : des jeans renforcés de plaques de plastiques (merci les plots D.D.E.), des crashes pads découpés dans des tapis de sol. Les casques utilisés sont souvent issus du B.M.X ou du parapente. Là encore, le budget oblige à faire appel au système D . Pour ce qui est des patins, les coques Tecnica Twister et Galaxy sont très utilisées. On tombe parfois sur les fameux Rossignol Descender, qui sont restés une référence. On trouve aussi quelques patins de randonnées renforcés : des M90 et des M100 avec spoiler d’agressif. La platine 5 roues est reine. Plus basse et offrant davantage d’appuis, elle donne une meilleure adhérence dans les courbes.
Après une première descente, il est plus facile de se faire une idée de la difficulté du parcours. La plupart des patineurs la trouvent éprouvante par sa longueur (10km) mais facile à aborder du point de vue technique. Elle est idéale pour les débutants. La chaussée s’est légèrement détériorée par rapport aux années précédentes. Le bitume s’est fissuré par endroit et le sol grattonne un peu plus.
Les runs se termine pour aujourd’hui. Les participants se dirigent vers le haut de la station pour la soirée vidéo. Tout le monde se réunit dans la galerie marchande pour profiter des vidéos qui ont été réalisées l’année dernière. Quelques images d’une piste de bobsleigh rehabilitée passent pour faire la promotion d’un événement à venir et soulève l’enthousiasme des riders. On croise quelques noms connus du circuit : Mathieu Prudent, Séverine Thomas, Sébastien Laffargue, Marjorie Phlippoteau ou encore Yvon Labarthe. Vers une heure, nous partons nous coucher. Certains continueront la fête dans un bar non loin de là.
Samedi
Les descentes redémarrent vers 10h du matin. Les riders ont à coeur de faire un maximum de runs dans la journée, tout comme l’organisation. De 150 personnes le vendredi, le nombre de participants a atteint les 450 durant la journée de samedi. Ceux qui ont testé le tracé la veille prennent de plus en plus d’assurance. Les virages se passent de plus en plus vite, les prises de risque augmentent. Quelques quadeurs fous d’un excellent niveau se glissent au milieu des inline et ne sont pas en reste. Ils fusent avec une aisance impressionnante comme si de rien n’était. Pour la remontée, le bus n’est pas « obligatoire », quelques téméraires s’amusent à remonter les 10km de côte en catchant les utilitaires de l’organisation ou les voitures des gens de passage. La plupart sont d’ailleurs assez aimables et compréhensifs. Il y aura un grand nombre de chutes durant la journée, dont certaines se révèleront assez graves. Heureusement, la caserne de pompier est située juste au dessus du départ. En fin de journée, le groupe de roller s’organise pour faire une mini course par équipes. Lors de la dernière descente, Séverine lance un « Au taquet ! » qui laisse peu de doutes sur les intentions du groupe. Malheureusement, la fatigue aidant, l’un des patineurs, Kevin, fait un tout droit dans un virage et se retrouve sérieusement sonné. Son casque est fêlé. Il écope d’un trauma crânien et d’un trou de mémoire d’une heure à partir de sa chute. Évacuation direction Grenoble.
Comme la veille, la soirée se déroule dans un restaurant/bar de la station. L’endroit est bondée, la patronne désespérée ne sait plus où donner de la tête. Le plat est le même pour tout le monde : Pizza ou poulet basquaise. Après le repas, les paupières se font lourdes. Les patineurs ont souvent enchaîné 6 ou 7 descentes dans la journée, l’équivalent de 70km ! Ce sera dodo pour pas mal de monde, hormis une poignée d’irréductibles qui iront jusqu’au bout de la nuit.
Dimanche
Dernière journée. Tout le monde veut profiter à fond de ces derniers runs avant de retrouver la dure réalité quotidienne. La veille, l’organisation a différé le départ à 11h. Au sortir du lit, le réflexe est de jeter un oeil par la fenêtre. Le ciel est bas, quelques nappes de brouillard sont accrochées sur les cimes. En écartant les rideaux, nous constatons que la chaussée est humide. Il a probablement dû pleuvoir durant la nuit. Les premiers à descendre donneront leurs sensations aux autres. Nous essayons d’avoir quelques nouvelles de Kevin qui est resté en observation toute la nuit.
La journée sera moins dense que la veille, les chutes obligeant l’organisation à alerter les secours fréquemment. Une nouvelle inquiétante arrive en haut de la station peu avant la fin de la journée : une luge vient d’être retrouvée seule sans son propriétaire. Aucune nouvelle du rider, beaucoup craignent le pire. Sur la ligne de départ, le prochain run est annulé. Les secours se lancent à la recherche du disparu qui est bientôt retrouvé. Il semble mal en point. Les pompiers sortent une ultime fois, la dernière descente est annulée.
L’ambiance de l’événement est inimitable. Le fait d’être un freeride enlève toute pression et donne une ambiance bonne enfant, parfois un peu délirante au Downhill Jamboree. Je n’étais jamais allé sur ce type de manifestation, j’y reviendrai avec plaisir. Si la route est restaurée l’année prochaine, nul doute que les riders se déplaceront aussi nombreux !
Nous avons eu des nouvelles de Kevin : Il va plutôt bien, et a retrouvé la mémoire. Il est toujours partant pour faire de la descente, mais il a un petit bout de vertèbre cassé donc il doit porter une minerve 15 jours / 3 semaines…
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