|
Le roller, tel qu’il est
connu aujourd’hui, s’est développé à partir de 1995. Il a connu un essor
phénoménal à Paris suite aux grèves de l’automne 1996.
Depuis,
il a montré qu’il pouvait être un moyen efficace de déplacement en zone
urbaine, se jouant des grèves des transports en commun et des bouchons
automobiles. A Paris, le roller est devenu un moyen de se déplacer aux
nombreux avantages : souvent plus rapide qu’un cycliste sur un trajet,
silencieux, non polluant, de faible encombrement quand il n’est pas utilisé,
et peu cher.
Même si quelques courageux
se sont lancés dans de grands périples sur les routes de campagnes (comme
l’association Planetroller), le roller reste cantonné au milieu urbain. Il permet
à des milliers de personnes de faire un peu de sport, ou du moins de
« respirer »...
Respirer ? Je me suis posé la question de l’impact de la
pollution atmosphérique sur la pratique du roller dans des grandes villes,
notamment à Paris. Cette analyse ne se veut pas exhaustive, mais apporte des
informations sur une question trop sous-estimée. Je ne suis ni médecin, ni
épidémiologiste, j’ai juste pris des informations sur divers supports pour en
faire une synthèse adaptée au plus près du roller.
Le domaine de prédilection
du roller est la rue dans son ensemble (trottoir + voies cyclables + rue),
même si légalement il est tenu de rester sur le trottoir (Legi-roll).
Au même titre que le cyclisme, le roller nécessite des efforts d’autant plus
importants qu’on veut aller vite.
C’est pourquoi, quel que
soit le niveau sportif de ces athlètes, ils sont plus exposés aux risques :
-
Il existe une augmentation
proportionnelle dans la quantité de polluants inhalés avec l’augmentation
de la ventilation.
-
Une plus grande fraction
de l’air inhalé passe par la bouche durant l’exercice, outrepasse la voie
nasale, celle-ci ayant un rôle de filtre des grosses particules et des
vapeurs solubles.
-
L’augmentation de la
vitesse de l’air respiré porte les polluants plus profondément dans le
système respiratoire.
De plus, il a été montré que
la capacité de diffusion au niveau des poumons est augmentée lors
d’exercices. (Carlisle et Sharp, 2001).
Principaux
polluants atmosphériques urbains :
Origine
de ces polluants :
-
Le dioxyde de soufre (SO2) provient
de cheminée d’usine, des chauffages et des voitures roulant au diesel.
-
Les particules en suspension sont
issues à 40% des transports.
-
Les oxydes d’azote (NOx) viennent à 60% des transports
-
L'ozone (O3) est obtenu par réaction chimique entre le dioxyde d’azote et les
hydrocarbures (polluants d’origine automobile).
-
Le monoxyde de carbone (CO) provient
lui aussi à 43% du trafic routier
-
Les composés organiques
volatiles sont libérés lors de l’évaporation des carburants (remplissage
des réservoirs) ou par les gaz d’échappement.
Impact de ces polluants sur
la santé du roller :
-
Le monoxyde de carbone : Ce gaz sans couleur ni odeur se fixe sur
l’hémoglobine à la place de l’oxygène et donc diminue l’apport de l’oxygène
aux tissus, provoquant l’hypoxie. Des études ont montré que la pratique de
sport pendant 30 minutes dans un trafic dense augmente le taux de CO sanguin
d’un facteur 10 (l’équivalent de 10 cigarettes) comparé à un piéton, De
même, un taux de 4-6% de CO dans le sang de joggers urbains et cyclistes est
comparable à celui trouvé chez un fumeur chronique de cigarettes. Le CO dans
le sang disparaît en 3 à 4 heures en respirant un air propre (Carlisle et
Sharp, 2001).
- Les oxydes d’azote (NO et
NO2) : Le NO2 est le plus toxique. Après exposition à
des doses de 5-10ppm, il provoque des maladies respiratoires : irritations
du pharynx, toux, dyspnoea. De plus, il provoque un affaiblissement
aux infections respiratoires lors d’expositions de moins de 0,5ppm. Les
chances d’infections respiratoires augmentent de 20% chez un enfant avec des
expositions prolongées de NO2 à des concentrations de 0,016ppm
(Carlisle et Sharp, 2001 ; Pref Herault)
- L’ozone : L’exposition à
l’ozone est connue pour avoir des effets préjudiciables sur la santé. Les
symptômes sont des irritations oculaires, du nez et de la gorge, des toux,
nuit à l’appareil respiratoire des enfants et des asthmatiques. Des nausées
et maux de têtes peuvent apparaître si l’exposition à l’ozone devient plus
importante (Carlisle et Sharp, 2001 ; Pref Herault).
- Les particules en
suspension : Elles sont associées à une augmentation de la morbidité
cardio-vasculaire. Elles ont une incidence sur la mortalité à court terme
par affections respiratoires ou cardio-vasculaires, et sur la mortalité à
long terme par leurs pouvoir mutagènes et cancérigènes (Airparif). On sait
aussi que les particules pénètrent plus loin dans le système respiratoire
durant l’exercice, mais il est incertain si l’exercice augmente leur dépôt
(Carlisle et Sharp, 2001).
- Les oxydes de soufre :
Le
SO2 commence à avoir un effet à partir de 1-2ppm sur les bronches
de gens en bonne santé et dès 0,25ppm sur les personnes asthmatiques
(Carlisle et Sharp, 2001), en provoquant des toux et essoufflement et en
aggravant l’asthme et la bronchite chronique (Pref Herault). Le SO2
pourrait avoir une incidence sur la mortalité à court terme par affections
respiratoires ou cardio-vasculaires (Airparif).
-
Les composés organiques
volatiles : Rentrent dans cette catégorie une multitude de composés
chimiques (Carlisle et Sharp, 2001), dont certains sont connus comme
mutagènes et cancérigènes, entraînant une incidence sur la mortalité à long
terme (Airparif).
Faut-il continuer à faire du roller ?
Ces éléments ne sont pas encourageants pour
continuer à faire du roller ? Pas si sûr !
Plusieurs arguments vont
dans le sens de continuer la pratique du roller :
- Au seuil d’information et de recommandations, les enfants (sujets
sensibles) peuvent sortir pour jouer et pratiquer des activités physiques
modérées (Pref Herault).
- Les seuils d’alerte dus à une forte concentration de ces polluants sont
peu fréquents. Toutefois, lors d’alerte à la pollution, mieux vaut ne pas
trop forcer. Il existe par ailleurs des pics à certains polluants, comme par
exemple de 12-14h à 21h pour l’ozone (Pref Herault). Il est important est de
se tenir au courant.
- Certaines études indiquent que beaucoup de ces polluants sont retrouvés en
plus forte concentration dans les voitures ou les bus que chez des cyclistes
effectuant le même trajet (Gee et Raper, 1999). L’explication tient au fait
que les cyclistes sont le plus souvent sur le côté de la route où la
concentration en particules tend à être plus basse et qu’ils ont tendance à
éviter les embouteillages (Gee et Raper, 1999). Ces deux arguments sont
encore plus forts pour les rollers qui sont censés rester sur le trottoir.
Vous pouvez également vous dégourdir les jambes dans une des randonnées
rollers, le trafic routier étant momentanément bloqué (ex : Rollers &
Coquillages).
Sinon, que faire ?
Les mauvaises langues diront tout simplement d’arrêter le roller. Ce ne
serait pas juste puisque le roller subit la pollution, il n’en est pas
responsable.
- Interdire toutes les voitures ?
Non, car la voiture est un outil très
utile. On peut toutefois encourager ceux qui cherchent à développer des
véhicules moins polluants (Moteurnature).
- La périféerique ?
Encourager une initiative étonnante et symbolique : Laisser la place du
périphérique parisien aux cyclistes, rollers et coureurs à pied, le temps
d’une course (Périféerique).
- Ecrire un courrier à vos responsables politiques
Il est possible d'écrire aux maires, préfets, députés,
au ministre de l’environnement (n’oubliez pas qu’ils sont élus par vous !)
pour leur demander d’agir et de permettre aux rollers d’exercer leur passion
dans de bonnes conditions sanitaires.
- Mettre un masque filtrant ?
Voila une solution alternative. Toutefois, la
plupart des masques sont de peu d’utilité. Un mouchoir sur le visage
pourrait éventuellement limiter l’absorption de particules, mais n’empêche
pas les gaz de passer. Les masques à filtre pour gaz sont volumineux
(cartouche de filtration, recouvrement du visage avec joints étanches). Ces
derniers sont rarement prévus pour des utilisations sportives (débit d’air
filtré limité, apparition de buée sur le masque). De plus, baladez vous avec
un masque sur le visage dans la rue et à coup sur on vous fera remarquer que
ce n’est pas mardi-gras aujourd’hui...
Conclusion ?
Pas d’alarmisme ! Faire
du roller reste bon pour la santé, même si en faire en ville peut s’avérer
risqué, notamment à proximité de routes à fort trafic et lors de pics de
pollution. Préférez donc les heures creuses ou les zones rurales...
|