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Le 21 September 2006 à 00:00 | mise à jour le 14 September 2011 à 08:44

De Chamonix à Cavalaire en roller

De Chamonix à Cavalaire en roller

En quelques années, seul ou avec des amis, Eric Baumgartner a relié Chamonix à Cavalaire plusieurs fois à pied, puis à vélo, ou encore en canoë. Il ne manquait plus au palmarès de cet adepte de longue distance que de s’embarquer dans l’aventure à roller. C’est maintenant chose faite et il nous fait partager son expérience. Prenons la route avec lui pour 647 km et 15 étapes…

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Quand on partait sur les chemins...

Adepte des voyages sportifs et natures, j'ai pris l'habitude avec deux amis de partir chaque printemps de Chamonix pour rejoindre Cavalaire dans le Var. Nous l'avons fait à pied (42 jours, 25000 m positifs, en 1999), deux fois à vélo (un tracé de 1000 km avec quelques jolis cols, en 2003 et 2004) puis en canoë (depuis Albertville en descendant l'Isère, le Rhône et en longeant la côte Méditerranéenne, 22 jours en 2005). Nous avions également réalisé un tour du Québec à vélo en 2002.
Notre démarche est d'accomplir ces voyages sans utiliser aucune autre force que celle de nos muscles, et en transportant nos moyens de subsistances. C'est-à-dire tente, nourriture et tout le matériel nécessaire au bivouac. Ne disposant pas de moyens astronomiques, notre matériel ne fait pas forcément partie des plus légers proposés dans les magasins. Ainsi, nous transportons en moyenne une vingtaine de kilos par personne, sans compter l'eau. Cette année, alors que mes deux compagnons d'aventures choisissaient de descendre en VTT par un tracé à 80% sentiers, je décidais pour ma part d'opter pour des rollers.

Le transport de matériel

Le premier problème fut de trouver un moyen de transporter mon matériel. Après quelques recherches plus ou moins fructueuses sur Internet, et après avoir successivement pensé au Carrix, au Caddy de supermarché, ou à la poussette de bébé, j'ai finalement trouvé un appareil de conception française, fraîchement commercialisé : le SkateDrive.
Celui-ci s'est avéré être l'outil parfait pour moi. Outre le fait qu'il ait parfaitement rempli son rôle pour ce qui est du transport du matériel, il fut d'une aide précieuse pour le maintien de mon équilibre. Je n'avais en effet pas une grande expérience du roller au départ.
Le SkateDrive nécessite évidemment un petit apprentissage, mais une fois la prise en main faite, il s'avère extrêmement maniable et sécurisant grâce à son puissant freinage.

Le choix des patins

Pour ce qui est des rollers, j'ai opté pour des « LandRoller ». Nouveaux venus sur le marché, la distribution commence à peine en France. Ils présentent l'avantage d'avoir de grandes roues plutôt pratiques sur les mauvais bitumes, tout en conservant un centre de gravité pas plus haut qu'un roller traditionnel. Là aussi, vue leur physionomie, une petite prise en main est nécessaire. Mais une fois habitué, ils sont maniables, relativement rapides, et confortables.

Un périple mouvementé

Je suis parti de Chamonix le 10 mai 2006 vers 10h30 sous une légère pluie qui tourna au déluge au bout de 5 ou 6 km, avant de virer à la neige à la fin de matinée ! Une vrai journée d'hiver, la neige tenait sur les routes ! Ce fût un faut départ. Devant l'adversité météorologique, je décidai de repartir le lendemain depuis Annecy. Evitant la partie Megève-Ugine, trop enneigée, et profitant d'une météo bien plus clémente. Mon tracé privilégiait les petites routes à faible circulation, et sans trop de dénivelée. Malheureusement, qui dit petites routes dit mauvais bitume ! Les trois premières étapes m'amènent rapidement via l'agréable piste cyclable Annecy – Ugine, la beaucoup moins agréable traversée d'Albertville et quelques petites routes, aux abords de Grenoble. La carte annonce le début d'une piste cyclable à Villard-Bonnot, qui traverse tout Grenoble, jusqu'à Voreppe. Le début de la piste est un calvaire. En effet, alternent un kilomètre de bitume, puis un kilomètre de terre défoncée, puis de nouveau le bitume, etc... Presque jusqu'au centre ville, ce sera l'alternance entre chausser les rollers, puis les baskets, puis les rollers, puis les baskets, puis... Dans Grenoble, on passe sur des voies sur berges au revêtement... style béton vibrant, avec un bon vent, bien sûr de face !
  Il faut dire que pousser les presque trente kilos (matériel+SkateDrive+eau+vivres), ne permet pas d'avoir une bonne vitesse sur ces faux plats, et l'on ressent encore mieux les vibrations de ce mauvais béton. À la sortie de la ville, la piste fait peau neuve. Un vrai bonheur, presque 20 km d'un bitume quasi parfait, sur un léger faux plat descendant le long de l'Isère.
Après Grenoble, la chaleur commence à faire son apparition. Mais pour l'instant, le long de l'Isère, ou dans les collines sous Chambaran, elle reste supportable.
Je passe ensuite le long d'Hostun et sa Baume pour éviter Valence à l'Est, par Chabeuil. Pour passer Montélimar, j'opte pour l'île formée par le Rhône et son canal de dérivation. Zéro circulation. Juste après, il y a le Défilé de Donzère, un vrai petit col à passer. Je grimpe sans vitesse, presque à l'arrêt, c'est épuisant.
Ensuite, je longe le canal de Donzère-Mondragon, jusqu'à Bollène. Erreur d'itinéraire ! Énormément de circulation, une ligne droite de presque 15 km, et les voitures à 110 km/h, à 1m sur ma gauche...
Même si 90% des automobilistes font attention et un réel effort pour s'écarter en doublant, il reste quand même un certain nombre de dangereux conducteurs inconscients. Ils doublent un roller comme ils doublent un vélo, en passant à un mètre du bonhomme. Le problème est que s'ils visent lorsque vous êtes en poussée sur la jambe droite, ils passent lorsque vous lancez la gauche. Et dans le mouvement du patineur, la jambe gauche a vite fait de couvrir le mètre en question !
J'ai donc vite quitté le Rhône et son trafic incessant, direction les Côtes du Rhône, Sainte Cécile des Vignes, Vacqueyras, Gigondas, etc... des noms qui chantent. Je sens la Provence devant moi. J'évite Aix par le Nord et traverse la Provence Verte par Rians, Cotignac, Lorgues. Depuis quatre jours, la chaleur est vraiment suffocante. J'arrête de rouler vers midi, pour ne repartir que vers 16 heures.
Je fais un dernier bivouac, au pied de la Garde Freinet. Je pars à l'aube, pour tenter d'éviter la circulation dans l'ascension du col, mais les camions commencent tôt... Apparemment plus tôt que moi. Puis c'est la descente sur Grimaud, refaite à neuf avec une superbe piste cyclable au revêtement très agréable. Encore la montée de la Croix Valmer et toujours cette intense circulation. Sur ces routes sinueuses et pas très larges, c'est vraiment dangereux. Et les conducteurs du sud roulent vite, ce n'est pas une légende ! Enfin, j'arrive à Cavalaire, au Dauphin Plage et son rosé réconfortant.

Épilogue

Mon aventure aura duré 647 km, en 15 étapes inégales, puisque la plus courte ne fait que 24 km un jour de grande chaleur et de grosse fatigue, et la plus longue 64 km.
C'était la première fois que je faisais plus d'une heure de roller. Je dois avouer que c'est réellement éprouvant sur la distance. Les portions de routes à forte circulation sont également très usantes de par la concentration permanente qu'elles demandent et la tension nerveuse qu'elles infligent.
Avec tous le matériel à pousser, les fortes pentes sont impossibles à grimper sur les rollers, mais cela dit, en tout, j'ai dû marcher un maximum de 30 km.
Si l'on trace correctement son parcours, ce mode de randonnée s'avère très agréable. Je pense que grâce à ce genre de matériel (le SkateDrive bien sûr, mais aussi des rollers confort orientés vers la longue distance) nous verrons de plus en plus de randonneurs sur nos routes.

Galerie photos

Liens utiles

www.skatedrive.com
www.landroller.com
Site des voyage d'Eric Baumgartner

Texte et photos : Eric Baumgartner
Mis en ligne  le 21 September 2006 - Lu 4656 fois


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