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Le 13 July 2006 à 00:00 | mise à jour le 06 March 2015 à 18:24

Les 24 Heures du Mans Roller 2006 de Youb Solo

Les 24 Heures du Mans Roller 2006 de Youb Solo

Ils furent une trentaine à s’élancer en solitaire à l’assaut du circuit Bugatti les 1 et 2 juillet derniers lors des 24 heures du Mans roller. Les « solos » sont plutôt discrets, perdus au milieu de la masse des équipes qui arpentent le circuit. Et pourtant, ils méritent bien un coup de projecteur. Certains d'entre eux flirtent avec les 500 km, d'autres souhaitent atteindre les 100 tours. Youb Solo va vous faire vivre ses 24 heures…

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24 heures en solitaire au milieu de la foule

De la préparation à la concrétisation...

Ils furent une trentaine à s’élancer en solitaire à l’assaut du circuit Bugatti les 1 et 2 juillet derniers lors des 24 heures du Mans roller. Les « solos » sont plutôt discrets, perdus au milieu de la masse des équipes qui arpentent le circuit. Et pourtant, ils méritent bien un coup de projecteur. Certains d'entre eux flirtent avec les 500 km, d'autres souhaitent atteindre les 100 tours. Youb Solo va vous faire vivre ses 24 heures…

Prologue

Ce défi n’aurait pas pu se réaliser sans préparation au préalable. Tout a commencé en juillet 2005, au 6ème 24 heures du Mans où j’ai couru dans l’équipe des « Krokos Roller » de Nîmes. Nous avions fini 11ème. Pendant la course, j’avais une admiration toute particulière pour les solos et surtout pour Alain Decayeux et Thibault Dejean. Je me suis dit à la fin de l’épreuve que, moi aussi, l’année prochaine, je le ferai.

Mais pour mener à bien cette épreuve, il me fallait une préparation sérieuse et adapté à ce challenge. Pour cela, mon club actuel de Gap : « Rolling To Gap » ainsi que son président Thierry Feutrier, ont mis en place un programme d’entraînement intensif sous la tutelle de Joseph Polidori ( entraîneur diplômé ) qui a commencé en octobre 2005.
Je me souviens des premières séances physiques. Il me fallait parfois une semaine pour récupérer tant je trouvais cela dur physiquement.

Nous n’avions pas le droit de faire du patin jusqu’en décembre car tout était basé sur des exercices de courses à pied avec parfois des dénivelés avoisinant les 10 %. Des exercices musculaires et physiques ainsi que du vélo. J’ai quand même fait un peu de roller aussi mais il ne faut pas lui dire…

Chaque mois le programme montait en intensité. A partir de décembre le programme roller a commencé : Des séances de vitesse sur des 300, 600 ou 800 mètres à fond puis des 3.000, 5.000, et 10.000 mètres avec des répétitions qui n’en finissait jamais. J’ai souvent souffert durant ces périodes surtout qu’il faisait très froid.

A partir de janvier, ce fut toujours le même programme, mais en rajoutant des 20.000 mètres et des 40.000 mètres dans la même journée ( un peu le matin et beaucoup le soir ).
J’oubliais : Tout  cela se faisait en plus de ma journée de travail qui me prend 12 heures par jour.

A partir de février jusqu’aux 24 heures, je suis allé travailler en roller, ce qui m’a rajouté 300 km de patin  par semaine en plus. Pour tester ma condition physique et mes progrès  j’ai fait deux courses de la French Inline Cup : Nîmes et Dijon. Bilan : j’avais une super forme ! Je me suis fait plaisir. J’ai également effectué de petits raids de 70 à 100 km. Je me sentais prêt pour les 24 heures.

Cela ne va sans dire qu’une toute autre préparation se déroulait en parallèle, à savoir celle du mental, qui pour moi est la plus importante : J’ai médité longuement sur cette course et répété de nombreuses fois l’évènement en y incluant des paramètres de difficultés de nature physique et technique. Entrons maintenant dans le vif du sujet : la course...

Avant le départ

Habitant à Nîmes, à plus de 800 km du Mans, j’avais décidé de partir la veille pour pouvoir bien dormir à l’hôtel. Je fus accompagné pour le trajet  par  des amis riders : Isabelle du P.U.C. Speedy Girls, Philippe alias Robocop 2, Luc alias le Jedi, et Gaby alias Nougat Roulant des Montpellier inline.
Le samedi matin je reste à hôtel pour m’isoler au maximum et me concentre sur l’épreuve à venir, mon ami Philippe s’occupant de retirer mon dossard.
Je n’arrive qu’à 12h30 sur le circuit et me dirige directement vers mon box. Je suis allé au bord de la piste pour relever mes premières sensations. Là, mon cardiofréquencemètre a commencé à s’affoler : 130 pulses au repos !

Vers 14h00 je me change. Première galère : j’ai égaré ma puce ! Je la cherche près d’une demi-heure étant certain de l’avoir rangé avec ma combinaison. En fait, elle était tombée  dans mon casque que j’avais accroché aux grilles du box (cardiofréquencemètre à 140 pulsations par minutes).

Je pars faire les qualifications. Je me mets sur une ligne au hasard et décide de rouler super cool. Le niveau ne devait pas être très élevé. Je finis 4ème. (Un signe !).

Par la suite, je vais à la tente des solos pour me présenter et rencontrer enfin Sylvain avec qui j’ai décidé de faire un bout de chemin.
On se donne rendez-vous à 15h30 pour le départ et j’en profite pour préparer mes bidons, mes pieds, mon portable et mon mp3. Ma banane est remplie de barres et de gel toniques ainsi que du fameux cake aux jambons et olives. (Merci Châtaigne) 

Le départ

Au bruit de la sirène et du décompte, je jette un coup d’œil au cardiofréquencemètre. Il affiche 155 pulsations par secondes. Je me dis : « ça y est Youb, tu es dedans maintenant et c’est à toi de jouer. »

Ma stratégie est simple : rouler un maximum sans arrêt ou presque et atteindre dans un premier temps les 100 tours, puis de voir pour aller chercher les 500 km par la suite. Le départ est donné. Avec Sylvain et Seb, un autre solo, nous partons tranquillement comme prévu lors du dernier briefing.
Nous roulons quand même trop vite. Les tours s’enchaînent rapidement. Nous tombons le premier marathon en 1h30. La condition physique est là, mais je me dis que cela ne va pas durer éternellement.

Nous ralentissons quand même et décidons d’appliquer la stratégie du temps et de la vitesse grâce au G.P.S. Nous ne devions pas dépasser 12’54 min au tour et rouler à 20 km/h de moyenne. Nous réussissons à nous caler en tournant en moyenne en 11 à 12 minutes au tour.
A 21 heures, je mets la radio pour écouter le match France Brésil en direct. J’écoute la Marseillaise puis j’entends le but et la fin du match. Je n’ai rien écouté d’autres, peut être à cause de concentration sûrement.

Vers 23 heures, les jambes sont un peu lourdes mais le physique et le mental sont toujours au beau fixe. Les ravitaillements d’Idrixir et de Malto prennent eux aussi leurs relais grâce au téléphone portable qui est un support nécessaire à une bonne organisation logistique.

 La nuit

A minuit, nous décidons avec Sylvain de faire une pause de 15 minutes pour nous faire masser. Mon coach, Thierry Feutrier, arrive pour me masser les jambes et me remettre un peu le dos en place. Nous repartons en pleine forme. Mais vers 3h00 du matin, mes jambes deviennent de nouveau lourdes. Je décide de refaire une pause massage de 20 minutes.
Thierry me remet d’aplomb et je repars de plus belle. Cette fois, je roule seul car Sylvain a décidé de prendre de l’avance. Il me prend quelques tours mais mon moral est toujours au mieux et me dit que je vais le rattraper. Je continue de rouler et décide de temporiser pendant la nuit, car je sais que la journée du dimanche va être dure à cause du soleil.
Je branche mon mp3 et me cale sur les rythmes des musiques assez cool comme Bob Marley ou les Beach Boys. Que la nuit est belle ! Il fait frais. C’est du bonheur de rouler, on a vraiment l’impression de glisse. Mais bon, le physique reprend le dessus. Mes jambes me font mal. Il est 6 heures du matin. Je décide de m'arrêter de nouveau. Thierry, en me voyant et en me massant, mais me dit qu’il faut que je me repose. Il me met au lit pour une heure. Je tombe immédiatement dans les bras de Morphée. A 7 heures, il me réveille avec un bon café Je repars après un petit massage.
J’ai l’impression que je débute les 24 heures. J’ai retrouvé  mes jambes de 20 ans et mon moral est au maximum. Je tourne comme une horloge en 11 à 12 min au tour. Je mets à remonter sur des solos.

Je retrouve Sylvain et Seb. Nous reformons le groupe du départ (quel enthousiasme cela nous procure de ne pas être tout seul quelques instants !).
Nous roulons sans pause jusqu'à 12h00, mais la chaleur m’atomise. A près de 60° sur le bitume avec l’échauffement des roues, je vous raconte pas l’état de mes pieds ! Mes chevilles ont triplé de volume.

Je m’arrête pour la dernière fois. Mon coach Thierry me fait un ultime massage et les dernières recommandations de fin de course. A cette heure, je suis à 90 tours. Il m'en reste 10 à faire pour atteindre mon objectif. Cela me rebooste une fois de plus et je repars, il faut que je roule car je ne parviens pas à tenir debout à l’arrêt. J’ai trop mal aux chevilles et aux malléoles. Je rattrape Sylvain et Seb ainsi que d’autres solos. Nous décidons de rouler jusqu'à la fin de la course. Mais Sylvain, à son tour, s’arrête. Il a lui aussi mal aux pieds à cause de la chaleur écrasante.

Je réussis à lui reprendre des tours mais pas assez pour revenir à son niveau. J’ai estimé ma consommation d’eau à plus de 20 litres, sans compter les douches organisées par les ravitailleurs.

16h00 approche. J’ai passé la barre des 100 tours. Je me dis : « C’est bon ! ». Je relâche mais un nouveau paramètre entre en compte : Arrive un solo (Rouliroula n’est qu’à un tour de moi). Je lâche rien, et résiste jusqu'à la fin. Je fais le dernier tour en 40 min.
Quand 16h00 retenti, quel soulagement de passer la ligne d’arrivée et de me dire : « ça y est Youb mission accompli… »

Ma conclusion

J’ai vécu 24 heures inoubliables, cela faisait un an que je ne pensais qu’à cela. J’ai accompli mon objectif de faire au moins 100 tours et j’en ai fais 103. Je termine 4ème. Tout cela je le dois à ma famille qui m’ a soutenu et qui a été patiente. Je le dois également à mon entraîneur Joseph Polidori, ainsi qu’à mes amis riders. Je remercie mon coach et masseur Thierry Feutrier et ses « Tigres du Valgo », mes acolytes solos Sylvain et Seb, mes sponsors et partenaires.
J’ai respecté ma stratégie de course et cela qui m’a valu de réussir. Tout cela n’aura pu se faire sans un mental d’acier. Je suis de nature très zen mais la je pense que je vais voir encore plus différemment ma façon de vivre et de penser.

Acquérir la sagesse, oh ! Combien cela vaut mieux que l’or et acquérir l’intelligence est préférable à l’argent.

 

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Notre page consacrée aux 24 Heures du Mans Roller 2006

Texte : Youb Solo
Photos : Droits réservés
Mis en ligne  le 13 July 2006 - Lu 3229 fois


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