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Le 30 July 2005 à 00:00 | mise à jour le 03 March 2015 à 22:07

Les 24 heures du Mans Roller 2005 dans les chaussures du vainqueur solo

Les 24 heures du Mans Roller 2005 dans les chaussures du vainqueur solo

Si l'on devait résumer la performance de Pascal Fernandez aux 24h du Mans 2005, elle tiendrait peut être en quelques chiffres : 514,14 km à la moyenne de 21,37 km/h, mais ce serait un raccourci pour décrire la performance exceptionnelle de ce grand monsieur assoiffé de longue distance. Mieux vaut lire son récit pour mesurer l'ampleur de sa réussite et toute sa préparation...

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Une moyenne impressionnante

Après avoir participé à plusieurs courses de 24h par équipes, à pied et en roller (Le Mans avec SKF, 8ème en 2003 et 3ème en 2004), j’ai décidé de me lancer dans une épreuve “ultime“ les 24h du Mans roller en solo les 2 et 3 Juillet derniers. Pour préparer cette épreuve, il faut répondre à 4 questions essentielles :1°) Quelle performance peut-on atteindre ?
Pour trouver la distance que je pourrais faire, je suis parti du record du monde des 24h, 563km détenu par Cyril Carcano, auquel j’ai enlevé de 20% à 12%. On trouve donc une distance comprise entre 450km et 500km.

Quel type de matériel utiliser ?

J’ai décidé de patiner avec une paire de roller qui soit la plus légère possible pour réduire au maximum la dépense énergétique. Description du matériel :

  • Chaussure SIERRA spécialement dédiée à l’épreuve (210g),
  • Platine ROCES 4x100mm,
  • Roues ROLL’X en 88mm,
  • Et évidemment roulements micro SKF

L’ensemble pèse 900 grammes, soit un gain de 22% par rapport à mon patin de course habituel.

Quelle stratégie de course envisager ?

Lors d’une mini-simulation pour le Téléthon en décembre 2004, j’ai choisi de rouler à 26km/h car à l’aspiration cela correspond environ à 60% de ma fréquence cardiaque maximum. J’ai parcouru 160km par tranche de 1h à 1h30 avec des repos de 30min à 1h, soit au total 6h. J’ai estimé qu’il valait mieux augmenter le temps d’un relais. Pour atteindre l’objectif théorique de 500km, c’est-à-dire 120 tours du circuit Bugatti, j’ai prévu 8 relais de 2h15 à 2h30 chacun. Pour chaque relais, il me faudra effectuer 15 tours soit 62,7km.

Quelle logistique ?

L’équipe qui m’entourait comprenait un kiné ostéopathe, un chronométreur et un entraîneur sportif. A l’issue de chaque relais un massage était effectué et les données de fréquence cardiaque sont transférées sur un PC pour analyse. J’avais également une liaison radio avec le stand.

Verdict le 3 juillet 2005 à 16h00

Pascal Fernandez : Objectif 500 km !

Le jour J est enfin arrivé. Ce jour, je l’attends avec impatience depuis plusieurs mois maintenant. Je vais enfin avoir les réponses à toutes les questions que j’ai pu me poser pendant toute la préparation de l’épreuve, à savoir : si la stratégie de course était la bonne, si le choix du matériel était le bon pour atteindre l’objectif des 500km.
Après avoir récupéré mon numéro de dossard et la puce, je m’installe à l’ombre sous la tente SKF en attendant l’ouverture des stands et j’emprunte le confortable fauteuil d’Elodie. J’en profite pour m’alimenter (merci à Fredy pour son riz au lait) car bientôt il va falloir chausser les patins pour les qualifs.
13h30, on installe la table de massage dans les stands avec les deux autres équipes de SKF pour des problèmes de logistique (ravitaillement, repas). Je ne verrai donc pas les autres solitaires dans les stands mais uniquement sur la piste. Puis c’est le début des qualifications. Pas question de les faire à bloc, mais juste d’avoir un temps correct pour ne pas partir trop loin des premiers. Résultat : la 96ième place.
On commence les préparations, on prépare les ravitaillements (essentiellement des boissons et aliment liquide sucrées), on sort les talkies et le cardio-fréquencemètre… Là les premiers problèmes apparaissent avant même le début de la course ! Les talkies et le cardio-fréquencemètre sont en panne. Je partirai donc sans eux.
C’est la frénésie dans les stands. Tout le monde s’active, la tension monte car dans quelques minutes, c’est le départ : les patins d’un côté, les patineurs de l’autre comme le veut la tradition des 24h. Après une procédure de départ un peu confuse, c’est l’envol de plus de 600 patineurs et le début du premier de mes 8 relais.

Premier relais, c’est l’euphorie : 17 tours en 2h30 soit 28,42 km/h de moyenne.

Je me sens facile, je n’ai pas la sensation de forcer mais le fait de ne pas avoir le cardio ne me permet pas de savoir exactement où j’en suis dans la montée jusqu’au pneu Dunlop. Je pense à m’alimenter, surtout à boire un peu à chaque tour. Je me concentre sur ma trajectoire, ma vitesse, ma glisse. J’essaye au maximum de prendre des informations sur le milieu, d’anticiper. Je suis vraiment dedans. Pendant ce début de course, je resterais un long moment avec Thibaut alias “je roule donc je suis”, autre solitaire. Puis il décide de couper son effort car nos objectifs ne sont pas les mêmes. On se retrouva plus loin dans la course. Les deux tours d’avance sur le tableau de marche sont les bienvenus. A ce moment de la course, je me trouve 47ième au scratch. Je m’arrête 35 min pour me faire masser et manger un peu de salé. 18h30 : 71,06 km.

Deuxième relais, on calme le jeu : 16 tours en 2h24 soit 27,87 km/h de moyenne

La totalité du deuxième relais va se faire à l’aspiration derrière l’équipe SKF2. La difficulté consiste à gérer la montée, il faut éviter de faire monter trop haut le cardio mais n’en ayant toujours pas, je fais ça aux sensations. Il faut absolument éviter les efforts inutiles, trouver le bon compromis entre la dépense physique et la vitesse. Après un deuxième arrêt de 35 min, au cours duquel je mange des pâtes (original) je reprends la piste vers 22h05. La nuit va bientôt faire son apparition. C’est maintenant que les choses sérieuses commencent. 21h29 :137,94 km.

Troisième relais, les premières douleurs aux pieds apparaissent : 16 tours en 2h29 soit 26,93 km/h de moyenne

Je décide de ralentir un peu car j’ai trois tours d’avance sur ma table de marche. Il faut absolument s’économiser. Tout d’un coup, une douleur se déclare sous la malléole externe du pied gauche. La coque du patin gauche appui trop fort sur le tendon. Au stand je soumets le problème à Jean-Stéphane Sierra fabricant de mes chaussures et qui court avec SKF1. Je lui montre l’endroit où j’ai mal. La solution est radicale, si c’est la coque qui appuie, il faut l’enlever. Il prend une paire de ciseaux et fait un petit trou dans la coque de la chaussure. Je réalise que je viens de dépasser ma plus longue distance en roller qui était de 160km lors du téléthon 2004 et que le chemin restant à faire est encore long. Le troisième arrêt s’éternise un peu. Il faut aussi masser les pieds, il dure 39 min. Je reprends la piste vers 1h12. 0h33 : 204,82 km.

Quatrième relais, je change de chaussures : 16 tours en 2h34 soit 26,06 km/h de moyenne.

Pour essayer de reposer le tendon irrité, je décide d’effectuer ce relais avec mes chaussures de courses habituelles également des Sierra. Lauryce Lévèque (SKF1) me prête son cardio. Je vais ainsi pouvoir enregistrer mes données cardiaques. A la fin de chaque montée jusqu’au pneu Dunlop, j’essaye de trouver un patineur qui pourrait me faire l’aspiration. La difficulté est de tomber sur un patineur qui soit sur le même rythme que moi. Malheureusement, c’est soit trop rapide, soit pas assez. J’essaie donc de gérer au mieux. Les sensations de patinage de nuit sont excellentes : on a l’impression d’aller plus vite et on ne souffre pas de la chaleur, le rendement est meilleur. A mi parcours, je possède 5 tours d’avance sur ma table de marche et le moral est bon. Je commence à en avoir un peu marre des boissons sucrées. C’est l’heure du bouillon de poule : une préparation au goût salé ! 3h46 : 271,70 km.

Cinquième relais, le plus dur, interminable : 14 tours en 2h19 soit 25,26 km/h de moyenne.

Il est 4h25 lorsque je repars avec mes chaussures légères. Le problème au tendon du pied gauche a disparu. L’intervention sur la chaussure aura été efficace. Mais physiquement je commence à accuser le coup. Bien qu’au cardio la moyenne reste à 130 pulsations/minute et donc que je gère a priori correctement mon effort, des douleurs apparaissent absolument partout : dans le dos, les genoux, les fessiers, les jambes. Quand on n’est plus capable de patiner mécaniquement parce que l’instant devient souffrance, c’est avec ses tripes et sa personnalité que l’on finit par avancer. Le jour se lève sur le circuit Bugatti … il faut tenir, aller au bout. Il est temps de faire le point sur le classement après la nuit. L’adversité est là, malgré des stratégies différentes au bout de 15h de course, 3 tours seulement séparent les 4 premiers : Gelly, Raid04, Monsieur Decayeux et moi-même.
6h45 : 330,22 km.

Sixième relais, j’allonge le relais : 19 tours en 3h06 soit 25,62 km/h de moyenne.

Après 40 minutes d’arrêt, j’attaque ce sixième relais en me disant que la différence doit se faire maintenant. Je décide d’augmenter sa durée pour prendre un maximum d’avance sur mes concurrents avant la prochaine pause. Durant ce relais, je retrouve un autre solitaire Cédric Sanson alias Hyène Solo qui va m’accompagner un long moment. Comme moi, c’est sa première expérience d’un 24h roller en solo. On se motive, on discute et ainsi le temps passe plus vite. J’arrive ainsi à tenir en moyenne un peu moins de 10 minutes au tour. Mon kiné contrôle les ravitaillements, mais à force de boire, des envies naturelles font que le sommet de la côte sous le pneu Dunlop, se transforme de temps en temps en wc public pour les solitaires.
10h31 : 409,64.

Septième relais, il faut rester devant : 14 tours en 2h26 soit 24,05 km/h de moyenne.

La barre des 400 km vient d’être franchie. Je ne réalise pas vraiment. De plus en plus de patineurs encouragent les solitaires. C’est vraiment super ! Mais il faut rester concentré. J’ai l’impression que le tour du circuit se résume à la montée du pneu Dunlop. Je ne vois pas passer le reste. L’arrivée au sommet est à chaque fois un soulagement. On se décontracte et on laisse faire la pesanteur. Par contre le faux plat montant qui suit la grande descente me paraît être de plus en plus “vrai” et “sans plat”. J’ai de plus en plus de mal à relancer. Je ne regarde plus l’heure, je compte juste les tours. Je double Gelly qui n’a pas l’air au mieux de sa forme. Puis 3 tours plus tard je le redouble de nouveau, il est à l’arrêt. Ce n’est pas bon signe pour lui. Je demande aux stands de me donner les derniers écarts avec mes adversaires. Gelly ne passe plus, on n’est plus que trois. Je suis toujours devant. Le programme ne bogue pas, je continue toujours à incrémenter de un (nbtour++). 13h23 : 468,16 km

Huitième relais, l’objectif est en vu : 11 tours en 2h03 soit 22,43 km/h de moyenne.

Il est 13h58 lorsque je repars pour le dernier relais. J’ai effectué pour le moment 112 tours, il ne me reste plus que 8 tours à faire en 2 heures pour atteindre l’objectif et j’ai 2 tours d’avance sur mes poursuivants. De plus, je tourne entre 2 et 3 minutes plus vite qu’eux au tour. Sauf incident, c’est gagné ! Il ne reste plus qu’à gérer la fin de course. Plus que 2 heures ! La chaleur devient de plus en plus présente, pas question d’attraper un coup de chaud maintenant. A chaque tour, je prends une bouteille d’eau au ravitaillement et je m’arrose de la tête aux pieds. A 15h26, l’objectif des 120 tours est atteint. J’ai dépassé la barre fatidique des 500 km! Je pense alors pouvoir faire encore 3 tours. Le timing est parfait, je me présente dans la ligne droite des stands au moment du décompte final. Impressionnant d’entendre tous les patineurs égrainer les dernières secondes de course. Il est donc 16h, je me gare et décide d’attendre les premiers. 3 minutes plus tard, je passe la ligne avec l’équipe de Levallois et SKF 1. C’est enfin terminé ! 16h03 : 514,14 km

Conclusion

On apprend beaucoup sur soi et sur son corps dans ce type d’épreuve. Je ne savais pas si une séance quotidienne de 2h30 de roller comme entraînement était vraiment suffisante pour aborder un 24h sereinement. Je me suis vraiment rendu compte de l’importance du mental. On ne peut pas être préparé pour ce genre d’épreuve, surtout la première fois où on manque forcément de repères. Je pensais être plus détruit physiquement que ça à l’arrivée. Les massages à chaque arrêt y sont sûrement pour quelque chose. Pas de crampes ni d’ampoules. L’alimentation me semble un point primordial à ne pas négliger sur un effort aussi long (merci à Thierry triathlète pour ces conseils). Pas question d’attraper un coup de fringale sinon on signe son arrêt de mort! Même lorsqu’on a plus soif ou plus faim, il faut continuer à s’alimenter.
Plein de moments forts resteront de ces 24h. Notamment lorsque j’effectue un tour complet avec les équipes de tête, Bont, Levallois et SKF (ils avaient décidé de faire une trêve). Mais les deux moments qui resteront fortement gravés dans ma mémoire sont :
- le départ au moment où les patineurs se mettent en place sur la ligne et que tout le monde vole la procédure de départ alors qu’on part pour 24h. Ambiance électrique !
- et à l’opposé à 17h le dimanche lorsque je décidais d’aller sur le circuit, regarder en face tout seul une dernière fois la côte pas si impressionnante que ça mais que j’avais défiée 123 fois. La fourmilière s’était totalement vidée de ces patineurs, seules quelques personnes commençaient le nettoyage. Contraste saisissant à 25h d’intervalle.
Puis c’est le retour à l’hôtel avec l’équipe TMSO en fait des licenciés de l’ASUPS (club toulousain), où l’on retrouve également d’autres patineurs des 24h. Je ne peux pas passer inaperçu avec le trophée. La discussion démarre avec un groupe d’anglais. Ils sont un peu impressionnés et me promette une pinte de bière pour fêter ça. On se retrouve au moment du repas un verre à la main. Il n’y a pas à dire, la bière a bien meilleur goût que l’Overstim !
Il est 23h ce Dimanche 3 juillet lorsque enfin je me décide à aller faire dormir les yeux qui seront restés écarquillés pendant 38h pour enregistrer une foule d’images qui resteront à jamais gravées dans ma mémoire.
Merci à tous ceux connu et inconnu qui m’auront abrité et supporté pendant ces 24h, à toute l’équipe SKF2 qui joua le jeu pendant 2h30 et même au-delà, à mon kiné Dominique Karch lui-même adepte d’ultrafonds, à ma chronométreuse Géraldine Marc et au photographe Sylvain Rouillard de roller en ligne pour toutes ses photos.
Bravo à tous les solitaires qui auront atteint leurs objectifs, Cédric, Thibault et les autres… Grand de coup de chapeau à mes adversaires d’un jour Raid04 et Monsieur Decayeux qui auront osé une stratégie sans arrêt. Impressionnant ! Et enfin merci aux partenaires qui auront cru au projet, Joël Gerbaud de chez SKF et Alain Myallonnier de chez Roll’x fabricant français de roues.

Les 24h du Mans en chiffres

  • Le tour le plus rapide 8min15
  • Le tour le plus lent 12min
  • 19h54 de roller à la moyenne de 25,82 km/h.
  • 128 pulsations de moyenne cardiaque sur les 5 derniers relais que j’ai pu enregistrer.
  • 4h08 de repos bien mérité.
  • 514,14 km à la moyenne de 21,37 km/h.

Patineurs qui ont dépassé la barre des 500 km en 24 heures

  • Cyril Carcano (Fr) 563 km
  • Kent Baake (Usa) 533 km
  • Anthony Rondel (Fr) 526 km
  • Pascal Fernandez (Fr) 514 km
  • Sandy Snakenberg (Usa) 508 km
  • Jacob Csizmadia (Den) 505 km


A noter que le dernier cité, Jacob, a participé comme moi, à l’édition 2003 dans l’équipe SKF et c’est lui qui me donna l’idée de me lancer à l’assaut de 24h en roller.

Liens utiles

Les 24h solos de Monsieur Decayeux
Les 24h du Mans Solo de Thibaut

Texte : Pascal Fernandez
Photos : Sylvain Rouillard
Mis en ligne  le 30 July 2005 - Lu 6553 fois


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