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Le 15 July 2005 à 00:00 | mise à jour le 03 March 2015 à 17:27

Les 24 heures du Mans Roller 2005 en solo avec Alain Decayeux

Les 24 heures du Mans Roller 2005 en solo avec Alain Decayeux

Monsieur Decayeux : C'est le surnom affectueux que s'est vu donner Alain il y a plusieurs années maintenant. Ses performances sur longue distance ne sont connus que de ses amis et de quelques groupes de passionnés de longue distance et pourtant le bonhomme mérite tout notre respect : il vient de parcourir 489 km seul aux 24h du Mans...

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24h en solitaire : Témoignage...

La préparation aux 24h par de longues randonnées

Pour préparer ces 24h, j'ai continué à participer aux Les entraînements classiques du P.U.C. (Paris Université Club). Le week-end, je partais en reconnaissance pour tracer des parcours en Île de France (Vernon, Gisors, Meaux, Montereau…). Je faisais également les randos du dimanche matin, de Paris à : Beauvais, Melun, Auvers sur Oise, Coulommiers, Mantes, St Nom la Brétèche… Enfin, j'ai relié Paris à Londres en 30h début juin (320 km).

Arrivée sur le site à 13h30

Bien dormir la veille revêt une grande importance, d’autant que je ne compte faire aucune pause. Je fais donc grasse mat’ le samedi matin (me faisant retirer le dossard et la puce par mon coach XsFred). J’arrive volontairement assez tard sur le circuit pour ne pas subir le stress d’avant-course. Je prends donc le T.G.V. de Paris-Le Mans (12h00 - 12h55), un petit luxe…nécessaire pour tenir ma stratégie de course. J’effectue mes qualifications vers 14h (que je dois refaire pour un problème d’enregistrement). Puis, vient la préparation rapide des sacs d’alimentation et le briefing avec XsFred.

16h00 : le départ

Je prends mon temps pour chausser. Quelqu’un me donne une petite tape sur la tête au passage, c’était me semble-t-il Thibaut « je roule donc je suis ». Après à peine 200m, Jean-Paul « Raid04 » me retrouve. Avec le grand nombre de patineurs, nous restons prudent, mais nous sommes comme aspirés. Nous roulons à 30 km/h sans patiner sur les parties de légère descente. Notre but : rouler à l’économie ! Ne jamais avoir la sensation de forcer et rester concentrés sur le patinage. En côte, il ne me fallait pas que ma poussée « chasse », il s’agissait donc de faire des petits pas, à l’instar d’un coureur à pied : être debout (avec des pas légèrement en quart intérieur) et surtout ne pas se déhancher. Nos pulsations minutes ne devant pas non plus dépasser les 140. Sur le reste du circuit, il fallait être à la recherche du meilleur compromis entre patiner sur le plat et se laisser glisser dans les légères descentes. Mon GPS sera très utile pour réguler notre vitesse. Généralement 40-45 km/h dans la descente Dunlop, 10-12 km/h sur la partie la plus pentue du circuit.

Ne pas succomber à la tentation

Appliquer notre stratégie n’était toutefois pas si simple, car voir les patineurs nous doubler sans forcer et à une vitesse bien supérieure, ce n’était pas pour le moins frustrant. Quand j’estimais possible, j’essayais d’accrocher certains patineurs à un rythme équivalent pour autant que l’allure devait être régulière. Puis je commençais à compter le nombre de tours que Thibaut et Cédric (Hyène Solo) me prenaient. Ils avaient l’air de rouler sans forcer. Mais Jean-Paul me signalait constamment que notre stratégie étant différente de la sienne, il nous fallait rester calme. Avec nous, Pascal (Activ’toi tout seul) avait roulé plusieurs tours. Je croise aussi Eric (Activ’Rickou), mais il nous confia que ses chaussons commençaient à le blesser. Je vois un autre solo nous dépasser…le favori de l’épreuve avec le dossard 600, SKF3 (Pascal Fermandez).

Trouver un rythme de croisière

Notre stratégie était simple : rouler 24h sans s’arrêter. On effectue cependant notre premier marathon en 1h40, puis on atteint les 100 km au bout de 4h. Malgré notre volonté à ne pas rouler fort, c’était toutefois déjà bien au-dessus de notre objectif : les 400 km en 24h. Avec la nuit, on décide de ralentir légèrement. Mon G.P.S. me permettait de constater la baisse progressive et volontaire de notre moyenne. On passait les relais à chaque tour, juste après la descente. Thibaut nous recroise, mais il nous donne des signes de fatigue. Il ne s'en cache pas non plus. Il avoue déjà ses courbatures et bien d’autres douleurs. Sans Jean-Paul, je crois que j’aurai eu la tentation de suivre Thibaut et de me retrouver aussi prématurément dans cet état de fatigue. Je prends alors conscience de l’importance de ses recommandations. En effet, lui à l’expérience de raids en vélo, sur plus de 24h…

La nuit, et toujours des encouragements !

Toujours ensembles, Jean-Paul et moi, continuons à patiner comme si de rien n’était. Et hop, 200 km vers 0h30, avec comme impression de ne pas avoir commencé à patiner, c’est donc bon signe ! Avec le temps, je m’étais dit que la monotonie allait me gagner…au contraire ! D’abord, j’étais aux premières loges pour assister au duel passionnant entre Levallois et Bont. C’était phénoménal de voir les Bont motivés à bloc pour rattraper Levallois, continuant même de patiner et de croiser en pleine descente ! Certains développaient aussi  leur double poussée, zigzaggaient et s’agenouillaient parfois pour doubler, encore et encore…

Mais je dirais que le « must » durant ces 24h, c’était les encouragements ! Le fait de participer aux randos parisiennes, et d’en organiser certaines me font prendre conscience de l’étendu de mes ami(e)s dans le monde du roller. C’est presque si Jean-Paul allait me faire une crise de jalousie ! En moyenne, j’ai bien dû recevoir 1 soutien par kilomètre et je ne m’en lassais pas ! D’autant que progressivement, d’autres nous encourageaient spontanément. Bref, tous ces éléments font que les 24h sont passés relativement vite, jamais je n’ai eu l’impression de m’ennuyer.

300 km à l’aube…on the road again !

On atteignait presque naturellement les 300 km vers 6h du matin, toujours largement au-dessus de nos objectifs. Mais c’était aussi le cas des autres patineurs sauf…celui de SKF3 qui s’était promis les 500 km. Lui restait sûrement dans sa ligne de marche pour atteindre son objectif, roulant parfois avec l’équipe SKF2, et à quelle allure nous doublait-il à chaque fois ! Il devenait évident qu’on ne pouvait compter que sur une éventuelle défaillance de sa part pour terminer devant lui. Quant à Gelly, il restait également à son rythme malgré son esseulement. Les places sur le podium étaient chères !
L’apparition du soleil nous faisait du bien car le froid commençait à agir sur nos organismes. En effet, patiner sans essayer de fournir le moindre effort, c’était comme rester debout sur un bateau sans bouger. Les premières lueurs nous montraient déjà l’étendue de la distance parcourue. A ce moment encore, on avait l’impression de ne pas avoir fourni le moindre effort, tout en sachant que le plus dur allait venir…

Un roulement qui casse…mets de l’huile !

Je commençais à entendre les couinements de mes roulements. Dans un premier temps j’ai essayé de mettre de l’huile par-dessus les vis (tout en roulant). Mais inévitablement, un roulement s’est brisé, je suis arrêté net, la roue ne pouvant plus tourner et je ne disposais pas de clé. Lorsque je parvenais au Stand, XsFred m’avait déjà préparé le roulement de rechange, et en quelques secondes on effectua le remplacement. Mais je m’aperçois que la roue ne tournait pas vraiment correctement, le précédent roulement ayant fondu dans la roue, celle-ci tournait difficilement agissant même comme un frein. Je repris à nouveau le circuit sur 3 roues. Pour tenter de combler le tour de retard sur Jean-Paul, je me protège derrière SKF3, mais celui-ci allait entamer une pause. J’accroche ensuite un de ses coéquipiers de l’équipe SKF2. Je vois ensuite passer Christophe Terroine, il roule fort, croise comme s’il faisait un marathon…mais j’entends encore d’autres roulements grincer. Je m’arrête à nouveau, cette fois-ci pour huiler l’ensemble de mes roulements, puis j’attends le passage de Jean-Paul, tant pis, je dois lui concéder un tour.

Au total, toutes ces péripéties m’ont aussi valu des accélérations un peu trop brutales pour tenter de rattraper Jean-Paul. J’ai compris que là, j’y avais laissé quelques forces. Une fois que je retrouve Jean-Paul, je lui laisse le soin de mener, le temps de récupérer un peu.

Je passe à l’offensive pour chercher le podium

Il est bientôt midi, je suis pour l’instant 4ème… la plus mauvaise place. Il faut que je me décide à attaquer « amicalement » Jean-Paul. Je vois passer plus rapidement Thibaut et Cédric, c’est le moment de les accrocher pour éventuellement reprendre le tour perdu sur Jean-Paul. Mais après 1km, celui-ci revient sur nous. Là je comprends qu’il me sera très difficile de lui reprendre 1 tour, d’autant qu’une défaillance de sa part était fort peu probable étant donné son expérience. Et puis l’espoir renaît de monter sur le podium lorsqu’on voit Gelly en difficulté et esseulé. On le passe une première fois, mais il me faut encore rattraper un tour sur lui pour espérer le podium. On continue sur un rythme de 10mn au tour pendant 1h. On repasse à nouveau Gelly, et maintenant que je suis 3ème, il ne me reste plus qu’à assurer jusqu’à l’arrivée. Mais c’est à mon tour de payer les efforts que nous venons de faire. Et avec la chaleur, les temps de récupérations sont allongés. Je me contente de suivre Jean-Paul…qui semble en pleine forme.

3 heures de grosse chaleur

Il est 13h00, et on doit faire face à la chaleur. XsFred nous informe que Gelly s’arrête définitivement, ce qui n’est pas sans me soulager. Il n’y a plus de pression, on peut terminer tranquillement. Une défaillance de SKF3, on n’y compte plus vraiment, surtout qu’il continue à nous prendre des tours. Entre 13h et 15h, ce fût pour moi la période la plus pénible, d’autant que je ressentais certaines carences alimentaires. Mais une chose m’étonne, je n’éprouve aucun sommeil, confirmant ce que je pressentais avant la course. En effet, lors de mon Londres-Paris en 24h, j’avais remarqué que le sommeil apparaissait lors des pauses, mais jamais en roulant, bien au contraire. Dans la stratégie de rouler 24h en continu, j’avais aussi fait le pari que l’on pouvait être capable de récupérer tout en roulant à une allure un peu plus faible. Donc pendant ces heures pénibles, je roulais volontairement moins vite, et mes impressions du départ étaient les bonnes puisque j’arrivais à récupérer nonobstant la petite défaillance que je venais de subir. Si bien que pour la dernière heure, j’avais retrouvé le plaisir de patiner. Les encouragements résonnaient tout autour de nous, la fin approchant, on commençait à se délecter de la délivrance psychologique et de l’aboutissement de nos 24h. Certes, on subissait lourdement la chaleur, mais on était loin d’être au bout du rouleau. Pour preuve, on a réussi à sprinter fort à partir du dernier virage, pour constater malgré tout qu’on disposait encore de réserves, après 117 tours (489 km, 20.31 km/h de moyenne) pour moi, et 118 tours pour Jean Paul.

Bilan de la course

24h solo, mais surtout 24 heures d’équipe grâce à un staff irréprochable (XsFred, Magali, Florent). L’utilisation du téléphone portable pour prévenir les coachs est vraiment très utile (alimentation, défaillance technique…). Savoir rester humble au début des 24h pour respecter la stratégie de départ. Si possible, trouver un autre soliste de force équivalente. Pour une première expérience, je ne pouvais pas avoir meilleur co-équipier que Jean-Paul, expérimenté déjà sur des raids de 24h et plus en vélo

Jamais d’à-coups dans le rythme, ne pas se mettre en état de forcer. Être toujours régulier nous permettait de ne pas trop solliciter nos jambes. Au final, je n’ai appréhendé aucune crampe ou une quelconque douleur aux jambes malgré le fait d’être debout sur des rollers pendant 24h. 0 ampoules, 0 bobos, 0 souffrances. Merci les Fila M100 ! Je n’avais aucun mal à rester avec mes rollers après la course, même sur le podium. Une alimentation pas très appropriée (de vulgaires haribos, chips, surimis, cocas…). Un gros point que je dois améliorer.

Pour atteindre les 500 km, j’aurais dû rouler sur un tempo à un peu plus supérieur durant la nuit (1km/h de plus aurait suffit, mais un peu facile à dire après la course…). En effet, le fait de ne pas transpirer et d’avoir eu même froid pendant la nuit auraient pu nous autoriser à rouler un peu plus vite. 

Conclusion

Un souvenir sans pareil, un défi que je souhaite impatiemment renouveler !

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Notre page consacrée à l'événement

Texte : Alain Decayeux
Photos : Sylvain Rouillard et Nicolas Azari
Mis en ligne  le 15 July 2005 - Lu 5943 fois


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