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Le 30 November 2019 à 08:11 | mise à jour le 04 December 2019 à 14:05

Qui est le patineur solitaire de Robert Doisneau ?

Qui est le patineur solitaire de Robert Doisneau ?

En 1969, Robert Doisneau immortalisait un homme pratiquant le patin à roulettes sur une place dallée. Il nommait sa photo en noir et blanc : "Le Patineur Solitaire". Nous vous dévoilons son identité et quelques fragments de son histoire...

Mis en ligne par  Alexandre CHARTIER

Quelques mots sur Florimond Dufour, le patineur solitaire

Florimond Dufour, le patineur solitaire de Robert DoisneauL'histoire du patinage est jalonnée des mystérieux patineurs évoluant sur les places parisiennes. L'un des plus anciens est sans doute Louis Legrand, l'Inconnu de la place de la Concorde (1849) qui inspira la scène du ballet des patineurs à Giacomo Meyebeer dans son opéra "Le Prophète". Vint ensuite Bonnat, de 1873 à 1879 au même endroit. 

La célèbre photo de Robert Doisneau : "le patineur solitaire"

Robert Doisneau (1912-1994) est plus jeune que Florimond Dufour d'une vingtaine d'année. Il a 57 ans quand il le photographie. Florimond approche des 80 ans. Le photographe a déjà photographié une petite patineuse dans un autre cliché célèbre : le remorqueur du Champ de Mars, en 1943.

Florimond Dufour pratiquait déjà le patinage à roulettes dans les années 1910. Il avait alors 20 ans et fréquentait les nombreux skating rinks que comptait alors la capitale.

Florimond Dufour : un personnage emblématique du Palais de Tokyo et du Trocadéro

Florimond Dufour a investi la célèbre esplanade de 1950 à 1975. Durant plus de 25 ans, il a amené son gramophone pour accompagner ses prestations public. Il y jouait des marches militaires allemandes et des valses 1900. Habillé de son costume foncé et d'une cravate, il exécutait des chorégraphies devant les badauds. Il était spécialiste des danses imposées. Il dansait en tenant dans ses bras une cavalière imaginaire.

Il appréhendait de tomber à cause des enfants. Il les éloignait dès qu'il arrivait sur place. Dès qu'il se reposait, les plus jeunes investissaient à nouveau l'espace.

La chute

Parfois, les gens lançaient des pièces, à la fois fascinés et moqueurs, mais il ne faisait pas la manche... il ramassait seulement les pièces pour ne pas buter dessus !

Un jour, il finit malheureusment par chuter assez lourdement. Le médecin lui interdisit de patiner en arrière. Il tomba une nouvelle fois et dû se résigner à arrêter le patinage. Il a continua cependant à se rendre sur l'Esplanade du Trocadéro. Il passait ses disques et mimait ses danses à pieds. En fin de journée, il reprenait le métro, la poinconneuse le connaissait et s'inquiétait s'il ne rentrait pas.

Le témoignage de Sam Nieswizski

" C'était vers 1960. À cette époque le patinage à roulettes était considéré comme un jeu d'enfants.

L'esplanade du Palais de Tokyo (qui s'appelait à l'époque Palais de New York) était un des lieux qu'ils fréquentaient.

Il y avait aussi là un patineur âgé d'environ 70 ans. Il était habillé d'un costume gris foncé et d'une cravate. Il patinait en musique.

Il y avait au centre de l'esplanade le socle d'une statue disparue. Il installait sur ce socle un phonographe sur lequel il plaçait des valses 1900 ou des marches militaires. Il dansait sur ces rythmes en tenant dans ses bras une cavalière imaginaire.

Un adulte patineur à roulettes constituait un spectacle tout-à-fait insolite, il était considéré comme un excentrique, un fou ou un demeuré.

Les passants observaient ses évolutions d'un œil mi admiratif (car il patinait fort bien) mi goguenard, ils allaient parfois jusqu'à lui lancer des pièces de monnaie, qu'il ramassait soigneusement, car elles auraient pu entraîner des chutes, les roues en bois de ses patins étant incapables d'encaisser des inégalités du sol.

Faisant moi-même partie de ces demeurés, nous nous rencontrions parfois et fîmes connaissance.

Il craignait les enfants, qui auraient pu le faire tomber, il les chassait et les enfants le craignaient.

Mais dès qu'il s'arrêtait de patiner, ils revenaient envahir la place.

Quand il devait parfois se reposer un peu, il me chargeait de "tenir la piste" afin d'empêcher les enfants de revenir.

Depuis plusieurs années, le microsillon avait remplacé le disque 78 tours, et il n'arrivait plus à se procurer d'aiguilles pour son phono. Travaillant moi-même dans le son je lui ai procuré des aiguilles.

En remerciement et en signe d'estime, il me donna sa carte de visite.

(Pièce jointe)

Plus tard il se perfectionna : il remplaça son phonographe par un électrophone à piles.

Une fois, à la fin de sa séance de patinage, il avait l'air fatigué. J'étais en voiture, je lui ai proposé de le raccompagner ou de le rapprocher. Il m'a répondu qu'il ne pouvait absolument pas. J'insistai, lui assurant que ça ne me dérangeait pas du tout. Il m'expliqua alors que la poinçonneuse de tickets de métro le voyait tous les dimanches à l'aller comme au retour, et que si elle ne voyait pas repartir elle allait s'inquiéter.

J'ai une fois assisté à une scène chaplinesque.

Sa santé allant déclinant, son médecin lui avait interdit de continuer à patiner. Il revenait sur l'esplanade sans ses patins, mais avec son tourne-disque et dansait à pied en simulant ses pas de patinage... "

D'autres clichés de Robert Doisneau mettant en scène le patinage à roulettes (et trottinette)

Liens utiles

Le site officiel de l'Atelier Robert Doisneau

Biographie de Robert Doisneau (site Delarge)

Un grand merci à Sam Nieswizski pour ses anecdotes.
Photos :  Robert Doisneau
Mis en ligne  le 30 November 2019 - Lu 212 fois

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Fondateur et webmaster de rollerenligne.com. Alexandre est un passionné de roller en général et sous tous ses aspects : histoire, économie, sociologie, évolution technologique... Ne le branchez pas sur ces sujets sans avoir une aspirine à portée de main !

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