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Le 09 November 2019 à 11:10 | mise à jour le 12 October 2019 à 04:47

Laethisia Schimek : une renaissance au plus haut niveau

Laethisia Schimek : une renaissance au plus haut niveau

En septembre 2018, la patineuse allemande Laethisia Schimek, spécialiste du sprint, se casse la clavicule en tombant. Une chute qui aurait pu être anodine mais qui a engendré une série de complications qui lui fit frôler la mort. Récit d'une course pour la vie et d'un retour au plus haut niveau...

Mis en ligne par  Alexandre CHARTIER

Une chute banale aux conséquences dramatiques

Laethisia Schimek : une victoire pour la vieLaethisia Schimek n'a jamais été sérieusement blessée dans sa vie sportive. Elle a pourtant fini allongée sur une table d'opération fin septembre 2018, avec des médecins se battant pour sauver sa vie.

"À un moment donné, comme dans un film, j'ai eu l'impression d'avoir quitté mon corps et de me voir d'en haut. J'ai pensé : maintenant, c'est fini pour moi. Dommage, car je voulais encore vivre de nombreuses expériences et rendre aux gens ce qu'ils m'avaient apporté. "

C'est une chute en VTT qui a fait basculer sa vie. La patineuse allemande du club de Groß-Gerau, a déjà remporté l'or aux Championnats du Monde et d'Europe. Elle souffre d'une fracture de la clavicule, douloureuse et agaçante, mais qui reste, au regard de la médecine, un cas plutôt courant. L'os cassé est réparé à l'aide d'un fil. Alors âgée de 26 ans, elle se rend vite compte que quelque chose ne va pas après l'opération :

"Après un mot ou deux, je devais reprendre mon souffle. Mais je ne voulais pas croire que quelque chose n'allait pas. "

Un examen médical révèle que le fil de fer qui tient la clavicule a pénétré dans un poumon. L'air s'est engouffré dans le vide, causant un effondrement du poumon.

Après une seconde opération, tout semble aller pour le mieux, pendant un mois. Un jour, Laethisia s'effondre dans l'appartement de ses parents à Otzberg. Elle ne peut qu'alerter son frère qui vit deux étages plus bas. L'ambulance arrive, mais ne peut pas la stabiliser pendant une longue période et ne se rend à l'hôpital de Gross-Umstadt qu'après trois quarts d'heure. Le temps est précieux, car la patiente est en danger de mort. Par chance, un cardiologue au service des urgences détecte la cause du problème.

"Ils ont fait une échographie et ont vu que mon péricarde était plein de sang. Le fil s'était détaché et avait percé l'aorte. Mon cœur était tellement sous pression qu'il ne pouvait plus battre correctement. C'est pour cela que je me suis évanouie à maintes reprises. Mais je ne comprenais pas ce qui se passait car j'étais occupé à me dire : reste ici, essaie de te concentrer et de te battre. "

En raison de son état critique, l'anesthésie n'est pas possible. Elle sent la main réconfortante d'une infirmière et entend les exclamations du chirurgien. L'équipe médicale ne parvient pas à placer un cathéter pour drainer le sang. Son cœur d'athlète est bien entraîné, mais aussi plus élastique. Le cathéter se plie au lieu de pénétrer dans le cœur. Des pensées d'adieu l'envahissent et finalement, la cinquième tentative sera la bonne.

"J'ai eu soudainement un regain d'énergie. Je suis revenu dans mon corps et j'ai su : tu peux le faire et tu vas y survivre. "

Mais la situation reste critique; le fil est toujours dans l'aorte. E à l'hopital de Groß-Umstadt, Laethisia ne peut pas être opérée du cœur. Elle doit aller à l'université de Francfort. Un pilote d'hélicoptère accepte de voler malgré l'obscurité. Nous sommes fin octobre 2018.

"Il y a eu ce moment absurde où je me suis dit : au moins, j'aurai volé une fois en hélicoptère."

Laethisia, soutenue par ses proches à l'hôpital

Il lui reste quelques souvenirs de son réveil dans l'unité de soins intensifs. Sa vie a toujours été mouvementée. Mais là, elle ne pouvait plus marcher, manger ni boire.

" Quand j'ai pu boire une gorgée d'eau, ce premier pas a été comme un paradis pour moi."

"La forme est étonnamment bonne. Je suis parfois ralentie par mon corps - si je lui demande plus que ce qu'il peut se permettre. Mais j’ai appris à écouter très attentivement les signaux. "

La spécialiste du sprint perd cinq kilos de muscle. Toutefois, son corps récupère plus vite qu'elle ne pouvait le penser. Le 26 avril 2018, elle reprend la compétition - exactement six mois après sa chute catastrophique. Elle termine 7e et première allemande au Criterium International de Gross-Gerau. Ce résultat la motive pour remporter des médailles le weekend suivant au championnat allemand.

Suite à son opération cardiaque, le sternum est toujours câblé. En conséquence, la peur allant avec reste, même si elle a bien traité le traumatisme grâce à une aide psychologique et surtout à une forte personnalité.

"Je ne voudrais pas renoncer à cette expérience car cela m'a poussé beaucoup plus loin dans mes réflexions et mes points de vue. J'ai découvert une nouvelle dimension qui m'a beaucoup enrichi et m'a surtout appris la gratitude. "

Laethisia Schimek de retour au plus haut niveauCette expérience de mort imminente et surtout son retour à la vie lui ont donné de nouvelles perspectives.

"La reconnaissance que vous obtenez lorsque vous remportez une médaille est quelque chose de spécial. Mais j’étais à l’hôpital, je ne pouvais même pas marcher et j’éprouvais encore tant d’amour de la part de ma famille et de mes amis, même si je ne faisais rien. "

"Il ne me reste plus qu’un bonus. Je suis reconnaissante d'être en vie. "

Le retour à la compétition

Laethisia, à quel moment as-tu pu rechausser les patins ?

" J'ai travaillé chaque jour sur mon come-back. J'ai fait des progrès chaque jour et j'ai fait tout ce que mon corps était capable de faire. Très lentement, j'ai recommencé à patiner, 3 mois après l'opération, c'est à dire fin février 2019. Le sternum a besoin de 3 mois pour se stabiliser, alors j'ai bien attendu cette période. Après, j'avais toujours du mal en bougeant le buste, mais j'ai vu les petits progrès et ça m'a motivé pour continuer mon chemin. J'ai eu beaucoup d'aide de mes proches et de mes cardiologues. Ils m'ont donné de la force et de la confiance. Je n'ai jamais perdu de vue le but de participer au Championnat d'Europe. Et comme j'allais déjà assez bien avant le championnat du monde, j'ai même pu y participer. C'était incroyable !
Cela a été un chemin très émotionnel et très difficile, pour mes proches comme pour moi. Et j'ai plutôt bien réussi.

Es-tu parvenue à revenir à ton meilleur niveau ?

Aujourd'hui, je me sens encore mieux qu'avant l'accident. Je suis heureuse et maintenant je sais vraiment apprécier ma vie et tout ce que j'ai. L'accident et le malheur ont tout changé. Mon objectif est resté le même : le titre individuel au championnat du monde. Je travaille déjà depuis des années pour le gagner et je me suis rapprochée chaque année un peu plus en gagnant des médailles de bronze. Je pense même que l'accident m'a offert la pièce du puzzle qui me manquait : le travail mental un peu spécial.
Cet hiver, je vais recommencer un peu le travail sur la glace et je verrais où ça me mène."

Merci pour tes réponses Laethisia. Que ta carrière sportive soit encore longue et pleine de succès !

Laethisia Schimek de retour au plus haut niveau

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Source de l'article echo-online.de

Photos : Laethisia Schimek
Erika Zanetti et droits réservés
Mis en ligne  le 09 November 2019 - Lu 1268 fois

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Fondateur et webmaster de rollerenligne.com. Alexandre est un passionné de roller en général et sous tous ses aspects : histoire, économie, sociologie, évolution technologique... Ne le branchez pas sur ces sujets sans avoir une aspirine à portée de main !

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