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Le 14 January 2018 à 08:01 | mise à jour le 21 April 2018 à 09:26

Louis Legrand (France) : de la charcuterie au patin à roulettes

Louis Legrand (France) : de la charcuterie au patin à roulettes

On peut dire que le parcours de Louis Legrand est assez extraordinaire. Charcutier de métier, il inventa un jour une paire de patins à roulettes qui le fit remarquer par le compositeur allemand Giacomo Meyerbeer pour mettre en place un ballet dans l'opéra "Le Prophète"...

Mis en ligne par  Vernon SULLIVAN

Biographie de Louis Legrand (?-1869)

L'original de la place de la Concorde - dessin de Bertall de 1867 - collection personnelle de Sam NieswizskiOn peut dire que la vie de Louis Legrand a réservé quelques mystères et qu'il a fait couler beaucoup d'encre à son époque. On pourrait presque parler d'une double vie, tant son personnage "l'inconnu de la place de la Concorde" (alias Constant) et Legrand se mélangent. Il a particulièrement suscité l'intérêt d'un journaliste de l'époque : Pierre Véron, qui écrivit sur lui à de multiples reprises dans de nombreuses publications.

Legrand et Constant : une seule et même personne !

Plusieurs éléments glanés dans les publications de l'époque laissent penser que Constant, "l'inconnu" patinant sur la place de la Concorde, et Legrand, ne sont qu'une seule et même personne. Robert Ignatius Letellier indique dans son ouvrage que Meyerbeer a été inspiré par le patinage de Legrand... tout comme Sam Nieswizski indique que c'est en voyant Constant sur la place de la Concorde. Constant avait pour habitude de déambuler en patins à roulettes sur l'asphalte à proximité de l'Obélisque de la place de la Concorde, non loin des Champs-Elysées où habitait Meyerbeer.

L'inconnu de la Place de la Concorde est décrit par Pierre Véron comme :

" Long, maigre, sec [...] D'une main, il tient un mouchoir avec lequel il s'éponge le front par intervalles ; de l'autre main, il tient une canne. pourquoi cette canne ? Abîme insondable ! Mystère sans fond ! [...] Le chapeau noir sur la tête, le paletot sur les épaules, c'est à dire vêtu comme vous et moi, il ne craint pas de braver le respect humain et de se donner en spectacle pour satisfaire un goût innocent."

Pierre Véron dans "Comédie en plein vent". p. 83 à p.86 en 1866

Le patin à roulettes de Louis Legrand

En 1848, Louis Legrand créa un patin équipé de deux roues en métal avec une bande de roulage en cuir. Les roues étaient simples (pour les hommes) ou doublées/jumelées (pour les femmes) logées dans une platine ressemblant à une lame de patin à glace fendue en deux. Cette configuration double apportait une plus grande stabilité aux débutants... et aux femmes pour "compenser la faiblesse de leur chevilles" (Morris Traub, 1944). On en trouve encore quelques rares exemplaires aujourd'hui dans des collections privées.

Le patin de Louis Legrand (1849)

La rencontre avec du patineur Louis Legrand et du compositeur Giacomo Meyerbeer

" Il raconte comme quoi c'est lui qui collabora avec Meyerbeer pour "Le prophète" en y apprenant au corps de ballet de l'Opéra ce fameux pas que chacun connaît."

Pierre Véron dans "Comédie en plein vent". p. 83 à p.86 en 1866

Louis Legrand / Constant réalisait des démonstrations publiques de son invention. Giacomo Meyerbeer le remarqua et imagina une séquence de carnaval sur glace pour son grand opéra en 5 actes : "Le Prophète". Peu avant la première, il ajouta un ballet mettant en scène des patineurs dans le 3ème acte. Il fit appel à Louis Legrand. La première eu lieu le 16 avril 1849 à l'Opéra de Paris et le "Ballet des Patineurs" dans le 3ème acte émerveilla la foule, tant et si bien que la rumeur se répandit à travers la ville et créa de l'intérêt pour le patinage à roulettes. Les "patins du prophète" se vendirent alors à Paris et furent utilisés sur l'asphalte des rues, les marbres, les parquets. Legrand déposa donc un brevet pour ses patins le 21 août 1849.

On retrouve même trace dans les archives de la rémunération de Legrand pour sa tâche, que ce soit pour fournir le matériel, l'entretenir ou pour entraîneur le corps du ballet.

L'invention de Legrand s'exporte en Angleterre

L'opéra connut un tel succès qu'il fut exporté à Londres et qu'un cargo de patin fut envoyé en Angleterre. Le maître de ballet de l'Opéra Royal Italien de Covent Garden (Londres) eut toutes les peines du monde à former sa troupe à ce nouveau type de patinage. Morris Traub indique dans son ouvrage "Roller Skating Through the Years" que plusieurs jeunes femmes du corps de ballet ont foncé droit dans les coulisses ou dans la fosse de l'orchestre avant d'acquérir la technique nécessaire. L'une d'elles fut extraite avec difficulté d'une grosse caisse dans laquelle elle était tombée. 

Malgré tout, la première Londonienne du Prophète eu lieu le 24 juillet 1849 et la pièce connut le même succès qu'à Paris.

L'échec du Gymnase des Patineurs

Le Gymnase des Patineurs a été créé par Legrand en 1849. Il comportait un sol en asphalte. On trouve cette référence dans "Le Ménestrel : journal de musique" du 18 novembre 1849 :

" Nous continuons à recommander aux amateurs de divertissements et de plaisirs fashionables, le Gymnase des Patineurs, rue du Banquet, aux Champs-Elysées. Cet ingénieux établisssement, ouvert par M. Legrand, est destiné à une vogue durable."

Le journal s'est malheureusement trompé, l'établissement fut boudé par les patineurs (Sam Nieswizski, 1991).

Dans le journal "Le Tintamarre" du 25 août 1850, il est annoncé la réouverture du Gymnase des Patineurs dans son ancien local au 36 rue du Banquet, près des Champs-Elysées, le 9 septembre 1850. La revue "La Mode : revue des modes, galerie de moeurs, album des salons" du 5 janvier 1851 précise :

" L'inauguration du Gymnase des patineurs est remise au samedi 24" (janvier 1851). Puis dans Le Nouvelliste du 17 janvier 1852, on peut lire qu'une réouverture est prévue le lundi 19 février 1852.

Bref, l'endroit semble avoir fermé et rouvert à de multiples reprises, à moins qu'il y ait eu de nombreux lieux homonymes.

" Il raconte la grandeur et la décadence du Gymnase des Patineurs, une institution à laquelle il donna le jour et qu'il eut le malheur de voir trépasser dans sa fleur. "

Pierre Véron dans "Comédie en plein vent". p. 83 à p.86 en 1866

La fin de Louis Legrand

"Le Monde Illustré" du 23 avril 1870, évoque l'échec du gymnase et la mort de son fondateur, sous la plume de Pierre Veron :

"Un paragraphe sur la résurection du Gymnase des Patineurs, un fiasco d'autrefois, qui me paraît destiné à être encore un fiasco d'aujourd'hui. Le conservatoire du patinage, premier du nom, avait été l'invention de ce brave monomane que l'on voyait évoluer en pleine place de la Concorde sur ses patins à roulettes par quarante degrés de chaleur, et qui a rendu son âme à Dieu l'année dernière. "

Le "Journal des Coiffeurs" du 1er septembre 1874, évoque la faillite et la mort de Constant :

"Son avoir, car il s'est ruiné en fondant à Chaillot un gymnase des patineurs ; sa vie, car il est mort d'une fluxion de poitrine contractée dans l'exercice de ses fonctions. On voit que, dans ce métier-là, tout ne va pas autant qu'on pourrait le croire sur des roulettes "

Giacomo Meyerbeer, quant à lui, mourut à Paris le 2 mai 1864, cinq ans avant Legrand.

Liens utiles

Giacomo Meyerbeer : a reader - publié par Robert Ignatius Letellier

Mis en ligne  le 14 January 2018 - Lu 2227 fois

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Passionné de roulettes devant l'éternel, le jour j'écume le bitume. Si je me crashe, si je tombe, ma peau s'arrache mais pas mon coeur de roller !



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