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Le 18 June 2016 à 15:06 | mise à jour le 18 June 2016 à 16:01

Rencontre avec Catherine Exibard, Kat Seulette

Rencontre avec Catherine Exibard, Kat Seulette

Catherine Exibard ce nom vous dit certainement quelque chose. Elle est aussi connue dans le monde de l'ultra-endurance à roller sous ne nom de "Kat Seulette" depuis quelques années elle s'est forgée un très beau palmarès sur les courses de 6 heures en solo, en duo et mais aussi sur les 24 heures...

Mis en ligne par  Claude VILTARD

Portrait par Claude Viltard

Catherine ExibardSimple, toujours souriante, prête à partager sa gourde pour aider un solo en difficulté, elle a su au fil du temps devenir malgré elle une figure emblématique de la discipline. Je la surnomme la « Présidente ». Vous devez déjà la connaître au travers de tous les articles qu'elle a écrit sur rollerenligne.com :  ses périples en SkateDrive avec Loïc son époux qu'elle l'a attiré sur les rollers.

Mais je voudrais mettre en exergue la Kat compétitrice, celle qui va se battre bec et ongles pour atteindre l'objectif qu'elle s'est fixée. On pourrait penser qu'un 24 heures sous les 500 km est une chose aisée, oui, on peut le penser, tant qu'on ne l'a pas expérimenté. Je connais quelques hommes qui pensent tous les ans pouvoir y parvenir sans problème, mais chaque année ils sont derrière Kat Seulette. J'ai fait partie aussi de ces hommes ! Elle sait aussi dire le mots justes quand vous êtes en difficulté pour vous redonner l'envie de vous faire encore un peu plus mal.

Catherine, merci pour m'avoir accordé un peu de ton temps en pleine préparation pour le Mans. Quand as tu mis pour la première fois des rollers ?

J'ai chaussé les patins à roulettes, quand j'étais gamine, un peu comme tout le monde. J'habitais une résidence en région parisienne. Dans notre escalier, il y avait 10 appartements, et une trentaine d'enfants, les parents s'étaient mis d'accord, une année pour nous offrir des patins à roulettes pour Noël ! Autant dire que ça a fait du raffut ! Très vite, certains ont abandonné, dont mon frère qui a rapidement posé les siens après quelques chutes. Du coup, j'ai usé ma paire, puis la sienne ! Ensuite, j'ai fait un peu de patin à glace, puis me suis orientée vers d'autres sports, dont le football dans les années 76 (si cela rappelle quelque chose à certains du côté de Saint-Etienne).

Puis, bien des années plus tard, au Puy-en-Velay, je faisais à l'époque du Ju-Jitsu et j'avais envie d'autre chose.... Je suis tombée sur une bande à roller et me suis dit : c'est cela que je veux faire ! C'était en 2003, j'avais 42 ans et depuis une passion est née !

Qu'avais tu envie de faire ?

Je voulais juste faire de l'exercice dehors, puis j'ai vite eu un sentiment de liberté et me suis dit que c'était un sympathique moyen de déplacement, et un bon moyen pour découvrir la France à travers une discipline sportive. Il faut préciser que je ne suis pas adepte du vélo, ça fait mal aux fesses !

Comment as-tu connu les 24 Heures du Mans ?

Catherine ExibardJe recevais le feu RollerSkate Magazine à mon ancien boulot, et j'ai vu un article sur les 24h du Mans roller. A l'époque, je ne faisais pas de roller, mais j'ai gardé à l'esprit ce côté un peu loufdingue et lorsque je me suis mise au roller il m'a semblé évident qu'un jour je le ferais !

Comment le prépares-tu ?

Au départ je le préparais comme je pouvais, je roulais, roulais, roulais ! Depuis 3 ans je me diversifie un peu : l'hiver est long chez nous et rouler est parfois un peu compliqué. Je me suis donc mise au skating l'hiver, puis à la course à pied, au renforcement musculaire, au gainage. J'essaye de me maintenir à un poids correct, et suis plus attentive à l'alimentation du sportif, mais c'est difficile... Je suis très gourmande !

Depuis quelques années aussi, avec Loïc, nous suivons des stages d'entraînements organisés par des clubs comme Chambéry Roller et les Krokos de Nîmes. Nous avons donc eu des conseils de champions comme (dans l'ordre chronologique) Jean-Stéphane Sierra, Pascal Briand, Christophe Audoire, Yann Guyader, Nolan Beddiaf et Elton de Souza.
Grâce à eux nous avons engrangé énormément de conseils techniques que nous essayons de mettre à profit lors de nos entraînements. Nous n'avons de prof pour nous entraîner au club Velay Roller, il nous faut donc puiser au maximum les infos, et ayant démarrer tardivement le roller, c'est un peu compliqué pour gommer nos défauts et progresser. Il y a donc encore beaucoup de boulot pour les prochaines années !

Quelle est ton meilleur souvenir sur 24h toutes épreuves confondues?

J'ai vraiment aimé l'édition de 2013, qui a eu lieu fin mai, où la température est descendue à 0 dans la nuit sur le circuit. Chaque tour voyait la température descendre d'un degré, et au petit matin, un brouillard a envahi le circuit, c'était surréaliste !

Quelle est ton objectif suprême ?

Les personnes qui me connaissent bien savent que lorsque je prends le départ d'une course, ce n'est un podium que je vais chercher, mais un objectif kilométrique. Cette année je me suis fixé 500 km (120 tours) mais je ne sais pas si c'est l'objectif suprême on en reparlera l'année prochaine. Jusqu'à présent j'ai toujours progressé, de 63 tours en 2010, je suis arrivée à faire 108 tours en 2015. J'en suis à mon 7ème 24h, mais j'ai gratté tout ce que j'avais a gratter, alors cette année il va falloir regarder la montre GPS pour ne pas perdre une minute, aller plus vite et limiter les arrêts !

Si tu avais à citer quelques noms de solos qui pour toi représentent l'idée que tu te fais du solo, tu parlerais de qui ?

Catherine ExibardJe commence par la deuxième partie de ta question : Je ne suis pas une accro des records, donc les personnes qui sont obnubilées par ça ne sont pas celles qui me marque le plus, bien que je sois admirative.
Ce que j'aime, c'est passer des heures à rouler dans les trains de solos, et partager ces moments de joies et de souffrances, parfois sans un mot. Tous les rouleurs qui partagent les relais ont mon plus grand respect, les profiteurs de l'arrière-train n'ont pas compris ce qu'était une course de longue haleine, ainsi que les filles qui se mettent à l'abri, sous prétexte qu'elles sont de la gente féminine.

Donc chez les hommes :

Youb Solo, parce que c'est un précurseur, et que l'un des articles que j'ai lu de lui m'a donné l'envie ! Malheureusement je n'ai pas eu l'occasion de rouler avec lui en solo sur un 24.

Sixties, car quelles que soit les circonstances, cet homme force le respect, toujours souriant même dans la difficulté, il reste humble avec un palmarès ahurissant, il est constant et enchaîne les 24 heures avec une incroyable régularité.
Toi aussi, Rglod, car tu as su faire de ta faiblesse une force pour vaincre !
Chez les femmes, Sabrina Gaudesaboos, une très jeune et grande championne. Nous avons roulé plus d'une fois dans la même catégorie solo femme, mais elle, c'est une très belle rouleuse qui garde le style au fil des heures, et le sourire ! Elle fait son job dans le peloton des hommes en restant fair-play et lorsqu'elle souffre, elle le fait seule, et en silence. En 2012 elle pleurait de souffrance dans la Dunlop, mais une fois arrivée là-haut, on la voyait filer comme une étoile ! Elle est résolument complète tant dans la discipline vitesse qu'en endurance.
Et puis bien sûr, les Chicken et Dan, JP2Copter, Yannick84, Sol'Oc (mon mari), Sylvain mon collègue d'entraînement, et tous ces gros rouleurs qui sont des forçats du bitume. Je suis parfois gênée car je fais un podium alors que la plupart de ces gars là font plus de kilomètres que moi, mais la concurrence est rude chez les hommes !

Comment expliques-tu à tes amis ce que tu fais ?

Il y a des amis qui n'ont pas compris que c'était qu'une passion et m'ont reproché de passer beaucoup de temps à roller, d'autres m'ont félicité d'avoir cette ferveur et surtout de la partager avec mon mari. Cela nous a permis de voyager, de partager, et surtout de rencontrer. Car il n'y a pas que la course et la compétition dans notre vie de roller. Il y a nos voyages en skatedrive qui nous font découvrir de superbes régions, en France comme à l'étranger ! Ce sont des images plein la tête, des soirées d'hiver à préparer à discuter sur ce que sera notre prochain voyage, et à l'heure où les enfants ont quitté le nid, que les travaux d'habitat sont terminés, cela a ouvert un autre volet de notre histoire commune.

Que détestes-tu dans notre discipline ?

Catherine ExibardRien.... Même si je ne suis pas fortiche dans les côtes !

Qu'aimes-tu?

Tout ! Même les côtes, car derrière il y a les descentes !

Quel conseil donnerais-tu à un novice qui aimerait se lancer dans cette aventure ?

De ne pas trop hésiter à se lancer. La première année est un brouillon, sur lequel on prend des notes afin de s'améliorer, de peaufiner son entraînement, ses objectifs, cela permet de se connaître un peu plus profondément aussi, et d'aller chercher des ressources insoupçonnées ! Et puis surtout, profiter de ces instants de courses d'endurance qui scellent aussi de belles amitiés.

Et maintenant j'aimerai que tu fasses une tribune libre. Tu écris ce que tu veux si tu as un message à faire passer ou un coup de gueule lâche-toi !

Les filles sont en constante progression en endurance, et le Mans 2015 a marqué un tournant : Les 4 premières étaient au dessus des 500 km, et moi 5ème avec 452 km alors qu'en 2013 j'étais sur le podium avec 380 km ! Cela veut donc dire que sous peu, les gars, vous aurez du souci à vous faire, planquez-vous, les solos femmes battront les solos hommes !

Palmarès

  • 3ème solo femme au 24h du Mans 2012 (381km)
  • 3ème solo femme au 24h du Mans 2013 (381km)
  • 1ère solo femme au 24h Grol Race 2014 (344km)
  • 5ème solo femme au 24h du Mans 2015 (452km)
  • et quelques podiums sur les 6h de France et de Navarre, en solo avec environ 140km 

Catherine Exibard

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    Les 24 Heures du Mans Roller 2012 en Solo de Catherine Exibard

    Photos : Frank Racker et droits réservés
    Mis en ligne  le 18 June 2016 - Lu 2237 fois

    Mis en ligne par :
    Passionné de longue distance, Claude Viltard a notamment remporté les 24 Heures du Mans Roller 2015 en solitaire avec un total vertigineux de 590,1 km. On le connait aussi pour son raid Atlantalpe où il a relié l'Atlantique à l'Alpe d'Huez d'une seule traite, encadré par le staff de Ligne Droite.

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