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Le 12 August 2015 à 19:29 | mise à jour le 06 October 2015 à 23:53

Les 24 Heures du Mans Solo 2015 de Claude Viltard (1/3)

Les 24 Heures du Mans Solo 2015 de Claude Viltard (1/3)

L'exploit réalisé en solo par Claude Viltard lors des 24 Heures du Mans Roller 2015 restera dans les annales. Après quelques semaines de repos, Claude nous raconte sa préparation et sa course. Un premier épisode captivant...

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Les 24 Heures du Mans Roller 2015

Claude ViltardJe vais paraître quelques fois prétentieux, orgueilleux, vantard, etc. Ceux qui ne me connaissent qu'un peu pourront sans doute le penser. Ceux qui me connaissent bien, savent que ce n'est pas dans ma nature. Je suis même pudique avec mes résultats. Je vais juste écrire ce que j'ai vécu, ressenti durant cette année jusqu'au podium voire un peu plus...

Quand commence un Mans ?

Quand a commencé mon Mans ? Celui que je devais gagner, celui que j'avais promis à ma femme de gagner, je ne sais pas exactement. Je dirais pour faire une réponse à la-va-vite, depuis la validation de mon inscription. C'est là que j'ai pris la mesure de ce Mans 2015. Je venais de prendre pour la deuxième fois consécutives la seconde place de la course en solitaire.

Quand j'y repense, un gâchis que ce mans 2014. Je casse mes patins au départ, je perds 2 tours. Puis change de patin après 8 heures et reste 25 minutes à glander dans les stands et je finis quatre tours derrière Thibault [Dejean] sans jamais lui chercher des poux dans la tête... Oh oui ! Qu'il le méritait ce Mans 2014 Thibault, mais pas moi. Je ne m'étais pas battu. J'avais juste assuré ma deuxième place sans trop me dépouiller. Ça ne veut pas dire pour autant que si je l'avais fait, me dépouiller, j'aurai pu le battre ! J'étais bien trop limite techniquement. Je le savais et j'en eu la confirmation en regardant les photos et en visionnant des vidéos. J'ai encore appris beaucoup de choses sur ce 24 heures. si on finit un Mans sans ne rien apprendre, il ne faut pas s'étonner de ne pas progresser.

L'Atlantalpe

Tout est source d'enseignement, les défaites comme les victoires. On peut toujours faire mieux... mais ce qui m'a le plus appris c'est bien sûr l'Atlantalpe. Là c'était quelque chose. J'étais allé au-delà de ce que j'imaginais.Je n'ai jamais eu si mal. Mais j'ai surpassé cette douleur. Bien que la traversée de la Creuse m'ait complètement détruit, j'ai fini comme j'ai pu. Le break à 544 km avait un goût amer mais il en allait de ma sécurité. Je n'étais plus capable de supporter mon poids. On allait s'engager dans une descente de 25 km. Et ceux qui connaissent l'Ultra savent que rien n'est pire qu'une descente. On doit rester en légère flexion, et les jambes vous brûlent. La douleur est presque insupportable. Sur la Dunlop, ça dure 30 ou 40 secondes mais là... Non. Je ne pouvais pas.

C'est pour ça qu'il ne faut pas pousser un Ultra en fin de 24 heures. Ça le tue. Il faut toujours avoir les jambes en mouvement, sinon vous êtes tétanisé par la douleur. Le dimanche, je me suis étonné a rouler 38 km/h après 50 heures de raid. La montée de l'Alpe d'huez ne me faisait pas plus peur que ça. Mais dès les premiers mètres, je me suis mis en sauvegarde. En mode fainéant, je ne patinais plus, je marchais. J'en ai honte aujourd'hui. Je n'en avait pas pris conscience mais j'allais avoir mal plus longtemps.

C'est quand j'en pouvais plus, quand j'étais prêt à tout laisser tomber que j'ai eu le droit de m'accrocher derrière le vélo de Francis et après celui de Marvin pour finir les 6 derniers virages. Que les choses soient bien claires , le vélo était pour freiner dans les descentes et dans mes passages dangereux. Ils ne m'ont pas drafté et je ne me suis accroché qu'à la fin mais en patinant. J'ai fini en trombe comme un fou. Je me suis encore là étonné. J'en avais encore un peu sous les pieds. Comme après tous mes 24 heures passés. C'est là que je me suis promis de ne plus finir un Mans en en gardant sous le pied. J'ai toujours eu peur de ne pas pouvoir finir. Mais bon, un 24 heures ne dure que 24 heures on doit tout donner ce jour-là...

Prise de conscience

AtlantalpeEn visionnant le film quand nous étions avec l'équipe de l'Atlantalpe à Lérat, je ne regardais que ma technique et écoutait les commentaires de Nathalie. Je me souviens d'un truc qu'elle a dit à propos de mon patinage. A partir de maintenant, tes patins ne vont plus s'aimer !

Je traduis : « Finies les prises de carres externes, fini le patin qui passe bien sous le corps. Je suis en mode marcheur rouleur. » je ne m'en rend même pas compte ! il s'est passé pas mal de choses à Lérat. Je pesais 69kg. Nath m'a dit aussi simplement que ça

" Il va falloir que tu te débarrasses de ton sac à dos !"
" J'espère être a 62 kg pour le Mans."
" Tu étais à combien cette année au Mans ? ( 2014) "
" 66 ! Elle me regarde sans rien dire. Je comprends. "

Ce n'était plus la peine de dire ce que j'allais faire. Je serai jugé juste sur mes actes, mes résultats et rien d'autre. Aucun mot ne pouvait l'impressionner. Elle me parlait de nutrition, de recettes, de rééquilibre alimentaire humblement, toujours en doutant de sa légitimité. J'avais hâte de rouler. Il y avait Christophe Evart, Marie Poidevin, et Nathalie Barbotin Audoire ! J'étais intimidé. Christophe Audoire m'avait dit qu'il me verrait très peu cette année, qu'il fallait que je sois attentif. je devrais travailler seul sans qu'il puisse me corriger.

Nous chaussons sur une petite route dans les marais salant de Guérande... Après quelque foulées je me fait déjà engueuler par Christophe. Je ne pousse pas quand il le faut ! je suis trop haut dans les pulsations, etc.

Dans la roue

J'arrive enfin à me mettre dans les roues de Nath' et là je prends une claque. Il a plu, elle roule à 38km/h sur un revêtement moyen et glissant. Elle me parle comme ci elle était en randonnée. Je regarde mon cardio. Je suis a 188 pulses, zéro marge donc. Je regarde quand elle pousse, quand elle roule ; comment elle fait son retour de patin, comment elle transfère son poids d'une jambe à l'autre.
Christophe Evart est juste derrière moi et ne semble pas souffrir. Je suis une quiche ! Je vais devoir bosser plus que je pensais. Ça ne me fait pas peur. Je suis un bosseur. Elle me parle, m'explique. Je bois ses paroles comme celles de Christophe. J'enregistre tout. Je les digérerais plus tard. L'important là est bien d'écouter et comprendre, la mise en pratique c'est comme je peux pour l'instant. J'ai trop de trucs à changer dans mon patinage. Je ne sais plus patiner. Je n'ose plus patiner devant eux.

"Tu ne pousses pas, tu dois enfoncer ta platine dans le sol ( Nath') Penses à ta respiration ! Quoi qu'il t'arrives, respire, souffle, évacue, ne te déconcentre pas de ton objectif. Tu auras un boulot à faire qui durera 24 heures. Tu dois rester concentré à 100% sur ta course. Aucun événement élément intérieur ou extérieur ne doit de déconcentrer (Christophe Audoire)..."

Hein ? Pendant 24h ?! Mais je m'évade moi pendant un 24h ! Je pense a autres chose ! Ah oui !! me répondit-il ! Et ça a marché ? Aïe ! Pas faux, je n'ai jamais gagné ! Juste deux fois deuxième et consécutivement mais qui se souvient des deuxièmes ? Déjà trouver quelqu'un capable de donner de tête, 5 noms de vainqueur du Mans...

Apéro et hygiène de vie

Une petite anecdote de Lérat : J'ai vécu un apéro mémorable. On se trouvait autour de la table basse près de la cheminée de pierre, à côté de la baie vitrée du salon qui nous montrait une vue agaçante de vagues se fracassant sur les rochers. Il y avait Nathalie Barbotin, Christophe Audoire, Jérôme Roudier, Yann Guyader, son amie dont j'ai oublié le nom. On sort les bouteilles ? Yes ! Me dis-je on va boire un truc un vrai ! L'eau même avec un glaçon ça reste de l'eau ! Mais là, je vois une boutanche de whisky ! Arg, glouglou, me crie mon démon... C'est pas bien, me dit mon ange gardien ! J'attends d'être servi en cachant comme je le peux mon impatience. Je comprends toute de suite que ça rigole pas là. Yann tend son verre, Nath le sert. 8 mm de ce divin breuvage lui est servi... Euhhh ils déconnent là ?! C'est un bizutage ? Je rêve ?! Nath me sert la même dose homéopathique ! Sont pas bretons, pestais-je. Z'ont été adoptés... Je voulais du boire moi ! Nan, ça ne rigole pas avec l'hygiène de vie avec Nath et Yann.

Je repart de Lérat avec quinze milles trucs à faire, à apprendre, à modifier et à tester.

Novembre 2014 : les pronostics vont bon train

Fini le roller, Je pose mes patins pour prendre les chaussures de course à pied. De novembre à février, je pars pour 4 séances par semaine quel que soit le temps, quelles que soit mes envies. Mon terrain d'entrainement est juste à côté de mon travail donc tous les midis, je pars courir avec un collègue. Il est traileur, finisher de 'Ultra Trail Mont-Blanc et de la CCC. Il fait cette année les Ducs de Savoie. Gentil, humble. On parle 50% job 50% sport. Jusqu'en février on fait notre préparation ensemble.

Durant mes séances, je ne pense qu'à une chose, Le Mans 2015 ! LE GAGNER ! J'ai fait 2 fois deuxième, je peux prendre des risques sur celui-ci... Finir cuit, tout lâcher, le faire à bloc. Tout en courant, je commence à imaginer la course. Quels seront mes adversaires ? Rphil ? Christophe Evart ? Kevin Bizien ? Il ne faut pas l'oublier celui-là, un breton sur des rollers, ça fait toujours de belles choses. Et surtout après sa perf en 2013 à la GROL.

Je sais par Antoine Giroire que Kevin va faire le Mans en 2015 et nous botter les fesses selon lui (il est fan de Kevin). Qui peut encore être là ? Et bien c'est justement ceux que l'on ne connaît pas dont il faut le plus se méfier. Sur Facebook un illustre Ultra que je ne nommerai pas mais que vous aurez sans doute reconnu, avait déjà donné le podium du Mans 2015 : Lui premier, Christophe Evart deuxième et peut-être moi en trois si je ne fais pas de bêtises... Mais de toute façon je serai dans l'incapacité de suivre Christophe et lui durant les 12 premières heures. Le gâteau est déjà partagé alors que l'on ne sait pas qui sera à table !

Tout ce que je peux lire sur Facebook me met hors de moi. Je sais que je vaux mieux que ça. Je m'entraine avec un grand sérieux. Paradoxalement, moins qu'en 2013/2014 mais bien mieux. Je sais m'entraîner maintenant. Je sais ce qui me convient et jusqu'où je peux pousser la machine pour pourvoir aussi récupérer et assumer aussi mon job. Je n'ai pas un métier facile. Il est même physique.

Apprendre à se connaître

Pour concilier une grosse charge d'entraînement et un job, il faut déjà apprendre à se connaître. Ça ne se fait pas en claquant des doigts. Il m'a fallu 3 ans pour y parvenir. Ce n'est pas la durée de la séance qui est important, mais ce que l'on y fait. Faire 5 heures de roller une fois par semaine n'a, à mon point de vue, aucun sens. Certains d'entre vous ne peuvent sans doute pas faire autrement. Mais si j'ai un conseil à donner, il vaut mieux faire 3 ou 4 petites séances avec un bon programme qu'une seule grosse.

J'ai eu trois entraîneurs : Youb est celui qui m'a mis sur la voie. Je faisais n'importe quoi avant notre rencontre. Des séances de 2h30 , 7 jours sur 7 puis j'explosais et j'arrêtais une semaine avec de recommencer, etc. je me souviens de mes premières séances de fractionnés sur mon home traîner. J'avais entendu parler de 30/30 ! Je me suis mis sur mon home. Après 20 minutes d'échauffement taquet 30 seconde à 185 puls et 30 secondes à mouliner ce calvaire 10 fois. J'ai cru que j'allais mourir ! Ma femme aussi d'ailleurs. Ensuite, il y donc eu youb. Très bien ce youb. Trop gentil avec moi. j'ai gardé pas mal de chose de lui... Avec lui, je suis passé de 59 tours au mans à 103 tours.Mais j'avais encore faim ! En cherchant des recettes de barres maison sur le net, Soso ( ma femme) a trouvé le site d'Alain Roche que bon nombre d'entre vous connaissent maintenant. Un Coach pro pour le trail, le ski d'alpinisme et maintenant le roller. Oups ! Là c'est compliqué, des séances millimétrées. Au début j'imprime le contenu de la séance pour être sûr de m'en souvenir.

Premier podium de Claude ViltardAvec lui, je suis passé de 103 à 127 tours et à ma première seconde place en 2013, deuxième pour être précis. Alain est un très bon, mais le roller et le trail sont deux mondes différents.

Toujours plus loin

J'ai encore envie de progresser. Il faut que je trouve une personne capable de me conduire au plus haut niveau. Une perle rare. Je suis un sale gosse ! J'ai besoin d'avoir une personne forte, qui ne me laisse pas de répit. Je suis un bosseur, j'ai besoin de bosser de ne pas être ménagé.

Nathalie est l'évidence. Elle connaît le haut niveau. Elle est rigoureuse, perfectionniste. Je vais donc m'inspirer d'elle. Elle bouleverse mes habitudes alimentaires , les contenus de mes séances en course à pied. Elle me pousse dans mes derniers retranchements. Finies les séances d'Alain, là c'est dur mais je sais pourquoi. Cette phrase je me la répète quand je suis dans le dur durant mes séances. « JE SAIS POURQUOI JE FAIS CA ! » ça aide, ça m'aide...

Décembre 2014 : le staff

Je suis a la recherche de mon staffeur. Premier critère, il doit avoir connu le haut niveau. Ensuite avoir une expérience sur l'ultra, et être un ami. C'est Philippe Poirier que je contacte.

Le 18 décembre 2014, je lui demande de me staffer. Je lui donne mon objectif. Gagner et tenter les 600 km. Il y croit et me demande quelque temps pour y réfléchir. Je suis ravi. Il me faut Philippe. Christophe Evart a déjà son staff, Adrien un ami de longue date. Je m'entretien souvent avec Christophe. On communique sur nos entraînements, sur notre état de forme. On se motive mutuellement.

J'ai un gros passage à vide. Je lève le pied sur mes entraînements. Je ne fais plus 2 séances par semaine. Je n'ai pas fait de coupure après l'Altantaple : 58h de roller ça laissent des traces. Nath' m'a conseillé de faire 40 jours de break. J'ai pas envie. Je vais le payer. Je finis décembre tranquillement, sans me prendre la tête avec le nombre de séances que je vais faire.

Janvier 2015 : retour à l'entrainement

L'objectif est de reprendre les choses sérieuses pour la première semaine de janvier. Nath me laisse souffler. Mais dès le début janvier, on tape dans le dur. Les séance de course à pied montent d'un niveau. Pascal, mon collègue de travail sort d'une sale période. Il n'est pas au mieux. Il n'arrive plus a me suivre et m'encourage à continuer mes séances sans lui. Je me fais violence, je supporte. C'est dur, bien plus que les séances d'Alain Roche. Au début je ne comprends pas bien ce qu'elle me fait faire. Mais la vache ! Elle me pousse toujours plus.

Février 2015 : matos et technique

Le jeudi 19 février, je remets les Roller Marathon en 3x125 et je reprends mes séances de 50 km quotidiennes. Je comprends le bien fondé des séances de fou de Nath. Aucune comparaison avec 2014. J'enchaine mes séances sans aucun problème. Je peux taper dedans sans problème. J'ai aussi changé ma façon de patiner. Je prenais de la carre, la double poussée passe aussi. Bon, attention, pas des trucs à la Joey Mantia non plus. Mais ça passe.

Je pose, je roule, je pousse, comme un automate, comme un musicien faisant ses gammes. Je pose, je roule, je pousse, avec la même amplitude dos au vent que face au vent. Ca brûle les cuisses. Et je me répète ma phrase : « je sais pourquoi je fais ça ».
Du lundi au jeudi, je roule quel que soit le temps. Je roule sous la pluie, ça me rappelle de bons souvenirs. Quand la piste cyclable est suffisamment trempée, je regarde le sol, et comme un miroir, il me renvoit mon image. En 2014, au mans j'ai passé des heures à me regarder patiner comme ça. J'aime bien la pluie...

Mars 2015 : 6 Heures de Salbris

Le 15 mars, c'est Salbris. Je n'ai pas envie d'y aller. C'est loin : 6 heures de voiture, c'est trop pour moi seul. Personne de Sallanches ne veut y aller. Mais il y a Christophe Evart, on a besoin de se voir. On va faire un 24 heures ensemble, notre 24 heures, notre Mans. On vise la victoire et les 600 km. J'y vais. J'arrive le samedi en fin d'après midi. On se retrouve a hôtel. On parle déjà de notre Mans,de la stratégie. On envisage quelques scénarios possibles. On parle de Philippe Coussy bien sûr, il est la référence absolue en matière de 24 heures. Il sait faire un bon 24 heures. Je dis tout de suite à Christophe qu'il ne faudra pas calquer notre course sur la sienne. Nous ne devons pas nous en soucier. On roulera à notre rythme. La seule chose que je lui dis, c'est qu'il ne faudra pas qu'il nous empile des tours car ces tours seront irrécupérables. Je connais toutes les courses de Coussy. Je sais comment il roule. Je dis a Christophe que si nous sommes avec lui après 12 heures voire 18 heures de course, on pourra le battre. Mais ce sera à nous de lui imprimer le rythme et ne jamais le laisser « être le patron » sinon, on est mort...

A 10h00, dimanche, je pars pour les 6 Heures. je voulais rouler tranquille mais je vois deux solos devant moi à 100 m qui roulent comme des avions de chasse. Je n'aime pas ça. Ils vont faire mumuse sans moi ? Je les rejoins. Ça roule vite , très vite. J'ai gagné Salbris en 2013 devant Ludovic Pouilloux et Pascal Lorenzi, ça roulait beaucoup moins vite. Je regarde de temps en temps le GPS , 35 , 37 km/h... Oups ça roule là ! Les pulsations sont correctes pour cette vitesse. Je suis rassuré. J'ai des chevaux. Salbris c'est 15 virages au tour, je tiens bien mes 125 mm, ça aussi ça me rassure. A presque 3 heures de course, je bâche. J'ai vu ce que je voulais voir et je n'ai pas trop envie d'en faire plus. J'ai depuis le départ les 6 heures de voiture du retour à faire. Je dois être au lit à 1 heures voire 2 heures du matin pour me réveiller à 6 heures pour aller bosser ; ça ne me motive pas plus que ça et me faire mal sur ce 6h...

Mai 2015 : 6 Heures de Carole

Ça faisait longtemps que je voulais venir rouler aux 6 Heures Roller de Carole. J'ai grandi là bas à Tremblay-en-France. C'est là que mon père a créé un club de roller en 1973 ou 74. En 1984, j'ai déjà roulé sur le Carole mais en cyclo... Christophe Audoire a tenu à ce que je vienne faire les 6 heures de Carole. Je me suis inscrit au marathon et aux 6 heures.Mais j'en ferai un peu plus. Je fais le voyage avec Jérôme Roudier. Nous arrivons au circuit vers 18h le vendredi. Il y a Yann et les deux Christophe. Après le repas, Jérôme et moi allons faire les fous a Paris ! Yes !

Ce qui se passe à Paris reste à Paris !

Samedi matin je roule sur le Carole, seul, un bon Kif. Je fais 100 km à 25 km/h de moyenne. Ensuite, je pars pour le marathon. Je me fait vraiment plaisir. Je le referai. C'était très sympa. Le dimanche place aux 6 heures. Le seul truc que je retiens c'est d'avoir rouler avec Yann. 45 km/h sur la ligne droite un pur moment de bonheur.

Les 6 h se sont mal passées . Je me suis pris la tête avec celui qui a gagné... En 2016, je referai Carole, le Marathon et le 6 heures.

Juin 2015 : Rollathlon

Rollathlon 100Le Roll'Athlon100. C'est là que j'ai vu que j'étais prêt et bien plus fort que jamais. J'ai réussi à convaincre Soso de faire la rando 53 km. Elle a entendu çà et là que la descente est difficile, je pars avec elle, laissant les courses partir sans moi. Nous partons dernier de la rando en mode tranquille. Je roule avec elle pendant une heure.

Puis, sans m'en rendre compte, je la perds. Je la pensais juste derrière moi mais plus de Soso. Je regarde. Elle n'est plus dans mon champ de vision. J'hésite un instant quand même et j'ai accélèré. J'ai les jambes. Je pousse fort et ça répond. Ne voulant pas troubler la course, je m'interdit de rouler devant un peloton et avec. Alors dès que j'en dépasse un, je m'arrange pour que personne ne puisse prendre ma roue. J'ai 85 km a faire pour rejoindre l'arrivée. Je roule sur le plat à plus de 35 km/h seul. Je ne sais pas combien de temps je peux tenir ce rythme. Mes pulsations sont aux alentours de 150. Ça va.

Mes 125 me permettent de rouler très vite. Plus vite que je n'ai jamais rouler sur la Roll'. La partie de gravillons passe sans peine. J'ai juste un peu mal au dos à 20 km de l'arrivée. Je me suis redresse quelques km puis je remets les gaz.

La montée finale se passe bien. Malgré tout ce que j'ai entendu sur les 125, je finis en trombe. J'ai même failli me ramasser dans le rond-point !

Je ne sais plus le temps officiel mais ce que je sais c'est que j'ai roulé les 85 km seul à environ 30km/h . J'ai fait mes 85 km en un peu plus de 2h50... j'ai l'impression d'avoir fait un truc de dingue, là, absolument pas vérifiable, mais je m'en fiche. Il reste 3 semaines avant Le Mans. Je continue mes séances mais en me calmant, sur la durée. Finis les 50 km, je pars plutôt pour 42 puis 36 et 25 km.

Changement de rythme imprévu

J'ai 4 kg de moins qu'en 2014. Tout va bien jusqu'à ce que mes horaires de travail changent. Et là grosse panique. Je n'arrive pas à récupérer ! Je suis fatigué. Et c'est dans cet état que j'arrive au Mans... Seule Soso le sait.

Au Mans, avant la course

Je suis exécrable avec tout le monde. Les membres de mon club , Sallanches Ultra Roller, ne me le font pas remarquer. Ils savent que je suis dans cet état avant Le Mans. Personne ne me fait la moindre réflexion. Je les en remercie. Je passe mon temps à chercher des trucs, à me plaindre sur tout. Bref, un sale gosse.

Samedi matin Christophe Evart, Adrien, Camille et Philipe Poirier arrivent. On fait le briefing avec Mathias. Le qui fait quoi et quand c'est réglé. Mathias prend avec le plus grand sérieux son rôle. Il est de bon conseil. Il a de l'expérience en duo. Et ce n'est pas le genre à faire les choses à la légère.J'ai une chance folle. Mathias d'un côté et Philippe et Camille Poirier de l'autre : Que peut-il m'arriver ?

Je profite du calme pour aller m'allonger encore un peu. Je mets de la musique et je somnole. Je suis coupé du reste de monde. J'ai besoin de me calmer. Je suis tendu. Ça, c'est une évidence. Le temps passe, vite, très vite. Je profite de la parade pour aller faire un tour au village. Il m'est indispensable d'aller voir Nathalie. J'ai besoin de croiser son regard. Si elle me sent prêt, en croisant son regard je le saurai. En fait, j'ai besoin d'être rassuré, c'est ça...

J'arrive sur le stand de Powerslide. Nath vient me voir et me rassure. Elle me répète la phrase à laquelle je devrais repenser quand je serai dans le dur. Je vais saluer Marie Poidevin au stand de la Fédé, puis Alexandre. Je retourne au camping. Il faut que je mange. Je n'ai pas faim, mais il le faut, pomme de terre, pâte, lentille, jambon et de l'eau.

Vers 14h, Christophe et moi allons rejoindre notre staff au stand solo. Nous croisons Philippe Coussy chaussé de ses 115/125/115. Il se balade dans le village. Je le connais bien, très bien même. Je suis sidéré de le voir là. Il ne devrait même pas être là ! Il semble décontracté. Il parle stratégie avec Christophe ! Il m'ignore complément, je suis agacé et vexé. Il me regarde et me dit une chose que je cachais. « Oh tu as l'air fatigué toi ! »

 Oui je le suis - je suis claqué. Je n'ai pas récupéré et je ne sais pas comment je vais gérer ça pendant mon 24 heures. Mais bien sûr je ne lui répond pas ça, juste « Non ça va. ». Nous quittons Coussy pour aller rejoindre notre staff dans le box. Philippe, Camille et Adrien sont là. Ils se sont posés là où ils le pouvaient. Les box solos sont toujours pleins à craquer. Sur 120 solo, 100 vont squatter les box. Ils vont y faire des pauses régulières et le plus confortablement possible. Lit de camp quand ce n'est pas lit gonflable 140/190, frigo, micro-onde, bouilloire, chaise pour leur staff, on y voit aussi des tables de massages, sans oublier bien sûr, les glacières, les sacs de vêtements de rechanges, 2 à 4 paires de roller, etc. Les boxs ressemblent a un hôpital de campagne ! En 2010 lors de mon premier j'avais de quoi ravitailler 5 solos.

Bon, ce serait bien que l'on détermine une surface au sol pour chaque solo et mettre aussi un box de plus,ce ne serait pas un luxe. Si l'on arrive pas à l'ouverture, on se retrouve a l'extérieur. C'est notre cas. Bon, notre intention n'est pas non plus de passer notre 24 h dans les stands. Ma chaise est posé ente deux box et mes affaires là où nous trouvons un peu de place. Je regarde autour de moi. Je reconnais mes potes solos. Les gros baroudeurs, les solos historiques, ceux des premiers heures. Je vais saluer tout ce petit monde en leur souhaitant un bon 24h. la météo nous laisse présager une belle édition. Et après les deux tueries de 2013 et 2014 on pouvait tous chanter « j'veux du soleil »...

Puis nous allions nous isoler sur le bord de la piste pour faire un dernier point avec notre staff. Je me souviens très bien avoir dit :

« Nous roulerons entre 9'30 et 9'45 sinon ça passera pas. Il fait chaud. Il faudra savoir se calmer en début de course pour garder du jus pour la nuit, sinon ça va faire comme en 2010 ! "

On me demande ce qu'il s'est passé en 2010 : les trois quart des solos ont abandonné après 6 heures.

Claude Viltard et Christophe Evart

Liens utiles

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Atlantalpe 2014 : de l'Atlantique à l'Alpe d'Huez avec Claude Viltard

 

Texte: Claude Viltard
Photos : Ligne Droite Roller
Loic Cousin - Slap On Graphie / mediaskates.com
Relecture et mise en page: Sanglier76, Alfathor et Iggnorance
Mis en ligne  le 12 August 2015 - Lu 2560 fois


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