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Le 02 January 2015 à 17:01 | mise à jour le 13 February 2015 à 18:19

Y-a-t-il encore un avenir pour la presse roller ?

Y-a-t-il encore un avenir pour la presse roller ?

Roller Saga, World Inline magazine, Crazy Roller, Amateur, Ridemag, Rollerskate, Rolls, Skate'In... au fil des années nombre de magazines roller ont tous mis la clé sous la porte. Le papier n'aurait-il plus la cote ? ReL tente un état des lieux de la presse roller...

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Un âge d'or révolu

Roller Saga n°6On ne va pas se le cacher, le marché du roller n'est pas au beau fixe. La période dorée de années 90/début 2000 est loin derrière nous et les ventes des fabricants sont en berne. Corollaire de cette situation, la presse spécialisée dans le roller a connu de meilleurs jours. Nous l'allons pas vous imposer ici la litanie des titres qui ont disparu, quelques uns d'entre eux sont cités dans notre introduction.

On en vient donc à se poser cette question : la presse papier roller est-elle viable ? Les lignes suivantes vous exposeront notre point de vue...

Un équilibre financier difficile à trouver

Avant d'aborder la question du contenu, commençons par l'essentiel, les questions financières ! Le financement d'un magazine se fait grâce à un subtil équilibre entre différentes sources de revenus :

  1. ses annonceurs
  2. ses ventes en kiosque
  3. ses abonnements

Financer un seul numéro n'est pas insurmontable... mais encore faut-il réussir à lever la somme suffisante pour chaque parution quand vous souhaitez vous installer dans la durée.
Si votre sport présente un intérêt fort en terme de retombées, vos annonceurs vous suivront. S'il est aussi confidentiel que le roller, ce n'est pas gagné. D'autant que vous serez en concurrence avec une multitude d'autres pratiques sportives. 

La pérennité d'un magazine repose donc sur sa capacité à rendre captif un certain nombre d'annonceurs et surtout à ne pas se limiter à l'univers du roller.

Si les ventes en kiosque fonctionnent, elles peuvent générer des recettes non négligeables... à condition que le magazine soit bien réglé, c'est à dire qu'il y ait la bonne quantité par point de vente, qu'il n'y ait pas d'invendus ou qu'il y en ait le minimum. S'il y en a trop, ils seront facturés par les organes en charge de la distribution en kiosque. Du coup, vous plombez votre bénéfice.

La solution alternative semble donc être l'abonnement ! Vos lecteurs s'engagent dans la durée, ils génèrent d'entrée de jeu la trésorerie qui vous permettra de voir venir. La panacée pour un éditeur. Il vous reste à les convaincre de s'abonner !

Attention, en général, une formule avec abonnement signifie que vous pratiquez un tarif préférentiel pour les abonnés. Cela génère aussi des frais d'envoi postaux à ne pas négliger lors de chaque envoi.

Street, vitesse, randonnée, roller hockey... quel marché serait le plus porteur ?

Crazy Roller n°63

A l'image des shops spécialisés qui diversifient leur offre en skate, roller ou en trottinette, un magazine spécialisé ne nous semble pas pouvoir s'offrir de luxe de ne s'intéresser qu'à une niche du roller, au risque de se priver d'une audience importante.

Oui mais comment intéresser toutes les pratiques ? Comment faire pour que tout le monde s'y retrouve ? Les hockeyeurs ne sont pas forcément intéressés par le roller street ou la vitesse par exemple. Il faut donc trouver une cohérence entre les univers et les cultures auxquelles vous vous adressez. Les magazines de hockey combinent glace et roller. Les magazines de roller course traitent aussi de randonnée et de longue distance.

Le roller street semble encore être le marché le plus actif et le plus pérenne à l'heure actuelle. Pourtant, il ne représente qu'une petite part des pratiquants. C'est encore le secteur où l'on trouve le plus de parutions avec notamment Be-mag qui perdure.

Y-a-t-il un problème de contenu ?

A l'heure d'Internet, il n'est plus possible de publier une information en retard. Les médias sociaux et le Web poussent à l'immédiateté. Un magazine doit donc proposer un contenu avec une forte valeur ajoutée et une certaine intemporalité, des articles de fond qui ne périment pas en l'espace d'une semaine.

Se pose aussi la question du choix de la ligne éditoriale : qui souhaite-t-on toucher ? La dimension purement sportive du roller n'intéresse qu'une minorité de pratiquants... mais ce sont eux les plus passionnés. Pour nous, Roller Saga avait réussi à trouver un bel équilibre entre le contenu grand public et la compétition.

Il faut aussi être capable de proposer des contenus que le web ne peut pas offrir :

  • des posters à afficher dans sa chambre
  • des calendriers dans un format compact
  • des guides d'entrainement
  • des guides des spots à emporter avec soi en vacances
  • etc.

Quel format ?

Là encore, la question est délicate. Quel est le format le plus adapté ? A4 ou A5 ? Si l'on souhaite que le magazine soit emporté partout, le plus compact est le mieux. Il doit être pratique avant tout.

Quelle périodicité ?

La question du contenu induit la question de la fréquence de parution. Un équilibre subtil ! Si vous sortez trop souvent des numéros, vos annonceurs ne pourront plus suivre, ni votre financement. Si vos parutions sont trop espacées, votre support tombe dans l'oubli. Pour le roller, une fréquence de 4 uméros par an (trimestrielle) nous semble raisonnable dans un premier temps, à condition de signer des contrats longue durée avec les annonceurs.

Conclusion ?

Il reste une place pour la presse papier spécialisée roller mais elle s'avère très mince. Sur de petits tirages comme le roller, la formule par abonnement semble la plus pérenne. Il faudrait une nouvelle "mode" du roller pour relancer la machine. En outre, la presse roller s'inscrit dans une problématique plus globale de la crise de la presse papier. Cette dernière est en pleine mutation depuis l'arrivée d'Internet. Elle peine souvent à trouver ses marques dans l'univers digitale. Nombre de médias papiers opèrent actuellement une transition du papier vers la toile, cela ne les dédouane pas pour autant des questionnements sur le financement dans cet univers où règne la culture de la gratuité. Le modèle mixte de Mediapart (gratuit/payant) ouvre des pistes intéressantes. Rappelons ici une citation de Laurent Chemla dont le titre est explicite : "La gratuité des sites est un mythe".

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Texte : Alfathor
Photos : droits réservés 
Mis en ligne  le 02 January 2015 - Lu 2102 fois


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