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Le 14 December 2014 à 09:12 | mise à jour le 20 February 2015 à 22:03

Rencontre avec Manon Derrien - le roller street au féminin

Rencontre avec Manon Derrien - le roller street au féminin

Elles sont encore peu nombreuses à évoluer dans le roller street. Pourtant, quelques unes ont tenté l'aventure des chutes et des bleus pour se hisser vers le plus haut niveau. Rencontre avec la bordelaise Manon Derrien...

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Interview en vidéo

Fiche technique

Nom: Derrien
Prénom : Manon
Surnom : Leeloo
Née le : 29 septembre 1992
Taille : 1m60
Poids : 52 kg
Pays : France
Né à : Bordeaux
Vit à : Bordeaux
A débuté le roller en : 2007
Catégorie : Girl
Etudes : Étude d'ingénieur en apprentissage à l'ENSCBP en calcul de structure et matériaux composites
Emploi : Ingénieur bureau d'étude mécanique
Points forts : Slides
Points à améliorer : Rotations
Autres sports : Judo, ski, wakeboard
Le dernier film qu'elle a vu : Gone Girl de David Fincher
Musique favorite : Pop Rock
Jeux vidéos : Final Fantasy, Mario kart
Lectures : Mangas, nouvelles
Aime : Les mangas, voyager, rencontrer de nouvelles personnes, rire
N'aime pas : Les clowns, les araignées, les blessures graves
Qualités : Persévérante, gentille
Défauts : Naïve, têtue
Club : Secrétaire de BRA (Bordeaux Rollerblading Associations)
Team : Team SEBA, Pierre Qui Roule, Arcena
Meilleur souvenir : Winterclash 2010 à Berlin la finale fille la plus folle et motivante, le Gladiator III pour la performance des mecs pendant la finale pro et l'ambiance.
Pire souvenir : la rupture de mon ligament croisé au genou le 28 mars 2013
Langues parlées : Français, Anglais
Alcool ou jus de fruit ? Les deux
Plage ou montagne ? Plage l'été et montagne l'hiver
Matin ou soir ? Matin
Fromage ou dessert ? Fromageeee
Rap ou techno ? Rap
Football ou rugby ? Rugby

Palmarès

  • 2ème au classement mondial WRS 2012
  • 1ère Lausanne Street Bowl Contest - Lausanne - 2009 et 2012
  • 3ème Chaz Sands Invitationnal - Liverpool - 2010
  • 1ère Gladiator Contest - Nantes - 2010 2011 2012
  • 3ème Winterclash - Eindhoven - 2012 2013
  • 1ère FISE World - Montpellier - 2010 2011
  • 2ème Barcelona Extreme - Barcelone - 2014

Interview en texte

Manon, tu fais du roller depuis combien de temps?

Manon : Ca fait huit ans que je fais du roller. J'ai commencé à Bordeaux, ici au skatepark, avec des copains. J'ai jamais pris de cours, et je pense que c'est aussi ça qui m'a plu.

Quel âge as-tu?

J'ai 22 ans. J'ai commencé à 14 ans, j'étais au collège.

Qu'est-ce qui t'a amenée vers le street?

J'avait des copains qui en faisaient dans ma petite ville, à Carbon-Blanc, et une fois que le skatepark s'est fait ici sur les quais (ndlr: de Bordeaux), je suis venue les voir, je les ai regardés et c'est vrai que ça m'a donné envie. Et la première fois que j'ai vu une nana faire du roller, ça a été le déclic.

Qu'est-ce qu'elle faisait?

Elle faisait du street, du skatepark. C'était Aurore Costabille. Et je me suis dit: bah il y a des filles qui en font, c'est chouette!

Une autre française t'a donné la vocation...

C'est ça !

As-tu essayé autre chose que le street? La vitesse, le hockey...?

J'ai jamais essayé le hockey, enfin j'ai essayé en initiation pendant une démo. Mais sinon j'ai fait du skatecross à Lausanne cet été, et franchement c'était super marrant. C'est sympa de changer un petit peu. Mais le street, c'est quand même ce que je préfère.

Tu as l'air plus intéressée en particulier par le bowl que par le park à proprement parler?

Disons qu'on se fait moins mal dans le bowl. J'aime bien aller vite, j'aime bien slider, j'aime bien prendre de la vitesse, alors le bowl pour ça, c'est sympa. Et puis même, comme ça on se fait une session et on reste tous ensemble, parce que dans le park, on serait tous éparpillés...

Finalement ça relie un peu les gens autour d'un seul point.

Exactement. Tout le monde se regarde, ça motive, c'est sympa.

Donc maintenant, tu es classée parmi les meilleures françaises?

Oui, 3ème je crois.

Comment es-tu arrivée à ce niveau-là? Tu t'es entraînée toute seule dans ton coin, tu as trouvé un entraîneur?

En fait, quand j'ai commencé j'étais quasiment la seule fille au skatepark, et les garçons, quand ils ont vu que j'étais motivée et que je commençais à aimer ça, ils m'ont donné des petits conseils et ça m'a donné envie de continuer. Et après ils m'ont emmenée sur une compétition... Bon là, ça a été le fiasco, j'ai terminé dernière, j'arrivais à peine à monter les plans inclinés, mais c'était quand même une belle expérience. C'était à Nantes, pour le Gladiator, c'était en — je ne sais plus quelle année, c'était le 3e. J'ai fait quelques compétitions après. Je n'ai pas fait des podiums tout de suite, mais de rouler sur d'autres spots, ça m'a bien aidée, ça m'a fait apprendre des tricks et tout ça, et après quand je revenais ici, j'étais plus polyvalente... Je pense que c'est ce que je préfère dans le roller: bouger, aller faire d'autres skateparks, ou même d'autres spots, rencontrer des personnes...

Bordeaux, c'est ton lieu de pratique préféré ou tu en as un autre qui te tient particulièrement à coeur?

J'aime beaucoup le skatepark à Nantes, le Hangar. J'aime beaucoup Liverpool aussi, Rampworks. Avant j'aimais bien aussi aller à Rotterdam, ça s'appelait Skateland.

Qu'est-ce que tu leur trouves, à ces skateparks?

J'aime bien quand ils sont en bois, déjà. Quand on tombe ça fait beaucoup moins mal. Et il y a un peu de tout comme spots, parce qu'ils sont grands. Il y a un peu de street, il y a des rampes, il y a des disasters, franchement il y a plein de choses. Du coup, quand on n'a plus envie par exemple de faire de la mini, on va faire de la table, on va faire du curb, on va faire du rail, c'est ça qui est sympa.

En tant que fille, l'intégration dans le street n'a pas été trop compliqué à t'entendre?

Non ça va. Franchement ici les garçons ont été relativement gentils parce qu'ils m'ont donné plein de conseils et tout, et d'ailleurs je pense que c'est ce qui m'a motivée. Après en tant que fille, c'est pas la même vision. Les mecs, quand ils voient une fille en faire, ils sont là: Oh une nana qui fait du roller! Du coup c'est gratifiant, c'est sympa.

Tu dois être la petite copine rêvée pour la plupart d'entre eux!

Haha. Oui mais non, mon copain ne fait pas de roller! Mais franchement c'est sympa d'être une fille dans un milieu de garçons, parce qu'on a l'impression d'être un petit peu la mascotte.

Comment vois-tu le street, comme un loisir ou un sport de compétition?

Une passion, c'est surtout une passion. C'est pas vraiment la compétition qui m'intéresse. J'adore ça, rien que d'être sur des rollers, ça me fait plaisir. Quand je me suis blessée au genou il y a un an de ça, juste de remettre les rollers à mes pieds, ça m'a fait un bien fou. Je m'en rappelle, j'avais reçu mes Seba et j'ai fait le tour de ma cheminée chez moi. On aurait dit une gamine qui avait reçu un cadeau pour Noël. Ca faisait trop du bien. Rien que ça.

Quand as-tu fait tes premiers résultats?

L'année après avoir commencé la compétition. On n'était pas beaucoup, on était 3-4 dans les compétitions donc ils ouvraient des catégories. Là je faisais des petits podiums... bon, c'était sympa, quoi. On voyait qu'on réussissait un petit peu...

Il y avait qui avec toi?

Au début il y avait Mathilde Monneron, il y avait Aurore Costabille, il y avait Amandine Condroyer, il y avait Coralie Tan... Des françaises surtout, parce que je restais en France. La première compétition que j'ai faite à l'étranger, c'était à Rotterdam. Après je suis allée au Winterclash en 2010 à Berlin, et là, franchement voir des américaines et tout, ça m'a... J'ai vu Fallon, j'ai vu Jenna... c'était vraiment incroyable. Et même l'ambiance pour la compétition des filles, c'était... J'ai jamais vécu ça, c'était extraordinaire.

Combien de fois en fais-tu par semaine?

Du roller? Quand j'ai le temps — parce que maintenant entre le boulot, l'école, j'ai pas trop trop le temps, mais quand il y a un petit peu de soleil à la débauche, je viens, ça me fait tellement plaisir.

Tu travailles actuellement?

Oui, en fait je suis en école d'ingénieur et je suis en alternance. Donc je suis deux semaines à l'école, puis un mois en entreprise... Je finis en juin, là. Après j'aurai un peu plus le temps.

Quel secteur en tant qu'ingénieur?

Je suis dans les matériaux composites. Donc pour les rollers, par exemple, le carbone.

Tu vas te fabriquer tes patins bientôt?

Je ne sais pas, on verra, peut-être...

Comment est-tu devenue sponsorisée Seba?

Je connaissais Anthony depuis quelques temps, parce que j'étais montée plusieurs fois à Paris, et il savait que j'avais des problèmes avec les tailles de mes rollers parce que j'ai des tout petits pieds, je fais du 35. Et avant d'être chez Seba, mon père devait me découper mes rollers à ma taille. Il me les coupait, il me les rafistolait, il me mettait des rivets. On découpait mes chaussons et on les recousait pour qu'ils soient à ma taille. C'était un sacré boulot. Anthony savait ça, et un jour il m'a dit: Ecoute, on va faire des petites tailles, je sais que tu galères, ça me ferait plaisir que t'essaies. Et je me suis blessé le genou.
Quand ils sont sortis, il m'a envoyé une paire. Ca m'a beaucoup motivée pour reprendre le roller, je me suis dit: Je vais travailler à fond, je sais que j'ai une nouvelle paire de rollers à ma taille qui m'attend... Et je les ai mis aux pieds, je les ai essayés, ma première session, j'ai adoré. Et du coup, ça s'est fait.

La prochaine compèt pour toi?

Le Winterclash à Eindhoven.

Comment prépares-tu un événement comme ça?

J'y vais surtout pour le fun, pour rencontrer des gens, revoir les gens que j'ai pas vus depuis longtemps... Je me dis pas la semaine d'avant: Il faut que je m'entraîne à faire des tricks pour y arriver là-bas. Vraiment c'est pas du tout mon truc, je préfère juste me faire plaisir. Après c'est vrai que la compétition, tout le monde se rejoint là, c'est pour ça que c'est intéressant. C'est le rendez-vous de l'hiver...

J'ai entendu parler de la mise en place d'un team féminin?

Une tournée de projet ? Avec Priscilla, exactement, on en a parlé. Elle nous a demandé un petit peu d'aide pour faire le dossier, pour essayer d'aller démarcher des marques pour pouvoir nous aider. Puis pour essayer d'aller monter le truc pour les événements, parce qu'ici à Bordeaux, on fait le West Coast Contest, la 5e édition, et comme je fais partie de l'organisation, c'est vrai que j'ai envie de pousser cet événement, d'autant plus qu'il y ait quelque chose de spécial pour les filles.

Si j'ai bien compris, avec cette tournée qui va être soutenue par la Fédé, vous allez être présentes sur 3 ou 4 gros événements, vous allez apporter le plateau féminin, peut-être même faire des sessions la veille de l'événement?

Oui, le but c'est d'aller la veille sur l'événement, rencontrer des rideuses locales, leur donner des petits cours, leur faire des démos, leur montrer comment on fait, et j'espère leur donner envie. Comme ça l'année d'après, peut-être qu'elles seront avec nous sur la compétition?

Il y a beaucoup de filles qui pratiquent le street?

Il y en a pas beaucoup mais il y a pas mal de petites, de plus en plus, qui regardent et qui s'intéressent. Je pense qu'il y a du potentiel quand même là dedans. Et je le vois dans d'autres pays, ça se développe vraiment beaucoup. Par exemple en Amérique du Sud, il y a un nombre de filles incroyable. J'aimerais bien y aller, rien que pour les voir et pour pouvoir faire une session avec que des filles, ça serait vraiment chouette.

Au niveau de ton asso, j'ai cru comprendre que tu allais t'investir davantage dans la formation, l'encadrement?

Oui, j'ai envie de donner d'abord des cours bénévolement, et après d'essayer de passer une VAE pour pouvoir valider mes acquis et en essayant d'avoir un petit diplôme, pour pouvoir donner des cours et être un petit peu rémunérée. Même si c'est pas vraiment pour ça que je veux le faire, ça pourrait être sympa. Et comme ça, ça serait protégé.

Un petit mot sur tes sponsors? On a parlé de Seba, est-ce que tu en as d'autres?

Je suis sponsorisée par Pierre Qui Roule, le shop de Bordeaux, depuis que j'ai commencé. Ils m'ont aidée depuis le début, ça fait peut-être 6 ans que je suis chez eux. Ils m'ont toujours aidée, et c'est vrai que c'est bien d'être soutenue par un shop local.
Après il y a aussi la marque Arcena, c'est une marque de vêtements sur Montpellier. Ils sont vraiment chouettes et j'ai hâte de partir faire un petit tour avec eux.

Un petit mot à dire aux filles qui aimeraient démarrer le street?

Il faut commencer, surtout essayer, et il faut pas s'arrêter. Et il faut surtout pas avoir peur de se faire mal.

Par rapport aux protecs, un message en particulier?

Moi, j'ai toujours mis les protège-tibias, les protège-poignets et le casque, c'est très important. J'ai de plus en plus de copains qui tombent et qui se font mal à la tête, qui se font des traumas crâniens, et ça peut vraiment être grave, alors portez le casque!

Merci Manon !

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