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Le 24 October 2012 à 09:04 | mise à jour le 24 October 2012 à 18:11

Entretien avec Nicolas Belloir , président de la FFRS (2/3)

Entretien avec Nicolas Belloir , président de la FFRS (2/3)

Voici le second volet de notre entretien avec Nicolas Belloir, président de la Fédération Française de Roller Sports, avant l'Assemblée Générale Élective 2012. Il est consacré à la collaboration avec d'autres fédérations et aux problématiques des grands équipements roller...

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Le rapprochement avec les autres pratiques sportives, les grands équipements...

Y a t-il des collaborations avec d'autres pratiques sportives ou d'autres fédérations pour faciliter l'organisation d'événements sportifs en commun et accroître la visibilité du roller ? On pense notamment au marathon de Berlin jumelant roller et course à pied...

Le départ du Marathon Roller de BerlinC'est l'exemple parfait d'une autre mutualisation sur laquelle on doit travailler pour faire connaître le roller. Je suis parfaitement en phase avec cette logique là. Le meilleur exemple pour le roller est certainement le roller course qui peut se rapprocher des marathons à pied.
Je me suis rapproché du Club des Organisateurs de Marathons. C'est un club qui fonctionne très bien. Ils sont aussi en demande pour proposer d'autres produits autour du marathon à pied. L'organisation d'une course de roller ou de marche nordique revient souvent dans les conversations. J'ai notamment eu des contacts avec le marathon de la Rochelle. Le président de ce marathon cherche à développer le roller en même temps que la course à pied.
Je rappellerai d'ailleurs que c'est la position qu'a défendu la France et la Fédération Internationale de Roller pour la candidature du roller aux Jeux Olympiques, en particulier pour la course. Il n'y a pas de coût supplémentaire parce que l'on peut utiliser la logistique et les installations du marathon pour en faire un circuit de course pour le roller. Nous avons eu des échanges très concrets avec la Rochelle, ça ne se fera pas en 2012, mais probablement en 2013.

Des actions sont-elles mises en place dans ce sens au sein de la Fédération ?

La randonnée roller du Centenaire de la FFRSAujourd'hui, il n'y a pas d'actions concrètes. Il faut voir comment on peut mettre ça en place dans les années à venir. Cela sera certainement un élément de motivation pour le Comité Course lors de la prochaine olympiade mais peut être aussi au niveau fédéral un axe de communication à mettre en oeuvre pour faire reconnaître le roller.
Si l'on veut travailler pour le développement du roller, cela passe par une politique de communication ambitieuse, pas forcément de l'affichage 4x3, mais aussi s'appuyer sur des événements qui ont une vraie légitimité médiatique et sportive. Le marathon a cette caisse de résonance, il faut s'appuyer sur ces événements pour y introduire du roller. On parle du marathon roller mais on pourrait très bien installer une rampe pour faire des démonstrations de freestyle. Ce sont des échanges à aborder...

A l'instar de ce qui se fait avec Rennes sur Roulettes ?

Oui, je ne serais pas forcément objectif à parler de Rennes sur Roulettes, étant très proche de cette organisation et la connaissant parfaitement, mais il faudrait faire un grand weekend de manifestation sportive.
Les organisateurs de marathons à pied veulent en faire de grands rendez-vous sportifs dans chaque grande ville. Plutôt que d'inventer un modèle roller difficile à mettre en place sur un calendrier saturé pour les collectivités locales, cherchons des complémentarités, la cohabitation avec des événements qui ont cette reconnaissance sportive et médiatique.

Y a-t-il eu des tentatives de rapprochement avec ASO et le marathon de Paris ?

Non, mais là aussi, il faut être raisonnable, nous sommes une fédération nationale sportive de 55.000 licenciés. Si l'on commence par envisager de discuter avec ASO, dans quatre ou huit ans, si je suis encore président, on se posera la même question.
Je crois davantage à des événements sportifs qui ont fait leur preuve au niveau régional comme la Rochelle ou Lyon, Lille... Regardons du côté des grandes capitales régionales. Regardons comment adosser le roller à ces grands événements sportifs. Paris viendra en son temps quand, peut-être, on aura fait la démonstration que cela a fonctionné ailleurs...

La FFRS réfléchit-elle à la mise en place d'un événement majeur pour attirer les foules ? Un événement pour tous, on pense à la grande randonnée du centenaire à Paris par exemple ou à un événement fédérant l'ensemble des disciplines...

Je n'ai pas de projet particulier. Je ne crois pas à la capacité de la Fédération à porter un tel événement elle-même compte-tenu de notre faible surface médiatique. On peut le faire sur un rendez-vous ou davantage à se rapprochant d'événements sportifs d'autres disciplines.
On organisera, peut-être en 2014, les mondiaux de roller-hockey. C'est une des compétences de la Fédération de savoir qui organise ou pas.
Nous devions initialement organiser le mondial d'artistique en 2013, ça ne se fera pas. L'artistique traverse une période de turbulence, nous avons donc annulé l'organisation en France en 2013. Le conseil d'administration se prononcera à la fin octobre sur l'organisation du mondial de roller-hockey en 2014. D'ores et déjà en 2015, nous organiserons le mondial de rink-hockey.

Concernant les équipements, la pratique loisir se développe de plus en plus sur les voies vertes, beaucoup de patineurs se plaignent de revêtements inadaptés au roller ou sans prendre le roller en considération. De quelle façon intervient la Fédération quand un projet de voie verte est lancé au niveau départemental ou régional ?

La voie verte d'Evreux en rollerJe fais partie de ceux qui regrettent que l'on ne tienne pas compte davantage du roller. Avec la Commission Randonnée, nous avons fait remonter les informations au niveau national. Nous nous sommes appuyés sur toutes les problématiques d'accessibilité pour montrer l'intérêt de converger avec les personnes en mobilité réduite. Nous ne sommes pas suffisamment entendus. Je regrette une seule chose : que ceux qui ont des responsabilités au niveau départemental ou régional dans le roller ne s'investissent pas suffisamment dans des structures en dehors du roller que ce soit les CDOS, les sports natures...
Si nous restons confidentiels, c'est aussi parce que nous n'avons pas assez de représentants dans tout ce qui gravite autour du sport pour faire parler du roller. Il faut que chacun ait conscience que tout ne se joue pas au niveau de la Fédération. Tout ne se joue pas au niveau de l'échelle nationale pour faire bouger les lignes. Chacun au niveau local doit investir ces commissions pour représenter le roller et faire entendre sa voix. Nous n'avons pas de réprésentants dans ces commissions.

Le rapprochement avec l'AF3V va-t-il dans ce sens ?

C'est un élément qui contribue. La convention roule depuis quatre ou cinq ans, c'est très bien mais c'est au niveau national. Je me réjouis de ce rapprochement que j'ai voulu et signé, mais pour moi, il est insuffisant. Il faut qu'au niveau départemental et régional, quand un projet voit le jour, des personnes issues du roller disent "Stop ! Attention on est là ! voilà le type de revêtement qu'il faut ! ". On a souvent connaissance des projets de manière un peu tardive et il est trop tard pour revenir en arrière. Cela participe aussi de cette ouverture de la Fédération.
La Fédération ne se gère pas uniquement de Bordeaux, ceux qui pensent ainsi n'ont rien compris. Je passe plus de temps à Paris pour gérer la Fédération qu'à Bordeaux. On a un système centralisé en France qui fait que tous les échanges et les discussions avec les partenaires économiques, institutionnels et financiers, la communication, se gèrent à Paris. La Fédération se gère à Paris.
La Fédération, c'est aussi 22 régions et 95 départements, c'est au niveau de ce réseau là qu'il faut se développer. Il faut investir les réseaux de sport, de nature, le CDOS, le CROS, nous devons être présents à l'échelle régionale, locale, c'est un travail de réseau à entreprendre, nous ne sommes pas suffisamment matures à ce niveau. Bien sûr, ce sont des déplacements, des réunions, cela nous éloigne des circuits ou des gymnases pour les compétitions, mais le développement de la Fédération passe par là.

Comment avance le projet de grand équipement à Brétigny ?

Patinodrome : l'Arena de GeisingenSur ce projet là : on s'est déplacés, on suit  son évolution. Je pense qu'il y a peut-être une incompréhension : les responsables de ce projet souhaiteraient en fin de compte confier la maîtrise d'ouvrage à la Fédération. Ils ont à l'esprit que cela fonctionne avec le football ou le rugby. Et ils ont raison... Mais il ne faut pas comparer ces fédérations avec le roller. Il y a un peu une illusion de leur part de tout attendre de la Fédération. D'autant plus que les collectivités locales sur le secteur ont entendu la demande des responsables mais ont aussi d'autres projets.

Je crois qu'il faut être prudent. S'il y a des opportunités, on soutiendra et on défendra ce projet, parce qu'en France il nous manque un projet de grand équipement indoor.
Dans les années à venir, c'est une orientation sur laquelle il faudra travailler, qu'il se fasse en Île-de-France, en Loire-Atlantiques ou en Rhône-Alpes, peu importe le lieu. Ce qui m'intéresse dans les années à venir, c'est bénéficier d'un grand équipement... Mais ne misons pas tout sur un seul lieu. Le projet de Brétigny est un très beau projet, très gros. A mon avis, avec l'ensemble des collectivités, vu le foncier disponible, cela mettra énormément de temps à sortir de terre.
S'il y a des opportunités il faudra les saisir, mais encore une fois, n'attendons pas tout de la Fédération. Nous ne sommes ni le rubgy ni le football, on ne peut pas se caler sur le modèle de ces fédérations, c'est une question d'échelle.

Pensez-vous que l'on pourrait arriver sur un équipement du type de l'Arena de Geisingen en Allemagne dont l'essentiel du financement provient de fonds privés, cela impliquerait derrière que la Fédération "louerait" cet équipement ou mettrait en place une autre forme de collaboration ?

Oui, absolument, je crois à cette formule. Il y avait une option intéressante du côté de Lyon dans cette logique-là, mais le projet semble avoir été remisé. Il aurait reposé sur un partenariat public/privé où les acteurs locaux et la Fédération auraient eu leur place, avec la mise en place d'un pôle France et une ouverture au public, donc je pense que c'est un schéma qui tient la route pour les années à venir.
Il faut suivre ces projets que ce soit dans le nord, en Rhône-Alpes ou à Brétigny, la Fédération s'y impliquera à hauteur de ses moyens, pas seulement financiers, mais aussi dans sa capacité à mobiliser les acteurs institutionnels. Nous n'avons pas besoin de multiplier les équipements. Si on pouvait en avoir deux ou trois dans les dix années à venir, ce serait bien. Il y avait aussi un projet du côté de Toulouse, mais il n'a pas avancé.

Deux exemples sont frappants dans le monde : la Corée avec une cinquantaine de pistes et l'Italie avec plus d'une centaine. Comment expliquer de telles disparités avec la France ?

Cela relève du fonctionnement et des financements du sport en France. Le sport en France est financé par les collectivités locales et c'est de plus en plus compliqué pour elles. Je prends l'exemple de Pibrac : les acteurs locaux sont très motivés, ils ont fait tout le nécessaire pour couvrir la piste. On a fait toutes les démarches, on a voulu prendre rendez-vous avec les élus de l'agglomération, on a trouvé des financements, ils n'ont jamais souhaité nous recevoir. Comment voulez-vous qu'on fasse ? Comment aller plus loin ? Encore une fois, cela tient aussi à la surface sportive et médiatique de la Fédération Française de Roller Sport... Nous aurions été la Fédération Française de Football ou de Basket, nous aurions été reçus...
C'est une question de volonté politique. En matière d'équipement, cette dernière est portée par les collectivités locales. C'est une grosse différence avec l'Allemagne. La culture est également différente. Si nous voulons parvenir à nous développer, il faudra le faire sur des régions et secteurs où la volonté politique locale est forte. La maîtrise d'ouvrage ne reposera pas sur la Fédération mais sur la collectivité. C'est elle qui portera le projet.

Comment expliquer qu'il y ait près de 3000 skateparks en France, avec quelques uns à plusieurs centaines de milliers d'Euros, et que la vitesse ait tant de mal à se développer ?

Oui, je le vois bien avec ma casquette de maire adjoint. Il y a une forte pression notamment chez les plus jeunes avec les conseils municipaux de Jeunes qui ont pour projet principal d'avoir un skatepark. Et donc, les élus locaux sont à l'écoute de la population, des doléances. Ils partent donc plus facilement sur la création d'un skatepark à cent mille Euros qui va répondre à une demande du plus grand nombre, qui répond à une demande sociale, qui ne pose pas de difficulté majeure, sur un foncier qui n'est pas très gourmand...
Si vous êtes sur une logique d'équipement indoor, en terme de foncier, ce n'est plus la même chose, ni le coût financier. En réponse à la demande locale, ce n'est plus du tout de même nature. Vous êtes au minimum sur un équipement à trois millions d'Euros.Le skatepark de Rueil (92) inauguré en 2012

Le prochain volet de l'interview sera consacré à la pratique, à la communication et à l'olympisme...

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Texte : Alfathor
Relecture : Iggnorance
Photos : ReL, Pico12, droits réservés
Mis en ligne  le 24 October 2012 - Lu 1671 fois


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