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Le 16 September 2012 à 20:09 | mise à jour le 18 September 2012 à 19:28

Rphil fait tomber la barre des 600 km à Montréal

Rphil fait tomber la barre des 600 km à Montréal

Avez-vous déjà imaginé de relier Paris à Gujan-Mestras d'une seule traite en 24 Heures en roller ? C'est à peu de chose près la distance parcouru par Philippe Coussy à l'occasion des 24 Heures de Montréal avec 607 km. Rencontre...

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Rencontre...

Philippe Coussy aux 24 Heures de Montréal 2012Bonjour Rphil, Depuis maintenant plus de 3 ans, aucune épreuve de 24 heures ne semble te résister. Tu as dominé quasiment toutes les épreuves d''ultra longue distance sur lesquelles tu t'es engagé (hors abandon). Aux 24 Heures de Montréal 2012 (Canada), tu viens de passer la mythique barre des 600 km...

Tout d'abord, peux-tu nous en dire quand tu as débuté le roller ?

J'ai commencé la compétition sur la French Inline Cup en 2002 sur des épreuves de 20 à 30 km que je trouvais vraiment très courtes pour me rassasier et m’équilibrer. Pourtant, elles ont été à la base de mon niveau actuel, j’y reviendrai plus bas...

Qu'est-ce qui t'a attiré dans les courses de longue distance ?

Le format inhabituel, le challenge à relever tous les ans qui me motive pour y consacrer au moins 3 ou 4 mois intensifs consécutifs.

Sur ce genre d’épreuve, si on cherche à s’affronter soi-même on finit par "dominer" ses concurrents, surtout ceux qui cherchent la victoire comme sur un format classique. En effet, si l'on part avec l’idée d’aller le plus loin possible, on se rend compte qu’on est loin au final, parfois très loin devant. J’ai remporté toutes mes épreuves de 24 heures avec beaucoup d’avance sans vraiment m’occuper des autres sauf de leur précieuse collaboration en course.

As-tu essayé d'autres pratiques roller ?

J'ai couru sur la French In Line Cup dans la catégorie vétéran avec comme classement 3ème en V1 au final en 2004 et 2005.
J’ai eu beaucoup de mal à me motiver pour les courses de format classique en 2006 et 2007. S’il n’y avait pas eu mon appartenance à la grande équipe CDRS37 (Tours) de Gérard Hubert pour les épreuves par équipe, à l’origine de la réalisation de nos rêves par équipe (au scratch 4ème en 2006, 5ème en 2007 au Mans), le Québec par la suite avec les 24H de Montréal où Gérard nous a menés à la seconde place Elite en juillet 2007, j’aurais probablement arrêté le roller fin 2005.
Au passage, en 2005, au Mans nous avons fait 6èmeavec le Lourdes Roller Vitesse de Philipe Cabarry. Cette année là, j’ai assisté à la victoire de Pascal Fernandez en solo avec 123 tours. Pour moi, ce fut la révélation, grâce à lui la catégorie solo entrait dans une ère nouvelle, 3 ans plus tard je m’alignais en solo.

Ma route a croisée celle du CDRS37 soit, mais en parallèle celle du LOU Roller (Lyon) club au palmarès prestigieux. Leur culture roller a achevé de me former entre 2006 et 2008.

Pratiques-tu d'autres sports ?

Oui, le cyclisme et la course à pied.

En quoi consiste ta préparation pour un 24H roller ?

Tentative de record du Monde de Rphil

Il faut garder un bon maintien physique toute l’année. En automne/hiver, je me rends à mon travail à vélo ou à roller, j’habite à 10 km. 
Je fais des footings l’hiver de temps à autre, soit environ une heure par jour de sport hors saison.
Trois à quatre mois avant un grand rendez-vous, je débute la vraie préparation, et je passe peu à peu d’un jogger au mental de français moyen à celui du guerrier que les gens connaissent capable d’endurer les pires souffrances en course.
Je roule autant à vélo qu’à roller pour la caisse, si j’étais à la montagne ce serait le ski de fond à la place du vélo. Le détail des séances est assez complexe, il y a du foncier, du fractionné, du fartlek, le tout systématiquement chronométré à partir de février.

Et au niveau du matériel ?

Depuis le début je pense que le poids du patin est un ennemi, j’ai rencontré EOSkates au printemps 2008 et ils m’ont doté de 2 paires de platines 4X104 diablo avec lesquelles je roule toujours mais que j’ai modifié pour pouvoir y monter des roues de 108mm (en réalité des 110mm retaillées). Les roues en question sont des RollX de la gamme EndurX, Xbird et Xdual, ces dernières particulièrement abouties étaient sur mes patins à Montréal.

A la différence d'une épreuve classique, l'organisation de l'encadrement semble être primordiale ?

 Oui, sans Pascal Maçon du LOU Roller en 2008 et 2009 pour le Mans et le record mondial homologué de St Priest, sans Youb en 2011 au Mans, sans Daniel Sawyer mon ami québécois pour Montréal en 2009, 2011 tous très bons et psychologues, je n’aurais jamais été aussi loin.

Qu'est-ce qui fait la différence avec tes concurrents ?

RPhil au MansJe ne suis pas un extra-terrestre par conséquent ce sont plutôt leurs erreurs.

Au niveau stratégique : à force d’analyser les données récupérées par mes cardiofréquencemètres et GPS en course et aux entrainements, je pense avoir compris mieux que quiconque dans le roller, la réaction de l’organisme sur ce genre d’effort hors normes, car je termine mes courses de moins en moins marqué.

Je vois aussi les erreurs commises tous les ans par mes suivants immédiats qui finissent logiquement assez loin (de 1 à 3 heures), et aussi de grosses erreurs par les patineurs des places suivantes qui préparent pourtant l’épreuve, certaines idées ont la vie dure. Je crois que ce qui me motive le plus (en dehors du challenge) et me fait dépasser mes limites, donc réaliser des exploits, c’est le fait de voir ou sentir mes adversaires tellement sûrs d’eux qu’ils en accélèrent en course pour essayer de prendre un tour, comme sur une course de 6 heures, je laisse faire, et  ça devient jouissif lorsqu’on les retrouve à la dérive une ou deux heures plus tard, ils sont souvent victimes d’un entourage mal formé. Comptant sur la collaboration entre patineurs et l’échange je roule le plus possible en groupe, et garde mon orgueil (vilain défaut) pour la fin de course, pour les dernières heures souvent terribles, lorsque je suis seul, dans le "dark"(expression de Youb), pour lutter contre moi-même, je n’utilise pas mon orgueil pour dominer les autres, ça n’est pas noble à mon sens.

Au niveau  physiologique, grâce à mère nature j’ai le physique bien adapté avec un système digestif nickel, je digère et assimile très vite toute forme d’aliment salé et sucré dans un 24h, un pouls à 40 puls/mn au repos, un hématocrite à 50, un taux d’hémoglobine proche de 17, une capacité respiratoire supérieure à 6 litres, des jambes trop longues pour ma taille. J’ai maintes fois mesuré mon pouls à 20 pulsations par minute en dessous de ceux des autres patineurs et encore davantage dans la Dunlop, en roulant à la même vitesse. Mais ça n’est pas le hasard car je travaille beaucoup l’endurance fondamentale l’hiver en plein air, pendant que  d’autres font des efforts violents avec du fractionné, de la salle, etc... au lieu de "rééduquer"le système cardiovasculaire.

Au niveau technique le poids du patin est  certes important sur courtes distances, mais il devient primordial sur l’Ultra de même que la rigidité/rendement de la platine, c’est pour ceci que je roule avec des platines carbone EOSkates de 125gr depuis 4 ans. En ce qui concerne les roues, RollX a tellement progressé ces dernières années avec par exemple les Xdual récemment et les EndurX et Xbirds que je monte en mixage. Le chausson doit être taille basse pour privilégier le rendement.

Quel est selon toi le meilleur âge pour les épreuves de 24 Heures ?

Je dirais entre 35 et 50 ans, et même au-delà, car si on perd quelques points de VO2max (ça reste à prouver) on y gagne en sensations et expérience.

Parlons du record : depuis combien de temps le prépares-tu ?


Si on parle de la barre des 600 km en 24 heures ? En 2009 je le manque de 20 km à Montréal mais peu d’engagés solo donc pas ou peu de drafting, 2010 a été sabbatique car me suis peu entrainé et n’ai couru que le Mans sans le terminer, j’ai relancé la prépa sérieuse en 2011 avec seulement 573 km au Mans (canicule) et à Montréal 2 mois plus tard des trombes d’eau pendant 17 heures, la course a été neutralisée au bout de 21 heures et je suis certain que j’aurai déjà dépassé les 600 cette année là car Daniel mon ami Québécois était présent en assistant contrairement à cette année ou je n’avais pas vraiment d’assistance ravito (hé oui), je pense que 615/620 sont réalisables à court ou moyen terme et je m’y prépare.

A ton avis, quels patineurs ont le potentiel pour battre ce record ?

Rphil aux 24 Heures Roller

Les anciens compétiteurs de format classique (FIC et marathons épreuves qui développent la caisse) car si on vient directement sur l’ultra on n’a beaucoup moins de chance d’approcher les 600 km, on peut citer : Les élites au palmarès prestigieux à la OneEleven ou au A2A (Athens to Atlanta) ou encore aux 100 km de New-York etc  exemple Tristan Loy, Philippe Boulard, Benoit Perthuis et d’autres. Il y a également en National d’excellents patineurs qui ont un bon esprit en course, de la robustesse, du talent pour bien gérer, par exemple: Antoine Lesavre, Thibaut Dejean, Sylvain Cabotin, Erwan LeCorre, etc. L’un de ceux-là devrait faire mieux un jour.

Quel est ton prochain objectif ?

La barre des 600km au Mans 2013 qui me parait être une étape logique.

Tribune libre...

Si on parle de record il y a certes Montréal 2012 avec 607km, mais je suis toujours détenteur du vrai record homologué 100% solo avec 544.6km en septembre 2009 à Lyon-St Priest, même si je me sens capable de rouler plus vite en ce moment, j’y ai tellement souffert qu’il n’est pas question de recommencer.

Je parlais plus haut de personnages clé qui ont croisé ma route et qui m’ont aidé à construire ce palmarès, Gérard Hubert de Tours, Pascal Maçon du LOU, mais aussi Yves Lambourg du LOU qui a co-organisé avec Pascal la tentative contre le record des 24h de St Priest, Benoit Bourlier Pdt du LOU et les bénévoles du Record de 2009, Régis Calmus entraineur du PLPB Auxerre, Daniel Sawyer le Québécois et Youb pour leur assistance en course, chacun d’eux a eu son importance, il y a aussi beaucoup d’autres intervenants, bénévoles qui ont été présents. Je n'y serai arrivé à rien seul.

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Texte : Alfathor et Philippe Coussy
Photos : droits réservés 
Mis en ligne  le 16 September 2012 - Lu 3161 fois


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