-
Le 30 May 2012 à 11:41 | mise à jour le 18 June 2012 à 12:08

L'évolution du marché du roller depuis 15 ans

L'évolution du marché du roller depuis 15 ans

Après une période faste dans les années 90, le marché du roller s'est considérablement contracté ces 15 dernières années. ReL vous propose ses explications...

Mis en ligne par 

De l'âge d'or à l'âge de raison

Les années 90 ont été un âge d'or pour le roller en France, en particulier à partir des fameuses grèves de 1995 qui ont paralysé le pays pendant plusieurs semaines. Le nombre de paires vendues à cette période a avoisiné les 2 millions d'unités contre quelques dizaines de milliers au début de la décennie.

Entre 1990 et 2000, le roller possède plusieurs magazines spécialisés (Roller Saga, RollerMag, Crazy Roller et d'autres). Les grandes marques investissent dans la communication, les sponsors sont encore bien présents dans cet univers jeune et dynamique. Nombre d'entre vous se souviendront des Wanadaoo Roller, du Tatoo roller, du soutien de France Télécom à de grands événements, de Salomon organisant des compétitions de Freeskate au Trocadéro pour promouvoir ses derniers produits... Comment expliquer le déclin du marché ?

La concentration du marché du roller

Un roller HypnoLes grands fabricants d'équipement de sport se sont intéressés au roller à un moment ou à un autre. On pense a Nike qui a racheté Bauer en 1997 et l'a cédé en 2008. La firme Adidas a également possédé la firme Salomon jusqu'en 2005. Nous aurions pu faire de bonnes affaires sur l'équipement si quelques uns d'entre eux avaient prolongé leur action dans l'univers du roller !

Mais la loi du marché est implacable, le nombre de sociétés a considérablement diminué. On a dénombré près d'une cinquantaine de grandes marques de roller dans le monde au milieu des années 90, il reste une dizaine de "grosses" écuries en lice.
Les anciens du roller se souviendront avec nostalgie des marques Oxygen, Spin, Hypno (en veille), Tecnica, Rossignol, Salomon, Féline, Ultra Wheels, Mojo, Rollerderby (si si), Risport... ça ne nous rajeunit pas tout ça !
Aujourd'hui, les grandes marques phares sont surtout Fila, Rollerblade, Roces ou K2 et Powerslide. N'oublions pas le cas particulier des Grandes Surfaces Spécialisées type Décathlon qui occupent un espace important sur le marché de l'entrée de gamme grâce à un réseau de distribution de plus de 250 enseignes en France.

La concentration du marché est une chose inéluctable : quand trop d'acteurs sont présents sur un marché trop petit ou en perte de vitesse, il s'opère une sélection "naturelle", où seuls les plus solides survivent.
Dans le cas du roller, quelques exceptions viennent mettre la règle à l'épreuve. Ce ne sont pas toujours les plus stables financièrement qui sont restés en vie. On peut prendre l'exemple de Salomon : la marque a été cédée par Adidas au groupe Amer Sports Corporations courant 2005. Une des premières décisions d'Amer Sports a été d'arrêter le roller pour se concentrer sur des activités plus rentables... au grand dam de nombreux pratiques et boutiques spécialisées ! Pourtant, il semblerait que le roller était encore dans le vert à cette époque chez la firme annecéenne mais juste pas assez rentable.
Les moules de patins et des marques comme Xsjado semblent avoir été cédés à d'autres marques. Xsjado a intégré la Conference (Powerslide), les moules de roller agressif semblent avoir atterri chez Décathlon ou Roces.
De nombreuses autres marques se sont éteintes, d'autres encore ont été absorbées. On a vu Tecnica rentrer dans le giron de Rollerblade par exemple. A l'époque où Rossignol a cessé de produire des rollers, la marque iséroise appartenait à Quiksilver, qui l'a cédé en 2008 pour une bouchée de pain...

Une forte présence historique des marques de ski

Si l'on regarde bien, nombre de marques de roller sont historiquement issues du ski : Salomon, Rossignol, K2, Rollerblade (Groupe Nordica). La raison est simple : les compétences technologiques pour produire des skis ou des rollers sont assez similaires. D'autre part, une société qui réalise son business sur la saison hivernale a tout intérêt à se diversifier pour occuper la saison estivale. Le roller a donc semblé être une opportunité intéressante pour ces marques à un instant T.

Aujourd'hui, le marché du roller a reculé et nombre de commerciaux nous confessent sans difficulté que le roller est devenu la 5ème roue du carrosse tant son chiffre d'affaire ne représente que quelques pourcents en comparaison avec la mine d'or blanc des produits de sports d'hiver.

La diminution des investissements

la marque Oxygen a beaucoup innové dans les années 90On ne peut s'empêcher de penser que le fait que le roller ne soit qu'une partie infime de grands groupes freine la dynamique de recherche développement et la communication. Ces postes ont souffert de la diminution des investissements des grandes marques. On peut dégager des causes intrinsèques et des causes extrinsèques

Le marché du roller s'est développé sous l'impulsion des grandes firmes que l'on a cité précédemment comme Rollerblade, K2, Roces, Salomon... Ces marques et d'autres ont beaucoup investi dans la recherche, le développement et la communication.
A une époque où le marché était encore en progression, une part relativement importante des budgets était réinvestie et compensée par l'augmentation des ventes. A cette période, les Grandes Surfaces Spécialisées diffusaient largement les produits des grandes marques dans leurs linéaires, on trouvait même quelques modèles haut de gamme dans les rayons.

Une fois que le marché est arrivé à maturité et a commencé à stagner, les grandes marques ont dû ralentir leurs investissements, leur communication et leur sponsoring. Elles ont également été confrontée à une nouvelle concurrence de la part des Grandes Surfaces Spécialisées qui ont développé leur propres produits. Les GSS ont proposé une offre alternative en entrée de gamme, coupant ainsi les grandes marques traditionnelles de leur principale cible. La force des GSS réside dans leur réseau de distribution qui maille l'ensemble du territoire. Privées de leur principal client, les grandes marques se sont retrouvées avec le couteau sous la gorge.
A cette période, elles ont progressivement délocalisé leur production vers les pays de l'Est et l'Asie. D'ailleurs, le marché s'est temporairement développé sur place, limitant la casse.
Toujours est-il que les ventes en Europe ont chuté. à la fin des années 2000. On a d'ailleurs vu un grand nombre de magasins fermer à cette époque. Imaginez qu'il existait une douzaine de shops spécialisés à Paris !

Une autre cause plus insidieuse provient sans doute du fait que la structure même des groupes possédant des marques de roller les pousse à privilégier des marchés plus rentables ou plus volumineux que le roller.

Si l'on regarde bien 3 exemples concrets :

  • K2 est une grande marque d'outdoor très active sur les sports d'hiver
  • Rollerblade, après avoir été acheté par le groupe Benetton, a été cédé au groupe Nordica, également très présent dans l'univers de la montagne
  • La part du roller chez Fila est négligeable en comparaison avec le chiffre général par les autres activités

Toutes ces marques ont été très actives à leurs débuts en déposant de nombreux brevets. Aujourd'hui, elles semblent vivre sur leurs acquis, laissant le champ libre à des marques montantes comme Powerslide...

Quelques marques tirent leur épingle du jeu

Le Smartskate de Salomon, une des dernières innovations de la marquePowerslide une société allemande qui ne distribue QUE des produits dédiés aux sports urbains. A l'heure actuelle, d'ailleurs, l'innovation et la R&D ne sont portées que par des firmes récentes uniquement axées sur la glisse urbaine.
Après être arrivé sur le marché du roller par l'entrée de gamme voilà une dizaine d'années, Powerslide a progressivement diversifié ses activité, élargit ses gammes et amélioré la qualité de ses produits. Aujourd'hui PS distribue l'ensemble des marques de street de la Conference, s'assurant un bon portefeuille de marques renommées. Tous les segments sont couverts, du milieu au haut de gammes. Toutes les pratiques sont représentées : freeride, vitesse, slalom, hockey... et même le tout-terrain !
En 2012, Powerslide lance sa gamme Virus, preuve que l'innovation est encore possible dans le roller.

Dans la même logique, on peut également souligner la montée en puissance de Seba. La société française a élargi son offre, commençant par le Slalom, allant vers le freeride, puis le fitness et les patins enfants. Aujourd'hui, Seba soutient le circuit des World Slalom Series et travaille au développement du Skate Cross avec les WSX. Bref, la firme de Sébastien Laffargue est active et cherche à développer son marché.

A une autre échelle, EO Skates travaille depuis 10 ans à la conception de ses platines de course en carbone. Nul doute que dans quelques années elles représenteront une part importante du marché.

Une mode en remplace une autre

On ne peut parler du "déclin" relatif du roller sans aborder la question de la concurrence avec d'autres pratiques. L'arrivée des trottinettes est assez emblématique. La trottinette a également grignoté une partie du marché, en particulier chez les plus jeunes. Les enfants sont prescripteurs mais les parents sont obligés d'arbitrer dans leurs dépenses.
En cela, si la trottinette a sauvé nombre de boutiques spécialisées qui ont senti le vent tourner, le roller s'est trouvé face à un concurrent de taille depuis une dizaine d'années. Les trottinettes se sont vendues par palettes entières dans les grandes surfaces spécialisées à la fin des années 2000... au moment même ou le roller a reculé.
Désormais, on trouve des trottinettes dont les prix flirtent allègrement avec les 300 €, preuve que ce marché là arrivera également à maturité dans quelques mois. Alors, quel sera le prochain produit à faire la une des têtes de gondoles ? Le roller-derby restera une pratique de niche. Quelle pratique de masse relancera le marché du roller ? A suivre...

Liens utiles

Le roller, le golf et le rugby à 7 dans l'antichambre des Jeux Olympiques
Rachat de la marque Salomon d'Adidas par AMER Sports Corporation
Nike cède Bauer
Quiksilver vend Rossignol à un prix bradé
Quiksilver conclut la vente de Rossignol
Le marché de la glisse se professionnalise

Texte : Alfathor
Photos : droits réservés
Mis en ligne  le 30 May 2012 - Lu 14456 fois


Envie de nous rejoindre ? Contactez-nous !

PUB