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Le 15 December 2011 à 11:33 | mise à jour le 28 January 2012 à 00:35

Béton Hurlant : une exposition roller au Musée National du Sport

Béton Hurlant : une exposition roller au Musée National du Sport

L'exposition "Béton Hurlant" a ouvert ses portes le 10 décembre dernier au Ministère des Sports à Paris. Elle réunit en un même lieu 200 ans d'histoire du roller, du skateboard et du BMX. Vincent Esnault et Léa Réguer-Petit ont participé au vernissage et nous livrent leur impressions...

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Béton Hurlant : une exposition roller au Musée National du Sport

Exposition béton hurlantMercredi 7 décembre, 16h30, avenue de France à Paris. L’automne glisse nonchalamment sur la ville : il ne fait pas encore trop froid, mais déjà très gris. Le vent tourne entre de grands buildings tout neufs, les trottoirs sont humides autour de la dalle de la Bibliothèque François Mitterrand et aucun freestlyler ne semble s’être risqué sur l’esplanade. Pour voir des sports urbains, il faut pénétrer à l’intérieur du grand bâtiment moderne du Ministère des Sports...

Nous entrons par le Musée, au premier étage du Ministère des Sports, où sont exposés des objets très divers, des vélos de course du début du XXème siècle, des maillots de basketteurs des années 50... Quelques journalistes se massent autour de Marc Touché, commissaire général de l’exposition et sociologue IDHE-CNRS à l’UMR 8533 : il les fait patienter en leur expliquant le principe de l’exposition, qui tient en une grande pièce juste à côté et qui mixe trois pratiques urbaines, le BMX, le skateboard et le roller.

Christine Bernard, grande figure du roller parisien et responsable de la partie roller de l’exposition, glisse que la mise en place des vitrines s’est achevée le jour d’avant, mardi 6 décembre, à 22h30.

« Il nous a fallu deux ans pour rassembler tous les objets qui sont réunis ici » rapporte-t-elle avec un large sourire et beaucoup de fierté. Deux ans pour livrer un condensé en grandes lettres, pour rendre un « hurlant » hommage dans l’antre du Ministère à des sports que tout le monde connaît et qui sont parfois mal considérés !

Il faut également noter l'énorme travail réalisé par Serge Rodriguez grâce à ses connaissances du roller parisien. Il a notamment travaillé sur la réalisation du catalogue de l'exposition.

Au fil des vitrines

Exposition béton hurlant

L’exposition est conçue comme un résumé du matériel utilisé par les trois disciplines représentées : dans les premières vitrines, plusieurs tableaux mixent ici les roues, là les platines, ailleurs les ponts (ou trucks). On y trouve une multitude d’objets très anciens : des patins de la fin du XIXè et du début du XXème, des roues en bois et des platines en fer, mais aussi la genèse du roller en ligne avec parmi les premiers modèles de la fin des années 90 et du début des années 2000.

Parallèlement, et c’est assez rare pour être souligné, les responsables de l’exposition sont allés dégoter des extraits de films des années 50, 60 et 70 dans lesquels on utilise des rollers. Ils ont aussi voulu étaler des couvertures de la presse spécialisée des années 70 à nos jours.

« Notre but est de montrer que le roller, tout comme le BMX et le skateboard, ont une histoire : je pense que ça intéressera beaucoup les enfants et les adolescents qui viendront de voir que tout n’a pas commencé avec eux, comme ils le croient souvent, mais il y a plusieurs dizaines d’années » explique Marc Touché. « Nous avons par ailleurs voulu que cette exposition fasse ressortir les caractères urbains des différentes pratiques exposées : c’est la raison pour laquelle nous avons disposé de nombreux modules et mis quelques objets en dehors des vitrines. »

Christine Bernard nous fait visiter l’exposition avec enthousiasme, s’arrêtant sur bon nombre d’objets pour narrer quelques anecdotes. Elle est notamment parvenue à monter une vitrine dédiée aux grands champions du roller au rez-de-chaussée. Pour la partie course, elle a demandé à Arnaud Gicquel de lui prêter une combinaison, un casque et une paire de rollers.

« Mais les gants appartiennent à Matthieu Boher, parce qu’Arnaud avait perdu les siens… » murmure-t-elle. Dans plusieurs vitrines, on peut apercevoir des photos en noir et blanc sur lesquelles, évidemment, on essaie de reconnaître quelqu’un. Ce qui ressort surtout, c’est la passion des pratiquants et des spectateurs, bien lisible sur leurs visages, dans les années 50 ou 60...

On ne peut pas citer tous ceux qui ont contribué au montage de cette exposition en prêtant un ou plusieurs objets, de la FFRS qui a notamment confié un bordereau contenant les noms et les adresses de licenciés des années 41-42 aux particuliers comme Sam Nieswizski, qui possède plusieurs centaines de reliques en tous genres (voir plus loin). Ce dernier a même prêté un superbe jeu de société qui date du début du XXème siècle et que Christine Bernard a vu dans une brocante à 900 euro !

Exposition béton hurlant

Sam Nieswizski, un illustre inconnu dans les couloirs du Musée

Il traîne sa silhouette frêle devant les vitrines de l’exposition sans que personne ne vienne l’embêter. Le commissaire général de l’exposition, Zeev Gourarier ne semble pas trop le connaître, lui qui découvre avec enchantement la passion qui règne autour des sports de glisse urbaine, qu’il ne considérait pas il y a peu encore comme des sports à part entière. Alors quand Sam Nieswiski passe non loin, lui qui sait toute l’ampleur et la profondeur du roller, il faut forcément l’arrêter et lui poser des questions ! Sam pratique le roller (qu’on appelait alors le patin à roulettes) depuis 75 ans.

« J’ai commencé par le patin à glace, puis j’ai bifurqué vers le patin à roulettes à Paris » explique le vieux et respectable monsieur, auteur du cultissime Rollermania aux éditions Gallimard (1991).
« J’allais patiner l’été, notamment sur l’esplanade du Palais de Tokyo, où se retrouvaient des adultes qui passaient pour des attardés jouant un jeu d’enfants... »

Sam pratique toujours son « jeu d’enfant » et dit ne pas pouvoir s’en passer. Mais c’est surtout en tant que collectionneur qu’il est devenu célèbre. Pour rassembler une collection de plus de cinquante paires de patins (entre autres) dans sa cave, il a fouillé auprès des particuliers, dans les brocantes, partout... Il avoue continuer ses recherches « au ralenti » par manque de place.

Par ailleurs, Sam en connaît un rayon sur l’histoire du roller. Autant dire qu’il en est le pionnier et la bible vivante. « Au début, je ne trouvais rien et je me suis dirigé vers les Arts et Métiers, où j’ai fait choux blanc... C’est à l’INPI que j’ai dégoté mes premières sources, des brevets par dizaine qui m’ont permis de reconstituer l’histoire du patin à roulettes. » Au fil du dialogue, il parle de Merlin et de Petitbled comme on évoque de vieux complices.

« Merlin était un inventeur foisonnant et très célèbre : alors qu’il faisait une démonstration à Londres, on raconte qu’il aurait foncé dans une glace et l’aurait mise en morceaux ! » Dans cette exposition, il est comme un rider sur la dalle : « chaque objet est une aventure unique » explique-t-il avec une petite lumière dans les yeux. Des aventures uniques, il y en a des centaines à raconter et Sam n’a pas fini d’en parler avec amour et délice !

Exposition béton hurlant

L'exposition

Exposition « Béton hurlant »
93 avenue de France
Paris XIIIème (Ministère des Sports)
Du 10 décembre 2011 au 27 mai 2012
Tarif plein 4 euro (tarif réduit 2 euro, gratuit pour les moins de 18 ans et les premiers dimanches de chaque mois).

Organisation de l’exposition « Béton Hurlant » au Musée National du Sport :

Après trois ans de négociations et à l’initiative de  Mlle Christine BERNARD,  présidente du CDRS 75  le patin à roulettes a été présenté pour la première fois dans un musée national. Sam NIESWIZSKI, notre historien du roller, est notre plus grande mémoire sur l’histoire de notre pratique. Il avait mis à disposition toute sa collection de vieux patins, objets et documents anciens que l’on pourra trouver dans cette exposition et qui sera ouverte du 07 décembre 2011 au 27 mai 2012. Son livre Rollermania a été enfin référencé dans la bibliothèque du musée. Le sujet de l’exposition a été développé sur les sports urbains par le directeur Zeev Gourarier. Le skateboard fut abordé par Thierry Dupin, premier président skate à la ffrs et qui s’était proposé pour la scénographie et  Marc Touché chercheur au cnrs et désigné commissaire de l’exposition. Sébastien Ronjon et Alain Massabova ont travaillé sur le bmx. Le commissariat scientifique roller était composé de Sam Nieswizski, Serge Rodriguez et Christine Bernard.

Un grand merci pour toutes les heures données pour les réunions , les recherches historiques, les prêts de toutes sortes  à l’élégant Sam Nieswizski,  Serge Rodriguez,  Victor Francisco, Fabien Caron, Eric Gros, les associations et  tous les sportifs qui ont mis à disposition leurs objets. Nous n’avons pas oublié la très belle exposition de Planet Roller, dans les salons de la Mairie de Paris en 2008 « Paris, Capitale du roller », dont Claire Léonard était la commissaire et dont le travail alors effectué nous a permis d’avoir des références rollerstiques.   

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Lien vers le Musée national du sport
Lien vers le site de l’exposition Béton hurlant
Le blog de l’exposition
Le Facebook de l’exposition

Texte et photos :
Vincent Esnault et Léa Réguer-Petit
Mis en ligne  le 15 December 2011 - Lu 6467 fois


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