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Le 08 May 2013 à 12:49 | mise à jour le 30 May 2013 à 15:09

La place du roller dans les médias

La place du roller dans les médias

La reconnaissance d'un sport auprès du grand public passe irrémédiablement par une large diffusion à travers tous les canaux de diffusion possibles : radio, télévision, presse écrite, Internet. Le roller comme de nombreuses autres pratiques sportives olympiques et non olympiques cherche à se faire une place au soleil médiatique. Etat des lieux...

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La place du roller dans les médias

Un état des lieux sans équivoque concernant la télévision

Départ des 24 Heures du mans roller 2012En France, l'essentiel de l'activité sportive traitée dans les médias se concentre autour de quelques sports qui monopolisent l'essentiel du temps d'antenne et des revenus générés par les droits de retransmission.

Voici la répartition des temps d'antenne par sport sur les chaines Hertziennes  en 2004 selon la Lettre de l'Economie et du Sport du 22 avril 2005 et le CSA :

  • le football caracole logiquement en tête avec pas moins de 777 heures de diffusion 
  • soit 3 fois plus que le rugby (224 heures)
  • le tennis (190 heures)
  • le cyclisme (181 heures concentrées pour l'essentiel sur le tour de france)
  • le basket (171 jeures)
  • le golf (80 heures)
  • l'athlétisme (77 heures)
  • Les Sports automobiles hors F1 (74 heures)

Pour résumer, seuls 11 sports dépassent les 50 heures d'antenne par an sur les chaines hertziennes... et ne parlons même pas du sport féminin qui peine à trouver sa place face à l'écrasante domination masculine.

En France, le roller se limite à quelques diffusions ponctuelles, essentiellement au plan régional. On pense en particulier aux rediffusions d'événements comme Rennes sur Roulettes ou du marathon Roller de Dijon sur France 3. Les 24 Heures du Mans ont eu les honneurs du 20h00 de PPDA voilà quelques années. Le Festival International des Sports Extrêmes (FISE) de Montpellier, le plus gros rassemblement européen de sports de glisse, est passé sur BFM en 2013. Quelques séquences de la Coupe de France de marathon à Strasbourg ont été diffusées sur Télématin en 2012. Dans l'ensemble, les événements privés bénéficient d'une exposition médiatique supérieure à celle des événements plus "institutionnels".
Si l'on s'attarde sur les chaînes du câble dans le monde, on constate que le roller a perdu énormément de terrain ces dernières années. Par exemple, entre 1990 et 2000, le roller avait une place de choix sur ESPN, notamment avec une exposition importante lors des X-Games. ESPN a retiré le roller de sa programmation au profit de nouvelles disciplines plus spectaculaires et plus pourvoyeuses de sponsors.

Et dans la presse écrite ?

L'état des lieux est plus nuancé dans la presse écrite. Au plan national, l'Equipe diffuse régulièrement des informations sur le rink-hockey grâce à un bon relationnel entre un journaliste et le comité rink-hockey. Pour les autres disciplines, la diffusion est plus clairesemée. Le roller-hockey bénéficie de quelques brèves, tout comme la course.

C'est surtout au niveau local que le roller trouve sa place. La presse quotidienne régionale (PQR) est beaucoup plus riche en articles relatifs au roller. Le roller-hockey trouve un bon écho dans de nombreux journaux comme l'Union/Ardennais, Sud-Ouest ou La Dépêche, la vitesse et le rink dans Ouest-France, Le Télégramme et une mutlitudes d'autres titres. Il semblerait que les liens entre les correspondants et les clubs soient donc assez denses.

Un cas particulier dans le roller, le derby

Roller derbyDepuis 3 ans, le roller-derby est omniprésent dans les médias. Le phénomène a débuté par la presse locale, régionale puis nationale. La presse alternative s'est rapidement faite l'écho de cette nouvelle pratique mêlant style de vie, look décalé et sport.
Comme souvent avec les médias, l'effet boule de neige a fait son office. Des reportages ont commencé à circuler sur les télévision locales, puis ce fut au tour des grandes chaînes avec TF1 ou M6 qui ont présenté le roller-derby.
Pourquoi le roller-derby et pas un autre discipline ? Les réponses sont multiples et probablement incomplètes. Tout d'abord, le derby est une pratique militante, une autre image de la femme et du féminisme, il véhicule les valeurs du Do It Yourself, un look punk/destroy, un ensemble d'éléments qui offrent une accroche facile aux médias. D'ailleurs, rares sont les articles qui sont allés au fond des choses. La plupart se contentent seulement d'effleurer la surface sur ce fait social. Le derby se pratiquerait autrement qu'en roller, il aurait certainement connu un écho similaire.

Faut-il être pessimiste pour le roller ?

L'érosion des audiences de la télévision

Le tableau n'est pas totalement noir non plus. Les études récentes montrent que dans les foyers, la télévision souffre d'une désaffection croissante au profit de l'ordinateur, des tablettes numériques et des téléphones mobiles, en particulier chez les adolescents et les jeunes. Ainsi, la place d'Internet dans la diffusion de médias sportifs ne cesse de croitre.

Les réseaux de diffusion de la télévision se réorganisent

Alors que l'utilisation des réseaux hertziens s'effondre au profit de la TNT, que le satellite et le cable stagnent, l'ADSL mais surtout le téléphone mobile explosent littéralement dans les habitudes de consommation de téléspectateurs. 46 millions de personnes pourraient regarder la télévision sur leur téléphone d'ici à 2015 selon une étude de NPA Conseil et Le Monde.

La croisssance constante des vidéos sur le Web

Biographie de Taig KhrisPour vous donner un ordre d'idée de l'importance de la vidéo sur Internet, il suffit de jeter un oeil aux chiffres de Youtube, leader dans son secteur :

  • Plus de quatre milliards de vidéos sont visionnées chaque jour, soit une augmentation de 50 % par rapport à 2010.
  • Plus de 60 heures de vidéos sont mises en ligne chaque minute, soit une hausse de 37 % au cours des six derniers mois.
  • Plus de 400 millions de visionnages sur des appareils mobiles sont recensés chaque jour, soit trois fois plus que l'année précédente.
  • Youtube réunit entre 800 millions et un milliard de visiteurs chaque mois.

Autant dire que le Web est un véritable contre-pouvoir face au diktat de son "ancêtre" télévisuel. Le web a cet avantage de permettre des coûts de production plus réduits, mais surtout d'offrir des canaux de diffusion et de promotions gratuits ! N'importe qui peut créer "le buzz" avec peu de moyens et connaître une audience faramineuse grâce à la viralité de sa production.

Les sports boudés par la télévision prennent leur communication en main

Faute de temps d'antenne, de nombreux sports ont donc pris leur autonomie. Ils s'organisent pour créer eux-mêmes leurs contenus et le diffuser sur l'Internet.
Le roller en fait partie avec un nombre croissant de diffusions d'événement en live ou en différé. On pense notamment au Trophée des 3 Pistes qui investit chaque année près de 10.000 € dans sa diffusion. Plus récemment, le Final Four de rink-hockey a lui aussi mis en place un direct durant les deux jours de compétition, tout comme le Final Four de roller-hockey à la halle Carpentier.

Les compétitions majeures comme les championnats d'Europe de patinage artistique ou les championnats du monde de course ont tous leurs directs. Plusieurs télévisions ont d'ailleurs bien compris les enjeux d'être présents sur Internet. On trouve de plus en plus de sites spécialisés dans la vidéo à la demande ou pour visionner son émission préférée a posteriori.
Très tôt, le roller-derby a su mettre en place ses sites spécialisés dans la diffusion de matchs en ligne. Les plus gros sont certainement Derby News Network et Roller-Derby UK 

Quid de l'image du roller dans d'autres pays ?

Sortons un peu de l'Hexagone pour nous intéresser à la place du roller dans d'autres pays. Près de chez nous, les pays latins lui font une place bien plus importante. L'Italie, l'Espagne ou le Portugal sont friands de rink-hockey et de patinage artistique, chose impensable en France ! En Italie également, la vitesse suscite l'intérêt des grandes chaines nationales. En Amérique du Sud, le roller trouve sa place parmi les grands sports, le rink-hockey en Argentine, la vitesse en Colombie, et encore l'artistique.
Aux Pays-Bas, le roller profite de l'aspiration de son ainée sur glace pour grapiller un peu d'exposition médiatique. Le fait que de nombreux patineurs sur glace soient désormais des transfuges du roller aident à la reconnaissance de notre sport. 

Le roller a-t-il les armes pour gagner en audience ?

L'impact des "affaires" dans les sports majeurs

Le malheur des uns fera-t-il le bonheur des autres ? Peut-on espérer voir des sports entâchés par des scandales perdre leur place au soleil au profit de pratiques moins médiatiques ? Pas si sûr ! Le football a connu de nombreuses affaires de corruption ces dernières années, le cyclisme connaît le fléau du dopage depuis des décennies sans que les audiences ne s'érodent significativement. Le hand a été récemment secoué par les affaires de paris sans que l'image du sport en pâtisse vraiment.

Lancer le cercle vertueux de la médiatisation

Comme de nombreuses autres disciplines, le roller doit réussir à mettre en marche le cercle vertueux de la médiatisation : Visibilité = partenaires = moyens financiers = production d'images de qualités = diffusion d'images = partenaires...

Le Web pourrait bien permettre au roller d'émerger sur le plan médiatique. Le succès de la première publicité d'Evian avec les bébés à roulettes montre que le roller est fortement ancré dans l'insconcient collectif. La publicité met d'ailleurs régulièrement en scène des patineurs à roulettes. On peut donc dire qu'une partie du chemin est déjà parcourue.

Savoir attirer et surtout garder ses partenaires

La croissance et la reconnaissance du roller passent par une démarche de professionnalisation de notre pratique. Au début des années 2000, nous avons eu de gros sponsors, en particulier sur la Coupe du Monde des Marathon, la World Inline Cup avec Kia, Saab, et d'autres. Encore faut-il être à même de les garder en assurant des retombées médias satisfaisantes !

Avoir une démarche professionnelle

Roller et jeux olympiquesDe trop nombreuses fois, l'amateurisme dans l'organisation de compétitions internationales a fait du tort à notre pratique, un championnat du monde ne doit pas reposer sur l'improvisation comme on l'a souvent vu ces derniers années.
L'amateurisme des organisateurs est une chose, mais celui des patineurs en est une autre. Là où les skateboarders ont su voir leur pratique en tant que véritable sport, rares sont les patineurs street à avoir respecté une hygiène de sportif de haut niveau. Certains comportements expliquent pourquoi le roller n'est plus présent aux X-Games et pourquoi il recule au FISE. Les athlètes doivent être exemplaires, quelle que soit leur discipline. Il doivent être aussi à même de produire et de gérer leur image, leur carrière.

Le roller doit accentuer ses efforts de production d'images qualitatives. Fournir des vidéos de qualité aux médias facilite incontestablement leur diffusion.
Sur cette base visuelle et avec un argumentaire travaillé, un bon professionnel de la communication imprégné d'une forte culture transdisciplinaire peut aller chercher de gros partenaires. Ajoutez à ce tableau quelques champions ou personnalités charismatiques sur lesquels s'appuyer et les portes pourraient s'ouvrir davantage. A nous d'aller chercher dans nos ressources existantes pour donner au roller la place qu'il mérite.

Le roller n'est pas seul en lice

Une plus forte présence dans les médias permettrait aussi de légitimer la candidature du roller aux Jeux Olympiques. Le roller va bientôt devoir faire face à des disciplines jeunes et émergentes qui intéressent de plus en plus le CIO, pour la simple et bonne raison que les jeunes boudent les Jeux. Le CIO cherche donc une audience supplémentaire et les partenaires qui vont avec. L'arrivée du snowboard et du BMX ne sont qu'un prélude à cette ouverture. Sans véritable sponsor d'envergure internationale et malgré toutes ses qualités intrinsèques, le roller ne rentrera jamais dans le cercle olympique. L'apport de sponsors restera une condition sine qua non à l'inclusion au programme olympique.

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Texte : Alfathor 
Photos : ReL, FIRS, droits réservés
Relecture : Iggnorance 
Mis en ligne  le 08 May 2013 - Lu 6116 fois


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