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Le 12 October 2011 à 13:32 | mise à jour le 11 October 2011 à 13:35

Dernier voyage autour du monde : Bienvenue au Nigéria !

Dernier voyage autour du monde : Bienvenue au Nigéria !

Terminons notre tour d’horizon avec une délégation un peu particulière qui comptait en son sein deux patineurs qui, paraît-il, étaient très motivés et excités à l’idée de partir à l’autre bout du monde : il s’agit du Nigéria. Sauf qu’au lieu de venir à Yeosu, nos deux patineurs Nigérians sont restés à la maison, au Nigeria...

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Rencontre...

Rencontre avec le Nigéria

Christopher Ifedirora Chukwudi (en Junior) et Donald Ogochukwu Ogbukeze (en Senior) étaient inscrits et devaient participer à ces mondiaux en Corée du Sud. Hélas, seul Princewill Richard Ngbor (l’entraineur) a pu voir le Pays du Matin Calme. C’est d’ailleurs la fédération coréenne de roller sports qui a payé les frais de déplacement de Princewill, explique ce dernier.

Rencontre avec Princewill, entraineur du Nigéria, condamné à laisser ses deux jeunes coureurs à la maison

C’est Princewill lui-même qui est venu spontanément parler de son aventure, un peu extraordinaire. Nous nous sommes donc assis, sur le fameux terrain synthétique surplombant l’anneau de Yeosu pour échanger au sujet de cette délégation nigériane et du roller au Nigéria...

Princewill a engagé la discussion de la façon suivante : « there are lots of weird things », autrement dit « il y a de nombreuses choses bizarres ». Le décor était planté !

Les deux jeunes patineurs qui devaient représenter le pays le plus peuplé d’Afrique (162 millions d’habitants) avaient, d’après leur entraineur, obtenu leur visa. « Les Coréens nous ont même aidé dans nos démarches pour obtenir tous les documents et toutes les autorisations administratives en temps et en heure », explique-t-il avant de justifier leur absence en racontant que « malheureusement, s’ils n’ont pas pu venir, c’est parce que les billets d’avion étaient beaucoup trop chers pour eux, surtout pour le Senior ». Puis d’ajouter que « le jeune Junior était si déçu qu’il pleurait, de toute façon, ses parents ne voulaient pas qu’il voyage si loin »… Ils auraient appris qu’ils ne seraient pas du voyage une semaine à peine avant le début des compétitions à Yeosu. 

Finalement, il fut difficile d’extraire les principales raisons de cet empêchement de dernière minute. Etait-ce trop tabou pour aborder plus précisément le sujet ? Trop compliqué ? Toujours est-il que Princewill a poursuivi sa discussion en expliquant que si ces deux jeunes garçons avaient été retenus dans ce que l’on devrait qualifier de « sélection », c’est simplement parce qu’ils avaient déjà des passeports à leur nom. « Six garçons et deux filles auraient pu faire partie du voyage et porter les couleurs vertes et blanches du pays ». La question est de savoir s’ils auront un jour l’opportunité de participer effectivement à un mondial…

Rencontre avec le Nigéria

Un Président de fédération bien mystérieux

Après de brèves explications sur la non-participation des coureurs nigérians à ce mondial 2011, nous voici partis dans les histoires de la fédération de roller du Nigéria. « Le nom du président mentionné sur le dépliant officiel – Augustus Isioma Nweke - est le même que celui qui figure sur le site internet de la Fédération internationale (FIRS) », explique Princewill avant d’ajouter d’un air abattu que « personne ne le connait ! A cause de cet homme, il nous est impossible d’obtenir des soutiens au Nigéria, car les entreprises susceptibles de nous aider financièrement vérifient systématiquement le nom du représentant de la fédération et elles demandent toujours à rencontrer ce monsieur en personne au motif que c’est à lui de procéder aux démarches finales ». Augustus Isioma Nweke étant invisible, le roller nigérian se trouve actuellement, et ce depuis plusieurs années, dans une véritable impasse. Princewill confesse toutefois avoir rencontré Augustus une fois, en 2004. Depuis plus personne n’a jamais entendu parler de lui : « les rumeurs disent qu’il vivrait aujourd’hui à Londres » explique encore Princewill.

Sans Augustus, qui détient tous les pouvoirs dans la fédération, il est très compliqué de faire avancer les choses. Et pourtant, Princewill fait des pieds et des mains pour développer le roller dans son pays : mais comme le dit le dicton, la volonté du prince ne remplace pas le pouvoir du roi...

Pour les habitués des championnats du monde, patineurs, dirigeants, entraineurs et supporters, le visage de Princewill n’est peut-être pas inconnu. Car l’entraîneur Nigérian était à Gijon en 2008, à Haining en 2009, à Guarne en 2010, puis à Yeosu… mais toujours seul. Ses patineurs ne sont jamais du voyage !

Pour autant, Princewill se dit très investi dans sa mission de développement du roller dans son pays. Il bénéficie d’ailleurs d’une relative notoriété dans le milieu sportif au Nigeria. En effet, il était très fier d’expliquer qu’en 2009, lors d’un déplacement des représentants du Comité international olympique (CIO) à Abuja (la capitale), il était là en tant que représentant du roller, pour tenter de convaincre le CIO de permettre au roller d’accéder à l’olympisme.

Rencontre avec le Nigéria

Le roller au Nigéria

D’après Princewill, il existe une quarantaine de clubs au Nigeria. Il explique être le fondateur du premier club du pays nommé « United Gliders Skating club ». Ce dernier aurait donné naissance à toutes les autres structures organisées du pays. « En fait, les Nigérians connaissent et pratiquent le patin à roulettes, mais ils n’ont pas l’habitude d’évoluer au sein de clubs ou d’associations organisées. Alors j’essaie de les inciter à rejoindre les clubs. Le roller permet de sortir les jeunes de la rue, c’est cela qui me donne toujours envie d’avancer et de développer ce sport d’ailleurs ! » nous explique notre interlocuteur.

La pratique du roller se fait généralement sur des routes sécurisées. A Lagos par exemple, ancienne capitale et plus grande ville du pays, les patineurs peuvent s’entrainer à proximité du Stade national. Parfois, ils s’entrainent au milieu des automobilistes - ce qui est particulièrement dangereux reconnait Princewill.

Les patineurs utilisent généralement du matériel usagé de piètre qualité. Princewill affirme qu’aucun d’eux n’a des rollers de vitesse. Il aimerait tellement qu’ils puissent avoir de meilleures chaussures, des vraies roues, des platines, comme en Europe, en Amérique ou en Asie…. A ce sujet, il aimerait savoir si des patineurs ou des clubs français pourraient lui faire parvenir du matériel de vitesse dont ils ne se servent plus : un appel aux dons est donc lancé ! Pour les intéressés, WICOACH devrait pouvoir se charger de la collecte...

Rencontre avec le Nigéria

L’avenir du roller au Nigéria

A court terme, Princewill monte un gros projet. Si tout fonctionne comme il le souhaite, il devrait organiser un évènement international lors de la première semaine de décembre prochain à Lagos. L’idée serait d’inviter des champions du monde de chaque continent afin de promouvoir le roller, de mettre en lumière toute la beauté et toute la magie de ce sport. Mais ce n’est pas tout. Princewill insiste sur le fait chaque champion serait logé et nourri gratuitement, et des négociations sont en cours pour que leur transport soit également pris en charge. Affaire à suivre…

Le plus difficile au Nigeria est d’attirer des sponsors, des partenaires prêts à investir dans le roller. Le principal problème réside actuellement dans le fait que seul le football, sport national s’il en est, attire ces sponsors.

Alors revenons-en à l’essentiel, si Princewill a voulu partager avec nous son expérience du roller au Nigéria, c’est surtout dans le cadre de sa mission de démarchage auprès de toutes les délégations présentes à Yeosu, espérant collecter un maximum de matériel pour encourager encore et encore, le développement de son sport adoré au Nigéria.

Rencontre avec le Nigéria

Bref portrait de Princewill Richard Ngbor

Sur le plan professionnel

Princewill est éducateur et enseigne le roller au sein de la Green Spring International School de Lagos. Il y a quelques années encore, il était militaire dans l’armée nigériane, mais il a décidé de quitter l’armée de son plein gré après quatre ans de bons et loyaux services.

D’où vient cette passion pour le roller ?

Lorsqu’il était au lycée, son père lui a offert des quads : il s’agissait de ses premiers patins à roulettes et la sensation de glisse lui avait beaucoup plus. Quelque dix années plus tard, alors que sa première paire sombrait finalement au fond d’un placard, il est tombé nez-à-nez avec un vendeur de quads. Il devait s’acheter des vêtements ce jour-là et finalement, il revint chez lui avec une paire de patins. Depuis il ne les a plus vraiment quittés.

En 2001, avec l’arrivée et le développement d’Internet au Nigéria, Princewill a entrepris des recherches sur l’histoire du patin à roulettes et s’est pris de passion pour le sujet. Il se rendait donc fréquemment à la bibliothèque du Consulat britannique et consultait toute la documentation disponible. A partir de ce moment, raconte-t-il, il avait décidé d’exercer un métier qu’il aime : « look at your own environment if you want to do something you love. » C’est ce qu’un ami lui aurait dit lorsqu’il cherchait du travail, et ce sont à ces mots-là qu’il s’est fié pour pratiquer son métier.

A la suite de cela, il décida de créer son club, celui des United Gliders. De nombreux enfants ont été attirés par le patin et ont rejoint le club, puis d’autres clubs ont finalement vu le jour depuis.

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Texte : Léa Réguer-Petit
Photos : Léa Réguer-Petit
Mis en ligne  le 12 October 2011 - Lu 2926 fois


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