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Le 29 June 2011 à 14:35 | mise à jour le 12 September 2011 à 19:32

Rphil : un OVNI sur le circuit Bugatti

Rphil : un OVNI sur le circuit Bugatti

24 Heures du Mans roller 2011. Le loup solitaire a encore frappé. Philippe Coussy, alias RPhil sur les forums, a fait monté la barre d'un cran, une fois de plus. Le recordman du Monde des 24 Heures nous a montré ce week-end qu'il en avait encore sous le pied en faisant passer le record de l'épreuve à 137 tours, soit près de 573 km...

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Rphil entouré de son staff : Youb et Dom

Fin mai, il s'était blessé aux adducteurs à l'occasion des 6 Heures de Troyes. Bilan : 10 séances de kinésithérapie devaient être nécessaires pour le remettre d'aplomb. Il semblerait que seulement 4 ont suffit. Philippe a quand même levé un peu le pied courant mai. Il semble avoir bien récupéré vu ses performances aux 24 Heures du Mans Roller 2011...

Mise en situtation

Imaginez-vous en train de chausser les patins un samedi après-midi par plus de 30°C à l'ombre et 45°C au niveau de l'asphalte. Imaginez que pendant les 24 Heures qui vont suivre, vous n'allez pas vous arrêter de patiner, même pas pour aller aux toilettes. Imaginez que pendant les 84.600 secondes qui vont suivre, votre alimentation va se limiter à 2 sandwiches au thon, quelques barres de céréales, de la compote et des boissons énergétiques. Imaginez que vous aller parcourir une distance supérieure à un Paris - Bordeaux sur des roulettes d'un seul trait. Imaginez enfin que pendant ce trajet vous allez grimper l'équivalent de 82,2 km de côte de Dunlop et dévaler autant de descente.
Si vous êtes parvenus à vous projeter dans ce portrait, vous pourrez probablement avoir un aperçu de la performance réalisée par Philippe Coussy.

Rapide portrait

Philippe Coussy, vainqueur des 24 Heures du mans roller 2011 en solitaireLe personnage n'en est pas non plus à son coup d'essai : Recordman du monde officiel des 24 Heures en solitaire non drafté (sans aspiration) avec 578km (avec 546,6km à Lyon St Priest le 26 sept 2009), multiple vainqueur d'événements de 24 Heures à Montréal ou au Mans, Philippe Coussy n'aime pas faire les choses à moitié. Quand il se fixe un objectif, il met tout en oeuvre pour l'atteindre. Il sait aller au delà de ses limites comme peu d'entre nous sont capables de le faire, passer du côté obscur, dans le "dark" comme dirait Youb.
Son objectif actuel : être le premier patineur solo à passer la barre symbolique des 600 km... S'il n'a pas pu y parvenir au Mans ce week-end, nul doute qu'il saura trouver en lui les ressources nécessaires pour aller les chercher aux 24 Heures de Montréal dans deux mois et demi. Espérons que les américains seront là pour mettre la locomotive auxerroise en orbite !

Le Mans 2011

Assisté par Hubert Maniabal, (Youb pour les intimes), RPhil a bénéficié d'un soutien de choc. Youb est un habitué des courses d'ultra endurance, il a d'ailleurs remporté l'épreuve des 24 Heures de Calafat (Espagne) en 2010. Ajoutez à cela ses compétences en diététique sportive et cela fait forcément un atout supplémentaire dans votre jeu.

En matinée : préparation

Les qualifications sont inutiles pour les solo, il vaut mieux prendre le temps de chausser dans les meilleures conditions plutôt que de disputer un sprint d'enrtée de jeu. La plupart des solos ne participent donc pas à cette phase qui détermine votre place sur la grille.
RPhil reste donc à l'hôtel durant la matinée du samedi. Il arrivera du camping à quelques kilomètres du Mans vers 14h30. Pendant ce temps, Youb s'occupe de la logistique. Il faut récupérer les dossards le matin, installer la structure de repos à l'ouverture du paddock : fauteuil, table glacière, ravitaillement en eau...

Début des 24 Heures

Le départ se fait donc depuis le fond de la ligne droite des stands. Rphil s'est fixé comme objectif de réaliser un temps moyen de 10 min 30 par tour. Il ne faut pas s'enflammer ni se laisser emporter par l'euphorie des débuts, on a beau se dire qu'il faut rouler lentement, on a vite fait de se retrouver en 9 min 30. Il s'agit de rester calme alors que tout s'agite autour de soi.
Nombreux sont ceux qui partement comme sur un 6 Heures, pensant que l'effort est plus ou moins le même. Erreur ! C'est bel et bien la régularité de l'effort qui fait la différence au bout.

Une stratégie bien planifiée

RPhil a opté pour une stratégie sans arrêt. Le fait de s'arrêter tétanise, on a souvent du mal à repartir. Le chemin de route est bien appliqué la première après-midi. Le planning est respecté.

La qualité de l'alimentation et de l'hydratation sont tout aussi importantes que l'entraînement le jour J. Rphil boit en continue, récupérant une petite bouteille de boisson isotonique tous les 2 à 3 tours, il profite aussi du ravitaillement en bord de piste, autant dire que près d'un litre est absorbé chaque heure de jour comme de nuit ! Pour la nourriture, le salé est arrivé en fin de soirée, le samedi vers 23h00 ou minuit avec un premier sandwich au thon. Tout le reste du temps : barre de céréale, bananes, compotes, environ tous les 5 tours. RPhil a aussi une pochette sur lui qui lui sert à stocker le nécessaire.

Youb lui écrit les infos clés sur un petit papier qu'il lui passe, afin qu'il soit au courant de la marche en temps réel. Il sait combien de temps le sépare de ses adversaire, quelle durée les autres s'arrêtent, etc. Youb utilise deux chronos pour suivre RPHil et ses concurrents. Dom a son Iphone pour faire de même. Youb est tenu au courant par une assistance externe qui l’appelle toutes les 30 minutes pour lui donner les infos qui sont diffusés sur le site de Matsport. Elle lui indique la position des patineurs, les temps intermédiaires et les écarts des nombres de tours.

La course en questions/réponses

Le Ghetto du solo est resté longtemps premier. Il a tourné en 8'30 à 9 minutes au tour. Impossible qu'il tienne. Il a éclaté vers 22h00 sur une douleur au genou... Rphil est passé premier dans la nuit. Il est resté longtemps 3ème et 4ème derrière GoldJM, Rouliroula... Philippe Poirier a roulé fort, rapide durant 1h, puis s'arrêtant longtemps, perdant l'avantage gagné.
Il faut avoir une sacré caboche pour se lancer dans une stratégie sans pause. Ceux qui ont opté pour cela ont souvent craqué mentalement.

Bonjour Philippe, peux-tu nous en dire un peu plus sur ta stratégie pour cette édition ?

L'année dernière, j'avais clamé haut et fort que je ne ferai acuune pause. Résultats, mes principaux concurrents comme Tonyo avaient calqué leur course en fonction de cela. Ils ont joué le jeu par équipe. Le but était de me prendre un tour ou deux puis de gérer. J'avais été trop transparent. Cette année, j'ai laissé entendre que je ferai 3 pauses. Je ne les ai pas faites. J'ai préféré jouer le bluff pour ne pas avoir le poids de la stratégie de l'an dernier.

Comment détermines-tu l'allure à laquelle tu vas rouler ?

Je n'ai pas de vitesse et de rythme précis établi en amont de l'épreuve. Trop de paramètres entrent en jeu pour se fixer un temps et s'y tenir. Je fais d'abord quelques tours pour évaluer la situation : rythme cardiaque, sensations du moment, adversaires en présence, opportunité ou non de prendre des roues favorables. Après quelques tours, je détermine à quelle allure je vais me caler.

Le solo semble aussi se gagner grâce aux trains que l'on parvient à prendre...

Le mans, c'est une collaboration entre patineurs, je pense notamment à l'entraide entre les duos et les solos. J'ai aussi une pensée pour le duo de Chartres Roller : "Fields Riders". Ils ont un esprit formidable ! Anthony et damien... Cette année on a roulé ensemble les 4/5ème de la course.
En prenant des temps de repos, ils arrivaient à rouler à mon allure. Cela a été un gros travail collectif, je leur dois beaucoup. On s'est entraidés physiquement mais aussi moralement. On se remotivait mutuellement quand il y avait des bas au moral.

A certains moments dans la nuit, nous nous sommes retrouvés à 20 ou 25 solos et duos à rouler ensemble. Cela aurait pu devenir dangereux. Nous sommes lents dans la Dunlop mais rapide sur le reste du circuit. On tourne les mains dans le dos à 9 min 30 au tour. Dans ces instants, on est conscient d'avoir besoin de tout le monde. On s'attends donc dans la côté pour etre plus efficaces sur le reste du tracé. Même les patineurs d'un niveau modeste ont beaucoup amélioré leurs performances grâce à ce peloton, surtout durant la nuit où c'est plus dur moralementRphil dans les derniers tours du Mans 2011

Comment gère-t-on la chaleur ?

Le pire moment reste le dimanche entre 10h00 et 16h00 : le dernier tiers de la course. La chaleur revient et tu comprends qu'il fait plus chaud que la veille.  Tu n'as plus faim, il faut quand même s'alimenter. Tu n'as plus trop la lucidité de manger. Youb m'a beaucoup aidé dans ces moments là, cela a été vraiment bénéfique, il me tendait de la nourriture, je l'ingérais sans avoir faim mais je sentais que cela faisait du bien. Pareil pour l'hydratation. Il faut boire constamment, s'arroser à l'eau pure. Quand il fait chaud, tu ne peux rien avaler, juste boire, et ce n'est pas suffisant.
Les 3 premiers solos ont fait une énorme différence en nombre de kilomètres. C'est certainement qu'au niveau alimentaire, en dessous du 3ème il reste encore des progrès à faire. J'ai été plus loin qu'en 2008, je n'aurai jamais cru avec la température.

Des moments de doute ?

Non, j'ai géré l'avance des deux premiers. Je savais que ça allait passer. Je me limitais volontairement. J'étais encore frais au bout de 8 heures. Je savais qu'ils allaient s'arrêter à un moment ou à un autre pour faire un pause. Je n'en ai fait aucune. J'ai terminé marqué bien évidemment. Je me suis un peu économisé pour Montréal mais pas tant que ça...

Tes entraînements consistent en quoi ?

Je fais une ou deux sortie en semaine en roller sur longue distance (3 ou 4 h) ainsi qu'une à deux séances de fractionné en côte avec 15 min échauffement, 30 min de montée, 15 min de retour au calme.
Je pratique beaucoup le vélo, presque plus que le patinage. Je pars pour des sorties de 120 à 150 km, ça économise les genoux, les cheville tout en travaillant le foncier.

Avec quel type de roller roules-tu ?

Je suis équipé de patins Powerslide classique C6 en version Yann Guyader. Ils m'ont déjà servi pour mon record du Monde en 2009. Ils sont montés avec une platine EO Skates Carbone et des roues Rollx EndurX en 108 mm.

L'après-course

Il est quand même impressionnant de constater qu'après tant de temps dans les rollers, les pieds de Philippe Coussy soient encore en bon état. Quelques ampoules bien évidemment, mais rien de vraiment méchant, une au bout du gros orteil, et une sous la voute plantaire du pied gauche.

Premiers mots après être avoir franchi la ligne : "tenez-moi les gars !"

Le lendemain de la course, Youb et Rphil échangent au téléphone. Rphil s'est fait masser les jambes avec du baume. Il semble serein, apaisé, avec un sentiment de rêve accompli proche de l'euphorie, il plane. Pas de douleur aux adducteurs mais il va quand même passer voir le kiné en rentrant.

Philippe Coussy a remporté une grande victoire. Elle s'est forgée dans la durée, pas depuis quelques mois, mais bel et bien depuis plusieurs année. Il a su utiliser au mieux son expérience et sa force de travail à l'entraînement. Allez, Philippe, plus qu'une vingtaine de kilomètres, sans cette maudite Dunlop, et tu seras le premier patineur à passer la barre des 600 km à Montréal...

Rphil entouré de son staff : Youb et Dom

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Le blog de Rphil
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Texte : Alfathor
Merci à Youb
Photos : EO Skates, Alfathor
Mis en ligne  le 29 June 2011 - Lu 5890 fois


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