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Le 23 November 2010 à 00:00 | mise à jour le 23 November 2010 à 08:18

Christophe Audoire : de l'Allemagne à la Thaïlande

Christophe Audoire : de l'Allemagne à la Thaïlande

Le coach français « roller-globe-trotter », Christophe Audoire est à nouveau sur les routes pour apporter ses compétences aux patineurs étrangers. Il répond à nos questions depuis Guangzhou (Chine), où se déroule les Jeux d'Asie avec la première participation du Roller (Course et Artistique)...

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Les épreuves de roller des Asian Games débutent mardi 23 novembre 2010 avec le 300 m et 500 m puis le lendemain le 10 km à point...

Vous êtes de nouveau repartis sur les routes du monde pour entrainer ?

Oui, l'année dernière j'avais souhaité ne plus rester de long mois absent de France. J'ai passé beaucop de temps à l'étranger, notamment en Chine pour entrainer... mais dans l'hiver j'ai eu deux propositions : une première avec l'équipe d'Allemagne pour préparer les championnats d'Europe et Monde puis une seconde de la Thaïlande pour les Jeux d'Asie.
J'avais déjà aidé la Thaïlande à lancer la course depuis quelques années via WICOACH. Ils m'ont demandé mon aide pour mettre en place une équipe course pour les Jeux d'Asie... je n'ai pas pu refuser.
Le Challenge était intéressant avec des patineurs qui n'avaient jamais chaussé de roller de course avant le mois de mai 2010.
Alors, depuis avril, j'enchaine les voyages d'un continent à l'autre : championnat d'Asie à Taïwan avec les thaïlandais, une journée en France et 15 jours en Italie pour les championnats d'Europe début août.
A la rentrée, direction une World Inline Cup en Corée et des entrainements en Thaïlande. Ensuite direction la Colombie en octobre, un stop de deux jours en France et j'étais de retour « la tête à l'envers », en Chine avec les thaïlandais.
Mais quand on aime on ne compte pas ...

Revenons sur la saison avec les Allemands. Combien de temps à l'avance se planifie la préparation d'un championnat du Monde ?

Dès le premier stage de mars, on parlait déjà des Championnats du Monde. J'avais tout de suite posées les règles : l'important ce n'est pas d'être sélectionné en équipe nationale, c'est d'être prêt pour le niveau des courses internationales. On doit peaufiner les moindres détails techniques, longtemps à l'avance. Ces aptitudes techniques qui permettent ou pas d'exprimer les qualités physiques.
Le mental est un travail à faire surtout en compétition, même si les bases solides (persévérance, hargne, concentration...) se forgent au quotidien.
Les championnats d'Europe ne sont qu'une étape importante qui permet de voir le niveau de chaque athlète et le chemin encore à parcourir pour être au niveau mondial !

Quels sont les critères de sélection des patineurs ?

Les critères découlent de ce qui avait été présenté en début de saison : le niveau international ! Ce qui a résulté pour les championnats du Monde, à n'avoir qu'un garçon en fond et plus de filles avec l'idée de pouvoir faire récupérer les leaders en raison de l'altitude et de la fatigue possible.
Pour les courses de fond, en dehors du leader il doit y a voir une place pour un équipier, car souvent la préparation de la victoire est assuré par le bon travail de l'équipier... c'est le cas dans toutes les grandes équipes. Mais pour cela il faut deux athlètes de niveau international.

Vous avez les mêmes principes de préparation avec Arnaud Gicquel ? Tu as oeuvré dans la continuité ?

Lorsque la fédération Allemande m'a proposé de prendre en charge leur équipe, nous nous sommes concertés avec Arnaud.
Nous avons une approche similaire de la compétition et nous avons les mêmes bases et approche de l'entrainement : du travail pour réussir, être exigeant et soucieux du détail, ambitieux pour les résultats à obtenir ...et toujours se dire que rien n'est impossible !
Nous avons travaillé de nombreuses années ensemble. Il y a exactement 20 ans, cette année-là, Arnaud gagnait son premier titre de Champion d'Europe Seniors (Inzell 1990) et pour le jeune entraineur que j'étais à l'époque c'était une formidable émotion, dont j'ai toujours plaisir à me souvenir.
Je suis très heureux de voir Arnaud devenir entraineur, alors lui succéder avec l'équipe d'Allemagne n'a pas été difficile.

Quel type de préparation a été proposé aux athlètes pour s'adapter à l'altitude ?

L'altitude représentait une difficulté sérieuse pour préparer les championnats de Guarne (Colombie). Pour l'équipe Allemande, nous avions opté pour un premier temps d'adaptation à Bogota, avec 6 jours d'acclimatation ( marche et peu d'exercice) puis nous sommes progressivement montés en régime pour enfin pouvoir faire des entrainements corrects après 2 semaines. Nous avons dû augmenter les temps de récupération par rapport au niveau de la mer.
Enfin après 3 semaines, nous étions sur place à Guarne (2.100 m d'altitude) et pouvions commencer à faire des entrainements pratiquement à 100 % avant de récupérer les 3 derniers jours précédant les championnats.
Chaque personne réagit différemment à l'altitude, mais dans l'ensemble l'adaptation s'est bien passée. Avec le recul il m'a semblé avoir un petit manque d'entrainement général des athlètes pour aborder une période difficile, en fin de saison. Une préparation physique générale qui manquait en volume et en intensité à certains athlètes et qui leur a fait défaut pour les exercices les plus lactiques (résistance) et la récupération qui va avec.
Il y a avait une autre difficulté à gérer également, la longueur du séjour et la fatigue mental. C'est long 34 jours en déplacement en groupe... il a fallu faire "des pauses", des moments de respiration qui ont été mis a profit pour découvrir un peu le beau pays qu'est la Colombie.

Y a-t-il des stratégies de mises en place avant la course ?

Les stratégies de courses sont fixées selon les objectifs visés et les moyens dont on dispose pour les atteindre. Pour les courses de fond, chez les filles, une équipière à 100 % pour la leader. Sur la course à points sur route c'est ce qui permet la médaille de Bronze. Deux fois, Sabine Berg ramène Mareike Thum de l'arrière du peloton pour prendre les points. Son niveau ce jour-là ne lui permettait pas de faire plus... on visait plus haut, dommage !

L'Allemagne donne-t-elle les moyens à ses athlètes de participer aux championnats du Monde ? Sont-ils récompensés en cas de médaille d'or ?

Surprenant, mais la fédération allemande ne dispose pas d'autant d'aide budgétaire du Ministère des Sports que la Fédération Française. Seules les fédérations olympiques disposent de budgets conséquents, c'est donc aux athlètes de payer leurs déplacements et logements pour les championnats.
Il y a cependant un système de points gagnés avec les résultats de la saison qui se transforme en prime fédérale, avec en plus des aides régionales qui au total permettent de financer la saison internationale des meilleurs...
Pour les athlètes qui n'ont aucune chance de faire des résultats en Championnats d'Europe, certains refusent tout simplement la sélection, pour ne pas avancer un budget qu'ils ne retrouveront pas en subvention.

Es-tu satisfait du bilan allemand ?

Malgré un bon Championnat d'Europe, avec plusieurs titres, je suis assez déçu de la saison en générale. J'estime que la balance des victoires est négative. Il y a trop de courses perdues qui au regard du niveau et des résultats sur d'autres courses aurait du être gagnées.
Une bonne place à 100 % des potentiel d'un athlète c'est honorable et je la considère comme positive... la même place mais sans avoir utilisé tous ces moyens ne me satisfait pas. Je suis exigeant avec les athlètes les plus talentueux. On n'a pas le droit de gâcher ! J'aime bien les choses qui se méritent... Elles ont une saveur particulière !

Et maintenant vous voila à l'autre bout du monde avec les thaïlandais ...

Oui c'est très différent. le grand écart au niveau culture. Et 12 heures de décalage avec la Colombie, il y a des matins difficiles ! (rires).
Les thaïlandais sont des gens adorables, sur la combinaison est inscrit « The land of smile » et c'est vraiment le pays du sourire et de la gentillesse. Nous sommes aux Jeux d'Asie et c'est vraiment une expérience, les jeux Olympique à la taille de l'Asie avec les mêmes normes d'organisation.
Au Village des athlètes, nous sommes plus de 800 personnes de la délégation thaïlandaise. Il y a beaucoup de contraintes de sécurité et de temps de transport, mais quel joie de partager ces deux semaines avec tant de sportifs, de pays si différents.
C'est autre chose que des compétitions avec seulement notre discipline, ici c'est tous les sports et une réunion de tous les pays, pas chacun dans son hôtel.
C'est vraiment frustrant que le CIO nous refuse ce bonheur de participer aux Jeux Olympiques. Mais je ne boude pas mon plaisir d'être ici, j'ai l'espoir que c'est encore une marche supplémentaire vers notre objectif Olympique.

A quel stade de préparation en est la Thaïlande par rapport aux autres pays asiatiques et à l'Europe ?

On en est au tout début. La fédération a fait une grande journée de sélection au mois de mars, ouverte à tous les patineurs du pays. 8 patineurs dont 6 n'avait jamais chaussé de roller course sont sortis de ces « open selection ».
Pour un entraineur, c'est un formidable challenge et une belle expérience... 6 mois pour en faire des patineurs de course. On est partis des positions et geste de base, sans les patins, sur planche à patiner et a pied avec imitation du geste puis reproduit sur les rollers.
Depuis mai, Ils sont en structure permanente à Suphanburi (1h30 au dessus de Bangkok) en contrat rémunéré de type Préparation Olympique... Et avec deux entrainements quotidiens ils ont vite progressé. Sur ces bases on a pu très bien travailler. A noter qu'au mois de Juin, un jeune entraineur de Lyon, Boris Dufour est venue me remplacer, il a fait un super travail à un moment crucial de leur progression, pour acquérir les départs de sprints et le peloton.Certains avaient déjà un bon niveau de patinage comme « Jom « Jerassak Tassorn qui est d'un niveau international en roller agressif (5me des X-Games d'Asie). Il a une très grande condition physique et s'entraine depuis des années de façon sérieuse (PPG et Musculation).
Tout était de savoir si la greffe patinage course allait prendre.
Mais que de souffrance dans les chaussures en Carbone quand on est habitué aux chaussons en coque plastique... ils se sont découverts aussi de nouveaux muscles (et douleurs) insoupçonnés jusqu'à présent ! (rires)

Quelles sont les forces et les faiblesses de ces patineurs ?

Ils sont travailleurs, dur au mal, précis. Il leur manque les années d'expérience, ils découvrent tout, la piste et l'accroche en virage, le peloton et tenir sa place très proche à la même foulée que le patineur précédant... mais ils emmagasinent très vite les connaissances.
Ce sont les qualités que l'on retrouve chez tous les athlètes en Asie. Leur faiblesse est parfois un manque de créativité, en raison d'un entrainement trop stéréotypé, pas de place pour la fantaisie ou un style personnel. Les thaïlandais ne sont pas encore au niveau des patineurs chinois avec qui nous avons partagé la semaine dernière, une journée d'entrainements à Haining (sur la piste des Championnats du monde 2009). C'est un autre monde.
Pour info, le meilleur fondeur chinois envoie à l'entrainement : un 15 min 15 sec sur le 10 km les jeunes du centre national (12/17 ans) avec qui nous avons passé 15 jours abattent 2 séries de 10 fois 1000 m dans un entrainement, en 18,5 /19 sec au tour... les spécialistes comprendront.

Quels vont être leurs objectifs pour les Jeux d'Asie ?

Comme la devise Olympique, je préfère la version Internationale qui n'est pas comme on l'entend souvent en France "l'important est de participer" mais plutôt "l'important est de BIEN participer" aux compétitions. Ils vont chercher à obtenir le meilleur résultat possible à ce jour. Pas de regrets, tout donner et n'avoir que la satisfaction d'être allé à 100 % d'eux-mêmes.

Quelles sont les principales différences culturelles dans la vision de leur sport, de l'entraînement ?

Si on compare avec l'Europe, on dirait qu'ils sont « éduqués à l'ancienne ». Les jeunes ont beaucoup de respect pour les personnes qui peuvent leur enseigner quelque chose et les aider à progresser, à grandir... (enseignant, parents, toutes personnes d'expériences). Ils sont disciplinés, appliqués et ont une grande envie de réussir.
Hier, J'ai rencontré l'entraineur de l'équipe nationale Thaïlandaise de cyclisme, qui est aussi un français. Nous avons échangé quelques mots ensemble. Il me confirmait la même approche de la part de ses athlètes, habitués à peu de confort, et prêt à affronter les difficultés.
Il est si difficile de s'entrainer dans le froid et le vent quand on est habitué au confort, à la douceur d'un canapé. A méditer...
On retrouve cette même détermination à réussir dans les pays d'Asie qui dominent le roller, notamment Corée et Chine. Un entrainement poussé à 100 % du potentiel de l'athlète, à la limite de la rupture... et par conséquent si proche de la victoire au plus haut niveau.

Sont-ils récompensés en cas de médaille d'or ?

Pour les médailles obtenues au Jeux d'Asie, Les thaïlandais ont des primes qui sont environ la moitié des primes olympiques. Pour les patineurs coréens et chinois la médaille d'or est à 100.000 dollard soit prés de 80.000 euros, c'est aussi une autre grande source de motivation ...et la possibilité de s'y consacrer pleinement, avec une approche professionnelle.
Pour les patineurs thaïlandais, il leur faudra encore quelques séances d'entrainement avant de prétendre aux médailles ... le plaisir de participer aux jeux cette année est déjà une super prime.

Liens utiles

Site des Asian Games 2010
Site de Ligne Droite RollerTexte : Alfathor
Photos : Christophe Audoire
Mis en ligne  le 23 November 2010 - Lu 5311 fois


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