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Le 07 November 2010 à 00:00 | mise à jour le 02 January 2011 à 10:20

Le développement des raids et de la longue distance

Le développement des raids et de la longue distance

Alors que l'on s'interroge sur la pérennité du circuit des Marathons français (la French Inline Cup), la pratique de la longue distance et des raids semble avoir le vent en poupe. Les patineurs ont soif de kilomètres et de grands espaces, sur circuit, en ville à ville ou d'un pays à un autre. Découverte...

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Le succès et le retour du roller depuis une vingtaine d'années ne sont pas le fruit du hasard mais bel et bien la conséquence d'aspirations sociales qui ont évolué depuis les années 70. Naissance des mouvements écologistes, émergence des pratiques dites "californiennes", refus de la compétition, recherche du plaisir immédiat. Les maître-mots sont désormais la liberté et l'absence de contraintes...
La pratique des raids en roller et de la longue distance s'inscrivent dans cette logique, comme une suite logique à la renaissance du patin. On sort du carcan compétitif traditionnel pour s'attacher à d'autres valeurs favorisant l'épanouissement personnel.

L'attirance des pratiquants pour les épreuves de longue durée et d'endurance

On a constaté depuis une quinzaine d'années un allongement des distances réalisées par les patineurs loisirs. Désormais, il est fréquent de voir des groupes de roller s'élancer pour un aller-retour sur la voie verte de Givry-Cluny (88 km A/R) ou relier Besançon (France) à Fribourg (Allemagne).
Il y a encore 10 ans, les fous qui s'élançaient dans des raids sur une journée en route ouverte étaient considérés comme des phénomènes. Aujourd'hui, on ne s'étonne plus de voir des groupes loisirs traverser les Landes ou rallier un pays limitrophe. La longue distance est devenue une pratique à part entière à l'instar du cyclotourisme.

Le niveau technique des patineurs s'est amélioré

Avec la massification de la pratique du roller (près de 1,86 millions de pratiquants en France en 2001 selon l'INSEP), le niveau global des pratiquants s'est amélioré. L'image du roller a changé : il n'est plus considéré comme un simple divertissement ou un jeu mais comme un sport à part entière dans lequel on investit du temps en entraînement. Il est souvent pratiqué par d'anciens coureurs à pieds qui cherchent une alternative à un sport traumatisant, on croise aussi d'anciens cyclistes qui cherchent une activité où se dépenser. Bref, un public qui possède souvent une bonne base foncière qu'il souhaite entretenir sans pour autant se faire mal.

Les valeurs de la longue distance

Le roller d'endurance à caractère non compétitif pourrait constituer une sorte de retour à l'essence du roller des années 90. La logique de plaisir, de fun reprend le pas sur la compétition. "L'analogique" en lutte face au "digital" pour paraphraser Alain Loret (Générations Glisse, 1995).
En roller comme dans de nombreux autres sports, la compétition nécessite un entraînement astreignant qui ne suffit pas toujours pour suivre un peloton de nationaux sur une coupe de France de Marathon. La vitesse est "ingrate" car elle demande aussi un bon bagage technique pour prétendre suivre un peloton expérimenté en course. En longue distance, la nécessité de rouler vite reste relative. Le but est plutôt de tenir la distance, d'aller au bout de son périple. On se bat contre soi-même, parfois contre le chrono, on veut finir les 6 Heures ou les 24 Heures, patiner avec les amis, les équipiers. On entre davantage dans une logique de partage d'un effort collectif duquel on tire un plaisir individuel (individuation). On peut comparer cela aux dizaines de milliers de coureurs qui s'élancent sur les départs des grands marathons à pieds comme celui de New-York.
Le but : finir, remporter un défi contre soi-même, participer à une immense fête, atteindre un objectif que l'on s'est fixé que ce soit en 3, 5 ou 6 heures. Le chrono importe peu au bout du compte, ce n'est pas le but final qui est important, mais le trajet pour y parvenir et les sensations qu'il procure.

Les innovations technologiques du matériel

Dans la même logique, le matériel de longue distance a beaucoup évolué : Exit les petites roues de 80 et 84 mm, bonjour le 100 et le 110 ! Les grattons qui passaient mal auparavant s'avalent plus facilement, l'inertie des grands diamètres nous permet d'avaler les kilomètres avec plus de facilité et plus de confort.
Les nouvelles gammes de patin "vitness" ont répondu à un besoin de confort et de performance. On pense notamment au fameux Fila M100 qui a révolutionné le marché en 2003. On peut désormais rouler vite sans pour autant se détruire les pieds dans des chaussures en carbone. Le matériel ouvre de nouveaux champs des possibles.

L'écoeurement de l'inachevé

D'autres facteurs ont certainement joué dans la désaffection des compétitions traditionnelles et la croissance des "épreuves" d'endurance.
La crise a sérieusement entamé les budgets loisirs ces deux dernières années. Il n'est plus aussi simple de se permettre une dizaine de déplacements dans l'année à l'autre bout de la France. Désormais, on cherche à optimiser ses voyages, à tirer un maximum de satisfaction d'un week-end sur roulettes.
...Et investir de l'argent en déplacement pour se voir arrêter à 2 tours de l'arrivée parce que l'on a pas fini la course dans les 1h30 réglementaires a de quoi écoeurer nombre de patineurs. Imaginez vous parcourir 1.200 km depuis le sud-est de la France vers la Bretagne pour seulement 1h30 de course ! Frustration quand tu nous tiens...
La solution est donc d'avoir le sentiment "d'amortir" son déplacement... et quoi de mieux qu'une épreuve longue distance pour avoir l'impression de ne pas avoir perdu son temps ? Sur un 6 heures ou un 24 heures, on peut prendre le temps de profiter du contexte, de "communier" avec les autres participants.
Le raccourci est peut-être un peu facile, mais nul doute que nombre de patineurs ont raisonné ainsi. On peut certainement expliquer ainsi une partie du succès des 24 Heures du Mans Roller, du Challenge du Centre et d'autres épreuves de format identique. L'épreuve mancelle mêle d'ailleurs habilement pratique compétitive et festive.

Le roller aspire à sortir des villes

On peut même pousser le raisonnement plus loin. A quoi sert de prendre un véhicule si l'on peut utiliser les rollers pour aller à l'autre bout du pays ? Cette idée a chamboulé la vision traditionnelle du roller en tant que pratique purement urbaine.
Le roller nourrit pourtant une relation quasi symbiotique avec la ville, cet immense espace d'évolution, de jeu, de déplacement. On peut attribuer cela à l'urgente nécessité de disposer de revêtements en bitume lisse et en bon état. Le roller est donc né en ville mais dès ses débuts, il a rêvé de s'émanciper à l'image de ce hollandais qui roulait le long des canaux aux XVIIème siècle.
De 1981 à 1986, les "Randonneurs Fous" s'élançaient en patin traditionnel avec Marc Petit de Paris vers tous les coins de l'Hexagone : Deauville, Nice, Bordeaux, Grenoble, Biarritz... Leur nom vient du fait que ces joyeux drilles passaient vraiment pour des excentriques à s'élancer ainsi sur les routes. Le roller, à cette époque, se limitait au quad et restait considéré comme un jeu d'enfant. Leur logo : une tortue : chacun son rythme ! Souriante et chaussée d'un patin artistique et d'un patin course pour symboliser l'éclectisme des participants.
Durant l’été 1989, Pierre Surun et une bande de copains décident de partir à l'aventure. Originaires de Rennes, c'est naturellement vers l'Est qu'ils décident de tracer leur route en direction de Moscou, à 3.000 km de là. A l'époque, la Russie s'appelle encore l'URSS...
Pour résumer, on peut dire que les innovations technologiques des rollers et du matériel en général, combinées au développement des voies vertes et à une amélioration du niveau technique des patineurs ont donc favorisé le rayonnement extra-urbain. On peut désormais s'élancer sur les pistes cyclables des campagnes ou sur les véloroutes dans de bonnes conditions.

Un rayon d'action de plus en plus important

Il est intéressant de noter qu'on a d'abord vu se créer des randonnées longue distance en ville comme le tour de Paris. Par la suite, on a vu des ville à ville se mettre en place tels que les Paris-Chartres (110 km), Paris-Orléans (130 km), Paris-Chateauneuf de Planet Roller. Puis, progressivement, les distances se sont allongées, le nombre d'étapes a augmenté, un peu comme si les patineurs cherchaient progressivement à explorer les alentours de leur lieu d'origine et à gagner du territoire.
Petit à petit, l'apparition des GPS combinée à une connaissance de plus en plus poussée de la topographie des routes a permis aux patineurs longue distance de s'affranchir de leur prison dorée urbaine. Désormais, on ne pense plus les randonnées ou les raids à l'échelle d'une ville mais à l'échelle d'un pays ou d'un continent. Quelques précurseurs ont ouvert la voie au début des années 90 comme Fabrice Gropaiz avec ses traversées des Etats-Unis ou de l'Afrique. Aujourd'hui nombre de passionnés s'élancent pour réaliser un Lille-Marseille, un Rennes-Moscou, un Paris-Biarritz comme leurs prédécesseurs des années avant, mais dans de meilleures conditions...

Le développement des raids et des randos longue distance

La machine semble belle et bien en marche : si autrefois, ces ultra-distances semblaient se limiter à quelques patineurs extrêmes, aujourd'hui, on constate qu'un nombre croissant de patineur se sent capable de partir à l'aventure. Auparavant, on partait plutôt en solitaire, à deux ou à trois patineurs au maximum... pas évident de trouver des fadas prêt à enchaîner 100 à 200 km par jour pendant une semaine ou 15 jours ! Aujourd'hui, c'est un peu moins vrai et les groupes deviennent un peu plus conséquents. On constatera dans la suite de cet article que les aspirations des patineurs ne sont pas toujours les mêmes...

La longue distance touchée par le syndrome de la compétition

Ce n'est pas parce que l'on emprunte le même chemin qu'un autre que l'on cherche à atteindre le même objectif. On peut d'ailleurs définir deux profils bien distincts : le performer et l'hédoniste.
D'un côté, il existe un public de patineurs qui souhaite se dépasser, effectuer un retour sur soi à travers un effort intense. Il veut profiter du paysage mais aussi rencontrer des gens, partager un moment autour d'une table ou d'un bon verre, partager une expérience, vivre et respirer les senteurs d'un territoire. Il se place dans une logique purement hédoniste.
De l'autre, on trouve des rollers qui veulent "bouffer du kilomètre" le plus vite possible, faire "tomber du record", relier une ville à une autre dans un temps imparti quitte à se mettre dans le rouge et à semer les copains en partant seul en échappée, comme en course. On ne lève pas le nez du bitume, on enchaîne les relais avec les équipiers, les pauses sont chronométrées... vous l'aurez compris, la performance a la vie dure, même dans le raid et hors du cadre des compétitions traditionnelles.
Pour les premiers, la finalité n'est pas le but, mais bien le chemin pour l'atteindre. Pour les seconds, c'est l'inverse... on retombe sur les travers de la pratique compétitive. Ces deux publics ne peuvent pas se mélanger. Au bout du compte, ils ne pratiquent pas la même discipline. Les premiers font un sport de glisse, pas les seconds. Il faut juste bien choisir ses partenaires avant de s'élancer sur les routes qu'ils répondent à l'une ou à l'autre de ces propositions.
A moins que vous ne souhaitiez partir en solitaire. Le plus dur reste donc de trouver un partenaire de raid qui ait les mêmes aspirations que vous ! Mieux vaux être d'accord avant le départ ou les frictions seront inévitables.

Les freins au développement de la longue distance

Le paradoxe de la longue distance, c'est que même si beaucoup de personnes rêvent d'en faire, assez peu franchissent finalement le pas : crainte de rouler seul et besoin d'un groupe homogène, nécessité de disposer de temps, investissement financier, sont autant de paramètres qui peuvent freiner les ardeurs....

Les raids demandent du temps...

Alors que la sociologie contemporaine nous explique que les pratiques sportives sont sujettes au zapping sportif et à la consommation immédiate, voilà des patineurs qui veulent se hâter lentement ! Qui a déjà vu un patineur parti faire un raid à la pause déjeuner ? Hé oui, il faut du temps ! Et cela manque cruellement dans nos sociétés contemporaines qui tournent au chronomètre.
Le temps de loisir, malgré l'arrivée des 35 heures, s'est fractionné.

... et de l'argent !

On affecte également moins de moyens financiers aux vacances (mais pas aux gadgets technologiques), donc on part moins longtemps. On essaie aussi de partir plus souvent. Cela ne facilite pas la tâche d'organisateurs d'événements comme le tour de France Roller. Se libérer deux à trois semaines impliquerait de sacrifier une bonne partie de ses congés payés. Bref, les épreuves "courtes" ont encore de beaux jours devant elles ! Cela pourrait expliquer pourquoi les 6 Heures ou les 24 Heures marchent bien. Elles n'occupent finalement qu'un week-end.

Et je pars rouler seul ?

Si vous disposez de ces choses rares que sont le temps et l'argent, il vous faudra ensuite trouver un ou plusieurs partenaires de pérégrinations champêtres. Il faut qu'ils aient à peu près le même emploi du temps que vous, puisse se libérer au même moment que vous de leurs contraintes professionnelles et bénéficient d'un cercle familial compréhensif.
Vous l'aurez compris, la tâche n'est pas aisée. Si vous rentrez dans les 50% de divorcés, les 10% de chômeurs et les 2,8% de la population française qui pratique le roller, il y a des chances que vous pratiquiez un jour la longue distance !

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Photos : rollerenligne.com, Vincent Buin,
David NGuyen, Serge Rodriguez
Emmanuel Dambier et Anthony Cauchy
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Mis en ligne  le 07 November 2010 - Lu 7112 fois


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