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Le 12 September 2010 à 00:00 | mise à jour le 02 January 2011 à 10:25

Cap Schengen : 1400 km en 13 jours

Cap Schengen : 1400 km en 13 jours

Derrière les chiffres se trouve une aventure humaine authentique, celle de David Nguyen, qui réalise une performance presque involontairement. Le voyage à l'état pur est sa priorité, sans équipement de pointe, et pourtant il couvre les mêmes distances que des équipes chevronnées. RollerEnLigne a rencontré cet acteur désormais incontournable du raid en France...

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Mon coup de coeur

L'aventure de David Nguyen m'interpellait pour plusieurs raisons. Un raid Paris-Marseille, une participation aux 24h en solo, et un raid Paris-Amsterdam : nos points communs n'étaient pas ordinaires, et facilitaient la compréhension.
Je savais la route pour Amsterdam dure : la pluie, les pavés, le vent, en 6 jours, j'avais connu. Mais j'étais parti avec de sérieux atouts : équipe rodée, bon patins, camion d'assistance, tracé précis, hébergement planifié. Pourtant, sans mettre un jour de plus, David arrive à Amsterdam, seul, en ayant dormi dehors et sous la pluie, affrontant les pavés avec ses patins de hockey, cela me paraissait irréel. Mais pour enfoncer le clou, David pris le parti de faire le chemin retour de la même façon, et tout aussi rapidement, j'étais bluffé !
Rencontrer David ne fit que confirmer l'intérêt pour ce garçon qui partage ma vision épurée du roller. Une vision que je croyais disparue. Point de chaussures moulées pour lui, pas de GPS ni d'affiliation, mais une excellente maitrise du patinage, un esprit ouvert sur le monde, sur les lieux et les gens. Point d'entrainement en salle, mais une motivation qui efface les distances et les difficultés. Un globe roller !
Le pari de David était également de faire voyager ceux qui ne peuvent pas partir, dans mon cas c'est réussi!

8wd

Cap Schengen

Avant de parler d'Amsterdam, je voulais revenir sur ta participation aux 24h du Mans en solo. Tu détonnais un peu dans l'ambiance des compétiteurs affutés, non ?

Oui, mais je savais à quoi m'attendre car j'avais déjà participé en équipe. Je n'ai pas l'équipement des pros, mais l'évènement reste populaire. Ce qui a surpris mes voisins, c'est lorsque des médias se sont intéressés à moi ! (certains m'avaient suivi lors du raid Paris-Marseille). Mais mon objectif au Mans, c'était surtout de rester fidèle à ma pratique, et montrer que le solo est accessible à tous.
[Ndlr : David termine l'épreuve avec 73 tours au compteur]

Ce raid vers Amsterdam, tu l'avais en projet depuis longtemps. Pourquoi cette destination?

Amsterdam est une ville que j'adore et que je connais bien pour y avoir séjourné de nombreuses fois. Je trouve que les gens y sont cultivés et très ouverts sur le monde, les autres. S'il n'y avait pas le climat et la mer, j'aurais du mal à choisir entre Marseille et Amsterdam !

Comme pour tes précédents raids, tu pars sans assistance, un sac sur le dos, sans carte routière, sans tente, et avec des patins de hockey montés hi-low ! À aucun moment tu ne l'as regretté ?

Ah non, à aucun moment ! Au contraire, c'est un choix que j'assume pleinement et qui est nécessaire à mon projet. Avec un GPS, tu ne prends plus le temps de regarder les villages que tu traverses, de rencontrer les gens, et tu oublies même par où tu es passé. Ensuite, je ne cherche pas la performance dans mon aventure, ce n'est pas du sport, c'est ma passion du voyage que je veux vivre. S'il n'y avait aucune difficulté à parcourir ces villes, je n'en retirerais pas la même fierté.

Justement, des difficultés tu en as rencontrées avec les pavés et la pluie ! En dormant dehors et sans patins de rechange, tes pieds ont tenu le choc ?

Étonnamment oui. Pourtant quelques mois plus tôt, lors du Paris-Rennes j'avais ramassé plein d'ampoules. Il faut croire que ma peau s'est endurcie !
La pluie a compliqué les choses, quand tu dors dehors, rien ne sèche, mais surtout, les patins glissent et tu n'avances pas. Donc c'est surtout mon moral que la pluie a attaqué, et les pavés mes chevilles. L'abandon de mon partenaire - Nico - à ce moment là, m'a plongé dans un grand désarroi, ce fut très dur pour le moral.

C'était d'ailleurs la première fois que tu partais en duo. Tu ne voulais plus être seul ou Nico voulait goûter au raid ?

J'ai connu Nico à la brigade roller, lorsque j'étais dans la police, nous sommes devenus amis. De mon coté, je voulais emmener cette amitié plus loin, et partager ces 15 jours à deux. Quant à Nico, mes récits lui avaient donné envie et il était impatient de me rejoindre. Malheureusement, il s'est blessé en arrivant à Bruxelles. J'espère ne pas lui avoir imposé un rythme trop important.

Au sujet du rythme, contrastant avec un équipement rudimentaire et minimaliste, tu prévoyais d'enchainer 15 étapes de 100km ! Était-ce accessible ?

[Il hésite...] Disons que lors de mes entrainements, je réalisais 100 km dans une journée. C'est aussi ce que j'ai fait pour Paris-Marseille. Mais quand j'ai pris le départ pour Amsterdam, j'ai réalisé que tenir ce rythme pendant 15 jours serait très difficile. D'ailleurs, à partir du 7ème jour, je me suis fait discret sur mon blog, croyant ne jamais pouvoir terminer mon raid.
Finalement, cet objectif ambitieux m'a maintenu combatif, et j'ai dû ralentir pour ne pas arriver le soir du 12ème jour. Ainsi, à mon arrivée j'étais frais et pas vraiment fatigué !

Pas fatigué mais plein d'images non ? 15 jours de route seul ou presque, hors de France, cela emmène ton esprit plus loin que lors d'un Paris-Marseille ?

Oui, ça c'est sûr ! Mais ce n'est pas tant de sortir du pays, car finalement, tout ça reste l'Europe, sans frontières. C'est plus le temps passé loin du quotidien et des siens qui fait la coupure. À la fin, tu vis au jour le jour, avec la route pour seule compagnie, ton esprit est forcement plus libéré.

Sans frontières, mais avec des différences ? Voyager en Belgique ou en Hollande est-il plus facile qu'en France ?

Plus facile oui, car les aménagements sont nombreux, avec de vraies pistes, souvent plates. Le vélo fait partie de la culture des gens qui sont moins surpris de voir des voyageurs autonomes. Ceci est plus vrai encore en Hollande qu'en Belgique, mais il faut compter avec les pavés et l'interdiction de dormir dehors...

Cette interdiction concernait les voyageurs comme toi ?!

Oui malheureusement. Des excités m'ont chassé d'un premier abri bus à l'explosif (un gros pétard qui m'a rendu sourd de longues heures), puis dans un deuxième abri, c'est la police qui m'a embarqué au poste, me proposant l'amende ou la prison. Un très mauvais souvenir.

Sur tes vidéos, on te voit vraiment en galère à ce moment là...

Après Amsterdam, ma carte bleue s'est bloquée, et il me restait à peine quelques euros en poche. Pour manger, je me débrouillais avec 1 ou 2 euros, mais pour l'amende c'était impossible. J'ai eu peur que mon raid se termine ainsi. Grâce à RouliRoula, je savais qu'en Belgique on m'aiderait. C'est ainsi que j'ai rejoint Alain, sans qui je n'aurais jamais pu finir ce raid.

Presque inconnu il y a un an à peine, tu as marqué la scène longue distance en cumulant 3 raids très durs. Ressens-tu une certaine reconnaissance ?

C'est vrai que depuis mes raids, plusieurs clubs m'ont invité à les rejoindre, et il m'est plus facile d'obtenir le support des médias. Un de mes souhaits serait d'arriver à être financé pour aller encore plus loin, développer Globe Roller.
Mais le vrai changement c'est que la diffusion de mes raids m'a ouvert les portes auprès des spécialistes de la discipline. Je rencontre des personnes qui ont vécu des aventures similaires et c'est très enrichissant. Je ne me compare jamais à eux, et leur demande de ne pas le faire. Regarde Yann [ndlr : un raid Paris-Bordeaux ce même été] ce qu'il a fait est tout aussi valeureux que moi ! Il n'y a pas de hiérarchie dans les raids, pas si on la considère comme une aventure de vie.

On aimerait te souhaiter un bon repos, mais peut-être as-tu déjà des projets pour repartir ?

Comme j'ai fini le raid en douceur, dès le lendemain j'étais prêt à repartir ! Aujourd'hui ce qui me tient à coeur, c'est le tour de 3 îles que je connais bien : Maurice, La Réunion, et Mayotte. Cela représente environ 1000 km. Je souhaite amener le roller là-bas (et ma copine par la même occasion !). D'ici là peut-être d'autres petits raids en direction du Luxembourg ou du Sud Ouest... Je vous tiens au courant !

Liens utiles

Page FaceBook de Globe Rollers
Paris-Marseille : 1er raid de David
Article La Voix du Nord

Ci dessous, la vidéo du 19-45 de M6

Texte : 8wd
Photos : Globe Roller
Mis en ligne  le 12 September 2010 - Lu 2389 fois


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