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Le 12 April 2010 à 00:00 | mise à jour le 06 May 2010 à 07:07

Road Trip to Rennes (1/2)

Road Trip to Rennes (1/2)

Au départ, je pensais vous faire un article on ne peut plus classique sur Rennes sur Roulettes, mais à circonstances exceptionnelles, style exceptionnel. Je ne vais donc pas me limiter au traditionnel commentaire de course mais plutôt vous raconter ce week-end du seuil de ma porte au seuil de ma porte 36 heures plus tard...

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Ou comment perdre un week-end dans les transports

Samedi matin, 5h50. Mon réveil sonne par erreur avec 30 minutes d'avance, je ne suis pas foutu de régler un téléphone cellulaire correctement. Bien évidemment impossible de me rendormir, je fais donc les 100 tours sur moi-même avec de finalement me lever pour préparer les ultimes affaires.
Le temps de boucler les sacs et d'embrasser ma moitié, direction la gare. Impossible de petit-déjeuner à cette heure-là, le corps n'est pas réveillé. Je pars donc chargé comme une mule avec la caméra dans le dos et un énorme sac à roulettes récalcitrant à trainer. Dedans : une banderole ReL, 2.000 autocollants, quelques vêtements de rechange pour le week-end, une trousse de toilettes, quelques victuailles, et bien évidemment mon infatigable PC portable histoire de bosser le soir à l'hôtel.

Direction : la gare

Le soleil fait la grasse matinée, le veinard. Il doit y avoir 15 minutes de trajet jusqu'à la gare de Montpellier Saint-Roch. Je couvre la distance au pas de charge avec mon barda qui tangue dans tous les sens. Mon train intialement prévu pour 6h50 a bien évidemment été annulé, je ne m'en suis inquiété que la veille. Il a fallu trouver un trajet de secours. Initialement, je devais passer par Lyon pour rejoindre Rennes. J'ai malheureusement dû me résoudre à passer par Paris pour atteindre mon but. ça implique un transfert dans la fourmilière francilienne de Gare de Lyon à Montparnasse.
Je pars donc pour m'enquérir du 7h21. Le fidèle destrier bleu et gris est bien à quai, à l'heure et avalant un flot de passagers du matin portant les valises aussi bien avec leur mains que sous leurs yeux. Initialement, j'ai réservé près de 3 mois à l'avance et déniché des billets première classe moins chers que les secondes... ah, la magie des tarifs SNCF, même pas besoin de dilapider les dons des membres bienfaîteurs !
Sans complexe, je m'engouffre donc dans la première classe d'un train qui n'est pas le mien, pariant sur la bonne fortune pour trouver une place assise. Je m'enquiert d'une place vacante et je ferme les yeux histoire de terminer ma nuit.

Départ

La grosse carcasse métallique se mets en branle, à l'heure et plus chargée qu'à l'accoutumée. Je me dis que tout n'est pas perdu. Erreur de ma part ! A peine avons-nous quitté la gare que le TGV marque un premier arrêt en campagne. La voix du conducteur nous annonce que des gens traînent sur la voie et que les forces de l'ordre ont été appelées pour les évacuer. Nous voyons passer l'un des suspects quelques minutes après qui avance d'un air décidé sur le fait d'un muret attenant au balast. Notre funambule noctambule semble évoluer dans une autre dimension, pas vraiment conscient du danger ou du trouble causé aux usagers. L'abus de substances illicites ne semble pas totalement étranger à son comportement erratique. L'individu sort de nos écrans. Peu après, deux gendarmes passent en courant pour appréhender notre malotru. Il jettent brièvement un oeil sur un chien mort en train de sécher sur les voies. Après 50 minutes, notre monstre de métal inerte semble vouloir sortir de sa torpeur. Déjà près d'une heure de perdue pour un crétin en vadrouille !
Nous passons Lunel (20 km en une heure, c'est pas mal pour un TGV) pour enfin atteindre notre première halte à Nîmes. Ce qui devait arriver arriva, une personne bien intentionnée se pointe et me dévisage. Hé oui, elle revendique sa place ! Grave erreur de ma part, j'aurai dû me douter que son propriétaire arriverait à un moment ou un autre. Quand je joue à un bingo où tout le monde gagne un lot, je suis du style à récupérer l'avant-dernier. Je cède donc ma place aprement conquise à son détenteur exhibant le billet correspondant au jour, à l'heure, à la rame, au wagon et à la place sus-citée.

Paie ton confort

J'opte donc pour la solution système D : une place de fortune sur les grilles où l'on dépose les bagages. Histoire d'adoucir un peu l'aspect anguleux de ma couche, j'y dispose la housse du PC portable qui soulagera mon calvaire pendant les heures à venir.
Le train vorace continue d'avaler son déjeuner volontaire. Le couloir s'encombre à la manière du périphérique parisien à la sortie des bureaux. c'est un enchevêtrement de corps qui jalonne l'allée centrale. Je vous épargne le parcours jusqu'aux toilettes. Vessies défaillantes, préparez vous au parcours du combattant ! Les passagers atteints d'une envie pressante se lève de leur place, contemple le spectacle avec désarroi et finalement renoncent, endurant stoïquement leur pression urinaire.
La faim commence à venir, j'avale donc le sandwich préparé la veille par ma chère et tendre. Il est 9h30. La fatigue du départ se dissipe malgré un confort plutôt spartiate. Je ne suis pas le plus mal loti, les escaliers, le couloir et le sas d'entrée sont bondés. Je pose le pc portable sur mes genoux et je m'attaque au travail en retard. Je retravaille mes notes pour mettre en forme un article sur les roues RollX et je travaille sur la mise en page des news du soir, ce sera toujours ça de moins à faire à l'hôtel. Après deux bonnes heures de rafistolage rédactionnel, j'achève mes articles et je pique un somme en balance sur les bagages et mon coude. A chaque fois que le sommeil vient, je manque de perdre l'équilibre. Bref, je ne dors pas vraiment, je veille.

Correspondance... ou pas

Je sais d'ores et déjà que je vais rater ma correspondance pour Rennes. J'avais une heure de marge pour faire la transition entre Gare de Lyon et Montparnasse-Bienvenue, elle se réduit désormais à peau de chagrin. Résigné, je prend le temps d'acheter mes billets de métro. Les files sont aussi longues qu'à l'ANPE. Chacun prend son mal en patience. Je suis assez étonné de l'humeur qui règne... pas si exécrable, presque décontractée. Je suis en train d'attendre mon tour pour acheter le précieux sésame et j'aperçois un ami montpelliérain. Partez en vacances à la Réunion, vous y croiserez vos voisins ! Il est en fait venu pour participer au marathon de Paris qui a lieu le lendemain. Ils seront près de 40.000 à prendre le départ. Autre sport, autre échelle...
Le billet pris, je file vers la ligne 14 et son ballet de portes automatisées. Bien agréable pour rejoindre Chatelet d'une seule traite. Il reste alors 7 stations jusqu'à Montparnasse par la ligne 4. Je me souviens maintenant pourquoi j'ai quitté la capitale sans regrets : ses métros pleins à craquer, ses visages fermés, les odeurs d'urines et de sueur, l'absence de lumière de ce réseau souterrains sont totalement déprimants vus de Montpellier (j'entends déjà les parisiens grogner à l'énoncé de ce panorama...)
Montparnasse est en vue. Je devais prendre le train de 12h00 mais je l'ai raté de 10 minutes à cause de l'heure de retard contractée au départ de Montpellier. Il faut attendre donc 14h00 et prendre son mal en patience avant la prochaine rame à destination de Rennes. Une place se libère miraculeusement sur un banc. Je m'y affale à côté d'une vieille dame affable. Nous discutons un moment, tuant le temps comme nous le pouvons. Elle se rend à Toulouse dans sa famille. En face de nous, une jeune fille griffonne des visages au pastel. Chacun sa manière d'attendre son train.

Direction Rennes

La voie 24 s'affiche enfin à côté du train à destination de Rennes. Une espèce de sprint s'engage avec les passagers alentours à la conquête de LA place assise. J'arrive en bonne position en survitesse après avoir pris quelques aspirations au passage, je m'engouffre en première et jette mon dévolu sur un siège seul. Ce coup-ci, personne ne viendra me déranger. J'ai quand même un peu de chance. Les gens s'entassent autour mais l'atmosphère est étrangement sereine. Je suis à côté d'un vaste espace sans siège. Une famille s'y installe avec quelques enfants. Le papa ouvre son mac et lance une séance de cinéma improvisée pour les petits. Ce sera Bambi. Le jeune public est calme, les parents sont détendus. On croirait presque que tout ce petit monde ne voyage pas à l'arrache. Les enfants alentours viennent s'ajouter aux spectateurs, on se croirait presque à la garderie.

Enfin !

Je m'assoupis, les gares défilent : Le Mans, Laval, et enfin Rennes. Il est 16h30. Je suis parti depuis plus de 10h de la maison. Je devais initialement arriver vers 13h00. J'apprendrai plus tard que les nimois partis en voiture n'ont mis "que" 8 heures. SNCF : "à nous de vous faire préférer le train" qu'ils disaient !
Gros avantage, l'hôtel et l'événement sont à quelques centaines de mètres. Je traverse la place de la gare, je franchis consciencieusement les passages piétons en pavés si caractéristiques du centre-ville de Rennes et je me dirige vers le Kyriad où l'organisation nous a réservé une chambre. Je récupère la clé et je monte au 3ème déposer ma tonne de bagage. A peine arrivé qu'il faut enquiller. Je rassemble les autocollants, la banderoles et les lots fournis par ReL pour les emmener sur l'événement. Je descends la rue en direction de l'esplanade de Gaulle qui se dévoile rapidement sous mes yeux, toute chapeautée du blanc des chapitaux. La sono donne déjà de la voix, les animations street battent leur plein. J'ai mes vieilles habitudes à Rennes, cela doit faire au moins 8 ans que je viens chaque année. J'entre sans hésiter sous la tente "partenaires" pour déposer mes affaires et préparer le matériel. Romain est déjà sur place depuis deux heures, il a déjà fait quelques images et pris la température. En parlant de température, on peut dire que pour une fois nous sommes en veine. Le soleil tape comme en plein été, ce qui reste assez rare pour les éditions de Rennes sur Roulettes. On a tout connu les années précédentes niveau climat : averses, grêle, tempête... le meilleur comme le pire ! Le vainqueur du lendemain s'amusera d'ailleurs à faire l'éternel jeu de mot : "Rain sur roulettes".

Action !

Caméra au poing, nous nous dirigeons vers l'aire de street du FISE Experience avec Romain. Les gars nous connaissent ou nous reconnaissent, ça fait plaisir de les revoir. Il y en a certains que l'on a pas vu depuis plus d'un an. Le premier à nous gratifier de son large sourire est Romain Godenaire. Chaque fois que je le revois, je pense au minot de 6 ou 7 ans qui faisait des transferts de la big rampe vers les vagues à Vitry-sur-Seine du temps de feu "RPA" (Roller Parc Avenue). Romain a bien grandi et il envoie toujours du lourd. Roman Abrate, Warren Digne, Taylor Latouche, Aktarus (Patrick Sutnen), Alfano et d'autres sont là pour faire le show pour l'association RSC.
Nous allons rester avec eux pendant l'heure qui vient pour faire quelques images sur le park. Les mecs envoient du lourd ! Romain Godenaire gratifie le public de flatspin 720, Taylor essaie de se caler sur le sommet du wall, Alfano se satellise et plaque un 1280 au dessus de la table avec ou sans spectateurs cobaye en dessous. Le show se termine, nous faisons une rapide interview de Romain Godenaire et Aktarus avant repartir nous poser à l'hôtel.

Un peu de repos

Nous voilà enfin posés dans la chambre. J'en profite pour prendre une douche, ce n'est pas du luxe après une journée dans les transports. Romain me montre la nouvelle interface d'administration du nouveau Rollerenligne.com qui devrait voir le jour d'ici la fin de l'année, ça ne rigole pas, on rentre dans la cour des grands. Je lui suggère quelques ajouts et modifications, nous discutons des améliorations à apporter au site, ça promet !
Il est déjà 18h58. Nous avons rendez-vous à 20h00 au restaurant "Le Café noir" avec d'autres membres de l'équipe. Pierre Labaune et sa femme Charlotte sont déjà là quand nous entrons. Là encore, nous avons nos habitudes. Le Café Noir est un des points de chute des athlètes la veille de la course, très cosmopolite. Nous filons vers le fond du restaurant pour prendre place. Il y a encore assez peu de monde à cette heure. La tablée la plus proche de la nôtre accueille déjà Pascal Briand, Sarah Back, Jean-Stéphane Sierra et plusieurs autres convives. Je trouve cependant qu'il y a moins d'athlètes que les années précédentes. L'organisation nous a annoncé 18 élites en 2010 contre 45 en 2009, la crise a vraiment fait du mal à la WIC (avec peut-être quelques autres facteurs).
Nous sommes donc 5 à manger ensemble : Romain Rollin, Pierre et Charlotte, Daniel (TouTouseul) et votre narrateur. Je pensais avoir Yann Guyader et Cecilia Baena avec nous, mais Yann a une fâcheuse tendance à ne jamais allumer son cellulaire. On les croisera le lendemain.

Ces illustres inconnus

Commence alors une soirée comme on aime les passer, entre amis à se raconter nos histoires, avec Pierre Labaune (8WD), Charlotte (sa femme), Romain Rollin (Diablo) et moi-même. Le roi de la soirée reste quand même Toutouseul. Le personnage mérite le détour. Certains d'entre vous le connaissent peut-être déjà pour l'avoir vu aux 24 Heures du Mans roller en 2009. Il s'agit de cet énergumène déguisé en dalmatien qui s'est engagé en solo. Croyez le ou non, il a bel et bien terminé dans le top 10 avec son déguisement.
Daniel, c'est ça, un bonhomme grisonnant qui ne se prend pas au sérieux et qui est capable de vous monter 4 fois le Ventoux dans la journée avec un biclou de 20 kg. Il a beau vous expliquer que c'est une question de rythme et que ce n'est pas la mer à boire, vous imaginez la tronche des gars en vélo tout carbone et combinaison fluo qui passent à côté du loustic en lui jetant un regard de dédain. Les mecs, si vous saviez ce que notre Toutouseul est capable d'avaler, vous en feriez une indigestion ! Daniel appartient au cortège des illustres inconnus du sport en tant que loisirs poussé à l'extrême, de ceux qui ne font pas un effort pour le chronomètre mais pour le plaisir qu'ils retirent de leur pratique. Pour eux, la ligne d'arrivée n'est pas le but ni une fin en soi. Ils trouvent leur plaisir dans la concrétisation de défis qu'ils se lancent : 4 Ventoux, 6 Izoards, un Brest/Menton d'une traite, un Dunkerque/Perpignan pour le fun, etc. Bref, une soirée de partage d'anecdotes et de rire vraiment agréable.

Retour à l'hôtel

Nous rentrons à l'hôtel suivis par nos compagnons du diner. Nous nous réfugions dans le hall où nous croisons Kevin Quintin. Le multiple champion du Monde de roller-soccer et légende du bowl de Marseille se retrouve entre collègue avec notre pierrot national qui arbore fièrement son t-shirt de l'AMSCAS.
Nous commençons à discuter avec Kévin, à propos du bowl, à propos du roller-soccer. J'accroche sur son histoire, je trouve le personnage vraiment posé et pertinent dans ses propos. Je lui demande s'il a quelques minutes à nous consacrer pour une interview. Je monte les escaliers 4 à 4 jusqu'à la chambre pour récupérer la caméra et recueillir son précieux témoignage. C'est l'occasion ou jamais. Nous voilà partis pour pour 13 minutes d'interview. Tout l'auditoire est pendu à ses lèvres. Je remercie Kévin chaleureusement. Tout le monde aurait bien fini la soirée avec un Ricard ou un Pastis, mais le bar sous nos yeux n'est plus accessible. Tout le petit monde se quitte, il est proche de minuit.
Nous montons à la chambre avec Romain. Le temps de poser les affaires, nous attaquons le montage et la mise en ligne de deux des trois interviews que nous avons réalisées aujourd'hui : Romain Godenaire et Aktarus. A 2 heures du matin, nous renonçons à monter celle de Kévin, ce sera pour le lendemain matin, à 8h00, avant les courses...

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Texte : Alfathor
Photos : Rollerenligne.com
Mis en ligne  le 12 April 2010 - Lu 1308 fois


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