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Le 05 March 2010 à 00:00 | mise à jour le 10 August 2015 à 23:07

Christophe Audoire de retour de l'Empire du Milieu

Christophe Audoire de retour de l'Empire du Milieu

Le journal Ouest-France a récemment consacré un article au voyage de Christophe Audoire dans "l'empire du Milieu". Le français, ancien entraîneur du team Salomon, a entraîné l'équipe chinoise de roller course et l'a menée au plus haut niveau. Retour sur son expérience chinoise...

Article par 

Bilan

Bonjour Christophe, comment s'est déroulée la saison passée avec les chinois ?

Christophe, Nathalie et Marvin

Ce fut une expérience extraordinaire avec beaucoup d'émotions, sur le plan sportif et personnel. J'étais complètement immergé dans la culture chinoise à Suzhou dans une petite ville de seulement 2 millions d'habitants  (rires) !

Depuis combien de temps travailles-tu avec les patineurs chinois ?

Depuis 3 saisons. Avec les responsables de la fédération Chinoise, nous nous sommes rencontrés sur une Coupe du monde World Inline Cup à Suzhou [NDLR : Christophe est aussi directeur de course de la WIC]. Ils m'ont proposé de mettre en place leur centre national d'entrainement. Comme j'avais créé et développé celui de Nantes avec la Fédération Française de Roller-Skating, nous avons mis en place à Suzhou un centre adapté à la Chine.

La première année de notre collaboration, nous sommes allés aux championnats du monde en Colombie (2007) avec seulement 3 athlètes. En 2008, j'ai passé près de 6 mois en Chine et l'année dernière 7 mois avec les championnats du monde à Haining. Salle d'entraînement

Comment fonctionne l'entrainement en Chine ?

Les athlètes sont recrutés très jeunes et viennent de toute la Chine.

J'ai perçu progressivement les différences entre les chinois du nord (frontières avec la Mongolie) et ceux de la côte sud. Ils sont hébergés à l'année au centre d'entrainement, en chambre de 3 à 4 avec la cantine et le cuisinier attitré pour les athlètes. Un centre comme Suzhou comprend près de 10 personnes entre l'encadrement et le personnel administratif nécessaire pour le faire fonctionner.

Les athlètes sont considérés comme professionnels. Les jeunes signent comme un contrat d'apprentissage et les seniors un contrat pro avec un salaire fixe et des primes de résultats. Aucun athlète ne suit vraiment d'études.

Coté entrainement, ils souhaitaient se calquer sur les centres Olympiques (de gymnastique) avec plus de 42 Heures par semaine.

La journée étant rythmé par 3 entrainements:

  • 6h30 – 7h30 : avant le petit déjeuner
  • 9h00 – 12h00
  • 15h00 - 18h00

Je les ai mis aux 35 heures ! (rires) en ne conservant que 2 créneaux quotidiens plus adaptés à l'intensité des efforts de notre sport. Et le dimanche repos syndical.

Selon la saison et la météo qui est difficile de Juin à Septembre, ils ont pratiqué le roller sur piste et sur route. Ils ont aussi fait de la musculation, de la pliométrie, du vélo home-trainer et des séances type course car ils manquent de beaucoup d'expérience de course. Avec les clubs voisins nous avons organisé des journées de regroupement pour faire des courses d'entrainement.
Des centres régionaux autour de gros clubs privés se mettent aussi en place notamment à Shenzhen et Haining.

Ce qui n'a pas été sans difficultés...

Une chambre du centre d'entraînement
Effectivement, l'arrivée de ces nouveaux centres a bouleversé un peu le fonctionnement car ils ont littéralement « acheté » des coureurs malgré le désaccord de la fédération. La Vice-championne du monde Guo Dan, qui avait pris une 2ème place aux 3 pistes en a fait les frais. Elle a signé un meilleur contrat avec Shenzhen alors qu'il lui restait encore un an de contrat avec Suzhou. Elle s'est retrouvée exclue des championnats nationaux et des sélections... pour les championnats du monde. J'ai plaidé longuement sa cause auprès de la fédération, c'était notre meilleure chance pour un titre mondial. Les instances de Pékin au plus haut niveau sont restées inflexibles.

Et la vie d'un Français en Chine ?

J'ai eu un formidable accueil, avec un grand appartement dans le quartier moderne à coté de la piste. Avec un supermarché « Carrefour » et quelques petits magasins de quartier « chinois bien sûr », Suzhou est très agréable à vivre. C'est à la fois une ville historique et culturelle, la Venise de la chine, comme l'a décrit Marco Polo mais aussi une ville ultra moderne à 45 min de TGV de Shanghai...
J'ai découvert la culture chinoise, son mode vie et de pensée. C'est un pays fascinant et en pleine évolution.
Coté langue, tout se faisait en anglais. J'avais en permanence un traducteur avec moi qui traduisait en Chinois.
Nous sommes aussi allés au championnat national sur route dans le nord, près de la frontière avec la Mongolie, au milieu d'un grand désert très différent de la côte sud. J'ai également fait quelques escapades à Pékin (la cité interdite, la grande muraille) , Xi'an (et sa fameuse armée de terres cuite).

Le point fort de la saison 2009 a été, on l'imagine, les championnats du Monde en Chine ?

Oui évidemment, sitôt passé la déception de ne pas participer aux jeux mondiaux... pour des raisons propres à la chine et ses relations avec Taïwan.

L'équipe nationale s'est mise en place et a investi les lieux des la fin août. Nous avions fait un accord pour partager la piste et les entrainements avec l'équipe coréenne. Ce furent 2 semaines fabuleuses et très instructives pour tous le monde, avec la meilleure équipe au monde actuellement. Je connaissais bien l'entraineur Coréen pour avoir encadré des stages avec lui en Corée ces dernières années. C'est un entraineur très exigeant, très précis, avec des athlètes d'une puissance phénoménale, volontaires et déterminés... un grand moment !

Enfin, pour en revenir aux championnats, nous avons aligné une équipe au complet de 8 juniors et 8 seniors. Les résultats ont été bons avec une vingtaine de places dans les 10 premiers dont six 4ème place, au pied du podium ! Avec une peu plus d'expérience c'était des médailles...

Nous avons rempli notre contrat car aux vues des résultats de Gijon 2009, top 6 était l'objectif général de l'équipe.
Après leur toute première médaille aux championnats du monde l'année passée, un 1er titre de champion du monde avec les juniors filles est venu clôturer le championnat en beauté.

Comment s'est obtenu ce premier titre ?

J'ai cru revivre l'aventure extraordinaire du triplé juniors filles de 1997 lorsque j'étais entraineur de l'équipe de France.

Pour une arrivée de marathon, je procède toujours de la même façon, surtout avec des juniors : une longue préparation sur le terrain, un repérage de l'arrivée en voiture, puis ensemble sur les patins... pour prendre des points de repères visuels.

Je leur avais donné pour consigne de rester dans la roue jusqu'au panneau des 200 mètres et que toutes les grosses équipes allait « s'affoler » dès qu'elles apercevraient l'arche d'arrivée (A près de 800 mètres)... et s'exploser. Il n'y aurait plus qu'à les « cueillir ». La première chose qu'elles m'ont dites à l'arrivée

« Merci coach c'était comme dans un rêve... tout s'est passé comme prévu au sprint.. presque facile ! »

Une grande leçon à retenir aussi, la deuxième patineuse, Lili Sha, est tombée dès le début de course avec une autre chinoise. Elle a pensé à abandonner mais en serrant les dents elle est revenue... et elle a été bien récompensé de son courage. Ne jamais abandonner !

Si la troisième chinoise (Xue Chu Mia - 5ème du 10 km sur piste) était revenue elle aurait surement complété le podium... pour un beau triplé !

Alors pour la saison 2010 partant à nouveau pour la Chine?

Pas vraiment. Après discussion en famille, j'ai annoncé à la fédération que je ne souhaitais pas revenir pour une si longue période en Chine et qu'il était temps pour les entraineurs chinois de prendre la suite. La porte est ouverte pour les médailles, ils sont lancés au niveau international... A l'avenir il faudra compter sur eux.
Et eux savent qu'ils peuvent toujours compter sur moi pour les assister, à travers des stages de formation d'entraineur ou un rôle de consultant.
Je garde un souvenir très fort de ces moments passés avec tous les patineurs chinois. Quel que soit le pays, « coacher », c'est toujours avant tout une grande aventure humaine, alors la Chine aura été un moment très fort de ma carrière d'entraineur.
J'ai reçu plusieurs demandes pour encadrer d'autres équipes... J'aime les challenges, alors en route pour de nouvelles aventures A suivre !

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Article de Ouest-France consacré à Christophe Audoire et à la Chine
Site de Ligne-Droite-Roller
Site de World Inline Coach
Christophe Audoire, entraîneur de la Chine

Texte : Christophe Audoire
Photos : Christophe Audoire
Mis en ligne  le 05 March 2010 - Lu 3704 fois


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