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Le 20 August 2009 à 00:00 | mise à jour le 21 August 2009 à 09:01

Mans 2009 : en duo avec Roulez Rose

Mans 2009 : en duo avec Roulez Rose

Rollerenligne.com vous propose de revivre les 24 Heures du Mans Rollers 2009 du duo Arnaud Modica (cuzco) et Benoit Monie (ben), deux toulousains de l'association Roulez Rose. Les deux patineurs ont roulé en faveur de l'association Laurette Fugain...

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"Et si on le faisait en duo ?!"

"Ca va être terrible, vous aurez mal partout, vous serez saturés de tout, de boire, de manger, mal aux pieds, mal au dos..."
On est en novembre 2008, et on vient de dire à Jean-Stéphane Sierra que l'on se lance dans les 24h du Mans en duo. Dès lors, on ne pourra pas dire que l'on n'a pas été prévenus !
Tout était parti d'une discussion à la veille de la Traversée des Landes (raid de 220 km en deux jours, mai 2008). Lancé un peu comme un défi : après 3 participations aux 24h rollers avec une équipe de Roulez Rose (20e en 2007), nous retrouvons, Benoit et moi, sur l'envie de se lancer un nouveau défi ; La nouvelle catégorie Duo arrive à point. Arrivés au roller il n'y a que quelques années, nous avons peu d'expérience en longue endurance, et aucune spécifique au roller. Il va donc falloir y aller avec prudence et réalisme quant à notre niveau.

Plan d'entrainement de 8 mois

Notre plan d'entraînement s'est déroulé d'Octobre 2008 à Juin 2009 ; Il se composait d'entraînements roller (2 fois par semaine) avec Roulez Rose, de sorties longues roller ou VTT le week-end (notamment sur le Canal du Midi) et de course à pied.
Deux temps forts ponctueront ce programme : un semi marathon (c-à-p) en avril et un Bike ‘n' Run (21 Km) début mars ; ce dernier sera bénéfique, parce qu'en partie raté : partis sur des relais trop longs (10 min), nous avons ajusté en course de course, mais c'était trop tard, refroidis, nous n'avions plus de jus pour relancer. Une leçon que nous retiendrons en abordant les 24h rollers.

Logistique et équipement

Nous roulons tous les deux avec des C4 de Powerslide, montés sur une platine core XXX, équipée de roues Decimeter 100mm de Roll'X. Des Fila M90, équipés de Roues Hyper Mach 2 (100mm) en patins de secours.
Côté logistique, après 6 participations, Roulez Rose est rodée : 3 kinés (un diplômé , 2 étudiants), 2 tables de massage, micro-ondes, glacières électriques, matelas et chaises longues... Installés dans un « box particulier », un couloir nous isolant de la chaleur et du bruit, nous avions 15m2 pour nous deux et nos deux accompagnateurs !
Arrivés la veille en car avec nos 45 co-équipiers de Roulez Rose, nous avons pu profiter d'une bonne nuit à l'hôtel.

Ils étaient à nos côtés

Dr Christian Bourbon, spécialiste du sommeil et de la gestion de la vigilance
Tout le mois d'Avril, nous avons rempli un agenda d'éveil pour le Dr Bourbon : chaque jour, nous notions heures de lever et de coucher, somnolences, bâillements et pics de forme. De cet agenda, le Dr Bourbon déterminera nos rythmes veille-sommeil et nos périodes d'hypo et hyper vigilance. Ainsi il sera possible d'optimiser les moments de "roulage" et les moments de récupération.

Pierre, interne en médecine. Il travaille sous la direction du Dr Bourbon sur une thèse sur la relation entre performance et éveil. Il sera présent à nos côtés au Mans : installé dans notre box, il fera des relevés de données : à chaque relais, il nous fait remplir un questionnaire sur l'était de forme et de performance ressentis, et le temps pour entrer pleinement dans notre effort. Ces données seront couplées à nos chronos, température et poids, alimentation et hydratation.
C'est lui également qui nous fera appliquer le programme de récupération, élaboré avec le Dr Bourbon : siestes (15 min maxi), sommeil flash (3 min) relaxation-sophrologie ou séance kiné, nous n'avions plus qu'à nous laisser guidés à notre arrivée au stand.Matthieu
Coéquipier de Roulez Rose, il a participé 3 fois aux 24h roller, il sera notre accompagnateur de choc : produits frais achetés le samedi matin, chronos, gestion des relais, talkies chargés, bidons remplis, visserie vérifiée, classements intermédiaires, photos, il pensait à tout !

LA COURSE

16h00-20h00 : Départ prudent

Nous partons sur des relais de 3 tours. Nous tournons entre 9 et 10 min au tour. Il fait chaud, et des trains assez longs ,surtout de solos- se forment. Plus que le chrono, c'est le cardio que nous regardons : 70/75% de FCM, c'est la limite que l'on ne veut pas dépasser pour tenir.

20h00-22h00 : relais d'une heure

Un relais long d'une heure chacun. Prévu d'abord vers 19h, il est décalé en raison de la chaleur : 6 tours chacun, qui accompagnent la baisse de température et la tombée de la nuit.
Nous ne regardons pas du tout le classement. Nous apprendrons après la course que nous avons pris un départ très prudent (trop ?) vue notre 18e place à 6h de course... Mais un 24h se joue sur la longueur !
L'option de course que nous avons choisie (des relais courts 30/35 min) exclue toute vrai période d'endormissement. Pour compenser l'absente totale de sommeil, nous avons établi, avec les conseils du Dr Bourbon, un protocole de récupération : à partir de 22h00, et jusqu'à 10h00, chaque retour au stand commencera par une séance de 15 min de relaxation / sieste. Allongé sur le matelas, masque sur les yeux et lecteur mp3 sur les oreilles diffusant une séance de sophrologie réalisée par Benoit. Ces séances ne dépasseront jamais 15 min. (Pierre, l'interne, tient le chrono !) pour ne pas entrer dans la première phase de sommeil lent profond.

22h00-1h00 : l'entente cordiale

Nous enchaînons les tours avec le duo Froggy & Rosbif : Deux d'entre nous roulent plus vite, mais nous nous attendons mutuellement, c'est dans notre intérêt à tous les quatre d'aborder la nuit en bonne coopération. Et ça marche plutôt bien !
Les séances de relaxation commencent à porter leur fruit : somnolences et baisses de vigilance , que nous traquons- n'apparaissent pas alors que nous approchons des 12h de course, et que les relais s'enchaînent dans la nuit et la température qui tombent.
Nous n'avons pas voulu nous focaliser sur les classements intermédiaires en ce début de course, car ils peuvent s'avérer peu révélateurs. C'est peu dire : 18èmes en début de course, 13èmes à l'entrée de la nuit, à 1h du matin nous entrons dans le top 10.
Plus tard, en détaillant les chronos des duos, nous nous rendrons compte que 5 duos subiront dans la période qui arrive des avaries ou abandons : tous étaient alors dans le top 15...
Avec le recul, on pense que ce qui nous a permis de tenir a été un départ modéré (nos temps moyens, 10' pour Arnaud et 10'40 pour Ben correspondent aux chronos du 90ème relais sur 138) ; Ainsi que des relais courts : en effet, alors que les Froggy & Rosbif se passent le relais tous les 9 tours, nous continuons toute la nuit sur notre rythme de 3 tours. Avantage de cette option : déchausser souvent, et bénéficier de massages fréquents (les 3 kinés de RR se relayeront toute la nuit) et ainsi anticiper toute douleur ou échauffement. On peut se permettre aussi de garder un rythme tenu, et s'alimenter hors piste. Inconvénient : des temps de repos réduits, mais gérables dans une option « aucun sommeil » et avec nos séances de sophro.

1h00-5h00 : Tenir la nuit

La fin de la nuit a été difficile, il fait froid (13°), il y a du vent, on perd les repères et si on les cherche, c'est pour se rendre compte qu'il reste encore 10 heures de course... pas motivant !
C'est dans ces conditions (froid, fatigue, saturation...) que l'on peut oublier de s'hydrater. Pour y palier, nous nous étions fixé une règle : boire systématiquement au début de la ligne droite (a minima). A chaque arrivée au stand, Matthieu est là pour nous réapprovisionner. Les produits frais achetés le matin, conservés en glacière électrique et le micro-ondes nous permettent d'avoir des repas chauds et consistants. Dans ces conditions, un filet de poulet est dégusté comme un vrai festin !

5h00-7h00 : Le jour se lève, après une nuit blanche

Le jour va se lever, et il faut gérer à nouveau une période de transition. On le fera avec une lampe de luminothérapie. C'est une lampe diffusant une lumière puissante (2 500 lux minimum), placée à 1m, dans le champ de vision, en atmosphère sombre si possible. Elle stimule le cortisol, l'hormone du réveil que le corps secrète naturellement au lever du jour. Les bénéfices s'en font sentir sur les relais qui suivent : temps de réaction réduit, vigilance accrue, on oublie alors que l'on vient de faire une nuit blanche et qu'il reste encore 8h de course.

8h00 : l'abandon

Benoit finit son relais seul. Georges des Froggy & Rosbif a du déclarer forfait et son collègue, contraint de continuer la course en solo doit lever le pied. Dommage car notre coopération fonctionnait bien. 10èmes au classement en début de nuit, on a progressé à la 8e place grâce à notre coopération avec les anglais (et suite aux abandons). Avec ce nouvel abandon, on pointe alors à la 7ème place.
On voit régulièrement passer comme des balles Yannick et Stéphane, nos collègues toulousains qui roulent sous les couleurs du Mérignac Duo : ils nous prennent un tour par heure... une autre dimension !
On s'encourage, c'est dur pour tout le monde...

10h00-15h00 : A l'arrachée

Le plan monté avec Pierre et Matthieu, et les préconisations du Dr Bourbon, nous a permis de capitaliser sur les 6 premières heures, et de traverser la nuit sans grosse défaillance. Nos retours fréquents au stand nous aident à anticiper ampoules, contractures et fringales. Mais il faut tenir la dernière partie de la course. Encore 6h, et ça devient de plus en plus difficile pour le physique : douleurs lombaires pour Benoit, inflammation aux deux genoux pour Arnaud. Le relais long (1h) un temps envisagé au petit matin est oublié : ni l'un ni l'autre ne nous voyons enchaîner 6 tours.
Chaque relais se fait à l'arrachée, on cherche l'aspiration systématiquement, les séances de sophro laissent la place à des étirements et des massages dynamiques ; Les pieds se couvrent de strap, les genoux et lombaires de crèmes antalgiques, l'alimentation se fait par petites doses, l'écœurement n'est pas loin.
Mais toute la force de Roulez Rose est là : 45 coéquipiers et accompagnateurs, ça remplit un box ! Nos relais et passages devant la zone moquette 37 sont ponctués des encouragements des « RRoses ». Nous ne sommes pas trop au courant alors, mais ils ont suivi notre remontée de 11 places au classement.

15h00 : la relâche...

On sent que l'on tient nos 24h et que, à part une grosse chute, on a gagné notre pari. Notre place est alors assurée , 4 tours devant les 8e, 4 tours derrière les 6e , et nous pouvons « dérouler ». Nos potes de Roulez Rose décident de nous accompagner dans les derniers relais (ils ne roulent pas du tout pour le classement), et les 5 derniers relayeurs RR se retrouvent pour boucler ensemble les 2 derniers tours.

16h00 : 24h08'23" de course, we did it !

On termine avec 577,38 km, soit 138 tours, ravis d'avoir tenu et dépassé notre objectif minimum de 130 tours.
Notre option de relais nous avait posé pas mal d'interrogations et de doutes, jusqu'à encore la veille à l'hôtel. En évitant les défaillances, en ne concédant que 3 minutes au tour entre le début et la fin de la course, on est assurés maintenant que c'était l'option à choisir. Et heureux de s'être lancés, avec un peu de défiance, un soir de mai 2008 « et si on le faisait en duo ?! »

Merci !

Merci à tous ceux qui nous ont encouragés, et qui ont participé à notre collecte au profit de l'Association Laurette Fugain, « 24h contre la leucémie : 500 Euros pour 500 km en rollers » : 535 Euros ont été versés à cette association qui lutte contre la leucémie, et pour le don de soi .

Liens utiles

www.aiderdonner.com/roulezroseduo
www.roulezroseduo.infoTexte : Roulez Rose
Photos : Roulez Rose, Rphil , TNS Goes
Mis en ligne  le 20 August 2009 - Lu 3983 fois


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