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Le 25 August 2009 à 00:00 | mise à jour le 29 May 2012 à 19:24

Le roller, le golf et le rugby à sept

Le roller, le golf et le rugby à sept

Nous l'avons appris jeudi 13 août : le roller ne fait pas partie des deux sports qui seront proposés au vote du Comité International Olympique en octobre 2009 à Copenhague. Le golf et et rugby à 7 lui ont été préférés. Quels facteurs ont pu intervenir dans cette décision ? Analyse...

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Il est difficile de ne pas être amer à l'issue du choix qui a été fait jeudi 13 août dernier par le bureau exécutif du CIO. Voilà plusieurs années que nous attendons l'entrée de notre sport aux Jeux Olympiques et une fois encore, le roller est débouté. Il termine d'ailleurs loin du peloton de tête puisque le karaté et le softball ont obtenu plus de voix.
Le président de la fédération International de Karaté, Antonio Espinos avoue son impuissance :

"je ne sais pas ce que nous pouvons faire de plus en terme de développement de notre sport."

Bien évidemment, nous pourrons encore tenter notre chance dans les années à venir pour les JO de 2020... à condition que moins de 2 sports y entrent en 2016 ou qu'un autre en sorte d'ici là, le CIO limitant à 28 le nombre de disciplines présentes aux Jeux.
On peut bien évidemment avoir des suspicions sur les véritables raisons de ces choix. On peut se demander quel a été le poids des lobbies et des aspects financiers. Sabatino Aracu, président de la FIRS (Fédération Internationale de Roller Sports) n'y va pas par quatre chemin pour expliquer que les intérêts économiques l'ont emporté sur les valeurs sportives :

"Unfortunately, in this decision, economic values prevailed on sport values. It is well known that rugby and golf have better economic chances and television coverage."
L'accusation est lancée : les aspects économiques auraient pris le pas sur la dimension sportive. Le golf et le rubgy profitent d'une bien meilleure couverture médiatique que le roller. D'autres aspects entrent en jeu selon nous...
"Malheureusement, dans cette décision, les aspects économiques ont prévalu sur les valeurs sportives. Chacun sait que le rugby et le golf ont un plus gros impact économique et une meilleure couverture télévisuelle"

Prendre de la distance

Une fois passée l'amertume, vient le temps de la réflexion, de la rationalisation et de la recherche d'éléments qui ont pu faire pencher la balance en faveur des autres sports...
Tout d'abord, nous devons éviter à tout prix de faire preuve d'ethnocentrisme, c'est à dire à prendre notre culture sportive roller comme référence. Nous sommes tellement imprégnés au quotidien par notre sport qu'il est parfois difficile de prendre du recul. Notre perception du golf, par exemple, est caractéristique : sport de "riche", sport de "vieux"... Quelle ironie pour nous qui sommes si prompt à dénoncer les gens qui qualifient le roller de "jeu puéril" !

Un peu d'histoire

Le golf a fait partie du programme des Jeux Olympiques de 1900 à 1904. Le rugby, quant à lui, a conservé sa place jusqu'en 1924. Amateur de rugby, le baron Pierre de Coubertin avait intégré le rugby dès la création des J.O. Une partie jouée dans un esprit fort peu olympique aurait entraîné sa sortie. Le roller/patin à roulettes tente de rentrer dans le cercle fermé des J.O. depuis 1973. On l'a bien vu faire une courte apparition en 1992, à Barcelone, comme sport de démonstration mais jamais il n'est allé plus loin. On doit cette brève incursion olympique à Juan Antonio Samaranch, l'ancien président espagnol du Comité International Olympique qui est un passionné de rink-hockey. En 2005, à Singapour, le roller a de nouveau tenté sa chance, sans succès, Cette année là, aucune nouvelle discipline n'avait intégré le programme olympique, faute d'un nombre de voix suffisantes. C'est pourquoi, le CIO a décidé de modifier le mode de scrutin : 2 sports sont choisis en comité restreint et proposés ensuite au vote final. C'est ce qui va arriver au golf et au rugby à 7 à Copenhague en octobre 2009.
Le débat autour de la réintégration du golf aux Jeux Olympiques a concerné le fait d'autoriser les professionnels à participer. Initialement, les Jeux Olympiques se sont adressés aux amateurs. Les jeux vont venir s'ajouter à un calendrier de compétition déjà très chargé.

Les effectifs des pratiquants des 3 candidats en France

La saison 2008/2009 a vu les effectifs de la FFRS (Fédération Française de Roller-Skating) atteindre les 48.348 adhérents soit une augmentation de presque 3% de ses effectifs pour 752 clubs au 30 juin 2009. La progression des effectifs licenciés en France est régulière mais ne représenterait que 2,6% du nombre de pratiquants total. Une étude du début des années 2000 a estimé que le nombre de pratiquants loisirs à 1,86 million.
Le golf, s'il semble moins populaire en France, est largement plus pratiqué au plan fédéral, presque 8 fois plus que le roller ! En 2007, on compte 380.000 licenciés pour 600.000 pratiquants loisirs selon l'étude BIPE (octobre 2007). La population des pratiquants rajeunit avec une augmentation de 14 % chez les joueurs de moins de 12 ans. Le golf n'est donc pas si "vieux" qu'on veut bien le penser en tant que patineur.
Comparer avec le rugby à 7 est plus compliqué car on dispose surtout d'informations sur le rugby à 15. Suite à la Coupe du Monde en 2006, le nombre de licenciés de la Fédération Française de Rugby a dépassé les 300 000 (313 988) soit une augmentation de 13,6% par rapport à l'automne 2006. 5 fois plus que le roller. On compte 1630 clubs de rugby en France (2,2 fois plus que le roller). Le rubgy à 7 est essentiellement pratiqué par les moins de 23 ans. Il reste une pratique plus marginale en France.

La place des trois sports dans le monde

En 2003, plus de 61 millions de personnes pratiqueraient le golf à travers le monde contre 50 millions pour le roller selon la FIRS (non licenciés inclus). L'image du golf est très différente selon les pays concernés. Si l'image de sport élitiste reste tenace en France. Il est des régions où c'est un sport plus "populaire". On le pratique beaucoup en Afrique du Sud, Allemagne, Espagne, Corée du Sud, Japon, en Australie. L'Asie compte plus de 13,6 millions de pratiquants, l'Europe 6,9 millions, l'Australie 1,7 million et les Etats-Unis 37,1 millions !
En revanche, on ne compterait "que" 3.521.167 de licenciés dans le monde pour le rugby en 2007 (selon Wikipedia) répartis en 96 fédérations (au 11 août 2008).

Business et nombre d'emplois générés

L'étude BIPE indique que le chiffre d'affaires national généré par le golf atteindrait les 1,5 milliard d'Euros et générerait 13.000 emplois stables en emploi direct et indirect. D'autre part, le tourisme golfique pèserait 392 millions d'Euros H.T.
En France, le roller est bien en deçà de ces chiffres. On compte environ 600 brevets d'Etats dont un bon nombre ne sont pas en activité. On peut éventuellement y ajouter une centaine de personnes fabriquant des skateparks, les salariés fédéraux et les cadres technique. On arrive difficilement à un millier d'emplois liés au roller.
Le volume des ventes de roller a baissé depuis début 2000. Selon les chiffres communiqués en novembre 1999 par la FIFAS (Fédération Française des Industries du Sport), 700.000 paires de rollers ont été vendues aux détaillants en 1998 et 620.000 paires en 2002.
Depuis lors, les ventes ont encore diminué et semblent se stabiliser.
A la louche, cela représenterait environ 70 millions d'Euros de chiffre d'affaire. De plus, en admettant que 200 skateparks soient réalisés par an en France pour une valeur moyenne de 50.000 Euros, on ajouterait à peine 10 millions à la somme, soit un total d'environ 80 Millions d'Euros hors emplois. Sachant que ce montant peut être également réparti sur le skateboard et le BMX, on est loin du compte !

Nous n'avons trouvé que peu de données sur le rugby mais on imagine sans difficulté qu'ils sont largement supérieurs au roller, ne serait-ce que grâce au nombre de licenciés, aux droits TV et aux produits dérivés. Selon Mike Mille, le sevrétaire général de l'IRB, la dernière Coupe du Monde de Rugby à 7 à Dubaï a généré 20 millions de dollars de revenus. 

Les équipements sportifs

Le nombre de parcours de golf en France a cru de manière forte dans les années 80 (passage de moins de 150 golfs à près de 500 en dix ans).
On compte 668 équipements golfiques en France selon l'étude BIPE de 1997. Autant vous dire que la trentaine de piste de vitesse de roller est bien légère face à cela.

Évidemment, si l'on ajoutait les 3.500 skateparks, on modifierait l'équilibre de la balance, mais ce n'est pas le roller acrobatique qui postule au Jeux Olympiques.

Côté rugby, une recherche sur le site de recensement du Ministère de la Jeunesse et des Sports nous indique qu'on trouverait 4.340 terrains de rugby en France.

Le coût de la pratique

Voici ce qu'indique l'étude BIPE :

"Le coût global moyen de la pratique du golf est évalué à 1.713 Euros par an, mais pour un temps de jeu bien supérieur aux autres sport (275 heures/an). Le prix moyen d'un abonnement annuel peut être estimé à 877 Euros T.T.C. alors que le prix moyen d'un droit de jeu pour un parcours (green-fees) se situe quant à lui à 33 Euros T.T.C. A titre de comparaison, un abonnement dans une salle de gymnastique ou de fitness coûte environ 1 000 Euros T.T.C."

Là, le roller a des arguments à faire valoir car il se place plutôt bien en terme de coût. La licence fédérale roller coûte environ 35 Euros et l'adhésion à un club varie dépasse rarement les 150 Euros.
Par contre, ajoutez-y le prix du matériel et la note est vite plus salée. Pour une pratique du roller en compétition, la moindre paire varie entre 500 et 1200 Euros (hors frais de déplacement sur les compétitions).
Le rugby se situerait en deçà des deux pratiques précédentes. L'adhésion à un club varie souvent entre 80 et 200 Euros. Le matériel (short, chaussures, protections...), coûte environ 400 Euros par an.

L'audience et l'impact dans les médias

En France, hormis dans la presse régionale, le roller trouve assez peu de place. On a bien vu les reportages sur Sport+ mais ils restent confidentiels. Quelques organisateurs arrachent parfois quelques secondes aux informations régionales mais ils sont plutôt rares.
Le roller semble avoir plus de présence sur le net avec des médias comme Orange Sport, ReL et de nombreux autres sites webs. Côté papier, on dénombre tout au plus 3 magazines spécialisés, plutôt orientés hockey et street.
Le golf est assez confidentiel sur les chaînes hertzienne mais un peu plus présent sur les chaînes du satellite ou du câble. En France, la couverture télévisuelle est assurée en alternance par les chaînes Canal + et Eurosport.
Dans le monde, le golf est l'un des rares sports à disposer d'une chaîne de télévision uniquement dédiée depuis 1995 : The Golf Channel, diffusée en Amérique du Nord et en Asie.
Enfin, le golf rencontre un écho supérieur au roller dans la presse sportive, notamment dans l'Equipe.
En France, le rugby est beaucoup plus médiatisé que le roller ou le golf, surtout depuis la dernière Coupe du Monde.
Selon Wikipedia :

"France 2 retransmet tous les matchs du Tournoi ainsi que des matchs internationaux du XV de France. Pour sa part, Canal+ diffuse des matchs du Top 14, du Tri-nations et du Super 14. La couverture des matchs de la coupe d'Europe est largement assurée par France télévisions et le groupe Canal+. TF1 a acquis les droits de retransmission de la coupe du monde 2007."

Le roller : mauvais en communication ou pas assez riche ?

Aussi attractif que soit un sport, si les instances sportives qui l'animent, le réglementent et le promeuvent diffusent le mauvais message ou manquent de moyen financier pour communiquer, il aura bien du mal à émerger. Nous pouvons donc légitimement nous questionner sur les moyens mis en avant par la FIRS (Fédération Internationale) pour faire connaître le roller au grand public et aux médias.
Il a fallu attendre novembre 2007 pour voir la FIRS mettre en place une véritable politique de communication s'appuyant sur une identité visuelle destinée à promouvoir le roller en tant que sport olympique. On sait que les membres de la FIRS ont rencontré des chaînes de télévision pour valoriser les championnats du Monde mais on a finalement peu vu l'impact de ces rencontres. Là encore, le web semble avoir comblé les carences des médias classiques.
Nous avons bien vu passer une belle vidéo de promotion du roller (voir ci-dessous), mais son message est-il vraiment celui que l'on voulait faire passer ? Il est indéniable que ce montage de 12 minutes présente bien les différentes disciplines... sauf que seule la vitesse prétend rentrer aux J.O pour l'instant. N'aurait-on pas brouillé le message à destination du public visé en montrant trop ?
Au plan national, nous n'avons vu aucune communication spécifique se mettre en place que ce soit en direction du public ou des clubs. A notre connaissance, la candidature du roller a été rapidement signalée lors des dernières assemblées générales de la FFRS. Cette dernière a diffusé un message la veille du vote pour annoncer la présence du roller dans les 7 sélectionnés mais nous n'avons pas vu d'autres actions de communication en direction du grand public ou des médias. La Fédération Internationale ne semble pas avoir donné les moyens aux différentes fédérations nationales de promouvoir le roller dans les meilleures conditions.
A l'étranger, les médias ont un peu plus relayé la présence du roller parmi les candidats que ce soit aux Etats-Unis, au Canada, en Nouvelle-Zélande, en Australie ou en Asie. Nombreux sont les journalistes à avoir fait des pronostics. D'ailleurs, le roller n'y était pas si mal placé.
Si le jugement est dur, il est difficile de blâmer les différentes fédérations tant on sait que les moyens financiers sont vitaux pour mettre un sport en avant. Pas de visibilité = pas de sponsors = pas de moyens pour investir dans la communication. La boucle est bouclée...

Conclusion

Si l'on s'appuie strictement sur l'analyse des chiffres, le roller avait peu de chance de s'imposer face aux mastodontes médiatiques et financiers que sont le golf et le rugby. Le CIO a certainement misé sur deux sports dont la visibilité est d'ores et déjà assurée et où les sponsors sont bien implantés.
Dans son communiqué de presse du 13 août dernier, suite à la sélection pour le vote final du golf et du rugby, Jacques Rogge, président du CIO, parle d'ailleurs à plusieurs reprises de la "valeur ajoutée" de ces deux pratiques. Cette expression à double sens peut tout aussi bien s'appliquer à un nouveau "bénéfice" sur le plan sportif qu'à un bénéfice financier et médiatique pour le CIO. Nous vous laissons le libre choix de l'interprétation.
Si depuis quelques années, le CIO cherche à toucher les jeunes générations qui sont peu intéressées par les Jeux Olympiques, il le fait avec prudence. L'entrée du BMX en été et des pratiques fun telles que le snowboard en hiver vont dans ce sens. Certains "puristes" reprochent d'ailleurs aux Jeux de tomber dans le plagiat des X-Games d'ESPN. L'entrée du golf et du rugby nous semble aller à contre-courant de cette logique d'ouverture aux pratiques dites "fun" comme peut l'être le roller.
Relativisons et disons-nous que cette non entrée aux Jeux permettra peut-être au roller d'être un peu plus longtemps préservé des vices à grande échelle qui accompagnent le sport spectacle : triche, dopage, violence...

Liens utiles

Le rugby à sept
Les bleus seven - club des supporters de l'équipe de France de rugby à 7
Le poids économique du golf en France
La notion d'ethnocentrisme
Editorial de Sabatino Aracu, président de la FIRS, suite au rejet du roller
Les valeurs olympiques
vidéo promotionnelle "Amazing Roller Sports" en bonne qualité (72 Mo - wmv)

Texte : Alfathor
Photos : droits réservés
Mis en ligne  le 25 August 2009 - Lu 5740 fois


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