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Le 28 May 2009 à 00:00 | mise à jour le 30 May 2009 à 08:16

Grisy-suisnes (77) - Neuchâtel (Suisse) 550 km

Grisy-suisnes (77) - Neuchâtel (Suisse) 550 km

Bertrand Floquet, alias bob737, est parti de la région parisienne en roller, seul, en direction de la Suisse pour rallier Neuchâtel. Pour Rollerenligne, il donne ici ce qui l'a poussé à "descendre" en solitaire avec son drôle de chariot, pendant plus de 550km, sous un ciel parfois peu clément vers l'Helvethie.

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Interview de Bertrand Floquet

Qui est bob737 ?

Pour me présenter un peu, J'ai 36 ans...encore jeune donc... (Clin d'oeil) Bertrand Floquet de mon vrai nom, je suis informaticien dans la vie. Marié avec trois petits gars et j'habite en Seine et Marne dans le village de la rose à Grisy-Suisnes à 25km de Paris.Je ne fais pas partie d'un club de rollers, pas vraiment par manque de temps, mais je n'en ai pas vraiment envie.
Je perçois le roller comme une activité me permettant de sortir, en famille pendant les vacances (moi en rollers, les enfants dans ma grosse poussette 3 roues et ma petite femme en vélo) ou en solo (raid). C'est vraiment un bon moyen de se vider la tête.
N'ayant jamais appris le roller, j'ai donc une technique de débutant. Par exemple, je suis incapable de freiner en T, j'utilise le bon vieux frein même si ce n'est pas très classe sur des Fila Nine100...

Depuis quand t'es venue l'idée de faire des raids en rollers ?

Je cherchais depuis un petit moment un moyen de me dépasser, une sorte de challenge. C'est mon père qui m'a donné l'envie. La soixantaine, il part de Paris et traverse la France en vélo jusque Perpignan comme on va chercher du pain à la boulangerie... trop fort.
C'est en lisant le forum rollerenligne et l'article sur Lille-Marseille que l'envie s'est transformée en projet. Avant tout, j'ai posé pas mal de question de débutant sur ce forum et je me suis équipé petit à petit :
  • Les rollers, des nines 100
  • Le système de portage, un jogger acheté sur ebay et importé d'Allemagne pour 70 euros.
  • Le GPS : Extrex Vista
  • Etc.
J'ai « rodé » le matériel lors d'un premier raid entre Grisy-Suisnes et Deauville (280 km) l'an dernier. En fait, j'ai suivi en grande partie la trace de Jean Marc Liotier.
Ce raid m'a permis de connaître mes faiblesses physiques, où apparaissent les ampoules, connaître les matériel superflus ou indispensables, connaître les difficultés spécifiques à la route (le gratton, la circulation) et améliorer la sécurité du bonhomme (un bon rétro, un maillot jaune etc.)

Pourquoi cette destination, Neufchâtel?

Je voulais augmenter sensiblement la distance après mon premier essai du Paris – Deauville. Repartir vers l'ouest vers l'océan me plaisait bien mais le vent d'ouest (de face donc...) ne m'a pas laissé de bons souvenirs. J'ai de la famille dans les Ardennes (frontière belge) mais la distance n'est pas assez importante et le parcours pas très sympa.
Mon frangin habitant en Suisse à Neuchâtel, je me suis dit que le point de chute était tout trouvé et puis la région est magnifique.

Quels choix as-tu fait, quel critères as-tu retenu pour tes équipements?

Mes critères pour le choix des rollers étaient : confort et performance. Pas question d'utiliser des rollers tout carbone, j'ai testé une fois et mes pieds étaient en sang au bout de 10 km. J'ai hésité entre les Nine100 et les M100 mais le magasin a fait le choix pour moi, ils étaient en rupture de M100.
J'ai donc des Nine100 qui conviennent très bien à mon fort coup de pieds. Pour moi, c'est le juste équilibre entre le confort et le maintien du pieds le chausson.
Avant mon départ, j'ai remplacé mes roulements d'origine par des roulements semi- étanches « SKF Stunt Master », je ne voulais m'embêter à tout démonter chaque soir pour tout nettoyer. Vu le temps très moyen des 3 premiers jours, ils ont plutôt bien joué leur rôle.
Pour les roues, j'ai acheté d'occasion des Hyper Stripe jamais utilisées. J'en suis très content. J'espérais un peu plus d'accroche sur les routes mouillés mais bon... il ne faut pas trop en demander je suppose...
L'an dernier, j'ai fait importé des USA (ebay) un GPS Etrex Vista. Le gros avantage pas rapport aux autres systèmes (type PDA, Smart Phone, etc.), c'est son autonomie : 25 heures non stop sur deux piles 1,5V LR06 (AA). Cet appareil est vraiment un plus dans la traversée des villes/villages. Pas besoin de se poser la question, je prends à droite, à gauche, je sors 10x la carte, c'est vraiment un confort.
Par contre, une bonne maîtrise de l'engin est nécessaire pour ne pas avoir de surprises entre la programmation du parcours sur PC et son transfert sur le GPS, les itinéraires peuvent varier sensiblement... genre je te fais faire 5 km en plus parce que « tu le vaux bien ».
Malgré le GPS, il faut posséder les cartes du parcours. J'ai commandé les cartes IGN TOP100 des régions parcourues.J'ai adapté un compteur vélo sur la roue droite du jogger pour connaître le nombre exacte de km parcourus par jour.
Concernant mon système de portage, j'en suis plutôt satisfait car il est très sécurisant. Le jogger (grosse poussette à 3 roues) encombre pas mal la route, les voitures sont donc dans l'obligation de freiner et ne peuvent doubler si une voiture se présente en face. La couleur de l'engin, le petit drapeau rouge, tout pousse à la prudence.
A aucun moment sur les 568 km, je me suis senti en danger.
Autre plus : le rétroviseur. A posséder absolument. C'est très rassurant et ça permet d'anticiper les « A » qui pilotent leur F1 FIAT panda.
Bref, il faut être vu. J'ai fait faire un maillot jaune sur lequel est inscrit en grosse lettre le parcours et la distance. Oui, c'est pour frimer un peu, mais ça permet aussi d'attirer la curiosité des automobilistes qui freinent pour lire, de se démarquer des cyclistes du dimanche par toujours très appréciés des voitures, d'engager la conversation et de rencontrer du monde.
Le gros défaut du jogger, son poids et sa prise au vent. A vide, le système doit faire dans les 25 à 30 kg. C'est beaucoup trop. Inutile de penser freiner avec les rollers, seuls les freins du jogger sont efficaces. En plus de celui de devant, présent à l'achat, j'en ai adapté deux autres sur les roues arrières. Dans les montées... c'est l'enfer mais je le savais.Le reste de matériel est le même que le randonneur : tente, popote, de l'eau, des fringues, duvet, pharmacie etc.
Un mot sur la pharmacie : Il faut absolument posséder les pansements Compeed, c'est miraculeux pour les ampoules, ça résiste à l'humidité du chausson et des douches. Un "must have".
Ne pas oublier la crème solaire à appliquer AVANT le coup de soleil. Trop content de retrouver le soleil après 3 jours de flottes, je ne l'ai pas vu venir...

As-tu eu des moments de défaillance des coup de blues sur la route?

Des défaillances, souvent mais ça se passe beaucoup dans la tête. Tant que le moral est bon, le corps suit.
J'ai eu un seul gros coup de blues, dès la première étape, lorsque la soudure de la roue avant du jogger m'a lâchée et que je sentais un reste de tendinite au pied gauche, j'ai vraiment pensé rentrer.
Mais s'il y avait un leçon à retenir de ce raid, c'est que dès qu'une galère se présente, le fait d'être seul force la volonté, il y a toujours un conseil, une rencontre ou simplement la chance qui permettent de se tirer de n'importe quelle situation.
Autre moment très éprouvant, un peu avant Dijon. J'étais tellement focalisé sur le Jura à traverser que je n'ai pas vu venir le plateau Auxois. Sur les 70 km de l'étape entre Montbard et Sainte-Marie-sur-Ouche, j'ai fais 60 km de montée. Je n'en voyais pas la fin. J'ai fini les derniers 2 derniers kilomètres de montée à pieds avec des crampes aux deux jambes. Dur physiquement mais j'avais le moral.
Il est très important de boire beaucoup, fréquemment en petite quantité. J'avais toujours une bouteille de 1,5 litres plus une gourde. Le signal du ravitaillement en eau, c'était lorsqu'il ne restait plus que la gourde pleine. J'allais alors dans les cimetières ou les cafés.
Les moments de défaillance, les coup de blues sont surtout apparus sur la première partie du parcours à cause d'une mauvaise gestion de l'effort (trop de kilomètres sans pause), un temps médiocre et ma crainte de ne pas arriver au bout à cause de ma tendinite au pieds.

Où passais-tu tes soirées?

Dans les campings, j'avais tout le matériel pour. Je m'étais autorisé une nuit à l'hôtel pour le repos du guerrier mais je n'ai pas craqué.
Par contre, dans la mesure du possible je n'avais pas l'intention de me faire les repas. J'allais donc dans le snack du camping quand il y en avait un, sinon, je me suis fait deux restos. Sur les 8 jours, j'ai du faire 3 repas à la tente.
J'avais toujours un boite de cassoulet/ravioli de secours :-)
Je ne peux pas dire que j'ai rencontré du monde dans les campings car à une exception près, ils venaient tout juste d'ouvrir et encore... le camping de Sainte-Marie-sur-Ouche était ouvert mais pas d'accueil, pas d'eau chaude et donc pas de douche.
Le meilleur moment de la soirée, c'est la douche chaude surtout les premiers jours où j'ai passé pas mal de temps sous la flotte.
J'achetais les journaux nationaux pour me distraire le soir.
Comme je le raconte sur mon blog, j'ai été invité un soir à la table d'un anniversaire de famille à Parcey juste avant d'attaquer le Jura. C'était très sympa. Sous doute un de mes meilleurs souvenirs de ce raid.

Comment es-tu perçu sur la route?

Je n'ai jamais eu aucun problème. Mon maillot jaune et ma grosse poussette enfant y sont sans doute pour quelque chose. J'avais vraiment un bon capital sympathie. Toutes les 5 minutes, j'avais des encouragements de toutes sortes, des pouces levés, des petits coups de klaxons, des appels de phare et sourire qu'il est impossible de confondre avec le coup de klaxon rageur de routier stressé.

Tu referais le même parcours, que modifierais-tu?

Je ferais sans doute des étapes moins longues. 80 km avec la charge, c'est trop.Je testerais bien un autre système de portage type Skate-Drive. L'avantage est évidemment : le poids par rapport au jogger. Par contre, je suppose qu'il n'est pas possible de s'appuyer sur le guidon ce qui est plus sur le jogger car j'ai rapidement mal au dos sans appui.
J'éviterais les routes communales qui sont généralement en très mauvais état. Les routes protégées par les arbres sont aussi très souvent en mauvais état. Le bitume vieillit bien mal quand il est protégé du soleil.

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Blog de Bertrand
interview : Appache
Photos : Bob737
Mis en ligne  le 28 May 2009 - Lu 5069 fois


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