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Le 16 December 2008 à 00:00 | mise à jour le 03 December 2009 à 14:06

Téléthon 2008 : Le Défi de Chabeuil

Téléthon 2008 : Le Défi de Chabeuil

A l’occasion du Téléthon 2008, la MJC de Chabeuil (Drome) organisait un long raid en roller sur 24h, constitué de 8 étapes totalisant 230 km. Il était ouvert à tous, pour une partie ou la totalité du trajet. Une centaine de patineurs régionaux participaient. Loin d’être une compétition, ce défi n’en était pas moins exigeant. Il ne fait aucun doute que chacun gardera un souvenir fort de cet évènement. La difficulté de l’épreuve, la fraternité entre coureurs, le tout associé à l’enthousiasme des organisateurs, a fait de ce raid une grande réussite.

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Un raid plus dur qu'il n'y paraît

Lorsque Chantal a annoncé qu'ils organisaient ce raid, certains -dont je suis- se sont dit que 230km en 24h serait d'une facilité qui friserait l'ennui. Forts de récentes épreuves d'endurance, Jean-Paul et moi allions donc à cette balade en toute décontraction. On pourrait même dire que quitter Marseille pour se rendre à Chabeuil avait un coté bucolique plutôt désinvolte. Voici le récit détaillant l'étendue de notre erreur...

Vendredi

Départ humide

16h30, nous sommes encore peu nombreux au rendez vous devant l'hôtel de Ville. Il fait un peu frais, et le départ n'est qu'à 18h. Mais Lilian, charismatique organisateur, est déjà très actif. Il va vers chacun, se présente, explique les consignes et repart vers de nouveaux arrivants sans relâche. Jean-Paul et moi avons fait pas mal de route, et une fois le badge pris, nous filons au chaud dans le troquet du village. Heureuse idée puisque l'instant suivant, la pluie fait son apparition. L'eau tombe aussi vite que la nuit. Grosse baisse de motivation !

18h, la pluie fait une trêve pour le départ, hyper ponctuel. Malgré la météo, il n'y a presque aucun désistement. On note une forte présence des patineurs de Valence, mais aussi certains venant de Macon, Romans, Manosque, plus quelques marseillais. 70 coureurs s'élancent donc pour cette première étape de 25 km. La route est encore mouillée, mais pas détrempée.

Encadrement optimal

Alors que chacun se réchauffe doucement en cherchant ses marques dans le groupe, on remarque l'important encadrement logistique déployé par Chabeuil : 6 motos spécialisées nous accompagnent, elles sécurisent chaque carrefour, et nous signalent parfois des difficultés ponctuelles dans l'obscurité. Devant, la voiture ouvreuse donne le rythme. Elle a été équipée d'une puissante rampe lumineuse orientée vers le sol. Rassurant pour certains, aveuglant pour d'autres, l'idée est discutable. Derrière, une voiture suiveuse protège les retardataires. Elle aussi est équipée d'un éclairage et d'une grosse sono. Encourageante ou abrutissante, là encore c'est discutable. Ensuite, un véhicule de la protection civile et la voiture balai ferment le convoi. Deux autres fourgonnettes assurent le transport de nos bagages entre chaque étape. Et pour finir notre infatigable Lilian, qui navigue perpétuellement dans le groupe à l'affut de la moindre défaillance ! Chacun portant gilet réfléchissant et lampe frontale, il va sans dire qu'avec tout ça nous patinions tous en totale sécurité !

Des accueils chaleureux

A 20h, nous arrivons comme prévu au terme de cette première étape, à St Marcel. Là, une petite foule nous attend. Elle a disposé des centaines de photophores qui guident nos derniers mètres jusqu'à la salle des fêtes. C'est vraiment émouvant mais ce n'est que le début ! A l'intérieur, tous nos sacs nous attendent au chaud. Le temps de déchausser et nous découvrons un immense buffet avec tout ce qu'il faut pour se régaler : pâtes, gâteaux, fruits. Sur la scène, petits discours et musique s'enchainent. Ce premier arrêt permet de voir mieux certains visages, un peu plus tôt masqués par l'obscurité et les bonnets. On retrouve les membres de RollerEnLigne ! Lilian lui, garde un oeil sur la pendule, bientôt il est l'heure de repartir. Le chemin inverse se fait non sans émotion, une belle étape que ce premier arrêt.

21h, nous reprenons la route le corps restauré et l'esprit émerveillé. Direction le Nord pour la plus longue étape de ce raid, 36 km. Le rythme de croisière est pris, les groupes formés. Les étapes se font d'une traite, avec très peu d'arrêt. Les nuages sont partis, laissant apparaitre une belle lune, et la nuit est plus douce que prévue (7°). Si bien que cette longue étape n'est qu'une formalité. A 23h nous arrivons à St Barthélémy, commune de 1700 habitants, qui nous reçoivent nombreux, là encore avec tous les honneurs, sous une haie de flambeaux. La salle est à la mesure de la ville et nous sommes un peu à l'étroit, mais la bonne humeur règne, tout autant que les pâtes chaudes. On s'arrêterait bien là : 60 km c'est déjà bien ! Certains pansent leurs ampoules, il commence à se faire tard...

Premières difficultés et retour de la pluie.

Pas de répit au programme. Lilian sonne à minuit le départ comme au clairon. Nous reprenons la route. Une des difficultés était de se couvrir suffisamment pour ne pas prendre froid après la pause, tout en évitant la surchauffe et les habits humides de transpiration. Mais ce que nous n'avions pas vu venir à ce moment là, c'était le retour de la pluie. Une légère averse qui dure et qui finit par mouiller les habits comme les patins. Le groupe, qui se compose maintenant de 50 courageux, n'est pas très loquace, et nous affrontons côtes et grattons, têtes basses et silencieux. Nous sommes trempés. Du coup, cette étape (32km) semble interminable. Nous traversons Romans pour atteindre notre lieu d'accueil, Bourg de Péage.

02h, l'arrivée à Bourg est une vraie délivrance, avec la perspective de pouvoir se changer et se reposer. Nous sommes accueillis par une fanfare, comme sortie de nulle part, qui détonne dans le creux de la nuit. La fatigue commence à peser. Dans la salle, chacun fonce prendre une chaise et apprécie de trouver là son sac et ses vêtements secs. Quelques étirements, massages et pansements. Un peu de pâtes, de bananes et de café. Puis l'infatigable Lilian égrène déjà les minutes avant le départ. Les pauses nous semblent de plus en plus courtes. La salle des fêtes ressemble à un champ de bataille, des habits mouillés ça et là, des gens qui dorment par terre, des infirmeries improvisées.Le spectre de l'abandon rode et certains y succombent. Nous approchons les 100 km.

03h, nous repartons un peu comme des robots. A une heure où l'on songe plutôt à un lit chaud, nous poursuivons dans le froid notre chemin sur cette route mouillée. Il n'y a plus beaucoup de bruit dans le peloton. Concentré ou rêvassant, discutant ou silencieux, chacun a sa méthode pour rendre la route moins dure. Nous roulons depuis plus de 6 heures, les patins sont humides, et rien ne nous ai épargné, ni les grattons, ni les cotes. Tout est plus lourd, plus dur, plus inconfortable. Il faut aussi rester concentré car certaines descentes sont parfois délicates. Pourtant, au bout de cette étape, un espoir nous motive : la perspective de pouvoir peut-être dormir un peu. Chacun a en effet noté sur le programme que le prochain arrêt était de 2 heures (contre 1h pour les autres). Malgré notre état de fatigue, cette délivrance est toute relative, car une fois rendu à ce point nous n'aurons parcouru ‘que' la moitié du trajet. Pour ne rien arranger, Lilian nous annonce que pour rattraper le retard pris, la pause ne sera que de 1h30. C'est le goulag !

Samedi

Une heure de sommeil...

C'est au gymnase de La Roche De Glun que nous sommes reçus pour dormir. Là encore, des pates chaudes nous attendent, mais aussi de la soupe au lard et pas mal de charcuterie locale. A 05h la diététique du sportif est déjà couchée. Pour les patineurs, chaque minute est comptée, vite se déshabiller, vite un matelas, vite dans le duvet. Certains s'accordent le temps d'une douche, d'un plat chaud, d'autres soignent leur patins, mais tout le monde sombre rapidement dans les bras de Morphée. A noter que les motards nous accompagnent là aussi. Eux aussi souffrent du froid, de la pluie et de la fatigue.

Était-il prudent de se laisser partir pour une petite heure de sommeil ? Autoriser son corps épuisé à se relâcher, sans trop lui dire qu'il faudra repartir bientôt, et pour encore un paquet de kilomètres ? Ces réflexions ne résisteront pas longtemps au poids de nos paupières.

Extinction des feux. Il est 06h. Nous disposons d'une petite heure pour dormir.

... et ça repart

C'est (évidemment) Lilian qui nous réveille et décompte à nouveau les minutes avant le départ. Son incroyable énergie et sa bonne humeur sont tellement désarmantes qu'il est impossible de le maudire ! Et pourtant le réveil est difficile. Extirper son corps endolori du duvet chaud pour chausser les patins humides et inconfortables n'est pas spécialement motivant. Pourtant, tout le monde s'exécute sans trop ronchonner. Quelques minutes plus tard, nous voilà repartis.

La nuit a scellé quelque chose de particulier entre nous tous, une fraternité discrète mais forte, alors que certains ne se connaissaient pas hier encore. Au bout de la fatigue, il n'y a plus de tricherie possible, chacun est à nu et puise au plus profond de lui l'énergie pour continuer. Tous ici le savent, et savent aussi qu'il en est ainsi pour l'autre. Il n'est plus question de niveau, de matériel, mais seulement de volonté, de persévérance. Nous voilà donc unis. On se soucie des retardataires, on encourage ceux qui semblent en baisse.

La cause du Téléthon est également source de motivation. Beaucoup de gens nous encadrent et nous soutiennent, nous ne pouvons pas les décevoir.

Le jour se lève et nous patinons pour la première fois hors de l'obscurité. Même si le ciel reste nuageux, la pluie ne semble pas prévue. Nous traversons Valence. La ville s'éveille comme un matin d'hiver. Qui imaginerait que nous roulons depuis hier soir ?

Soleil d'hiver

La journée de samedi est clémente côté météo, et les rayons du soleil sont un précieux soutien. Nous bénéficions aussi de l'apport de patineurs frais qui rejoignent le cortège, si bien que les kilomètres s'enchainent plus facilement que l'on aurait pu penser.

Les étapes se succèdent : à Portes Les Valence nous faisons un vrai petit déjeuner. Les arrêts restent brefs et sont un des rares moments où l'on fait fonctionner sa raison. Ne serait-il pas prudent de faire la prochaine étape dans le bus pour arriver jusqu'au bout ? Et si je regardais l'état de mes ampoules...

Trois heures plus tard, nous arrivons à Crest, une ville totalement mobilisée pour le Téléthon. Un grand gymnase nous accueille pour midi avec un menu devenu classique, pâtes, charcuteries, fruits. Assise en face de moi, Chantal (chargée de communication) a les yeux qui se ferment. Malgré son investissement ces dernières semaines, elle est présente sur toutes les étapes, et patine sans traitement de faveur. Beaucoup d'autres Chabeuillois sont dans son cas. Moi qui vient décontracté et qui suis probablement mieux entrainé, je suis vraiment impressionné par autant de ténacité.

Comme les étapes, les kilomètres défilent eux aussi, 160, 180 et bientôt 200 km. Personne ne compte vraiment, il faut dire aussi qu'aucun ou presque n'a de GPS. En réalité, on ne prête plus attention à grand-chose, sinon à l'unité du groupe. La fatigue est grande dans le peloton, extrême même, pourtant personne n'a envie de voir l'autre abandonner. Des trains se forment, certains se font remorquer, d'autres assurent la poussée. Cette solidarité qui pourrait nous épuiser semble au contraire nous redynamiser, et c'est assez extraordinaire de retrouver autant d'énergie après presque 20h de route.

La nuit arrive, nous aussi

La ville de Malissard nous accueille pour le dernier arrêt. Lilian nous octroie une pause bonus, plus longue que prévue. Il faut dire que l'arrivée est toute proche, 15 km, et que nous avons presque trois heures devant nous. Le plus dur sera de ne pas s'endormir d'ici là. Nous sommes rejoins par de nombreux locaux, dont certains rejoindrons le groupe jusqu'à l'arrivée. Parmi eux, le maire de Chabeuil en personne, investit et dynamique sur le terrain. C'est sur cette dernière étape que le groupe est le plus nombreux, presque 90. Nous serons finalement une trentaine à avoir réalisé l'intégralité du parcours.
Lorsque nous arrivons, après 230 km, l'émotion se mêle à la fatigue. Le froid et l'envie de se changer lutte face à l'envie de partager encore quelques instants ensemble. Quelques embrassades, quelques remerciements, et quelques larmes aussi. Encore lancés, nous nous séparons sans trop réaliser encore l'extraordinaire aventure que nous venons de vivre, et la chance d'en avoir fait partie.

24h inoubliables

Je crois qu'on peut parler d'un évènement inoubliable, à tout point de vue. L'organisation peut être fière d'avoir réussi un sans faute, ne laissant rien au hasard, que ce soit lors des étapes ou des arrêts. Lilian notamment fut un coach extraordinaire. Chaque municipalité à pleinement joué le jeu, et les accueils enthousiastes, même au creux de la nuit, nous ont permis d'aller au bout. Sur le plan caritatif, 4200€ ont été récoltés, dont la moitié auprès des participants.
Sportivement ensuite, beaucoup se souviendront avoir du aller chercher loin l'énergie pour continuer. La faible vitesse moyenne est à relativiser en fonction des conditions et de l'ampleur du parcours. Jean Paul (solo) et moi (duo) nous accordons à dire que ce fut plus éprouvant qu'au Mans. Humainement enfin, nous avons vécu quelque chose de vraiment fort. Très loin des circuits et du matos high-tech, la simplicité et l'authenticité de chacun n'avait d'égale que la solidarité et la ténacité de tous à mener un groupe entier au bout de l'épreuve.

Les évènements comparables au défi roller de Chabeuil sont rares. Quand en plus ils sont réussis, ils deviennent incontournables. Le rendez vous est donc pris pour l'an prochain, avec un défi qui bénéficiera probablement du succès de cette édition. Puisse ce succès ne rien changer à l'esprit de ce raid.

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Mis en ligne  le 16 December 2008 - Lu 2902 fois


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