-
Le 30 November 2008 à 00:00 | mise à jour le 30 November 2008 à 09:00

ITW : Julien Levrard, vice-champion monde marathon

ITW : Julien Levrard, vice-champion monde marathon

Une place sur un podium de championnat du monde, ça marque une carrière sportive. Julien Levrard est allé chercher la deuxième place du marathon, à Gijón, cet été, et ce n'est certainement pas le fruit du hasard. Le Levalloisien avait accumulé les bons signes depuis le début de la saison...

Article par 

« C'est en rentrant chez moi que j'ai pris conscience de mon exploit ! »

Julien arrivait donc en pleine confiance en Espagne, pour sa première sélection en équipe de France et sa première participation à un championnat du monde. Et puis, le jour J, tout s'est enchaîné favorablement. Dans cette interview, Julien revient sur son exploit, mais aussi sur la façon dont il l'a construit et ses idées pour booster ce sport qu'il porte en lui...

Julien, qu'est-ce qui traverse l'esprit quand on franchit la ligne d'arrivée du marathon des championnats du monde à la deuxième place ?

Lorsque j'ai franchi la ligne d'arrivée, j'étais déçu paradoxalement. Car pour moi, c'était avant tout une deuxième place de plus à mon actif. Des victoires, j'en ai très peu. Alors mon premier sentiment était de la déception. Peu de temps après avoir franchi la ligne, mon ami et entraineur Matthieu Barrault me saute dans les bras et me dis : « tu te rends compte ou quoi ? Tu es vice champion du monde du marathon, c'est énorme ! » Ca m'a fait plaisir. En fait, j'étais content car je voyais les gens qui venaient me féliciter de ma course... Et donc, au fur et à mesure, je me suis rendu compte de mon exploit ! Qui aurait parié sur moi avant la course ? Personne je pense, et surtout pas moi !
Après, sur le podium, je me suis dis que oui, j'avais bien terminé second du marathon des championnats du monde. Mais le souci, c'est que je ne suis pas très euphorique, et donc je n'ai pas explosé pas de joie : c'est dommage peut être... Mon exploit, je m'en rends compte bien entendu. Mais le roller, c'est un petit sport : du coup, dès le lundi matin lorsque tu retournes au travail, tu te dis que ca y est, c'est fini, et la routine reprend.

A partir de quel moment dans la course as-tu pris conscience que tu jouais le podium ?

Déjà, dans cette échappée, j'étais frustré : je n'avais pas le droit de rouler car je n'avais pas mon leader avec moi. Ce qui est compréhensible, car je suis venu aux championnats du monde en tant que coéquipier. Toutefois, j'avais le droit de tenter un coup dans le dernier tour, en partant seul évidemment ! Tout au long de l'échappée, je ne trouvais pas que l'allure était si élevée que ça. Je ne mettais pas mes mains sur mes genoux pour m'aider à pousser et c'est ce que je fais dans toutes mes courses logiquement. Pourtant, au début, et compte-tenu de ma non-collaboration, les autres coureurs m'attaquaient chacun leur tour pour que je fasse l'effort de revenir sur eux : je n'ai jamais été mis en difficulté.
Dans ma tête, je me disais : soit ils sont « bidons », soit je suis très fort. Dans un second temps, je voyais que mes partenaires d'échappée sautaient au fur et à mesure : de six, nous sommes passés à cinq, puis quatre, et trois pour finir. Mais tout cela sans que le peloton ne rentre sur nous, alors que lorsque l'on croisait le peloton, tout le monde était en ligne et devant, certaines nations comme l'Italie et les Etats Unis essayaient de rouler. A l'instant où on s'est retrouvé à trois, je me suis dis : « si on arrive comme ça, c'est un podium aux championnats du monde ! » Mais il ne fallait pas s'arrêter là : c'est une course comme une autre, alors on y va pour gagner, c'est tout ! J'ai pris conscience que ça irait au bout dans le dernier tour, mais je suis resté concentré jusqu'au bout.

Et le sprint ? Comment ça s'est passé ?

J'ai tenté de partir à 500 m de l'arrivée environ, et l'Argentin qui avait effectué la plus grosse partie du travail de l'échappée a sauté. Shane Dobbin est lui revenu sur moi et, à 300 m, il m'a décalé sèchement et m'a tout de suite pris 5 m. Je me dis que ce n'était pas fini mais je n'ai pas réussi à reprendre son aspiration car il faisait des zigzags sans arrêt. Du coup, c'était devenu du un-contre-un et il gardé son avantage jusqu'à la ligne d'arrivée.

Pour revenir sur ce marathon, on peut dire que le circuit était à ta convenance...

La veille de la course je suis allé rouler avec Matthieu Boher et Julien Despaux afin de reconnaitre le circuit. J'étais déçu de ce type de parcours. En effet, nous avions à faire à un aller-retour sans difficulté majeure, mis à part les deux virages en épingle et le vent qui était important ce jour-là.
En revanche, l'emplacement du circuit était idéal. En effet, il se trouvait en bord de mer, dans une grande ville, Gijón, ce qui attire toujours des spectateurs. Je déteste les courses qui se déroulent en pleine campagne ou en zone industrielle : peut être que le circuit est mieux par moment, mais l'objectif est de développer notre sport et le présenter au plus grand nombre de personnes afin que celui-ci devienne crédible et sorte enfin de l'ombre !

Qu'entends-tu par là ?

Je sais qu'il n'est pas toujours facile d'avoir les autorisations préfectorales et les bénévoles pour sécuriser les circuits. Toutefois, je pense qu'il faudrait essayer de se greffer à certains semi-marathons et marathons. Il en existe des centaines en France : pas besoin de viser celui de Paris au début, mais pourquoi pas commencer à se greffer à de petites et moyennes organisations.
Pour faire simple, organiser un départ homme et un départ femme et pour les classements, faire un scratch homme et un scratch femme, et c'est tout ! Faire le même système que la course à pied en somme. Je suis peut-être catégorique, mais il faut penser avant tout à notre sport et sa reconnaissance.
Dans le même esprit, est-ce bien de distribuer une dizaine de titre par an, que ce soit au niveau national européen ou même mondial ? Je ne connais pas les instances internationales, mais je pense que c'est un système où il y a trop peu d'évolution. Il faudrait monter un système plus simple, plus lisible pour les personnes extérieures à notre sport et aussi pour les médias. Comment expliquer qu'il y deux vainqueurs de courses à points, deux vainqueurs du 500 m, qu'il y a deux équipes championne du monde du relais...

Tu as des idées pour améliorer les choses ?

Je vois bien un calendrier plus simple. D'abord un championnat piste avec des épreuves sprint, points et élimination et un relais, donc cinq titres en jeu. Puis un championnat route avec un marathon ou une épreuve sur route allant de 40 à 70 km, donc un seul titre en jeu. Au total, seulement six titres à distribuer.
Je ne dis pas qu'il faut supprimer les courses traditionnelles sur route ou les indoor, mais pourquoi vouloir faire absolument tant de championnats ? Cela décrédibilise notre sport à mon avis !

Pour revenir au marathon du championnat du monde, cette médaille, c'est forcément le fruit d'un travail sérieux !

Cette médaille résulte de la réussite du jour J, mais les échappées sont des faits de course et il faut être devant pour pouvoir faire partie de la bonne. Ensuite, j'avais tout fait pour pouvoir être sélectionné pour ce championnat.
En effet, cette année, j'ai réussi à rentrer deux fois dans le Top 10 en Coupe du monde, sur quatre participations. J'ai effectué un stage en équipe de France, mon premier en Senior. Je savais que j'avais le niveau des meilleurs physiquement, mais la différence est que beaucoup des personnes qui sont aux championnats du monde ne font que du roller ou en grande partie, alors que pour ma part, je travaille. Et ce n'est pas toujours facile de concilier les courses, les stages éventuels et les entraînements journaliers : cela prend pas mal de temps.
D'ailleurs, une fois ma sélection officialisée, j'ai décidé de faire moins de courses jusqu'au marathon des mondes. En effet, les dernières courses aux quelles j'ai participé ont été très dures, enfin surtout les voyages pour aller à ces courses ! Et lorsque l'on rentre à 2h30 du matin chez soi et que l'on reprend à 7h30 le matin même, c'est évidemment très fatigant. Accumuler la fatigue, c'est une mauvaise chose pour les sportifs. C'est pourquoi je me suis cantonné à des entraînements chez moi, en Haute-Normandie, en faisant des sorties sur route en roller et vélo et des entraînements spécifiques sur piste.

Je suppose que tu as repensé à tout ça sur le podium...

Le podium, j'étais content d'être dessus. Mais à vrai dire, ce n'est pas tout de suite que j'ai pris du recul : c'est plutôt en rentrant chez moi que je me suis rendu compte que le travail que j'avais accompli jusqu'à ce jour avait payé !

Pour finir, est-ce que tu as envie de partager ce podium avec quelqu'un ?

Je voudrai partager ce podium avec ma copine Cyrielle qui, j'en suis conscient, connait elle aussi la vie d'un sportif qui n'est pas toujours à la maison et dont le quotidien est sensiblement axé sur le roller !
Ensuite, je voudrais remercier les dirigeants de Saint-Pierre-Lès-Elbeuf, mon club d'enfance, pour leur soutien, leur confiance et leur compréhension lorsque je ne suis pas là pour entrainer le club. Je remercie également le Levallois Sporting Club, et en particulier Philippe Boulard et Matthieu Barrault, pour tout ce qu'ils m'ont apporté et qu'ils m'apportent à travers leurs diverses expériences et conseils sur l'entrainement et les courses.

Liens utiles

Blog du Levallois Sporting Club
Le résumé de la course des championnats du Monde à GijonTexte : Vincent Esnault
Photos : Philippe Renard, Michel Terrien
Mis en ligne  le 30 November 2008 - Lu 5221 fois


Envie de nous rejoindre ? Contactez-nous !

PUB