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Le 20 August 2008 à 00:00 | mise à jour le 21 August 2008 à 09:28

Les 24 Heures du Mans de Hornet Solo

Les 24 Heures du Mans de Hornet Solo

Avec une troisième place en solitaire lors des 24 Heures du Mans roller 2008, Quentin Sagnol, alias "Hornet Solo" a frappé fort pour sa première participation à l'épreuve. Il nous livre un récit détaillé de son expérience, ses douleurs, ses doutes...

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Nous arrivons mon staff et moi au Mans samedi juste avant 11h00 pour le retrait du dossard. C'est déjà le temps des retrouvailles avec Sylvoutch et la crevette (NDLR : sa compagne) pour se mettre dans l'ambiance et commencer à faire la course, Youb nous rejoignant peu de temps après.

Installation

Arrivé dans le box, après un dernier massage préparatoire, je fais la connaissance d'autres solo comme Toutouseul ou encore Mike online, décidé à partir sur le même tableau de marche que moi, une première bonne nouvelle en prévision de la course. Nous essaierons donc de nous retrouver après le départ. Il me reste une petite demi-heure pour me reposer, je n'arrive pas à dormir, l'adrénaline me laissant les yeux grands ouverts. Le stress est également présent car avec cette première édition, je ne sais pas trop à quoi m'attendre, et la grande question du weekend : Comment va réagir mon genoux, sensible à la longue distance ?

Départ !

Nous partons avec Youb et Sylvoutch en direction de la piste, où nous retrouvons Cofi et un bon groupe de solos motivé à bloc !
Le départ est donné rapidement. Je met du temps à attacher mes patins et je laisse filer tout ce petit monde, on se retrouvera plus tard et chacun a son rythme. Je rejoins Mike et fais mon 1er rapidement.

Une bonne allure

Je me retrouve vite seul et j'attrape des trains à bonne allure, roulant en moins de 9'30 sur les 15 premiers tours.
Je suis bien et j'ai du mal à me dire de ralentir de peur de me cramer avant la fin, mais c'est toujours du temps de grignoté sur mon protocole pour pouvoir prendre quelques pauses plus longues.
Je pars pour un bon bout de temps avec un solo de Mérignac, roulant à vive allure... avant de rattraper par la suite Cofi et un solo de Grenade. Nous roulons rapidement tous ensemble avant que Mérignac ne parte encore plus vite. Je roule bien avec Cofi et le solo de grenade en moins de 10' à chaque fois avec le même objectif : 120 tours, lui en 10' et moi en 11' avec un temps de pause différent.
Je n'arrive cependant pas à tenir le rythme dans le Dunlop, ne voulant pas me griller et les reprenant plus loin. Je les laisserai partir au final, n'arrivant plus qu'à les rattraper à la ligne des stands.

Première pause

Je m'arrête une première fois après environ 3h00 de course. Se rendre à la tente solo prend déjà beaucoup de temps ; j'essaie tant bien que mal de me faufiler par un box pas trop bondé. Après un bon massage du dos et des jambes. Je repars sur la piste. Je suis alors en 7ème position.
Je repars donc tout seul, mais après quelques tours ça commence à être dur, la chaleur et la boisson isotonique me font mal au ventre, je ralentis l'allure.
Ce n'est qu'à la tombée de la nuit que j'ai l'idée de m'asperger d'eau pour me rafraichir, je me maintiens cependant en 10'30, je vois régulièrement Cofi et le Duo Rphil/Thibault me dépasser.
Je me dis que cette année sera un grand cru pour le Mans et les solos. Je pense ne être à la hauteur de ce niveau alors je me concentre sur mon objectif de 120 tours et je veux finir l'épreuve.
L'eau fraîche sur la nuque me fait du bien. Après avoir changé de boisson, mes maux de ventre se dissipent et la température descend doucement. Tout juste 6h et le temps me paraît déjà long ! Je file alors à la tente solos pour ma seconde pause vers 22h00 pour un massage dos jambes et pieds avant de revenir sur la piste

2ème reprise

Je n'ai jamais roulé aussi longtemps, je pars donc à l'aventure en plein forme. Quelle belle aventure ! Le coucher de soleil éclairant les courbes du Bugatti, et le plaisir de rouler au frais sous les projecteurs est pour moi l'un des moments magiques du Mans.
Après un gel énergétique à la caféine avalé, la nuit m'emporte et je roule sur les 3 h seul, passant de temps en temps de train en train et tournant en moins de 10'30.
Les jambes sont là, pas de douleur et le mental reste au beau fixe, la température de la nuit me va à merveille. Elle me permet de repartir à bon rythme. Je croise bon nombre de solos dont Sylvoutch et Youb, régulier comme une montre suisse et le sourire au beau fixe. Le papy des solos Sylvoutch est à lui seul avec ses exploits une vraie source de motivation pour terminer. Les encouragements vont bons train. Je roule toujours entre la 6e et la 9e place.

La nuit

Je repars pour la 2ème partie de la nuit. Quelques tours plus tard, je me fait récupérer dans le Dunlop par Bioforever qui ressort de pause, je décide de l'accrocher et de rouler avec lui.
Les tours s'enchaînent à bon rythme et nous sommes plutôt frais à la moitié de la course malgré la fatigue qui fait peu à peu son apparition. La baisse d'attention est là. Je manque à plusieurs reprises de rentrer dans d'autres patineurs, le regard dans le vague me laissant porter par les faux plats et la descente, Bio me rappelant à l'ordre rapidement !
Je décide de rester avec lui le plus longtemps possible, et retarde ma pause pour garder le rythme et profiter d'un solo roulant à mon rythme. A ce moment là de la course, Bioforever et moi sommes respectivement 6e et 7e.
Nous roulons ensemble pendant près de 2h30 puis nous rentrons au stand avec avec Thibaut que nous récupérons au même moment. Nous bouclons notre pause rapidement et dans la bonne humeur, Bio étant un formidable compagnon de route. Nous attendons un instant thibaut finissant de chausser pour repartir et faire un bout de route ensemble.
Rattrapé par L'avaleur d'asphalte Rphil, nous roulons quelques tours tous les 4 avant. Rphil nous laisse sur le carreau dans le Dunlop après une accélération où seul Thibaut a été chercher assez pour suivre, ça pousse fort !
A ce moment là, Bioforever m'annonce que Cofi s'est arrêté. Cela me met un coup au moral car il était parti rapidement et semblait encore il y quelques heures encore plutôt frais et nous avions les mêmes objectifs.
Au tour suivant, je constate donc l'arrêt de Yann (Cofi), emballé dans une couverture assis sur le muret des stands. A ce niveau de la course, je suis donc troisième avec, derrière moi, bioforever.

Le podium à portée de vue

Même si ce n'était qu'un objectif juste envisagé, un podium serait l'une des plus belles manières de concrétiser cette première édition si mes 120 tours sont atteints, et pour l'instant, je suis au dessus des bases de mon protocole.
Nous continuons à rouler sous le soleil qui se lève doucement la fatigue se fait sentir, et mon genou, si discret jusqu'à présent, commence à me faire mal à chaque poussée.
Bioforever décide de faire une pause, je choisis alors de continuer seul et conforter mes quelques tours d'avance, et prendrai ma pause quelques tours après. Fermement décidé à essayer de perdre le moins de temps possible, je demande à mon staff de ramener la table de massage à hauteur des derniers boxes pour me faire masser et repartir le plus rapidement possible.

Le genou douloureux

Je repars donc après 13 min de massage axé sur les jambes, les rollers aux pieds attachées, et qui le resteront jusqu'à la fin des 24 Heures, il est 7h30.
Je suis plutôt en bon état physique, hormis ce genoux qui commence à me faire un mal de chien. Au fil des tours la douleur s'amplifie et atteint son apothéose à partir de 9h00. J'attendais avec impatience Mumm qui était parti dormir à l'hôtel et fait un détour par une pharmacie, revenu avec des poches de glace et autres sprays froids. Ce genoux tant redouté commence ici a mettre à l'épreuve mes capacités à finir les 24 Heures.
Ce premier passage à vide se ressent par quelques larmes me coulant sur la joue. La douleur est maintenant dans tout le genoux, et me remonte de temps en temps dans la jambe. Je suis alors confronté à moi-même, et décidé à un abandon. mes temps sont de plus en plus longs, entre 11 et 13 min. Mumm arrive enfin avec un peu de froid. Je repense alors à tout ces entrainements, les pistes cyclables en février au bord de la route, les heures de vélo passées sous la pluie, les kilomètres de cotes avalés en basket.
Le physique est là, je suis plutôt bien, et pas anéanti de fatigue, seul ce handicap met un frein à ma progression. Je décide donc de continuer à grand coup d'anti-inflammatoires, modifiant mon patinage pour limiter au maximum la douleur et atteindre mes objectifs.
Je repars alors décidé à terminer, avec la crainte de terminer le genou dans un sale état, mais la tentation est trop grande, tant d'investissement pour terminer l'épreuve avant la fin aurait été une chose que je n'aurai pas digéré. C'est devant ce mur se dressant devant beaucoup d'entre nous, solistes et duotistes qu'il faut réagir. Toutes ces heures d'entrainement s'avèrent inutiles, seule la volonté de les mettre à profit compte.
Toujours décidé à économiser encore un peu plus mon temps, je décide de me faire masser sur la zone moquette sur une chaise pendant quelques minutes. Les jambes sont lourdes, les crampes font leur apparition et le genoux en à gros sur la patate, mais Clo fait des merveilles avec ses massages et je repars tant bien que mal vers le Dunlop, déjà tant de fois gravi.

Au mental

Je revient de nouveau sur la piste, sans me poser de question, tel un zombie, continuant à patiner sans calculer ce qui se passait aux abords du circuit, n'entendant même plus les encouragements de mon staff et de nos plus fidèles supporters (désolé la crevette J).
Mon genoux me fait mal et je n'arrive plus à avaler grand chose, je récupère les bouteilles d'eau du ravito pour faire passer le goût des litres de boissons isotoniques avalées depuis près de 18h00.
Je retiens depuis un moment déjà les larmes et les cris pour les laisser exploser à la fin, mais les nerfs sont à bout. Je recroise Rphil et Thibaut. Tout le monde est atteint, mais leurs encouragements me font du bien, et leurs présence motive à pousser plutôt que de se laisser glisser et aller au bout de l'aventure encore pendant quelques tours à leurs cotés.
Les tours s'enchainent et se ressemblent, hormis la cote qui paraît de plus en plus longue, avec l'impression de ne voir qu'elle à chaque tour ! Sans réflexion je continue à patiner, essayant tant bien que mal de m'accrocher à un train passant dans le faux plat descendant avant de prendre le vent de face.
Le temps passe lentement et l'envie de m'arrêter me faire masser me trotte dans la tête, et j'attend la dernière pause avec impatience, mais je m'aperçois n'avoir fait qu'une heure et demi de course depuis mon dernier arrêt, mais tant pis, j'en ai besoin !
Les quelques tours effectués avec les deux premiers solos me permettent de prendre un tour d'avance supplémentaires, soit 4 tours sur mon acolyte Bioforever. Je profite donc de cette petite avance pour m'arrêter.

Ultime pause

Je m'assois pour la dernière fois sur la chaise pliante, manquant de tomber en arrivant, ne prenant même pas le temps de freiner, épuisé par cette douleur incessante. Je reste stressé et concentré sur la piste, pour surveiller les passages des soli et essayer de repartir accompagné. Je repars après une dernière pause toujours plus rapide avec quelques massages commençant vraiment à me faire souffrir sous les gestes de Clo.
Ayant vu Bioforever passer, je décide de repartir quelques instants après, il reste alors près de 4 heures de course. Mon protocole des 120 tours est encore respecté, et la troisième place encore en ma possession, et même si rien n'est acquis, tout le monde est là pour me dire que le plus dur est fait !
Après quelques tours, Thibaut, bien relayé par son amie Romy me rattrape. Je jette un petit regard vers lui, en disant long sur notre état, j'essaie tant bien que mal de les suivre, mais les jambes ne répondent plus dans la cote.
Vers 14h00, je recroise Thibaut sortant des stands, je le récupère pour repartir ensemble, mais ils s'arrête quelques centaines de mètres plus loin dans la cote. Il n'a pas l'air d'aller bien, j'espère qu'il tiendra le coup jusqu'à la fin. Face à sa dernière participation de 2005, l'exploit d'être arrivée jusqu'ici avec la perf' qu'il vient de réaliser avec Rphil me laisse admiratif, surtout à notre âge, puisque nous sommes les deux plus jeunes solistes à franchir la barre des 500 km.

Dernière ligne droite

Arrivé dans la dernière heure de course, je décide de « dérouler » et ralentir légèrement le pas, et profiter du circuit, des tribunes se remplissant petit à petit et par la même occasion discuter avec quelques autres solos, beaucoup inconnus, tous humbles et fiers d'être encore sur la piste à quelques bornes de la fin !
J'entame mon avant-dernier tour à 15h56, je profite allègrement des derniers 600 m à 3,5%. "C'est la dernière fois que je la vois cette foutue cote, qu'est ce qu'elle m'en à fait baver ».
J'en profite pour m'arrêter quelques instants avec le groupe de solistes arrêtés en haut du Dunlop, et admire une dernière fois le paysage. Je me dis
Dernière descente, dernier coup de vent avant le faux plat descendant, dernière ligne droite, dernier pif paf avant les stand, et après 123 tours, c'est fini.
Les derniers mètres sont une vraie merveille à parcourir tant l'instant est beau. Je me prend à lever les bras au passage de la ligne et un léger sourire remplace finalement les larmes de mes yeux, sûrement trop fatigué pour pleurer. Je me dirige ensuite vers mon staff pour savourer ce moment.
Tout passe ensuite très vite. le podium, une dernière photo sur le circuit déjà vidé de ses participants et le retour sur Paris les yeux remplient d'étoiles, fier de la perf' accomplie, grâce à tout ceux présents, aussi bien sur la piste que dans le coeur, qui m'ont aidé, soutenu, et accompagné dans l'effort.

Beaucoup de monde à remercier dans cette aventure

Sylvoutch, grâce à qui le projet à vu le jour ! (t'inquiète mec, on l'a fait !) Tout ceux qui m'ont aidé pendant cette année de préparation Nanoox, Mike et Flo (Vive la velovoie des Lacs !)
Tout mon staff, Clo (kiné), Rémy (chrono/ravito), François (photographe), Mumm (conducteur, chrono) qui ont su trouver les mots et assurer sans relâche pendant les 24 Heures (le gel rouge, le gel rouge ! ).
Tout les patineurs avec qui j'ai roulé : Bioforever, Thibaut, Rphil, Cofi et tous les autres qui m'ont attendu, trainé, poussé jusqu'au bout pour m'aider à boucler ces 514 km.
Mes sponsors SPEBI SA, HERVE THERMIQUE et NET & BIEN, me permettant d'organiser et préparer cette course dans les meilleurs conditions possibles.

"Celui qui cesse de vouloir être le meilleur cesse déjà d'être bon."

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Les 24 Heures du Mans roller de Gadget Texte : Hornet Solo (Quentin Sagnol)
Photos : François Gauthereau
Sylvain Rouillard
Roller91.fr
Mis en ligne  le 20 August 2008 - Lu 3473 fois


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