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Le 28 August 2007 à 00:00 | mise à jour le 28 August 2007 à 10:35

Solange Clerc remporte la One Eleven en V2

Solange Clerc remporte la One Eleven en V2

Solange Clerc, patineuse vétéran femme des Montpellier Inline, revient de la One Eleven avec une victoire en poche. Après une première année en French Inline Cup et une première saison dans des patins en carbone, la voilà sur la plus haute marche de l'épreuve suisse. Elle prend le temps de nous raconter son expérience sur les 111 km hélvètes...

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4 heure 52 minutes : pas mal pour une V2

"Elle est incroyable...", "Elle nous a encore fait le coup...", tels sont les mots que j'ai entendu à l'annonce de sa victoire à la One Eleven ce dimanche 19 août.
Il faut dire que cette course mythique en impressionne plus d'un : 111 km à parcourir dans les montagnes Suisses, avec des montées assassines et des descentes dans lesquelles il ne fait pas bon se rater.
Pas plus impressionnée que ça, Solange, forte de sa 2e place à la French inline cup à mi-saison, est partie seule affronter cette course tant redoutée et convoitée à la fois. C'est avec un temps très honorable de 4h52 qu'elle franchit la ligne d'arrivée en vainqueur de la catégorie V2 femmes.
Elle nous livre ici son récit de la course. Bravo Solange pour cette victoire et merci de la partager avec nous...

Ma one eleven (19/08/07)

Une course de 111 km, pourquoi pas ? S'il ne pleut pas et si j'arrive à freiner dans les descentes avec mes patins sans frein...
Ma crainte, c'est la grande descente que l'on voit sur une vidéo du web : des skaters y sortent de la piste pour s'échouer dans un champ.
Grâce à Eric, je commande un frein Powerslide quelques jours avant la course. Il arrivera un jour trop tard. Coup de chance, j'en trouve un chez un exposant dans le gymnase où je retire mon dossard à Saint-Gall. Me voilà rassurée. La météo est bonne, la course s'annonce bien...

Des débuts humides

En fait, la course commence mal : il vient de pleuvoir - 7h00 du matin avec la précision d'un horloger suisse.
Nous partons en troupeau de 1100 participants sur une route mouillée dans une grande descente en ville, patins contre patins : je suis mal à l'aise. Pendant les 20 premiers kms, je navigue d'un peloton à l'autre à la recherche de celui qui va bien mais je n'avance pas. J'ai peur de glisser sur route mouillée. Je papote avec les 2 Montpelliérains, Nicolas et Philippe, que je n'avais pas encore trouvés dans la foule du départ.
J'attends avec appréhension le 22e km - Saint-Pélagiberg - c'est là le début de la descente dangereuse. Les virages sont capitonnés de matelas de mousse ou de botte de paille.
La plupart des skaters à ma grande surprise partent à fond. Je freine dès le haut, la route est presque sèche mais elle est grattonneuse, mon frein n'adhère pas bien, je prends de la vitesse, je passe sur la bande de moquette de freinage déroulée sur le côté droit de la route, elle ne freine pas autant que je l'imaginais, le frein y est inefficace, je slalome entre la route où je freine et la moquette qui me ralentit à peine, je prends de la vitesse.
Finalement, je ne contrôle plus rien, je fais comme les autres, je me mets en boule, avant-bras sur les cuisses et j'enchaîne les virages, terrorisée, jusqu'au petit pont qui enjambe la rivière au point le plus bas. Ouf, je suis toujours debout, le point noir de la course est passé.

Dans le bon train

Je trouve un bon peloton puis un autre un peu plus rapide. Il s'agit d'un petit groupe de suisses, hommes et femmes d'un même club d'après leur maillot.
Là, c'est le début de 40 km de bonheur. Je roule vite et sans peine, enchaînant les nombreux faux-plats descendants. Je peux même admirer le paysage : les collines plus vertes que vertes, la nature disciplinée, les vergers impeccables avec pommiers et poiriers chargés de fruits, les villages propres et fleuris, les maisons à colombage.
La population locale nous ovationne avec chaleur. J'ai une impression d'opulence de la nature. Parfois, nous dominons le lac de Constance.
A chaque ravitaillement, j'attrape une bouteille et un morceau de banane. Nous avons pour consigne de jeter nos bouteilles non pas n'importe où sur le bord de la route mais dans de grandes toiles tendues à intervalles réguliers sur l'accotement. Encore faut-il viser correctement.
J'ai de petites frayeurs à chaque virage à angle droit. Incapable de tourner à la vitesse de mon peloton, je me dégage du groupe, je ralentis et rattrape facilement le peloton après le virage. Je suis décidée à ne prendre aucun risque, je suis trop tombée cette année dans les FIC.

Deux tiers de course en moins et chute !

Au 80e kilomètre, une longue descente plutôt douce se termine par un virage à angle droit. Au moment où je veux me désolidariser du peloton pour ralentir, nous doublons un autre peloton, la route est étroite, je suis coincée, je ne vais pas pouvoir tourner à la vitesse de mes acolytes, c'est sûr. J'ai peur, je vais sans doute me tuer. Avant même d'avoir tenté le moindre virage, je suis par terre. Chute violente.
J'ai mal partout, j'ai du sang plein le visage. Le "sanität" est déjà là pour me secourir. Rapide bilan : pas de fracture, j'attends que la douleur dans le bassin s'estompe un peu. Je repars doucement, bien ébranlée et seule. Mon peloton est loin, je ne le reverrai jamais.

Au kilomètre 90, je commence vraiment à galérer

Au 100e kilomètre largement signalé par une banderole, je sens que les 11 derniers kilomètres vont faire très mal. Les spectateurs de plus en plus nombreux font pourtant tout ce qu'ils peuvent pour nous encourager. Je n'arrive plus à leur sourire ni à les remercier.
Je souffre énormément du dos. Rien à voir avec la chute. Je ne peux plus me déplier.
Plusieurs fois, des motos du "sanität" m'abordent et me demandent si je vais bien. Je dois avoir une drôle de tête avec du sang collé sur le visage.
Les montées se succèdent, pas très fortes mais toujours des montées. Des petits groupes me doublent, je les suis 10 m et je lâche. Je n'en peux plus, je n'ai jamais atteint ce niveau d'épuisement dans une course que ce soit roller ou course à pied. Je me force à boire. Mes jambes font n'importe quoi. Je me maudis de m'être inscrite dans une course aussi longue avec si peu d'entraînement. Je n'ai presque pas roulé cet été. J'ai l'impression de ne plus savoir patiner, je gamberge : est-ce que j'ai encore toutes les roues ? est-ce que la platine n'est pas en train de se barrer ?
Pancarte 5 km, je ne vois toujours pas Saint-Gall, les jambes ne répondent plus, j'active le mental : 5 km qu'est-ce que c'est ? juste la distance entre ma maison et Carrefour Lattes, alors tu ne vas pas abandonner maintenant. Tu fais comme Fabrice t'a dit : "tu te sers du poids du corps pour avancer."

Dernière ligne droite

Pancarte 1 km. La dernière montée à l'entrée de la ville est interminable. J'ai les jambes tétanisées. Ah ! le dos ! Monter je ne peux plus, descendre encore moins. Une descente pourtant, il en reste une, juste à l'arrivée. Je vais m'exploser dans le matelas en face ?
Non, on me fait signe de tourner à droite dans une petite montée qui me freine naturellement. Là se prélasse, au soleil, la foule des coureurs déjà arrivés. Je me couche par terre. Enfin le dos n'est plus à l'équerre.

Aux petits soins

Aussitôt une infirmière vient me voir, va en chercher une autre qui parle Français et un médecin. Je n'ai plus le droit de me lever. On me transporte à l'infirmerie où je suis déshabillée, examinée, désinfectée, pansée, chouchoutée sans que je n'ai rien demandé. Que c'est bon ! Merci les Suisses. Passage rapide à la "garde-robe", traduction de vestiaires pour les Suisses puis à la douche froide - pas terrible quand on est épuisé.

Retour au bercail

Vite, retour en France après 30 mn de bavardage avec les piliers de la FIC (Olivier, Claudia...) et un Allemand que j'ai connu au stage de rollers en Sardaigne.
Pendant le voyage du retour, je rumine : suis pas très contente de ma course, je l'ai fini, d'accord mais dans quel état ? J'ai l'air d'une pocharde avec mon oeil au beurre noir. J'en ai encore pour 15 jours de pansement aux épaules, aux genoux, 15 jours sans pouvoir m'asseoir normalement. J'ai perdu ma réputation de métronome en finissant la course à 2 km/h. Décidément, la compétition ce n'est pas fait pour moi, je n'irai pas à la FIC de Besançon dimanche, Eric comprendra.
Paris 23h00. J'allume mon portable : message d'Olivier Heuzé "Bravo pour ta victoire. J'ai récupéré ton lot".
Qu'est ce que ça veut dire ? j'ai gagné un prix de consolation par tirage au sort ? j'ai gagné le prix de la Gamelle Trophy ?
Internet, google, one-eleven : non, je suis 1ere V2 en 4h52 ! Je ne le crois pas! Trop tard pour appeler Eric.
J'ai déjà un peu moins mal, j'irai à Besançon dimanche.

Mon seul regret : n'être pas montée sur le podium avec la combinaison des Montpellier inline. Forza Montpellier inline !
Je pense très fort à mon président et à mon entraîneur. Merci Eric, merci Fabrice. L'année prochaine nous partirons ensemble, les Montpellier Inline.

Liens utiles

www.montpellierinline.com
Site de la One ElevenTexte : Motard34 et Solange
Photos : Droits réservés et organisation
Mis en ligne  le 28 August 2007 - Lu 1833 fois


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