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Le 31 July 2007 à 00:00 | mise à jour le 31 July 2007 à 04:40

Les 24h du Mans en solo de Gillou

Les 24h du Mans en solo de Gillou

3 ans de roller et déjà les 24h solo. Gillou, n'aurait jamais imaginé en 2005, se lancer dans une telle aventure. Depuis il a fait son chemin, participant à plusieurs courses de la FIC et en s'assurant dans les descentes qui étaient pour lui le pire de la glisse. Après avoir marqué son territoire sur différentes routes françaises et participé à son premier raid le long du Danube en 2006, il s'inscrit en solo pour ces 24h 2007...

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Objectif : 100 tours

Quelle idée !

L’idée traînait dans un coin de ma tête depuis l’édition 2006. Donner le meilleur de soi même sur un tour du Bugatti et réitérer l’opération 17 ou 18 fois sur 24h. C’est le pied mais enchaîner les tours sans jamais passer le relais, tester sa résistance physique sur 24h : il fallait que j’essaie…

Décision et préparation

La décision fut prise en janvier suite à l’annonce de Katy alias Turtle de faire les 24h en solo. Ce choix fut-il tardif par rapport à une préparation optimale ? Peut-être… Mais qui ne tente rien…
La préparation a donc consisté en une ou deux séquences de 4 heures de roller (80 à 90 km) par mois à partir de mars en plus de l’entraînement hebdomadaire habituel (50 à 60 km). A côté de ça, et pour varier les plaisirs, je suis allé courir le midi avec quelques collègues (un ancien triathlète et un coureur en préparation pour le marathon de Paris) : 7 à 8 km, 2 fois par semaine avec quelques séquences de fractionné en côte. Enfin, un peu de natation : 1,5 km 1 voire 2 fois dans la semaine.
Côté hygiène de vie, il a fallu apprendre à manger du fromage sans vin, renforcer les apports de protéines et faire une petite cure de vitamines le dernier mois de préparation. Quant au sommeil, j’avais prévu de bien me reposer les trois dernières semaines. Je me suis effectivement couché plus tôt mais la petite dernière ayant décidé de sortir quelques dents, les nuits ont parfois été perturbées.
Dernière semaine avant les 24h : je fais juste une petite séance de natation (1 km) et mange des pâtes ou équivalent à chaque repas. La pression commence à monter : surtout quand tout le monde vous pose la question qui tue : "Alors, t’es prêt ?"

Direction : Le Mans

J-1 : nous partons avec une partie de l’équipe (Patrick alias "Apache", Yannou, Dietmar, Mary et Jean Luc en accompagnateurs). On se dégourdit les jambes en attendant l’ouverture du camping, puis vient le montage de la tente et un repas simple. Nous accueillons une partie des autres membres de l’équipe puis nous filons au lit de bonne heure.
La pluie s’est invitée pour cette édition 2007. La nuit a été bonne (merci Yannou pour les bouchons d’oreille) et sans interruption, ça fait longtemps que cela ne m’était pas arrivé.

Jour "J"

La tension monte encore d’un cran avec le temps qui reste menaçant, l’excitation gagne tout le monde. L’équipe est maintenant au complet et j'ai le plaisir de revoir des têtes connues de notre raid sur le Danube : Gwen, Julien, Clemens, Stefi, Malcolm…
On s’occupe en préparant l’équipement : 3 paires de rollers, on ne sait jamais…les boissons énergétiques, les combinaisons, les chaussettes, l’alimentation, les pansements préventifs anti-ampoules sur les malléoles et les talons…

C'est parti pour 24h

Enfin les portes des paddocks s’ouvrent et tout s’enchaîne : l’installation dans le box avec l’équipe pour le soutien moral et logistique, les qualifications au ralenti, histoire de « sentir » la piste et c’est déjà le départ. Ma stratégie était de rouler en 12 minutes au tour pendant des séquences de 2 heures, interrompues par des pauses de 20 minutes.
Le départ est exaltant mais j’essaie de garder un petit rythme. Sur le circuit je roule 2 tours avec LittleL qui court également en solo mais dont la stratégie est différente : ne s’arrêter que lorsque c’est vraiment nécessaire. Son rythme est un peu élevé par rapport à celui que j’ai prévu : on tourne en moins de 11 minutes, je le laisse partir.
Les chronométreurs de l’équipe ont beau me faire des signes de ralentir, je me sens très bien et les tours passent sans problème. J'effectue une petite pause après une douzaine de tours. Pas de massage pour l’instant. Je déchausse, je change de chaussettes, je discute un peu mais le temps passe vite et il faut y retourner.
La météo reste agréable : le temps est couvert et pas trop chaud. L’ambiance sur le circuit est très conviviale : ça discute entre solos, des petits mots de soutien au passage de certains participants. Le pseudo en bas du dos de la combinaison et les dossards identifiant les solos renforcent encore cette ambiance. On entend des cris au passage devant les zones moquette.
Du coup, je ne m’arrête pas au bout de 10 tours mais au bout d’une grosse quinzaine (j’ai déjà du mal à compter les tours). Ce coup–ci, j'ai droit au massage d’Agnès, et ça repart pour 10 tours. A la pause suivante, je profite des mains expertes d’une ostéopathe (stand installé à côté de notre box et gratos) pour me remettre le dos en place et c’est reparti.

La pluie est de la partie

Malheureusement, la pluie fait son apparition : je reviens au stand au bout de trois tours pour changer les roues Matter jaunes toutes neuves contre des Matter rouges qui ont déjà plus 1000 km. Serge alias Tibburs me fait ça à la façon d’une équipe de F1 : ça a duré 3 minutes.
La descente devient dangereuse, plus par l’appréhension de certains (beaucoup de gens freinent et pas forcément en gardant leur trajectoire) que par l’adhérence qui reste correcte. Je continue à pousser efficacement dans la côte du Dunlop et à descendre, ensuite, à plus de 40 km/h sans souci. Mon temps au tour est passé à 12 voire 13 minutes.

La nuit a été éprouvante

La nuit, la fatigue, la pluie et des maux de ventre me font arrêter vers 5 heures du matin. J’en suis à 60 tours. Je me fait masser et me couche frigorifié, avec le moral dans les chaussettes, me disant que je m’arrêterai probablement là.
Une demi-heure plus tard, j’ouvre un œil, avale un thé brûlant et un demi-pain au lait. Je me lève : mes jambes me soutiennent sans me faire souffrir et la pluie s’est arrêtée.
On m’annonce que je suis dans les 15 premiers du classement individuel. Alors, après 2 heures de pause et beaucoup de doutes, je repars : c’est l’heure du Dunlop au petit matin avec un rayon de soleil qui essaie de percer. Certains s’arrêtent pour photographier ce moment magique.

Quand les pros nous enrhument

Je me rends compte que l’on profite beaucoup plus du circuit et de la course lorsque l’on est en solo. L’équipe de Levallois qui s’était fait distancer en début de course et que je voyais régulièrement en aspiration du 1er ou du 2ème a visiblement décidé de creuser l’écart dans la nuit. A chaque tour que je fais, je me fais doubler par un Levallois au taquet, seul dans l’effort, quelles que soient les conditions de course. Au petit matin, ils ont pris 3 tours d’avance et ne les lâcheront plus…

Matinée très ventée. Une difficulté pas bien venue

Les encouragements, qui avaient faibli sur le circuit pendant la nuit (c’est dur pour tout le monde), reprennent avec le soleil, mais aussi le vent qui s’est levé. Outre les mots, j’ai droit aussi à quelques « poussettes » en haut de la côte ou dans le faux plat montant face au vent.
Le vent est terrible : quand on se redresse après la descente, on passe de 45 à 10 km/h en quelques secondes. J’arrive de temps en temps à trouver une aspiration qui correspond à mon rythme. Quand je n’en trouve pas, le vent est tellement gênant, que j’en crée une : je viens m’appuyer derrière un concurrent qui roule moins vite que moi et je le pousse à mon rythme et à l’abri.
Dans la ligne droite des stands, on échange des remerciements mutuels et c’est reparti pour un tour. Je monte la côte en me disant que je récupère (c’est bon pour le moral), je dévale la descente où on se fait plaisir et la partie face au vent où il faut trouver une aspiration.
L’ambiance est vraiment au top pendant toute la course, je vais même avoir un peloton qui va m’encadrer et m’emmener jusqu’au bout du tour à une vitesse que je ne pouvais plus tenir (moins de 11 min au tour) depuis longtemps.

Mon objectif ne sera pas atteint

C’est la fin de la matinée, je sais maintenant que mon objectif des 100 tours ne sera pas réalisé. La météo n’a pas été très favorable et j’ai dû m’arrêter plus que prévu. Ce n’est pas grave, le tout est de participer et d’en profiter au maximum. J’essaie de soutenir Katy alias "Turtle" à chaque fois que je la dépasse et je me paye même le luxe d’accélérer en haut de la côte pour pousser une des filles de l’équipe, Aline, qui était un peu grillée avant la descente.
Je continue mes tours un peu au ralenti (15 min/tour) avec des pauses plus fréquentes. Je vise les 80 tours minimum, tout le reste sera du bonus. Ma femme et deux de mes filles me rejoignent vers 15h00, pour voir l’arrivée. Je fais un dernier tour et je finis en passant la ligne avec Katy, sous les applaudissements des tribunes (chair de poule assurée).

Bilan

J'ai effectué 83 tours soit 347 km. Je termine 18ème sur 59 solos sans une ampoule, ni de tendinite, juste une bonne fatigue musculaire qui a mis quelques jours à disparaître. J'ai eu beaucoup de bonheur à vivre cette épreuve, notamment pour cette chaleur humaine dans les stands et sur le circuit.

Merci à tous

Merci à tous les membres du club pour leurs encouragements, merci à Agnès pour ses massages, merci à Patrick alias "Apache" pour le coaching (en espérant que tu pourras faire ton solo l’année prochaine), merci à tous ceux que je connaissais sur le circuit pour m’avoir soutenu, merci à tous ces inconnu(e)s qui du simple « allez Gillou » à la plus efficace poussée en haut de la côte ou face au vent m’ont aidé à avancer, merci à mes collègues (Karim, François, Even, FX, Stella, …) de m’avoir accompagné dans ma préparation et un grand merci à ma famille de m’avoir supporté (dans les sens anglais et français du terme), d’avoir accepté toutes ces heures d’entraînement et la fatigue qui en découle et tout particulièrement à Sandrine qui m’a laissé aller au bout de cette aventure.

Gillou

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Photos : Mantroll78
Mis en ligne  le 31 July 2007 - Lu 2844 fois


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