-
Le 20 December 2006 à 00:00 | mise à jour le 20 December 2006 à 00:00

Hommage : Caroline Lagrée arrête la compétition

Hommage : Caroline Lagrée arrête la compétition

Après Franck Cardin et Arnaud Gicquel, c’est un autre monument du roller de vitesse français qui a pris sa retraite récemment : Caroline Lagrée. La Francilienne a passé, en tout et pour tout, une vingtaine d'années au plus haut niveau du roller de vitesse français, et ce n'est pas peu dire ! Avec un total de 50 titres nationaux, 3 titres européens, un tas de médailles nationales et internationales imposant comme un menhir breton (elle a des origines dans la péninsule), Caroline n'a rien à envier à ses compères masculins...

Article par 

Caroline Lagrée, 26 ans au plus haut niveau

Mais revenons un peu en arrière… Tout a commencé en Ile-de-France au début des années 80, en 1981 exactement : Caroline a alors 10 ans et elle fréquente un centre de loisirs le mercredi. C'est en se mettant au patin à roulettes sur la piste du centre qu'elle prend goût au sport. Peu de temps après, elle signe sa première licence à Arpajon. Cinq ans plus tard, en 1986, elle décroche sa première sélection en équipe de France Minime… La première parmi tant d'autres puisqu'elle fut de toutes les campagnes internationales en Cadette et en Senior. A la fin des années 1980, Caroline est l'une des meilleures patineuses françaises avec Sophie Deschamps, Nathalie Barbotin, Karine Urvoy, Valérie Dieumegarde, Sandrine Plu ou encore sa grande copine, Valérie Palvadeau.
Ses principales qualités lui auront servi tant dans le quad et dans le inline : c'est une travailleuse infatigable, bosseuse à l'entraînement, capable de dynamiter un peloton grâce à ses attaques répétées. Un peu limitée en sprint par rapport à ses concurrentes, elle préférait provoquer des cassures et finir en solitaire. C'est aussi quelqu'un de très facile à vivre, souriante, affable et pour cela, bien appréciée sur le circuit.
Caroline négocie ensuite le virage du inline au début des années 90 avec tout ce qu'il faut de sérieux et devient, en 1996, la première féminine nationale professionnelle : elle intègre alors le team Salomon World. Fait rare pour être signalé, elle a passé toute sa carrière pro sous les mêmes couleurs – y compris chez Salomon Suisse en 2004. 

15 championnats d'Europe et 13 championnats du monde

Pour lors, à partir de 1996, la voilà partie aux quatre coins du monde, les rollers dans le sac, à la poursuite de victoires. Elle aura patiné sur les cinq continents, de l'Australie aux Etats-Unis, en passant par l'Afrique du Sud et bien entendu l'Europe. Elle a par exemple pris part à 15 championnats d'Europe et 12 championnats du monde. Son mari Laurent Desmet revient d'ailleurs là-dessus : « les trois seuls championnats du monde qu'elle a manqué sont un peu particuliers ! Le deux premiers, c'était en Colombie en 1990 et en 2000 et l'ambassade de France avait refusé de délivrer des visas à la délégation tricolore ; le troisième, c'est parce qu'elle avait loupé ses championnats d'Europe… Et pourtant, elle s'était bien rattrapée aux stages qui ont suivi ! »
Cela ne l'a donc pas empêchée de décrocher deux titres continentaux, un titre mondial par équipe et un sacré paquet de médailles. Pour l'un de ses entraîneurs, Christophe Audoire, « l'une de ses plus belles victoires sur le circuit reste néanmoins la victoire au général de la Swiss Inline Cup 1999 ! » Cette victoire propulse Caroline au rang des plus grandes et récompense son immense travail. Christophe se rappelle encore que « lorsqu'elle était associée avec Nathalie Barbotin dans le team Salomon en 2001 et 2002, toutes les deux se sont parfaitement entendues pour faire exploser le peloton et finir plusieurs fois échappées ». Mais un autre visage de la championne était sa capacité à se dévouer pour le team. Elle fut notamment l'une des grandes artisanes des victoires du team Salomon, permettant aux « jaune et noir » de prendre le titre par équipe sur la Coupe du Monde en 2002, de propulser Nathalie Barbotin au premier rang mondial en 2001 puis l'Argentine Andrea Haritchelhar en 2002 !
Caroline laisse donc derrière elle un grand palmarès et une autre particularité : durant toute sa carrière, elle ne se sera jamais rien cassé, juste fait quelques éraflures et quelques brûlures ! Avec également un regret, que Christophe Audoire exprime à juste titre : « s'il y avait eu plus de courses dures et moins de courses rapides avec des circuits lisses et faciles, son palmarès international aurait été énorme… » Un exemple des capacités hors normes de Caroline dont Christophe fait allusion : elle se présente une fois au départ de la One-eleven, la course mythique de Saint-Gallen (111km), en 1999, pour y décrocher la victoire !
A 35 ans maintenant, la Francilienne a décidé de se tourner vers un autre challenge : après son mariage en 2005, elle a donné naissance à une petite Marine, née il y a presque quatre mois maintenant. Néanmoins, comme tous les amoureux du roller, Caroline restera très présente autour des circuits. Alors, si vous la croisez, n'hésitez pas à aller lui parler : elle vous répondra avec son sourire et sa gentillesse habituels !

Palmarès express

  • Athlète de haut niveau (dans l'équipe de France) depuis ses 15 ans
  • 50 titres de championne de France, sur tous les types de distance (du 300m au marathon)
  • 3 titres de championne d'Europe
  • Championne du monde par équipe
  • 15 participations aux championnats d'Europe et 13 aux championnats du monde
  • 3 fois vainqueur des Trois Pistes : 1991, 1992 et 1993
  • Vainqueur de la SIC en 1999 et 2000
  • 2ème de la World Inline Cup en 2000 et 4ème en 2001
  • Vainqueur des marathons de Vienne, Bern, Echallens, les Herbiers…
  • Les témoignages

    Nathalie Barbotin, sa coéquipièe chez Salomon de 2001 à 2003

    « Que dire ? Je pourrais en dire beaucoup sur Caro Lagrée… J'ai couru avec elle trois saisons sous les couleurs de Salomon (en 2001, 2002 et 2003) et en équipe de France. Un des plus beaux souvenir reste la Swiss Cup d'Olten le 14 juillet 2001 : nous nous sommes échappées toutes les deux, il pleuvait et le circuit était très physique... Nous sommes arrivées main dans la main mais c'est un de mes patins qui a passé la ligne en premier alors j'ai été déclarée vainqueur. Je me souviens aussi de Vienne en Septembre 2002, une autre course très dure car il pleuvait : après de nombreuses attaques, j'ai réussi à faire partir Caro seule ! Elle a remporté SA victoire en Coupe du monde. C'était trois semaines après le championnat du monde à Ostende en Belgique où elle m'avait aidée à remporter une médaille de bronze à la course à points. Sa victoire était magnifique pour elle mais pour moi aussi... Quand je prenais le départ d'une course avec elle, je savais qu'elle ferait son maximum pour que la tactique mise en place fonctionne. Je savais que je pouvais compter sur elle à 100% : ça, je ne l'oublierai jamais ! Merci Caro ! Des souvenirs de course, j'en ai plein d'autres... Mais avec Caro, j'ai aussi eu des tas de fous rires... » 

    Caroline Jean, patineuse Elite et présidente du PUC Roller

    « Une fois, nous allions à une compétition avec le team Salomon : il faisait chaud et je crois bien que c'est Caro qui a atterri dans le bassin de l'aire d'autoroute, déposée par les garçons par surprise ! Toujours dans le team, une année, nous avons loupé le départ du marathon de Rome… C'était en 98 et nous regardions un match de la coupe du monde dans un café. Les Italiens ont avancé l'heure du départ (en l'annonçant au micro, encore fallait-il parler italien) et tout le team l'a loupé ! Nous avons fait de belles bêtises en équipe de France, comme par exemple entrer manger nos glaces dans une église car il faisait trop chaud dehors… Et bien sûr draguer les Italiens en cachette des coachs. Le pire étant les soirées de championnats : Caro était très douée car elle nous faisait croire qu'elle était bourrée, et nous, on y croyait à fond !!! Alors on se marrait trop, et elle sûrement encore plus. Je me rappelle de la Swiss Cup de Zurich, l'année où nous l'avions faite alors que c'était mouillé : nous voilà parties devant les gars et ceux-ci nous rattrapent - à l'époque ils partaient après nous - et hop, la belle glissade dans un virage en sortie de tunnel… Une vraie hécatombe… Je me rappellerai toujours de Caro qui a fait un tout droit dans le terre-plein : ouh là là ! Sinon, pour ce qui est de son caractère, Caro ne se prend pas au sérieux et est capable de délirer sans avoir peur du ridicule : c'est ça qui est super chez elle et que j'adore ! »

    Olivier Babonneau, ancien du team Salomon World et maintenant entraîneur à Saint-Germain-en-Laye

    « Pour ma part, tout ce que je peux dire sur Caroline, c'est qu'elle a été et restera une très grande championne à mes yeux. Elle a réussi une très grande carrière sportive à force de volonté et d'entraînement. Elle était accrocheuse et jusqu'au-boutiste. Elle a eu une longévité extraordinaire et elle me fait penser, de par son tempérament, à Jeannie Longo. Je l'ai connue toute timide à son entrée en équipe de France mais progressivement, elle s'est imposée. Elle était tenace sur les patins mais savait se lâcher après les compétitions : j'ai le souvenir de quelques soirées bien arrosées et pleines de rigolades ! »

    Baudouin Patinier, son entraîneur depuis 2001 à Breuillet

    « La force de Caroline, c'est son professionnalisme, son sérieux et sa rigueur à l'entraînement. J'ajouterai son envie d'expérimenter et de chercher à s'améliorer, ainsi que sa grande capacité d'endurance et sa ténacité. 15 ans de haut niveau, c'est quand même une belle carrière ! Sa technique de patinage lui a permis d'être à l'aise aussi bien sur le sec que sous la pluie, sur route et sur piste. Ses lacunes se trouvent dans son manque d'explosivité et de vitesse de pointe qui ne lui ont pas permis de briller d'avantage au niveau mondial (comme décrocher une médaille individuelle aux mondiaux). On peut dire qu'elle a un caractère parfois sensible et un entourage sportif absent à certaines périodes. Mais de toute façon, Caroline a été l'athlète et la personne qui m'a ouvert les portes du patinage de vitesse. Elle possède une capacité à faire confiance qui permet d'explorer les démarches d'entraînement sans arrière pensées. Elle possède enfin une personnalité simple et pleine d'humilité qui lui a permis d'être très appréciée sur l'ensemble des circuits et fait d'elle une vraie championne au sens noble du terme. C'est un exemple à suivre dans l'attitude et l'engagement. Aujourd'hui, je ne peux que lui souhaiter de réussir dans sa vie de famille comme elle a su le faire dans son parcours sportif. Et j'espère que nous aurons encore l'occasion de travailler ensemble dans le milieu sportif ! »

    Liens utiles

    Site de Romain Delorme Photos : Romain Delorme & Salomon
    Texte : Vincent Esnault
Mis en ligne  le 20 December 2006 - Lu 5772 fois


Envie de nous rejoindre ? Contactez-nous !

PUB